Introduction
La prééclampsie (PE) est une complication spécifique de la grossesse qui peut affecter la mère et le bébé à naître. Autrefois appelée « toxémie gravidique », elle se manifeste généralement après 20 semaines de grossesse et peut persister jusqu’à six semaines après l’accouchement. Bien que la cause exacte demeure méconnue, des problèmes de vascularisation du placenta sont considérés comme des facteurs contributifs majeurs. Cet article vise à définir la prééclampsie, à expliquer son importance, et à détailler les méthodes d'estimation du risque associées à cette condition.
Qu'est-ce que la Prééclampsie ?
La prééclampsie est une maladie due au placenta. Elle se traduit par des modifications dans les vaisseaux sanguins et peut entraîner des complications maternelles telles que l’hypertension et la protéinurie, ainsi que des complications fœtales comme le retard de croissance. La majorité des femmes atteintes de prééclampsie sont légèrement touchées, mais certaines peuvent développer une forme plus grave, appelée éclampsie. En cas de progression, une hospitalisation et un accouchement prématuré peuvent s’avérer nécessaires.
Hypertension artérielle gravidique
L'hypertension artérielle gravidique se caractérise par une tension artérielle supérieure à 14/9 qui survient après vingt semaines d'aménorrhée chez une femme n'ayant jamais eu d'hypertension artérielle par le passé. Comme la prééclampsie, elle est causée par un défaut des vaisseaux sanguins du placenta. En revanche, dans le cas de l'hypertension artérielle gravidique, il n'y a pas ou peu de perte de protéines dans les urines. Sa présence ne suffit donc pas pour poser le diagnostic de prééclampsie.
Importance du Dépistage de la Prééclampsie
Le dépistage de la prééclampsie se fait au premier trimestre de la grossesse, entre 11 et 14 semaines. Ce bilan permet d’évaluer :
- Le risque d’anomalies chromosomiques pour le fœtus (notamment la trisomie 21).
- Le risque d’accouchement prématuré.
- Le risque de prééclampsie pendant la grossesse.
Un résultat indiquant un risque élevé ne signifie pas nécessairement que vous développerez une prééclampsie. Néanmoins, en connaissant ce risque, votre médecin peut préparer la prise en charge de votre grossesse de façon optimale.
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Procédures d’Évaluation du Risque
L’évaluation des risques de votre grossesse comprend la réalisation, sur une demi-journée, entre 11 et 14 semaines d’aménorrhée :
- D’une échographie.
- D’une prise de sang.
- D’un examen clinique.
Le rendu de résultat est assuré de manière orale et écrite par un professionnel spécialisé. Un rapport vous est remis et expliqué, ainsi qu’un exemplaire pour le praticien qui suivra votre grossesse. Cette évaluation initiale, rassurante dans la très grande majorité des cas, permet une orientation vers le praticien de votre choix (sage-femme, médecin généraliste, gynécologue). En cas de mise en évidence d’un risque augmenté de pathologie, vous serez adressée vers un professionnel de santé et une structure spécialisée adaptés. Les procédures d’évaluation du risque utilisées dans ces différentes structures sont issues de travaux scientifiques effectués dans le monde entier.
Cette évaluation initiale a pour but d’orienter au mieux votre parcours de santé et vous laisse le libre choix du praticien et du lieu d’accouchement. Il faut compter 2h30 pour la réalisation des différents examens, 1h si l’échographie a déjà été faite en ville. Les premiers résultats permettent de donner une première évaluation.
Définition Clinique de la Prééclampsie
La définition de la PE est essentiellement clinique : tension artérielle ≥ 140 mm Hg et/ou diastolique ≥ 90 mm Hg associée à une protéinurie ≥ 0,3 g/24 h survenant après 20 semaines de grossesse. La présence d’œdèmes est classique, mais non discriminante.
Complications Potentielles
Les complications des PE sont :
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- Maternelles : poussée hypertensive sévère imposant l’interruption de grossesse, HELLP syndrome, éclampsie, hématome rétroplacentaire, insuffisance rénale aiguë.
- Fœtales : RCIU, mort fœtale in utero (MFIU), prématurité.
