L'allaitement maternel est un processus dynamique où la composition du lait s'adapte constamment pour répondre aux besoins spécifiques du nourrisson. Le lait maternel est bien plus qu'un simple aliment ; c'est une substance vivante et évolutive, dont la composition s'ajuste naturellement aux besoins de chaque bébé. Contrairement aux laits infantiles dont la composition reste constante, le lait maternel est un fluide biologique complexe qui évolue non seulement au fil des mois, mais aussi au cours d'une même journée.
Composition Générale du Lait Maternel
Le lait maternel est un équilibre complexe de nutriments, d’anticorps et de bien plus encore, qui vise à protéger, nourrir et préparer le bébé à grandir en bonne santé. L’Organisation mondiale de la Santé et l’UNICEF recommandent vivement aux mamans de nourrir leur bébé uniquement au lait maternel pendant les six premiers mois, à partir de l’heure suivant la naissance.
En général, le lait maternel est composé de :
Eau : L'eau en constitue naturellement la plus grande partie, représentant environ 87,5% de sa composition totale. Il assure l'hydratation du bébé.
Glucides : Principalement présents sous forme de lactose, ils constituent environ 7% du lait maternel. Le lactose est un nutriment spécifique de la première année de vie. Une fois décomposé par la lactase, le lactose est un réservoir essentiel en glucose pour le nouveau-né.
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Lipides : Bien que ne représentant que 4% du total, ils sont d'une importance capitale. Ces graisses précieuses, notamment les oméga-3 et le DHA, participent activement au développement cérébral du bébé et constituent sa principale source d'énergie. Les lipides (35 g/L de lait maternel) sont la première source d’énergie du lait maternel : ils fournissent jusqu’à 55% des apports caloriques de l’enfant.
Protéines : Présentes à hauteur de 1%, elles sont parfaitement adaptées au système digestif délicat du nouveau-né. La teneur en protéines du lait de femme, comprise entre 8 et 12 g/L, est nettement inférieure à celle des autres mammifères. Néanmoins, elle est parfaitement adaptée aux besoins du nourrisson en raison d’une excellente absorption et d’une parfaite adéquation du profil de ses acides aminés.
Il contient aussi principalement :
Des lipides : environ 35 à 40g/L avec une digestibilité et une absorption très bonne. Ils sont importants pour la maturation cérébrale et rétinienne. La teneur des différents lipides dépend des apports alimentaires de la femme allaitante. Il est donc essentiel que la maman ait un régime alimentaire équilibré pendant la période d’allaitement. Ce n’est donc en aucun cas le moment de faire un régime draconien, supprimant toutes les graisses.
Des glucides qui fournissent 40% des calories dont le bébé a besoin:
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- du lactose (70g/L) qui constitue l'un des principaux glucides du lait
- des oligosaccharides du lait maternel (environ 5 à 15g/L), qui appartiennent à la famille des glucides et jouent un rôle dans la protection du bébé et la mise en place de son microbiote
Des protéines: la teneur en protéines du lait maternel est comprise entre 8 et 12g/L et évolue au cours du temps (de la lactation ou même durant une tétée) pour suivre les besoins de bébé.
Des vitamines : mais le lait maternel contient peu de vitamine K (antihémorragique) et peu de vitamine D (essentielle à la synthèse des os). C’est la raison pour laquelle le bébé doit être supplémenté.
Des sels minéraux et des oligo-éléments (2 g/L), une quantité adaptée aux possibilités d'élimination rénale du bébé.
