L'exploration du potentiel de l'embryon humain en recherche biomédicale est un sujet complexe, particulièrement aux États-Unis où le paysage législatif est en constante évolution. Cet article se propose d'examiner l'état actuel de la recherche sur l'embryon humain aux États-Unis, les débats éthiques qu'elle suscite, et le cadre juridique qui la régit, tout en soulignant les enjeux cruciaux et les perspectives d'avenir.

Un paysage législatif fragmenté

Contrairement à une idée répandue, il n'existe pas de législation fédérale interdisant explicitement le clonage humain aux États-Unis. Un moratoire de cinq ans sur les expériences financées par des fonds publics avait été décrété en 1997, mais il a expiré depuis. Quatre États ont pris l'initiative d'interdire le clonage humain sur leur territoire, mais l'absence de loi fédérale crée un vide juridique important.

Cette situation a conduit plusieurs parlementaires et experts à appeler le Congrès à légiférer pour interdire le clonage reproductif, afin d'harmoniser la législation et de clarifier les limites de la recherche. Le Subcommittee on Oversight and Investigations de la Chambre des Représentants a même invité des scientifiques à témoigner sur le clonage humain, soulignant l'importance du débat.

Les enjeux éthiques au cœur des préoccupations

L'opposition au clonage et à la recherche sur l'embryon humain repose principalement sur des considérations éthiques. La question du statut moral de l'embryon est au centre de ces préoccupations, certains considérant qu'il s'agit d'une vie humaine dès la conception et qu'il doit être protégé en conséquence.

Cependant, des arguments scientifiques viennent également alimenter le débat. Le Dr Rudolf Jaenisch du Massachusetts Institute of Technology a souligné que le clonage des animaux a révélé des taux de réussite très faibles et un risque élevé de malformations chez les survivants. Selon le Dr Simon Best, l'un des créateurs de la brebis Dolly, il faudrait environ un millier de mères porteuses pour produire avec succès un enfant cloné. Actuellement, cinq espèces de mammifères ont été clonées, avec des taux de réussite n’excédant pas 3 à 5% : mouton, souris, chèvre, vache et cochon.

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Ces mises en garde sont aussi, pour ces scientifiques, une façon de ne pas compromettre la recherche sur les cellules souches embryonnaires. En effet, le lobby anti-avortement, proche de Bush, essaie de se servir du clonage comme épouvantail pour bannir toute recherche sur l’embryon.

En parallèle, des représentants de la secte RAEL ont défendu leurs projets de cloner un être humain devant la même commission de la Chambre des représentants. Une chercheuse française, Brigitte Boisselier, « raëlienne », a indiqué qu’elle avait commencé des travaux pour cloner un bébé décédé à l’âge de dix mois, dans un laboratoire secret aux Etats-Unis.

En marge de cette commission d’enquête, le directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, rappelle que le clonage à des fins de reproduction d’êtres humains a été banni par la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme que l’Assemblée Générale des Nations unies a adoptée en 1998.

CRISPR-Cas9 et la modification du génome embryonnaire

L'avènement de la technologie CRISPR-Cas9 a ouvert de nouvelles perspectives en matière de modification du génome, y compris sur l'embryon humain. Cette technique, qui permet d'éditer l'ADN de manière précise et relativement simple, suscite à la fois des espoirs et des craintes.

Un rapport conjoint de l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine américaines a levé un tabou en avalisant l'utilisation de cet outil pour modifier le matériel génétique de l'embryon humain, quitte à ce que ces modifications se transmettent à sa descendance future. Le rapport précise toutefois que ces modifications devraient être limitées aux cas où il s'agit de débarrasser l'embryon d'une maladie génétique grave et qu'il n'existe pas d'alternative raisonnable pour ce faire.

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Cette recommandation a suscité de vives réactions, certains craignant qu'elle n'ouvre la voie à des dérives eugénistes et à la modification du patrimoine héréditaire de l'espèce humaine. En France, un récent sondage a montré que 75 % de nos compatriotes accueillaient favorablement la percée que constitue la mise au point de CRISPR-Cas9, mais qu'ils rejetaient dans la même proportion son utilisation sur des embryons humains.

Les enjeux de la recherche sur l'embryon

La recherche sur l'embryon humain poursuit plusieurs objectifs, notamment :

  • Améliorer la connaissance du développement embryonnaire : L'étude des cellules embryonnaires permet de mieux comprendre les différents stades du développement, les mécanismes de différenciation cellulaire et les causes des anomalies congénitales.
  • Développer de nouvelles thérapies : Les cellules souches embryonnaires, en particulier, offrent un potentiel considérable pour la thérapie cellulaire et la médecine régénérative. Elles pourraient permettre de réparer des tissus endommagés, de remplacer des organes défaillants ou de traiter des maladies génétiques.
  • Améliorer la qualité de la fécondation in vitro (FIV) : L'étude du développement embryonnaire peut aider à identifier les critères de viabilité des embryons et à améliorer les taux de réussite de la FIV.

