Introduction

La reproduction sexuée est un mécanisme fondamental qui assure la diversité génétique au sein des populations. Chez la souris, comme chez de nombreux organismes, ce processus implique la fusion de gamètes mâles et femelles, chacun porteur d'une partie du matériel génétique. Cependant, des recherches récentes ont repoussé les limites de notre compréhension de la reproduction, notamment en explorant des voies alternatives à la fécondation traditionnelle. Cet article se penche sur les avancées scientifiques concernant la fécondation et la diversité génétique chez la souris, en mettant en lumière les implications potentielles et les questions éthiques soulevées par ces découvertes.

Les bases de la fécondation sexuée et du brassage génétique

La reproduction sexuée fait normalement appel à deux gamètes, l’un femelle et l’autre mâle, comportant chacun un exemplaire de chaque chromosome, qui, en fusionnant, formeront les paires de chromosomes de l’embryon. Avant cette fusion, on parle de cellule haploïde et, après, de cellule diploïde. Chez la souris, comme chez tous les organismes à reproduction sexuée, la diversité génétique s'explique par le brassage génétique ayant lieu lors de la reproduction sexuée.

Le brassage génétique est un mécanisme essentiel qui contribue à la diversité génétique au sein des populations. Il se produit à différentes étapes de la reproduction sexuée, notamment lors de la méiose, la division cellulaire qui produit les gamètes. Deux types de brassage génétique sont distingués :

  • Le brassage interchromosomique : Il a lieu au cours de la méiose et non durant la fécondation (ne pas confondre brassage interchromosomique et rencontre au hasard des gamètes). Lors de la formation des gamètes, les chromosomes homologues se séparent de manière aléatoire, ce qui entraîne une diversité de combinaisons chromosomiques dans les gamètes.

  • Le brassage intrachromosomique : Il a lieu au cours de la prophase de 1re division de méiose et non durant l'anaphase. Il se produit par le biais du crossing-over, un échange de portions de chromosomes entre les chromosomes homologues. Ce processus crée de nouvelles combinaisons d'allèles sur les chromosomes, augmentant ainsi la diversité génétique.

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Percée scientifique : Des souriceaux viables sans ovocytes

Une équipe anglo-allemande a rendu viables des embryons en leur injectant un spermatozoïde. Une technique qui pourrait venir en aide aux espèces menacées. Ils sont parvenus à obtenir des souriceaux viables sans avoir recours à des ovocytes, des cellules sexuelles d’origine maternelle. Jusqu’ici, les biologistes étaient persuadés que la présence de ces gamètes femelles était indispensable au développement d’un embryon.

Toru Suzuki et ses collègues, dont les recherches ont été publiées sur le site de la revue Nature Communications, démontrent pour la première fois que, chez la souris, on peut obtenir un individu unique à partir d’embryons et de spermatozoïdes sans recourir à des ovocytes. L’équipe de chercheurs a tenté de contourner ce qui semblait être un passage obligé de la fusion ovocyte-spermatozoïde. Dans la fécondation sexuée, cette fusion aboutit à la reprogrammation du spermatozoïde, cellule hautement différenciée, en une cellule indifférenciée, capable de se multiplier et de se différencier pour donner n’importe quel type cellulaire existant dans un organisme.

Dans ce travail expérimental, les scientifiques ont utilisé des embryons de souris à un stade très précoce, avant la première division cellulaire. Ces embryons ont subi un traitement chimique afin d’activer la division cellulaire pour qu’ils ne possèdent plus qu’un seul jeu de chromosomes et donc qu’une moitié de matériel génétique. Ils deviennent alors haploïdes et on les appelle des parthénogénotes. Chez les mammifères, ces embryons parthénogénotes ne sont pas viables. Dans chacun d’entre eux, un spermatozoïde a été ensuite injecté, comme on le ferait dans une fécondation in vitro avec un ovocyte, pour apporter l’autre moitié de matériel génétique. En réimplantant ces cellules fusionnées dans des souris jouant le rôle de mères porteuses, les chercheurs ont obtenu, dans un quart des tentatives, des souriceaux apparemment en bonne santé.

Bien que présentant des signes épigénétiques (changements dans l’activité des gènes) différents de ceux observés chez les embryons obtenus par fécondation d’un ovocyte par un spermatozoïde, les souris créées semblent en bonne santé, fertiles, et avec une espérance de vie normale. Dans le cas du clonage, les animaux, comme Dolly, étaient morts prématurément. Ce résultat constitue une surprise de taille pour les biologistes puisque l’équipe anglo-allemande a créé pour la première fois un organisme vivant en l’absence de gamète femelle.

Création de souris bi-paternelles : Une autre avancée surprenante

Une autre avancée scientifique importante a été franchie par des scientifiques chinois. Une équipe de chercheurs en cellules souches a franchi un cap historique en créant une souris bi-paternelle, c'est-à-dire issue de deux pères biologiques. Pour la première fois, un tel animal a survécu jusqu'à l'âge adulte, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives en biologie de la reproduction et en médecine régénérative.

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Les chercheurs de l'Académie chinoise des sciences (CAS) à Pékin ont publié leurs résultats dans Cell Stem Cell, détaillant comment ils ont surmonté les blocages qui empêchaient jusqu'à présent la reproduction entre individus de même sexe chez les mammifères.

Pour contourner cet obstacle, les chercheurs ont ciblé vingt gènes d’empreinte à l’aide de techniques telles que des mutations par décalage de cadre, des suppressions de gènes et des modifications des régions régulatrices. Ces manipulations ont permis d’obtenir des embryons viables, dont certains ont atteint l’âge adulte.