Les Différents Types de Lait Maternel
Le lait maternel évolue en trois phases distinctes :
Colostrum : Premier lait produit dans les jours suivant l'accouchement, il est souvent surnommé "l'or liquide" en raison de sa couleur jaunâtre et de sa valeur nutritionnelle exceptionnelle. Ce liquide épais et concentré, bien que produit en petite quantité (environ 30-40ml par jour), est extraordinairement riche en anticorps et en facteurs immunitaires. Il contient également une concentration élevée de protéines et de vitamines A, agissant comme le premier vaccin naturel du nouveau-né. Le colostrum, le lait de la naissance Également qualifié de « premier lait », le colostrum est un liquide produit par les glandes mammaires au moment de l’accouchement. Particulièrement riche en nutriments et en oligo-éléments, le colostrum constitue la première substance nutritive que le nouveau-né va boire juste après la naissance. S’il est produit en des quantités assez faibles, le colostrum maternel reste un véritable concentré d’énergie et de protection, puisqu’il renferme d’innombrables anticorps. L’organisme de la femme adapte d’ailleurs sa production de colostrum de manière à répondre aux besoins du bébé. Tirant vers le jaune, la couleur du colostrum est particulièrement reconnaissable. Mais ce que l’on sait moins, c’est qu’il dégage une odeur qui va attirer naturellement le nouveau-né vers le sein de sa mère, favorisant ainsi le réflexe de l’allaitement maternel.
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Lait de Transition : Il prend le relais entre le 5ème et le 14ème jour après la naissance. Plus abondant que le colostrum, il représente la phase intermédiaire où la composition du lait s'adapte progressivement. Sa teneur en immunoglobulines et en protéines diminue légèrement, tandis que sa concentration en lactose, en lipides et en calories augmente. Entre colostrum et lait mature : le lait de transition Entre le premier lait - le fameux colostrum - et le lait maternel « mature », il y a une phase de transition par laquelle le lait va passer avant d’acquérir les propriétés nécessaires pour être consommé sur le long terme par bébé. On parle donc de lait de transition pour qualifier la substance nutritive que les nouveau-nés boivent pendant leurs deux premières semaines de vie, soit juste après avoir consommé le colostrum. La composition du lait de transition va alors évoluer progressivement. La composition du lait maternel va ainsi se « normaliser » pour satisfaire les besoins nutritionnels du nouveau-né en constante évolution, et ce, dès l’accouchement.
Lait Mature : Il s'installe à partir de la troisième semaine post-partum et perdurera tout au long de l'allaitement. Plus fluide et plus blanc que ses prédécesseurs, il offre un équilibre optimal entre protéines, glucides et lipides. Sa composition n'est pas statique : elle continue d'évoluer subtilement au fil des mois pour accompagner la croissance du bébé. Le lait mature, l’équilibre parfait Le lait maternel est loin d’être une substance figée. Sa composition évolue considérablement lors des premières semaines de vie du nouveau-né. Si l’on se réfère à sa définition, le lait mature est celui qui va permettre au bébé de grandir. Il contiendra alors tous les éléments indispensables pour assurer la croissance et le développement physique et cognitif du nouveau-né. Et cela tombe bien, car la première poussée de croissance forte du bébé survient vers la 3e semaine environ ! C’est pour cette capacité à s’adapter aux besoins de l’enfant que le lait maternel constitue le mode d’alimentation recommandé par les pédiatres dans les premières semaines après la naissance.
La composition du lait mature est atteinte très rapidement, 4 à 5 jours après le début de l’allaitement (Hamosh, 2001 ; Jensen, 1995 ; Neville, 2001; Picciano, 2001a et 2001b ; Salle, 1993).
Variations de la Composition du Lait Maternel
Le lait maternel est remarquable par sa capacité d'adaptation, une caractéristique qui le rend unique et parfaitement ajusté aux besoins du bébé. Plusieurs facteurs influencent cette évolution :
Au Cours d'une Tétée : La composition du lait maternel change significativement pendant une même tétée. Le "premier lait", plus aqueux et riche en lactose, étanche la soif du bébé et lui apporte une énergie rapidement disponible. Progressivement, le lait s'enrichit en matières grasses pour devenir plus crémeux en fin de tétée. En début de tétée, le lait maternel est riche en eau et en sels minéraux afin de désaltérer le bébé. A la fin de la tétée la concentration en lipides augmente beaucoup afin de procurer au bébé le sentiment de satiété, et lui apporter un certain nombre de calories. C'est ce qu'on appelle le « lait gras ». La richesse nutritionnelle de ce lait permet de mettre fin à la tétée. Le bébé, rassasié, lâche le sein ou s'endort.
