La grossesse extra-utérine (GEU), aussi appelée grossesse ectopique, est une complication de la grossesse qui survient lorsque l'œuf fécondé s'implante et se développe en dehors de la cavité utérine. Cette condition représente environ 2% des grossesses, touchant environ 15 000 femmes par an en France. Bien que rare, la GEU est une urgence médicale car elle peut mettre la vie de la femme en danger en l'absence d'intervention. Dans les pays développés, la mortalité liée à une GEU est devenue exceptionnelle grâce à l'amélioration des méthodes diagnostiques et des traitements. L'attention s'est donc déplacée vers la préservation de la fertilité ultérieure des femmes concernées.

Qu'est-ce qu'une grossesse extra-utérine ?

Dans une grossesse normale, l'œuf fécondé migre vers l'utérus et s'y implante. Cependant, dans une GEU, l'œuf s'implante en dehors de l'utérus, le plus souvent dans une trompe de Fallope (grossesse tubaire). Plus rarement, l'implantation peut se produire dans la cavité abdominale, le col de l'utérus, ou exceptionnellement sur un ovaire. Le terme de grossesse ectopique est plus approprié que celui de grossesse extra-utérine étant donné la localisation de certaines grossesses ectopiques au niveau du col utérin, d’une cicatrice de césarienne ou de la portion interstitielle de la trompe qui sont des grossesses ectopiques intra-utérines mais extra- cavitaires.

La GEU est une urgence car l'œuf fécondé continue de grossir, ce qui peut entraîner la rupture de la structure qui l'abrite, provoquant une hémorragie interne. Cette situation est dangereuse pour la santé de la femme et peut compromettre sa fertilité future.

Facteurs de risque de la grossesse extra-utérine

Les causes exactes d'une GEU ne sont pas toujours claires, mais plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque. Il est important de noter que les facteurs de risque identifiés permettent d'expliquer 60 à 65 % des cas. Parmi les facteurs non identifiés, on peut envisager des anomalies de l'œuf.

Les principaux facteurs de risque sont :

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  • Antécédents de grossesse extra-utérine : Les femmes ayant déjà eu une GEU ont un risque plus élevé d'en avoir une autre. Le risque de récidive est d’environ 20 % et ne varie pas selon le type de traitement.
  • Antécédents de chirurgie pelvienne ou abdominale : Les interventions chirurgicales dans la région pelvienne peuvent endommager les trompes de Fallope et augmenter le risque de GEU.
  • Anomalies ou dommages aux trompes de Fallope : Les inflammations (salpingites), les infections gynécologiques, une chirurgie antérieure ou une malformation congénitale des trompes peuvent entraver le passage de l'œuf fécondé vers l'utérus.
  • Infections génitales hautes : Les salpingites, les endométrites et leurs complications, souvent liées à des infections sexuellement transmissibles comme Chlamydia trachomatis, augmentent le risque de GEU. Le risque relatif de grossesse ectopique est de 6 en cas d’antécédent d’infection génitale haute.
  • Tabagisme : Le tabac est un facteur de risque reconnu de GEU, avec une relation dose-effet.
  • Âge maternel avancé : Les femmes de plus de 35 ans ont un risque plus élevé de GEU.
  • Infertilité : Les femmes ayant des difficultés à concevoir sont plus susceptibles de développer une GEU. Les femmes prises en charge en PMA présentent de nombreuses prédispositions à cette pathologie (infections ou malformations tubaires, endométriose, malformations utérines, atrophie de l’endomètre…).
  • Assistance médicale à la procréation (AMP) : La fécondation in vitro (FIV) et autres techniques de procréation assistée sont associées à un risque accru de GEU. Des grossesses ectopiques surviennent dans 4,5 % des cas de FIV.
  • Présence d'un dispositif intra-utérin (DIU) au moment de la conception : La contraception par stérilet augmente le risque relatif de GEU (risque relatif = 3).
  • Antécédents obstétricaux : Les antécédents de fausse couche spontanée ou d'interruption volontaire de grossesse peuvent également augmenter le risque.
  • Facteurs liés à l'œuf : Des anomalies de l'œuf peuvent être en cause, car un œuf anormal pourrait migrer moins bien dans la trompe utérine qu'un œuf sain. Une augmentation intrinsèque du risque de GEU avec l'âge maternel est compatible avec cette hypothèse.

Symptômes de la grossesse extra-utérine

Les symptômes d'une GEU peuvent varier et ne pas se manifester avant la rupture de la structure qui abrite la grossesse. Cependant, les symptômes les plus courants sont :

  • Saignements vaginaux anormaux : Des pertes vaginales légères ou des saignements irréguliers sont fréquents.
  • Douleurs abdominales : Des douleurs ou des crampes dans le bas de l'abdomen, souvent localisées d'un seul côté, sont un signe d'alerte. L’examen gynécologique peut révéler une douleur pelvienne localisée du côté de la grossesse extra-utérine.

En cas de rupture de la structure qui abrite la GEU, les symptômes peuvent être plus graves :

  • Douleur soudaine et intense : Une douleur aiguë et constante dans la partie inférieure de l'abdomen.
  • Étourdissements ou évanouissements : Une perte de sang importante peut entraîner une sensation de faiblesse, des étourdissements voire un évanouissement. La présence de signes d’insuffisance circulatoire aiguë oriente vers le diagnostic de grossesse ectopique compliquée d’une rupture tubaire, qui est une urgence vitale.
  • Douleur à l'épaule : Une douleur projetée à l'épaule droite peut indiquer une hémorragie interne et une irritation du diaphragme.
  • Péritonite : Une inflammation de la membrane qui tapisse la cavité abdominale peut se développer.

