Introduction

La procréation médicalement assistée (PMA) a connu un essor considérable en France depuis la naissance du premier bébé français issu d'une fécondation in vitro (FIV) en 1982. Aujourd'hui, elle représente une part significative des naissances, soulevant des questions démographiques, sociales, et éthiques importantes. Cet article explore l'évolution de la PMA en France, son impact démographique, les enjeux d'accès, et les perspectives d'avenir.

L'essor de la PMA en France : Un Aperçu Démographique

En France, la proportion d’enfants conçus par PMA augmente de manière continue et régulière. En 2023, 3,9 % des naissances en France sont obtenues grâce à une procréation médicalement assistée, dite PMA. Ce chiffre témoigne de l'importance croissante de la PMA dans le paysage démographique français. En effet, un enfant sur 30 est désormais conçu grâce à une technique d’assistance médicale à la procréation (AMP), qu’il s’agisse d’une fécondation in vitro (FIV) ou d’une insémination artificielle (IA). La FIV est à elle seule à l’origine de la naissance d’un enfant sur 40. Globalement, 300 000 enfants ont été conçus par FIV entre 1981 et fin 2014. Si la tendance se poursuit, un total de 400 000 sera atteint fin 2019.

Cette tendance s'inscrit dans un contexte plus large de baisse de la fécondité et d'augmentation de l'infertilité. Des estimations internationales récentes suggèrent qu’environ une personne sur six dans le monde a été confrontée à l’infertilité au moins une fois dans sa vie, c’est-à-dire qu’au moins douze mois de rapports sexuels réguliers non protégés n’ont pas abouti à une grossesse. En France, près de 3,3 millions de personnes en âge de procréer sont touchées par l’infertilité. Alors que les taux d'infertilité continuent d’augmenter, les technologies de procréation médicalement assistée (PMA) permettent d'infléchir la tendance.

Cadre Législatif et Accès à la PMA en France

Évolution de la législation

Jusqu’en 2021 en France, les conditions légales d’accès étaient restrictives puisque la PMA était réservée aux couples hétérosexuels, vivants, en âge reproductif, et avec une infertilité médicalement constatée. Cet encadrement faisait écho à la « norme procréative », qui définit socialement qui, avec qui, comment et quand avoir des enfants : être en couple hétérosexuel stable, ni trop jeune, ni trop âgé et avoir un enfant conçu par ce couple. Les personnes souhaitant un enfant mais ne réunissant pas ces critères normatifs, étaient exclues de la PMA.

En 2021, la loi de bioéthique a été révisée, ouvrant l’accès à la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes lesbiennes. Le critère d’infertilité médicale a ainsi été levé, tout comme le strict anonymat des donneurs et donneuses de gamètes. La législation française restreint l’accès de l’AMP aux couples hétérosexuels d’âge reproductif.

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Prise en charge financière

En France, l’accès à la PMA est facilité par sa prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie (dans la limite de six inséminations artificielles et de quatre FIV pour une grossesse). Toutefois, il est important de noter que l'argent de la Sécurité sociale n'est pas infini, donc si dans un centre de PMA, on a besoin d'un nouveau matériel par exemple, on est très limités par rapport à des centres aux États-Unis qui facturent 30.000 dollars pour une tentative de FIV.

Inégalités d'accès et discriminations

Les travaux scientifiques montrent que pour que cette inclusivité soit effective, les évolutions législatives devraient être accompagnées d’une réorganisation du système de soins, en particulier pour le don de gamètes, et d’une réflexion sur la déconstruction de la norme dominante de la « bonne maternité ». Dans notre recherche AMPsf, les entretiens menés avec des personnes ayant eu recours à la PMA mettent en évidence des délais d’attente inégaux pour bénéficier d’un don de gamètes et une prise en charge médicale, selon la situation conjugale, le poids, l’âge ou la race. Les données de remboursement des traitements de l’infertilité montrent que, entre 2007 et 2018, ce sont les traitements après 34 ans qui ont le plus augmenté. Ces données suggèrent aussi de fortes inégalités sociales, avec à la fois un moindre accès à la FIV et des arrêts très précoces de traitement plus fréquents, même si le cadre législatif est très favorable.

Par ailleurs, la gestation pour autrui (GPA) demeure interdite en France, empêchant les couples d’hommes, les femmes sans utérus et celles avec un utérus ne permettant pas une grossesse, de réaliser leur projet parental. Ces discriminations et exclusions expliquent, en partie, pourquoi la PMA à l’étranger persiste malgré le changement législatif, avec toutes les inégalités et difficultés que revêtent ces recours.

