Le faucon pèlerin, Falco peregrinus, est un rapace fascinant, symbole de la nature sauvage et de la liberté. Son allure à la fois élégante et puissante, ainsi que sa capacité à atteindre des vitesses impressionnantes en piqué, en font un oiseau exceptionnel. Cet article se penche sur les caractéristiques du faucon pèlerin, son habitat, son comportement reproducteur et les informations spécifiques concernant ses jeunes.
Description et Caractéristiques
Le faucon pèlerin se distingue par son corps effilé et compact, son plumage aux couleurs sobres mais brillantes, et son regard perçant. Voici quelques caractéristiques physiques notables :
- Envergure : 70 à 85 cm chez le mâle, 95 à 105 cm chez la femelle.
- Longueur : 38 à 50 cm.
- Poids : 800 g à 1 000 g pour la femelle, 550 g à 650 g pour le mâle.
- Dimorphisme sexuel : La femelle est nettement plus grande que le mâle (environ 1/3 plus petite), d'où le nom de "tiercelet" donné à ce dernier. La femelle est également souvent plus rousse et plus mouchetée à la gorge.
- Identification : Le faucon pèlerin a un corps puissant et fuselé, avec une large poitrine. Le mâle a des parties dorsales gris bleu métallique et des parties ventrales plus claires, striées de bandes noires. La femelle est généralement plus foncée. La tête est presque entièrement noire, avec deux "moustaches" noires caractéristiques sur les joues, contrastant avec la gorge et la poitrine blanches.
Habitat et Distribution
Le faucon pèlerin niche principalement sur les falaises rocheuses, des côtes maritimes jusqu'à plus de 2 000 mètres d'altitude dans les Alpes du Nord. Il n’a donc pas de biotope particulier, si ce n’est la présence de sites de reproduction de type rupestre (falaises, bâtiments, carrières, etc.). Les falaises lui servent de site de nidification, de poste d’observation, de lardoire (plateforme utilisée par le faucon pèlerin pour dépecer et manger sa proie) et de dortoir. L’espèce a également besoin d’une densité de proies suffisante pour assurer sa propre subsistance et celle de ses jeunes.
En hiver, il fréquente les plaines, attiré par les concentrations d'oiseaux. Quelques nidifications arboricoles ont été signalées, notamment en Allemagne. De plus en plus, on le rencontre également sur des sites artificiels tels que des châteaux d'eau, des cheminées de centrales électriques et nucléaires, des cathédrales et des carrières. L’espèce s’installe également dans les villes, dont les sites artificiels (cathédrales, cheminées de centrales, grands bâtiments, cimenteries, etc.) lui rappellent ses sites de prédilection et lui offrent une certaine tranquillité. Plus récemment, des nidifications sur pylônes électriques (dans d’anciens nids de corvidés) ont été détectées.
En Europe centrale et de l'Ouest, les faucons pèlerins adultes sont sédentaires ou partiellement migrateurs, tandis que les jeunes se dispersent. En revanche, les oiseaux nordiques (Scandinavie) migrent pour hiverner, du sud de la Suède jusqu'à l'Afrique du Nord.
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En France, le faucon pèlerin occupe un territoire situé au sud d'un axe Metz / Biarritz mais également les côtes normandes, bretonnes et du nord du pays, qu’il colonise à nouveau depuis une quinzaine d’années. Actuellement, son aire de répartition ressemble, à peu de choses près, à celle qui existait avant le déclin des effectifs de sa population, mais le nombre de sites de reproduction occupés reste largement inférieur.
Reproduction et Cycle de Vie
Parade nuptiale et Nidification
Si la recherche d’un partenaire, et donc la formation des couples ainsi que la recherche d’un site de nidification peuvent avoir lieu dès l’été, les parades et accouplements, traduisant le commencement de la saison de reproduction, débutent, eux, dès le mois de janvier, et se poursuivent jusqu’en février (soit un mois et demi à 15 jours avant la ponte).