Il est crucial de consulter un médecin immédiatement si vous ressentez un ou plusieurs de ces symptômes, surtout si vous pensez être enceinte.

Diagnostic de la grossesse extra-utérine

Le diagnostic de la GEU repose sur plusieurs examens :

  • Examen gynécologique : Il permet d'évaluer la taille de l'utérus, qui peut être plus petite que prévu pour l'âge gestationnel, et de localiser la douleur pelvienne.
  • Échographie abdomino-pelvienne : Réalisée par voie endovaginale, elle permet de visualiser l'utérus et les trompes de Fallope. Dans le cas d'une GEU, l'échographie peut montrer une cavité utérine vide et la présence d'une masse anormale au niveau d'une trompe. L’échographie par voie endovaginale visualise des signes indirects tels que : un endomètre épaissi ; une vacuité utérine ; un épanchement péritonéal en cas de grossesse ectopique compliquée d’une rupture tubaire ; ou des signes directs : une masse latéro-utérine entre l’utérus et l’ovaire qui est constituée d’un sac gestationnel dans seulement 20 % des cas.
  • Dosage sanguin de l'hormone bêta-HCG : Le taux de bêta-HCG, l'hormone de grossesse, est mesuré dans le sang. Un taux élevé de bêta-HCG associé à l'absence de sac gestationnel dans l'utérus à l'échographie peut confirmer une GEU. À la valeur seuil de 1 500 UI/mL, la non-visualisation d’un sac intra-­utérin est fortement évocatrice du diagnostic de grossesse ectopique. Il faut répéter le dosage de bêta-HCG sanguin ainsi que l’échographie pelvienne toutes les 48 heures jusqu’à aboutir à un diagnostic formel. Grossesse intra-utérine évolutive : doublement des bêta-HCG sanguins toutes les 48 heures ; apparition d’un sac gestationnel intra-utérin avec vésicule vitelline.

Traitements de la grossesse extra-utérine

Le traitement de la GEU vise à interrompre la grossesse et à éliminer l'œuf mal implanté. Les options de traitement dépendent de la localisation de la GEU, de sa taille, de l'état de santé de la femme et de son désir de grossesse future.

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Les traitements possibles sont :

  • Traitement médical : Il consiste en une injection de méthotrexate, un médicament qui détruit l'œuf et élimine la GEU sans endommager la trompe de Fallope. Cette option est envisagée en l'absence de contre-indication et dans le cadre d'un diagnostic précoce. Une surveillance clinique, échographique et par dosage des bêta-HCG est nécessaire après l'injection. Elle permet de s'assurer que la grossesse s'arrête (le taux de bêta-HCG redevient négatif en un mois en général). En cas d'échec, le traitement chirurgical est nécessaire.
  • Traitement chirurgical : L'intervention est généralement réalisée par cœlioscopie. Elle peut consister en une salpingotomie (incision de la trompe pour retirer l'œuf) ou une salpingectomie (ablation de la trompe). La salpingotomie doit toujours être préférée. En cas de salpingectomie, il n’y a pas de surveillance des bêta-HCG sanguins nécessaire car le traitement a été radical. En revanche, si on réalise une salpingotomie, il faut suivre de manière hebdomadaire le taux des bêta-HCG de la patiente jusqu’à négativation.

Les chercheurs de l’Inserm ont comparé, pour la première fois dans un même essai thérapeutique, la fertilité des femmes deux ans après les différents traitements. Dans le premier groupe, les courbes de fertilité cumulatives n’étaient pas significativement différentes entre le traitement médical et la chirurgie conservatrice. Le taux de grossesse intrautérine deux ans après l’intervention était de 67 % après le traitement médical par méthotrexate et de 71 % après la chirurgie conservatrice dans la population des femmes en recherche de grossesse. Dans le second groupe, deux ans après le traitement, 70 % des femmes qui ont désiré une nouvelle grossesse ont pu obtenir une grossesse intra-utérine après le traitement chirurgical conservateur et 64 % après le traitement chirurgical radical.

Pour Perrine Capmas, « le traitement médical devrait être privilégié en cas de grossesse extra-utérine peu actives en raison d’une part de la préférence des patientes mais aussi des risques moindres notamment de par l’absence d’anesthésie et de chirurgie. Cependant, étant donné l’absence de différence pour la fertilité ultérieure, le traitement chirurgical doit être proposé en première intention aux femmes dont on craint qu’elles ne soient pas observantes (la surveillance après traitement médical pouvant être prolongée pendant plusieurs semaines) ».

Complications de la grossesse extra-utérine

Si elle n'est pas traitée rapidement, une GEU peut entraîner des complications graves :

  • Rupture de la trompe de Fallope : C'est une urgence médicale qui peut provoquer une hémorragie interne massive, des douleurs intenses et un choc.
  • Infertilité : Une GEU peut endommager les trompes de Fallope et augmenter le risque de problèmes de fertilité à l'avenir.
  • Grossesse extra-utérine récidivante : Les femmes ayant eu une GEU ont un risque plus élevé d'en avoir une autre.

Prévention de la grossesse extra-utérine

Bien qu'il ne soit pas toujours possible de prévenir une GEU, certaines mesures peuvent réduire le risque :

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  • Prévention et traitement des infections sexuellement transmissibles (IST) : Les IST peuvent causer des inflammations et des dommages aux trompes de Fallope.
  • Arrêt du tabac : Le tabagisme est un facteur de risque modifiable de GEU.
  • Planification familiale : Éviter les grossesses non désirées peut réduire le risque de GEU associée à l'utilisation d'un DIU.
  • Suivi médical régulier : Les femmes ayant des antécédents de GEU ou d'autres facteurs de risque devraient bénéficier d'un suivi médical attentif en cas de grossesse.

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