Introduction
L'expérimentation médicale, un domaine en constante évolution, se trouve au carrefour de progrès scientifiques et de profondes questions éthiques. Cet article explore l'histoire complexe de la réglementation de l'expérimentation sur l'être humain, en mettant en lumière les atrocités commises pendant le régime nazi et leur impact sur la bioéthique moderne. Nous examinerons comment les considérations éthiques, politiques et juridiques façonnent les choix médicaux et comment la notion d'inégalité s'y intègre.
L'Émergence de l'Expérimentation Médicale Moderne
Claude Bernard, dans son ouvrage "Introduction à la médecine expérimentale" (1865), a marqué un tournant dans la recherche médicale. Il a défini l'expérimentation comme "l'art d'obtenir des expériences rigoureuses et bien déterminées", soulignant son rôle de base pratique de la méthode expérimentale appliquée à la médecine. Aujourd'hui, l'expérimentation englobe des essais chimiques, pharmaceutiques, biologiques, non cliniques et cliniques.
La quête pour la santé et le bien-être a toujours été une préoccupation humaine. De la médecine hippocratique à la recherche contemporaine sur le transhumanisme, l'objectif est de maintenir la santé, de retarder le vieillissement et d'améliorer la qualité de vie. Cependant, la notion de santé publique est relativement récente et a considérablement influencé l'expérimentation médicale.
L'Intersection de l'Éthique, de la Politique et du Droit
L'expérimentation médicale se situe à l'intersection de l'éthique, de la politique et du droit. L'éthique a toujours été une considération importante lorsqu'il s'agit d'intervenir sur le corps humain, mais elle a pris une nouvelle dimension avec les progrès techniques. La bioéthique est née de la nécessité d'encadrer les pratiques médicales et scientifiques, en tenant compte des valeurs morales et des droits fondamentaux.
Les autorités politiques jouent un rôle crucial dans la réglementation de l'expérimentation médicale. Elles sont sollicitées pour intervenir, faire des choix et répondre aux préoccupations des citoyens. Les choix politiques se traduisent par des règles juridiques qui encadrent l'expérimentation et garantissent la protection des personnes.
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L'Expérimentation Source de Dispositions Normatives
Pour comprendre les règles qui régissent l'expérimentation, il est essentiel de retracer l'histoire de la réglementation de l'expérimentation sur l'être humain. Avant de mettre un nouveau médicament sur le marché ou d'autoriser un nouveau traitement, des tests sont effectués sur des animaux. Bien que l'expérimentation animale soulève des questions sensibles, elle ne sera pas abordée dans cet article.
Les tests sur les animaux ne suffisent pas, et l'histoire a montré les conséquences tragiques de l'expérimentation non encadrée sur les êtres humains. Le procès des médecins nazis à Nuremberg a révélé les atrocités commises dans les camps de concentration et a conduit à une réflexion sur l'éthique de l'expérimentation.
Les Atrocités Nazies et le Code de Nuremberg
Les médecins nazis se sont livrés à des expérimentations abominables sur les prisonniers. Geneviève de Gaulle-Anthonioz a témoigné de ces horreurs, racontant comment des jeunes filles étaient volontairement mutilées et contaminées par des maladies infectieuses.
Le procès des médecins nazis a soulevé des questions inédites et a obligé à une réflexion sur l'expérimentation sur l'être humain. Les avocats de la défense ont fait valoir qu'aucune norme applicable n'interdisait l'expérimentation sur l'être humain et ont contesté l'idée du caractère universel de la moralité médicale.
Les juges ont reconnu les faiblesses du serment d'Hippocrate et ont élaboré le Code de Nuremberg, qui comporte dix recommandations visant à protéger les personnes participant à des expérimentations. Ces recommandations mettent l'accent sur le consentement volontaire, l'importance des résultats pour le bien de la société, l'expérimentation animale préalable, l'évitement de la contrainte physique ou morale, la minimisation des risques, la compétence des expérimentateurs et la liberté des participants de se retirer de l'essai.
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Les Limites du Code de Nuremberg et l'Émergence de Nouvelles Déclarations
L'adoption du Code de Nuremberg n'a pas résolu tous les problèmes. D'une part, il ne s'agissait que de recommandations, et d'autre part, les pays démocratiques ne se sont pas sentis vraiment concernés par ce "code". Les expérimentations pratiquées par les médecins nazis étaient tellement hors de toute humanité que les médecins, dans beaucoup de pays, ont pensé que le code en question ne s'appliquait qu'à ces circonstances.
Le scandale de la thalidomide a relancé les interrogations et les réflexions sur l'expérimentation sur l'être humain. L'Association médicale mondiale a élaboré une série de déclarations visant à préciser les conditions de l'expérimentation, en tenant compte des situations qui pouvaient se présenter et des progrès de la médecine expérimentale.
La Déclaration d'Helsinki (1964) a marqué une prise de conscience que le Code de Nuremberg n'était pas seulement un code visant les nazis et que de nouveaux principes sur l'expérimentation devaient être dégagés. Elle a introduit une distinction entre l'expérimentation "non thérapeutique", dans laquelle les patients doivent être particulièrement protégés, et l'expérimentation "thérapeutique", pour laquelle les conditions de l'expérimentation peuvent être assouplies parce que cette expérimentation est susceptible de créer un bénéfice aux patients concernés.
Un autre scandale, aux États-Unis, a révélé qu'une "expérience" (en fait, une expérimentation) commencée en 1932 se poursuivait toujours plus de trente ans après. Cette expérience, menée par le Public Health Service, consistait à suivre l'évolution de la syphilis (non traitée) chez des hommes noirs qui, au surplus, n'étaient pas informés de ladite expérience.
Le National Research Act de 1974 a institué une Commission nationale pour la protection des sujets humains dans la recherche biomédicale et comportementale. Après les travaux de cette commission, le Rapport Belmont a consacré trois principes : le respect des personnes, la bienfaisance et la justice.
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La Déclaration de Tokyo (1975) a consacré le caractère inconditionnel du consentement préalable à la participation de tous les sujets et a prescrit l'examen obligatoire des projets de recherche par un comité indépendant.
La Déclaration de Manille (2013) définit la recherche impliquant la participation de sujets humains comme toute étude dirigée vers le progrès des connaissances biomédicales qui ne peut être considérée comme un élément de la conduite thérapeutique ou de la pratique de la santé publique établie et qui implique une intervention ou une évaluation physique ou psychologique.
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