Facteurs Influant sur le Succès de la PMA

Âge des patients

Un autre facteur joue beaucoup sur la faible réussite de la PMA: celui de l'âge des patients. Allongement de la durée des études, situation difficile sur le marché du travail, changements sociétaux… les Françaises et les Français font des enfants de plus en plus tard. En effet, les taux de réussite de PMA chutent drastiquement après 35 ans. En 2023, le taux d'accouchement par insémination avec spermatozoïdes du conjoint était par exemple de 4% pour les femmes âgées de 40 à 42 ans, contre 12,8% pour les femmes de 30 à 34 ans, selon un rapport de l'Agence de la Biomédecine.

Cette réalité est peu assimilée par le grand public. Un rapport gouvernemental sur les causes de l'infertilité publié en 2022 soulignait qu'il "accorde une confiance excessive à l’AMP pour contrebalancer les effets adverses de l’âge" sur la fertilité. "Hommes et femmes disposent d’une image idéalisée et erronée de l’efficacité des techniques d’AMP, qui apparaissent aux yeux de beaucoup miraculeuses et sans limites", alertait le rapport.

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Complexité de la reproduction humaine

La première chose, c'est que la reproduction humaine ne marche pas bien en général, que ce soit en PMA ou en reproduction naturelle", constate-t-il. Le délai moyen de conception pour un couple qui n'a pas de problèmes de fertilité est d'environ 5 mois, selon le spécialiste. La PMA, elle, est un domaine relativement nouveau: "elle n'existe que depuis 40 ans, c'est très jeune par rapport aux autres disciplines médicales", souligne le biologiste. "La recherche a encore beaucoup de chemin à faire pour comprendre comment les embryons se développent et pourquoi certaines grossesses tiennent ou non", ajoute-t-il.

Recherche et éthique

Or, la reproduction humaine est un sujet très sensible en recherche, sur le plan réglementaire comme éthique. "On ne peut pas jouer avec les embryons humains comme les embryons de souris. La recherche est extrêmement encadrée dans beaucoup de pays", insiste Thomas Fréour. "Il est difficile de faire de la recherche sur des volontaires sains dans ce domaine et il est impossible de voir à l'intérieur de l'utérus d'une femme quand un embryon s'implante". Il reste donc beaucoup à découvrir pour pouvoir améliorer les techniques de PMA.

PMA à l'Étranger : Un Recours Face aux Limites Françaises

Face aux limites françaises, nombreux sont ceux qui font le choix de partir à l'étranger pour (re)tenter la PMA. Entre le devis pour le centre et les frais liés aux voyages (hôtels, transports…), Pierre estime qu'ils ont déboursé environ 18.000 euros, en contractant un prêt, pour cette PMA espagnole. En Espagne, les temps d'attente sont bien moins élevés pour bénéficier d'un don, ce qui explique que beaucoup de couples s'y rendent et connaissent alors une réussite de leur PMA.

Plusieurs pays pratiquent le diagnostic pré-implantatoire des aneuploïdies (ou DPI-A), qui détecte d'éventuelles anomalies chromosomiques dans un embryon et donne l'occasion d'écarter ceux qui en comportent avant un transfert pour une FIV. Cela permet notamment d'éviter des fausses couches liées à un embryon non viable. Aujourd'hui, le DPI-A est interdit en France.

Défis et Perspectives

Taux de succès et déception

Plusieurs candidats à la PMA ont accepté de confier à BFMTV leur découragement à l'issue de nombreuses tentatives infructueuses. Un protocole ne conduit à une grossesse que dans un cas sur cinq environ. En 2021, selon l'Agence de la biomédecine, le taux d'accouchement après une insémination réalisée sans don de gamètes était de 10,9%. Pour une FIV classique, il était de 20%. Une étude de l'Ined estimait qu'en 2019, seuls 48% des couples qui étaient en FIV étaient devenus parents par la voie médicale huit ans après le début de leur traitement. 11% étaient devenus parents grâce à l’adoption d’un ou plusieurs enfants et 12% avaient eu un enfant naturellement après des années d’infécondité. Ce qui laissait près de trois couples sur 10 sans enfant.

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Nécessité d'un accompagnement psychologique

Charlotte veut avant tout se reconstruire après son long parcours PMA. "Aujourd'hui, j'essaie de me remettre psychologiquement suite à ce qu'on a enduré.

Amélioration des techniques et recherche

Il reste primordial que les recherches se poursuivent sur ce sujet, entre autres dans une démarche participative avec les associations mobilisées pour faire évoluer les pratiques et les représentations sur le terrain. La recherche a encore beaucoup de chemin à faire pour comprendre comment les embryons se développent et pourquoi certaines grossesses tiennent ou non.

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