Cycle Circadien : Le lait maternel suit également un cycle circadien naturel. Le matin, il contient davantage de cortisol, une hormone qui stimule l'éveil du bébé. Le soir, sa composition favorise le sommeil avec des taux plus élevés de mélatonine et de tryptophane, aidant ainsi le nourrisson à développer son propre rythme de sommeil.
Évolution avec la Croissance du Bébé : Plus le bébé grandit, plus le lait s'adapte à ses besoins évolutifs. Les premiers mois, il est plus riche en protéines et en anticorps pour soutenir le développement du système immunitaire. Avec le temps, sa teneur en matières grasses et en calories augmente pour accompagner la croissance rapide du nourrisson.
Adaptation aux Besoins Spécifiques : Le plus fascinant est la capacité du lait maternel à s'adapter aux besoins particuliers du bébé. Lors d'une maladie, par exemple, le contact étroit entre la mère et l'enfant permet la production d'anticorps spécifiques qui se retrouvent dans le lait. Si votre tout petit croise un virus, vos seins le détecteront à l’avance, bien avant vous. Ils produiront ainsi immédiatement des anticorps afin de défendre votre bébé contre l’intrus.
Variations Saisonnères : Le lait maternel est différent selon les saisons. En été, le lait maternel est beaucoup plus riche en eau afin de satisfaire les besoins d'hydratation du bébé en période de chaleur. En revanche, en hiver, sa concentration en eau diminue tandis que sa teneur en graisses est beaucoup plus élevée.
Variations Diurnes : Le lait maternel varie aussi en cours de journée, et même la nuit ! Le matin, il est plus riche en lactose. Vers midi, il est plus riche en lipides et en protéines. L'après-midi il contient plus d'oligosaccharides. La variation de ces proportions en cours de journée permet au bébé d'adapter instinctivement la fréquence et l'horaire de ses tétées en fonction de ses besoins.
Composants Spécifiques et Leurs Rôles
Protéines et Substances Azotées
La teneur en protéines du lait de femme, comprise entre 8 et 12 g/L, est nettement inférieure à celle des autres mammifères. Néanmoins, elle est parfaitement adaptée aux besoins du nourrisson en raison d’une excellente absorption et d’une parfaite adéquation du profil de ses acides aminés.
Les protéines du lait de femme sont aussi très spécifiques ; même les caséines, qui ne représentent que 40 % des protéines (contre 80 % dans le lait de vache) sont différentes. Les caséines du lait de femme forment des micelles beaucoup plus petites que celles du lait de vache. Il s’agit surtout de la caséine - dont l’hydrolyse conduit à des peptides (caséomorphines) à propriétés opioïdes et de la caséine - hautement glycosylée, dont la fraction C terminale a des effets bifidogènes. Ce pourcentage élevé de protéines solubles et les micelles de caséine de petite taille expliquent la coagulation plus fine du lait de femme dans l’estomac du nourrisson, contribuant à une vidange gastrique plus rapide.
Il existe plus de 400 types de protéines ont été identifiés dans le lait maternel. Beaucoup d’entre elles sont actives et jouent un rôle protecteur chez le nouveau-né. Bien que le taux de protéines puisse largement varier d’une femme à l’autre, il est supérieur dans le colostrum (30 à 70 g/L), puis chute à un niveau stable dans le lait mature (8 à 12 g/L). Le faible taux protéique du lait maternel témoigne cependant d’un excellent pouvoir d’absorption des protéines lactées.
Lipides et Acides Gras
Le lait de femme contient des acides gras poly-insaturés (AGPI), acides gras essentiels mais aussi leurs homologues supérieurs, en particulier acide arachidonique (AA : 0,46 g/100 g d’acides gras) dans la série linoléique (n-6) et acide docosahexaénoïque (DHA : 0,25 g/100 g d’acides gras) dans la série _-linolénique (n-3). Cette teneur dépend des apports alimentaires en acides gras n-6 et n-3 de la femme allaitante (Heird, 2000). La cholestérolémie est d’ailleurs plus élevée chez le nourrisson au sein. Il faut rappeler le rôle du cholestérol dans la structure des membranes, comme précurseur hormonal et dans le développement cérébral.
