L'article explore la réappropriation du manifeste par les artistes féministes, à travers des médias spécifiques, dans les années 1970 et 2000. En ouvrant la définition du manifeste à des pratiques qui sortent de ses origines textuelles ou les prolongent, ces artistes posent la question d’une possible cinécriture, une nouvelle forme de langage cinématographique chaque fois singulière.

Le Manifeste Féministe : Un Discours Programmatique, Politique et Symbolique

Le manifeste, qu’il soit écrit ou inscrit au sein d’une autre pratique artistique, est avant tout une expression de pouvoir et de connaissance. Il aspire à changer la réalité avec des mots et affirme une connaissance utilisée comme un outil révolutionnaire. Le manifeste féministe s’inscrit dans une rhétorique classique du manifeste artistique, définissant textuellement un paradigme de l’art ou de la culture, et délimitant un ensemble de valeurs esthétiques pour contrer ce même paradigme. Cette idée de contre-culture est également incarnée par des manifestes visuels, témoins d’une pensée en mouvement.

Les Années 1970 : Coïncidence Entre Visibilité des Femmes Artistes et Apparition de Nouveaux Médias

Les années 1970 marquent une coïncidence entre la visibilité progressive des femmes artistes et l’apparition de nouveaux médias comme la vidéo. En France, dès 1968, les femmes actives dans la pratique artistique militante ont développé leurs activités avec l’apparition du Sony Portapak. Ce support vidéo, sorte d’équivalent technique du stylo, leur permet une liberté d’expression, une position anti-institutionnelle au travers de ce que Stéphanie Jeanjean désigne comme un geste de désobéissance et d’émancipation.

Yvonne Rainer : Un Contre-Exemple Précurseur

Un exemple précoce de ces nouveaux manifestes ancrés dans des pratiques plurielles est celui d’Yvonne Rainer, célèbre danseuse et membre fondateur du Judson Dance Theatre de New York. Son manifeste, exprimé par une série de négations, rejette le spectacle, la virtuosité, la transformation, la magie, le glamour, l’héroïsme, l’anti-héroïsme, l’imagerie trash, l’implication du performeur ou du spectateur, le style, le camp, et la séduction du spectateur. Rainer applique ces principes à ses chorégraphies et à sa pratique de la danse dès 1966, étendant ce retravail des formes à d’autres supports, comme Hand Movie (1966), créé dans son lit d’hôpital.

SCUM Manifesto et les Insoumuses : Du Texte à la Vidéo Militante

Rédigé en 1967, le SCUM (Society for Cutting Up Men) Manifesto de Valérie Solanas expose la rage incendiaire et les revendications de l’auteure contre la subordination des femmes dans la société. Attaque en règle contre la domination masculine, le texte appelle les femmes à « renverser le gouvernement, éliminer le système monétaire, instaurer l’automation à tous les niveaux et supprimer le sexe masculin ». Bien que n’étant pas à proprement parler un manifeste artistique, le SCUM Manifesto a été mis en scène par les Insoumuses en 1976, qui proposent une vidéo autour du texte de Solanas. Seyrig et Roussopoulos apparaissent dans un plan fixe, l’une lisant le texte et l’autre le tapant à la machine, avec un téléviseur montrant des images d’actualités entre elles. Cette œuvre propose une voix alternative, des idées qui contrastent avec tout ce qui est uniforme et politiquement correct.

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VALIE EXPORT et Mierle Laderman Ukeles : Manifestes Combinant Pratiques Plurielles et Point de Vue Politique Militant

Deux figures emblématiques du mouvement féministe, VALIE EXPORT et Mierle Laderman Ukeles, prolongent cette première expérience, rédigeant des manifestes combinant des pratiques plurielles et un point de vue politique explicitement militant. En 1968, Ukeles donne naissance à son premier enfant et réalise que son identité d’artiste est passée au deuxième plan. Son travail artistique tente de sensibiliser le public au statut culturel extrêmement déprécié du travail domestique. L’écriture du manifeste chez Ukeles correspond à une série de performances proposées dans son propre intérieur, documentées par des photographies en noir et blanc.

VALIE EXPORT, artiste viennoise, prédit dans plusieurs de ses textes le futur de l’art féminin. Son manifeste, intitulé « Women’s Art: A Manifesto », débute sur ces mots : « La place de l’art dans le mouvement des femmes est la place des femmes dans le mouvement artistique. L’Histoire de la femme est l’histoire de l’homme ». Le travail de VALIE EXPORT de l’époque reflète ces conceptions, notamment au travers de Identitätstransfer, une série de performances s’étendant de 1972 à 1976 dans lesquelles elle joue sur des identités de genre confuses.

Films-Manifestes Sans Support Textuel : Une Nouvelle Forme d'Expression Féministe

Cette première période voit également l’apparition de films-manifestes, sans support textuel. Michelle Moravec souligne la façon dont les féministes ont dépassé les frontières du genre de différentes façons. Dans cette catégorie s’inscrit notamment le célèbre Semiotics of the Kitchen de Martha Rosler (1975), vidéo de six minutes, dans laquelle l’artiste parodie l’émission culinaire télévisée américaine extrêmement populaire de Julia Child et « réincarne » l’alphabet au travers d’objets de cuisine qui se caractérisent tous par leur caractère (ou leur utilisation) menaçant. Agnès Varda signe également ce qu’elle nomme, de façon limpide, un ciné-tract, Réponse de femmes, réalisé en 1975.

Cinéma Poststructurel et Manifeste : V.W. Vitesses Women de Claudine Eizykman

V.W. Vitesses Women (1972-74) de Claudine Eizykman fait figure de manifeste. Christian Lebrat en donne la définition suivante : « Dans le cinéma structurel, le processus reste à découvrir (par exemple dans Wavelengh, de Michael Snow, on ne sait pas comment va se terminer le film, ni où exactement). Les films structurels ont un début et une fin bien identifiables. Il reste encore un embryon d’histoire, de narration : l’histoire même du processus, dans certains cas. Dans le cinéma poststructurel, à l’inverse, le processus est activé dès le départ, il est là d’emblée. C’est comme une machine, un système dans lequel le spectateur doit rentrer. ».

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