Cependant, malgré ces espoirs, les recherches n'ont toujours pas offert les résultats espérés. Plusieurs protocoles ont été réalisés depuis 2005, sans offrir les progrès thérapeutiques majeurs qui les avaient justifiés. Pourtant les embryons donnés « à la recherche » sont nombreux : 21403 embryons étaient disponibles pour cela en 2015. Or, si 19 projets de recherche ont été acceptés en 2016, aucun ne concerne l’embryon humain in vitro : la moitié de ces travaux portent sur le DPN, d’autres sur le spermatozoïde et quelques-uns sont menés chez l’animal (souris ou lapin). Ces projets ne concernent pas davantage la recherche « avec l’embryon » qui porte sur des cellules embryonnaires (ES), ces travaux étant désormais menés avec des clones cellulaires créés antérieurement ou importés.

Les différentes approches de la recherche sur l'embryon

La recherche sur l'embryon peut se pratiquer de deux façons :

  • Sur l'embryon entier : Ces recherches visent à une meilleure connaissance de l'embryon in toto, de son développement et de ses interactions avec l'environnement.
  • Sur les cellules souches : Les cellules souches embryonnaires représentent un espoir pour la thérapie cellulaire. Plusieurs essais cliniques ont déjà eu lieu. Son but est d’obtenir des cellules spécialisées saines et fonctionnelles à partir de cellules souches embryonnaires. Elles sont ensuite injectées à un patient pour régénérer un organe ou restaurer sa fonction.

Les recommandations pour l'avenir

Face aux enjeux éthiques et scientifiques de la recherche sur l'embryon humain, il est essentiel de mettre en place un cadre réglementaire clair et précis. Parmi les recommandations formulées par les experts, on peut citer :

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  • Renforcer le contrôle de l'Agence de la biomédecine sur les recherches sur l'embryon.
  • Renforcer le consentement des parents lors du don de leur embryon à la recherche.
  • Promouvoir les recherches sur les cellules souches adultes qui ont des résultats thérapeutiques ainsi que la recherche sur les cellules adultes reprogrammées (iPS).
  • Interdire toutes recherches pharmaceutiques (criblage moléculaire et modélisation de pathologies) sur des cellules souches embryonnaires humaines.
  • Consolider l'interdiction du clonage et de la modification du génome afin d'empêcher de façon effective toute recherche sur l'embryon expérimentant la recherche sur la FIV à trois parents en France (recherche autorisée par l'ABM en 2016), ou l'expérimentation de CRISPR sur l'embryon humain etc.
  • Consolider l'interdiction de création d'embryons pour la recherche.
  • Abroger la loi autorisant la recherche sur l'embryon humain afin de revenir à un principe d'interdiction assorti de dérogations.
  • Abroger la disposition relative à la recherche biomédicale en assistance médicale à la procréation intégrée dans la loi santé de 2016.
  • Interdire le don d’embryons, que l’on qualifie de « sans projet parental », à la recherche.

Le statut de l'embryon : une question centrale

La recherche sur embryons est étroitement liée aux notions bioéthique et éthique, de par ce qu’elle représente et engendre. Devenu un véritable enjeu du monde contemporain, ce qui se cache derrière cette recherche témoigne d’une volonté toujours plus accrue et lointaine de progrès et d’innovation.

L’embryon peut être vu comme un organisme en voie de développement : au sens figuré, c’est ce qui commence d’être mais qui n’est pas achevé. Si une définition du terme « embryon » existe, le droit français n’est pourtant pas clair quant à son statut : l’embryon n’est pas reconnu comme ayant une personnalité juridique toutefois, cela ne veut pas dire qu’il ne dispose pas de protection ou de droits, l’embryon étant une personne en devenir. Avec l’article 3 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, qui énonce que « tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne » et que « nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants », l’embryon dispose du droit à la vie. L’embryon in vitro, quant à lui, est reconnu comme une “personne potentielle” : son statut est relativement absent car il n’a de devenir, en tant que personne, uniquement s’il est implanté dans l’utérus.

L'exemple français

En France, la ligne jaune à ne pas franchir a été tracée dès la loi de bioéthique de 1994 - dix-huit ans avant l’invention de CRISPR - qui dit qu’« aucune transformation ne peut être apportée aux caractères génétiques dans le but de modifier la descendance d’une personne » (article 16-4 du Code civil). Ce principe n’a jamais été mis en cause par la suite, ce qui interdit de facto la possibilité de réimplanter dans un utérus un embryon génétiquement modifié, a fortiori de le laisser se développer jusqu’à la naissance. En 2011, une nouvelle loi de bioéthique est venue interdire la création d’embryons transgéniques ou chimériques (on parle en génétique de chimères pour désigner des êtres dotés de plusieurs génomes différents). Un assouplissement s’est produit deux ans plus tard : les recherches sur l’embryon, qui jusqu’ici étaient, sauf dérogation spéciale, interdites, sont devenues possibles, à condition d’être déclarées à (et surveillées par) l’Agence de la biomédecine et de porter sur des embryons « conçus in vitro dans le cadre d’une assistance médicale à la procréation et qui ne font plus l’objet d’un projet parental ». Mais il y a dans la législation une ambiguïté dont ont conscience les spécialistes : d’un côté, elle autorise les recherches sur l’embryon, y compris génétiques, mais de l’autre elle interdit la création, même temporaire, d’embryons transgéniques, c’est-à-dire dont le génome a été modifié. La marge de manœuvre des chercheurs français est donc étroite.

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