Les AGPI-LC sont des constituants majeurs des membranes des cellules neuronales. Ils sont essentiels au bon développement de l’enfant à naître : l’AA est essentiel pour la croissance tandis que le DHA l’est pour le développement du système nerveux central et de la rétine durant la période pré- et post-natale. La disponibilité de ces lipides dans les tissus nerveux du nouveau-né dépend de la quantité d’AGPI-LC disponible dans le lait maternel, elle-même tributaire des apports nutritionnels de la mère au cours de l’allaitement, mais également au cours de la grossesse. Il est donc primordial que l’alimentation de la mère soit équilibrée et riche en omega-3.
Oligosaccharides du Lait Maternel (HMO)
Les oligosaccharides du lait maternel sont peu digérés dans l'intestin grêle et se retrouvent essentiellement dans le colon. Ainsi, ils ont un rôle important dans l'installation de la flore intestinale dans le tube digestif du nourrisson. « Il est important que la flore du bébé se développe pour limiter les troubles digestifs bas (coliques, diarrhées…) », explique la sage-femme. Ils ont une vraie action prébiotique.
Les oligosaccharides du lait maternel favorisent la fabrication d’acides gras à courtes chaines, essentiels pour le développement du système neurologique du bébé. Comment ? La fermentation des oligosaccharides aide à découper en petits morceaux les acides gras qui arrivent dans l'organisme en une longue chaine, les rendant ainsi plus assimilables. Mais ce n’est pas tout ! Les oligosaccharides du lait maternel sont aussi, par leurs différents mécanismes, des agents anti-infectieux et anti-inflammatoires essentiels.
Après le lactose et les triglycérides, ils sont le troisième composant principal du lait maternel. Aucunement considérés comme source énergétique car non absorbés par l’organisme, ils ont une fonction immunologique importante conférée par leur action prébiotique et stimulatrice de la croissance des bactéries intestinales.
Autres Composants
La teneur relativement faible en azote et en sels minéraux (2,50 g/L) permet de limiter la charge osmolaire rénale à des valeurs assez faibles (93 mOsm/L), alors qu’elle est beaucoup plus élevée pour le lait de vache (308 mOsm/L).
Le lait maternel est également un vivier exceptionnel en une protéine au mille vertus que l’on appelle la lactoferrine. Elle aurait dans le lait maternel des propriétés bactéricides, antivirales, et anti-inflammatoires. Sa fonction anti-infectieuse serait attribuée à sa grande affinité pour le fer, privant ainsi les microorganismes du fer nécessaire à leur développement.
Considéré comme une sorte de vaccin naturel pour nos enfants, le lait maternel est également une ressource inégalable en « petits soldats » du système immunitaire que l’on appelle les immunoglobulines (Ig). Ces glycoprotéines - anticorps naturels produits au niveau des muqueuses (intestinale, buccale…) - détectent et neutralisent les agents pathogènes de manière spécifique.
Défis et Solutions
Au début de l’allaitement, notamment les 8 aux 12 premières semaines, beaucoup de mamans produisent plus de lait que nécessaire. Evidemment, plus de lait signifie que le bébé risque fort d’être rassasié avant même la fin de la tétée. Comprenez bien que vous ne produisez pas trop de lait de début de tétée ni trop peu de lait de fin de tétée. Vous produisez simplement plus de lait que nécessaire, mais c’est temporaire. Votre corps va s’adapter petit à petit, et vous produirez juste ce qu’il faut pour votre bébé.
Si votre production de lait est trop abondante, vous pouvez vous limiter à un sein par tétée pour votre bébé. C’est une méthode qui permet au bébé de mieux drainer le sein et aussi de diminuer la production de lait.
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