Le faucon pèlerin niche le plus fréquemment en falaise et, comme tous les faucons, il ne construit pas de nid. Il utilise les cavités et plateformes existantes. Les couples adultes se retrouvent tous les ans sur le même site (mais peuvent changer d’aire de nidification), alors que les immatures cherchent un partenaire et un site de nidification. Le territoire de reproduction, d’environ 500 mètres autour de l’aire dans nos régions, est fortement défendu.
Le faucon pèlerin, tout comme les autres faucons et les rapaces nocturnes, ne construit pas de nid. En grattant le sol, les adultes aménagent une cuvette de 10 à 20 centimètres de diamètre pour 1 centimètre à 8 centimètres de profondeur, selon la nature du sol (rocher nu, sable ou terre plus ou moins mêlé de pierres).
Bien que dans certaines régions désertiques, le faucon pèlerin niche au sol ou dans les arbres, il est avant tout un nicheur rupestre. Les falaises calcaires, sans doute du fait des nombreuses vires et excavations disponibles, sont plus fréquemment utilisées. L’aire est souvent située dans la partie supérieure de la paroi rocheuse. L’orientation (préférentiellement est, nord, sud et ouest), la facilité d’accès en vol, l’inaccessibilité aux prédateurs terrestres, la protection contre les intempéries et l’humidité et la qualité du substrat sont des critères rentrant en compte dans le choix de l’aire de nidification, et sont, par conséquent, des facteurs déterminants pour la réussite des nichées.
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Ponte et Incubation
Le pic des pontes est atteint vers la mi-mars. La ponte compte 3 ou 4 œufs, plus rarement 1, 2 ou 5, et même 7. Ces derniers sont pondus à des intervalles de 48 à 72h pendant lesquels les accouplements se poursuivent. Si la première couvée est détruite dans un délai de 8 à 12 jours après la ponte du dernier œuf, il peut y avoir une ponte de remplacement.
Les œufs sont de couleur crème, tachetés de rouge-ocre, ce qui donne un aspect global rouge brique. Ils ont une taille proche de ceux d’une poule avec une forme un peu plus ronde et une couleur tirant sur le roux.
L’incubation commence généralement à la ponte de l’avant dernier ou du dernier œuf. Il en découle des éclosions simultanées, à quelques heures près. La durée de l’incubation est d’environ 30 jours. Le mâle, surnommé « tiercelet », n’assure que 25% à 30 % du temps d’incubation. La règle veut que la femelle couve pendant la nuit. Pendant la période d’incubation, le mâle se charge de chasser et d’apporter les proies à la femelle, qui abandonne alors la couvée pour s’alimenter. Pendant ce temps, le mâle prend le relais de la femelle, en couvant les œufs (plus ou moins maladroitement).
Élevage des Jeunes
Les premiers nourrissages commencent quelques heures après l’éclosion. Ils sont assurés par la femelle, le mâle s’occupant d’apporter les proies à l’aire (il arrive que le mâle participe aux nourrissages). La taille des proies et la quantité de nourriture augmentent avec le développement des jeunes. Ces derniers voient leur duvet blanc disparaître progressivement dès le 30e jour, laissant apparaître le plumage de vol, de teinte brune dominante. En dehors des nourrissages, les jeunes passent leur temps à dormir. Leur activité s’accroît avec le désir d’émancipation. Dès l’âge de trois semaines, les jeunes peuvent se tenir debout et se déplacer maladroitement. Âgés d’environ 35 jours, ils sont de plus en plus actifs, se déplacent dans l’aire, font des bonds et agitent frénétiquement leurs ailes. Les premiers vols, incertains et désordonnés, ont lieu durant la 6e semaine après l’éclosion. La période d’apprentissage du vol et de la chasse débute alors et durera jusqu’à la 7e et 8e semaine après l’envol. Poussés par un instinct erratique et l’absence de proies apportées par les adultes, les jeunes quittent ensuite le site (juin/juillet) et partent à la recherche d’un territoire.