Si cette avancée marque une étape cruciale, plusieurs défis restent à relever. Actuellement, seuls 11,8 % des embryons viables sont parvenus à terme, et parmi les souris nées, beaucoup ont souffert de malformations ou d’une espérance de vie réduite. En outre, les souris ayant survécu jusqu’à l’âge adulte étaient stériles, mais leurs cellules se prêtaient mieux aux techniques de clonage que celles des souris normales.

Les chercheurs envisagent désormais d’affiner leurs modifications des gènes d’empreinte afin d’augmenter le taux de succès et, à terme, de produire des souris bi-paternelles fertiles. L’équipe ambitionne également d’étendre ces expériences à des mammifères de plus grande taille, tels que les primates, bien que les combinaisons de gènes d’empreinte diffèrent considérablement entre les espèces.

Implications et questions éthiques

Ces découvertes ont des implications considérables pour notre compréhension de la reproduction et de la diversité génétique. Elles ouvrent également la voie à des applications potentielles dans des domaines tels que la médecine régénérative et la conservation des espèces menacées.

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Un communiqué de presse émanant de l’université de Bath évoque l’éventualité de partir de cette approche pour obtenir plus facilement une descendance dans des espèces animales en voie d’extinction.

Outre son caractère iconoclaste, cette percée ouvre cependant la voie à des interrogations. « Cela brouille les distinctions fonctionnelles entre lignées cellulaires sexuelles, embryonnaires et somatiques [adultes] », écrivent les chercheurs dans leur article.

Bien évidemment, des questionnements éthiques ne manqueront pas, à la suite de cette publication. Les auteurs soulignent ainsi que l’affirmation selon laquelle les parthénogénotes n’ont pas le potentiel de se développer pour donner un individu, et qu’on peut donc y voir une source plus acceptable de cellules souches humaines qu’à partir des embryons, pourrait être remise en question. Cela supposerait que la technique qui a fonctionné chez la souris soit applicable à l’espèce humaine. Pour l’instant et au-delà des débats éthiques, rien ne permet de dire que cela serait le cas.

La manipulation de la reproduction sexuée à travers l'empreinte génétique pourrait avoir des conséquences inattendues sur l'évolution des espèces. En ajustant l'héritage des gènes d'empreinte, les chercheurs pourraient manipuler des traits héréditaires et même accélérer l'adaptation des organismes.

L'une des questions est de savoir si ces technologies pourraient un jour permettre de contourner les barrières reproductives naturelles entre espèces. Si la manipulation de l'empreinte génétique permet de rendre la reproduction inter-espèce viable, cela pourrait impliquer une redéfinition des frontières évolutives.

En outre, la possibilité de manipuler l'ADN à un niveau aussi précis soulève des questions sur l'équilibre entre progrès scientifique et respect de la diversité génétique. Les chercheurs devront également se pencher sur la possibilité que ces manipulations affectent la biodiversité à travers des changements irréversibles dans les caractéristiques génétiques des espèces.

La dérive génétique et son impact sur la diversité

La dérive génétique concerne l’évolution au sein d’une population, ou d’une espèce, de la fréquence des allèles ou des génotypes (combinaison des deux allèles d’un gène héritée des chromosomes paternel et maternel au moment de la fécondation) d’un gène, causée par des phénomènes aléatoires et impossibles à prévoir, donc indépendamment des mutations, de la sélection naturelle et des migrations. Les effets de la dérive génétique sont d’autant plus importants que la population est petite, car les écarts observés d’une génération à l’autre par rapport aux fréquences alléliques y sont d’autant plus perceptibles. La dérive génétique concerne surtout les allèles neutres, qui ne confèrent ni avantage ni désavantage sélectif.

Lors de la fécondation, la rencontre de deux gamètes haploïdes paternel et maternel va donner naissance à un nouvel individu diploïde dont la totalité du génome est présent sous forme de deux copies ; paternelle et maternelle. Si pour un gène donné les deux copies provenant des deux parents sont identiques, on dit que l’individu est homozygote. C’est lors de la séparation des chromosomes homologues qu’il va y avoir une répartition, un tirage, aléatoire des chromosomes allant dans chaque gamète. En se basant sur ce mode de formation des gamètes, un individu ne se reproduisant qu’une fois, ne va transmettre à son descendant qu’un seul des deux allèles de chacun de ses gènes.

A l’échelle d’une population, il est donc statistiquement inévitable que certains allèles ne soient pas transmis d’une génération à l’autre. Les fréquences alléliques d’un gène vont donc varier d’une génération à l’autre, certains allèles voyant leur fréquence diminuer ou augmenter au sein de la population. La dérive génétique est donc un mécanisme aléatoire (stochastique) qui va modifier la fréquence des allèles d’un gène dans la population en l’augmentant ou en la diminuant.

Lorsqu’une sous-partie d’une population se sépare de la population initiale de taille beaucoup plus vaste, lors d’une migration pour coloniser un nouveau milieu par exemple, la population pionnière, ou fondatrice, n’est pas le reflet exact de la population de départ. Cette sous-population ne va « prendre » qu’un échantillon du pool d’allèles disponible dans la population mère « dans ses bagages » et ce, de manière aléatoire. Elle peut donc avoir des fréquences alléliques fort différentes de la population initiale. C’est ce que l’on appelle « l’effet fondateur ».

Tous ces mécanismes vont agir conjointement et contribuer à cette évolution.

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