Les petits grandissent vite et peuvent prendre jusqu’à 30/40 g par jour. On imagine sans peine le lourde tâche du mâle chargé de ravitailler tout ce petit monde et devant, par là même, capturer une dizaine d’oiseaux par jour. 2 à 3 mois après la naissance, les jeunes faucons prennent leur premier envol, en juillet. Ils resteront 2/3 mois avec leurs parents pour apprendre à chasser puis les quitteront définitivement à la recherche d’un autre territoire.
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Maturité Sexuelle et Mue
Le faucon pèlerin est adulte à l'âge de deux ans. Il peut cependant s’accoupler, sans se reproduire, dès l’âge d’un an. Chaque année, le faucon renouvelle intégralement son plumage. La mue commence au mois de mars (soit au début de la période de reproduction) et s'achève à l'automne, selon un schéma fixe. La mue de la femelle est plus précoce et relativement plus rapide que celle du mâle. Les jeunes faucons acquièrent le plumage adulte dès leur première mue, qui se termine vers l’âge de 18 mois.
Alimentation
Le faucon pèlerin se nourrit exclusivement d'oiseaux de petite et moyenne tailles (corneilles, pies, geais, étourneaux, grives, merles, mouettes, pigeons, etc.), qu'il attaque en plein vol. Son régime alimentaire est très diversifié : la taille des proies varie de celle du pinson à celle de la corneille, en fonction de l’abondance respective des espèces présentes sur son territoire. Son régime fluctue éminemment en fonction de la région considérée, voire de la période de l’année.
Sa technique de chasse particulière a attiré l'intérêt des fauconniers sur ce rapace. En effet, le faucon pèlerin attaque en plein vol les oiseaux dont il se nourrit. Son attrait pour les falaises lui donne un avantage certain aussi bien pour localiser sa proie que pour piquer sur elle à grande vitesse.
En plaine, et plus particulièrement dans les régions marécageuses où stationnent de fortes concentrations d’oiseaux migrateurs, la méthode de chasse du pèlerin consiste souvent à faire des passages répétés en vol battu ou des piqués de faible pente. Ces attaques sont initiées soit à partir du sol ou d’un perchoir peu élevé - arbre, piquet de clôture, pylône, etc. - soit à partir d’un vol battu ou plané à faible hauteur, l’objectif étant de faire décoller les oiseaux pour en capturer un en vol (les captures au sol sont extrêmement rares).
En région accidentée, la technique la plus employée est le piqué à grande vitesse, ailes plus ou moins fermées. Ces attaques sont entreprises aussi bien à partir d’un poste d’observation élevé - le plus souvent d’un affût situé dans ou à proximité de la falaise, qu’à partir d’un vol plané à grande hauteur - on dit « un vol d’amont ». Dans ces circonstances, l’attaque se développe en deux temps : un vol de placement, au cours duquel le faucon prend de la hauteur à grands coups d’ailes amples et persistants, pour se positionner en situation favorable pour le piqué terminal.
La vitesse atteinte par le faucon au cours de ces attaques sur de faibles pentes, est couramment comprise entre 200 et 250 km/h ; cependant, les mesures faites en soufflerie montrent que, sur des trajectoires plus pentues et suffisamment longues, la vitesse pourrait atteindre 400km/h.
Le pourcentage de réussite des attaques est variable selon les régions, la topographie, la saison et les conditions climatiques. Au mieux, pour des oiseaux se déplaçant au-dessus d’un plan d’eau - lac ou bras de mer - ou d’une étendue désertique, le pourcentage est de l’ordre d’une prise pour 5 à 10 échecs. Sur des régions montagneuses et boisées, le taux de réussite tombe à une capture pour 15 à 20 attaques.
Comme l’examen du bec, celui des pattes est un précieux indicateur pour déterminer son régime alimentaire exact. Les doigts, particulièrement longs, montrent qu’il ne peut se nourrir ni de micromammifères (comme la buse), ni de serpent (comme le circaète Jean-Le-Blanc présent dans la vallée). De même, il ne possède pas de griffes très recourbées comme le balbuzard et donc ne peut attraper des poissons. Son faible poids lui interdit de s’attaquer à des grosses proies, comme les marmottes, qu’il ne pourrait porter.
Sa meilleure arme de chasse est son œil, particulièrement performant. Il couvre un vaste horizon avec un champ de netteté très large. Qui plus est, avec 8 à 10 fois plus de cellules réceptives, il reste très compétitif au crépuscule, moment de chasse privilégié avec le matin. L’œil occupe une grosse partie du crâne ; en proportion, l’œil humain aurait la taille d’un pamplemousse.
Sa technique de chasse est à la fois simple et très élaborée. Utilisant son œil très performant, capable de repérer un pigeon à 8 km, il choisit sa proie. Puis, il se laisse tomber, adopte une forme aérodynamique en repliant ses ailes et ses pattes. Il atteint communément ainsi une vitesse dépassant les 250 km/h. Quelques observations ont permis d’établir que dans certains cas, il pouvait même atteindre, voire dépasser 400 km/h, lors de piqués verticaux notamment (la vitesse certifiée relevée par National Geographic est de 389 km/h). Cette vitesse engendre un bruit qui le trahit souvent, aussi, 9 fois sur dix, l’attaque échoue, l’oiseau alerté se laissant choir comme une pierre pour échapper à son prédateur. Si la proie est capturée, après un freinage dantesque, le faucon la tue immédiatement grâce à une petite excroissance située sur le bec supérieur, appelée la dent, qui servira à briser la colonne cervicale.
Menaces et Conservation
S’il est un oiseau qui devait jouir d’une protection rapprochée, c’est bien le faucon pèlerin dont les effectifs ont fondu de presque 90 % en quelques décennies seulement. L’espèce a été menacée par divers facteurs, notamment les collectionneurs d’œufs, les fauconniers et surtout les divers pesticides, dont le trop fameux DDT (heureusement interdit depuis), ces pesticides se retrouvant très concentrés chez les faucons situés pratiquement en bout de chaîne alimentaire.
D’importants programmes de réintroduction ont été mis en place. On peut l’apercevoir sur tous les continents, Europe, Amérique du nord et du sud, Afrique, Asie, Océanie. Seules les régions trop froides lui sont inhospitalières : Antarctique, extrême nord de l’Europe… Hormis ceux vivant très au nord, les faucons pèlerins ne migrent pas.
En Europe, la population nicheuse est estimée entre 12 500 et 25 000 couples et représente moins d’un quart de la population mondiale. Sa tendance globale est à l’augmentation modérée (à l’exception de la Turquie où elle est à la baisse). En France, la dernière enquête estime la population nicheuse à 1 250 couples.
Suivi et Observation
Le suivi des populations de faucons pèlerins est essentiel pour assurer leur conservation. Le baguage des jeunes, comme celui effectué à Saint-Amand-les-Eaux, permet de suivre leurs déplacements et d'étudier la dispersion de l'espèce. Des programmes de balisage permettent également de suivre les faucons en continu, notamment pour évaluer l'impact des champs éoliens sur ces oiseaux.
En outre, des initiatives comme la diffusion en direct de nids de faucons pèlerins, comme à Saint-Amand-Les-Eaux ou à la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi, permettent au grand public de suivre la vie de ces oiseaux et de sensibiliser à leur protection.
Exemples de Nidification Urbaine
Plusieurs villes ont vu des faucons pèlerins s'installer sur des bâtiments, témoignant de leur capacité d'adaptation. Par exemple :
- Saint-Amand-les-Eaux : Des fauconneaux sont nés sur la tour abbatiale.
- Caen : Un couple a donné naissance à un bébé faucon à l'Abbaye-aux-Hommes. Un nichoir avait été installé dans la tour nord de l’abbatiale Saint-Etienne dans l’espoir d’accueillir un couple de Faucons Pèlerins.
- Reims : Un couple niche sur la cathédrale depuis 2020, avec dix-huit naissances comptabilisées.
- Lyon : Un couple niche sur la tour Silex à la Part-Dieu.
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