La moitié environ des PE se manifestent avant 34 SA (semaines d’aménorrhée), elles sont dites précoces ; l’autre moitié, au-delà de 34 SA (PE tardives). Les PE précoces sont les plus redoutées car elles sont associées à une prématurité iatrogène ou ont un retentissement fœtal important.
Calcul du Risque de Prééclampsie
Le dépistage de la PE est un calcul de risque prenant en compte les facteurs de risque recueillis par l’interrogatoire et l’examen clinique, les mesures biophysiques (tension artérielle, échographie du 1er trimestre avec mesure de la longueur crânio-caudale, index de pulsatilité à l’écho-doppler des artères utérines), et les marqueurs biologiques (PAPP-A et PlGF). Les concentrations sériques de PlGF permettent également de préciser le risque de RCIU isolé et d’adapter la surveillance échographique en ciblant mieux les patientes à risque. Les RCIU non diagnostiqués représentent la première cause de mort fœtale in utero évitable.
Le calcul de risque est effectué par un logiciel de calcul adapté aux réactifs et fonctionnant sur le même principe que celui du logiciel de calcul de risque de T21. Les facteurs de risque cliniques, biophysiques et biologiques ont été établis à partir d’une cohorte de femmes enceintes dont certaines ont développé une pré-éclampsie et d’autres non.
Renseignements Cliniques Pris en Compte dans le Calcul
- IMC : l’obésité est un facteur de risque de PE.
- Origine géographique : le risque de PE est augmenté chez les femmes originaires d’Afrique subsaharienne et des Antilles.
- Parité : la nulliparité est un facteur de risque de PE.
- Antécédent personnel ou familial de PE.
- Hypertension chronique (traitée ou non).
- Tabac : un tabagisme actif diminue le risque de PE.
Mesures Biophysiques
- Pression artérielle : mesurée entre 11+0 SA et 13+6 SA, idéalement bi-bras (sinon un seul bras), permettant le calcul de la Pression Artérielle Moyenne (PAM) à partir des pressions systoliques et diastoliques. La PAM a en effet une valeur prédictive positive de pré-éclampsie plus élevée que la simple mesure de la pression artérielle. Le calcul est effectué par le logiciel, puis exprimé en MoM (Multiple de la Médiane) en tenant compte du poids de la patiente.
- Doppler des artères utérines : index de pulsatilité (IP).
Marqueurs Biochimiques
- PAPP-A (Pregnancy-Associated Growth Factor) : métalloprotéase, jouant un rôle important dans l’invasion trophoblastique. C’est également un marqueur sérique maternel du calcul risque combiné de T21 fœtale. Une faible concentration sérique en PAPP-A évoque un risque de T21, de trisomie 18, de pré-éclampsie, de RCIU et/ou de fausse-couche spontanée (PAPP-A et hCGß basses).
- PlGF (Placental Growth Factor) : produit par le placenta, est un médiateur de l’angiogenèse, appartenant à la famille des facteurs de croissance de l’endothélium vasculaire (VEGF). Chez les patientes qui développeront une pré-éclampsie, la concentration sérique de PlGF est inférieure à celle des patientes non atteintes. Les performances sont meilleures pour le dépistage des PE précoces (les plus redoutées).
Prévention de la Prééclampsie
L’intérêt d’un dépistage précoce de la PE réside dans la possibilité d’instaurer une prophylaxie par aspirine. Des études ont montré que l’aspirine avait un effet préventif efficace sur la pré-éclampsie uniquement lorsque le traitement était mis en place avant la 16e semaine de grossesse. Une étude prospective multicentrique en double aveugle souligne l’intérêt de ce dépistage pour traiter de façon précoce par aspirine (150mg/j) les patientes à risque de PE et diminuer ainsi significativement la survenue d’une pré-éclampsie avant 37 SA.
Traitement de la Prééclampsie
Tous les traitements médicaux mis en œuvre lors de prééclampsie servent à maintenir la grossesse jusqu’à un terme compatible avec la survie du fœtus. L’accouchement est provoqué ou une césarienne est pratiquée si la santé de la mère ou de l’enfant le nécessite. Certains bébés restent en pleine santé bien que leur mère présente une pré-éclampsie sévère. Dans ce cas, le personnel médical devra surveiller attentivement le bébé afin de s’assurer qu’il reçoit suffisamment d’aliments/de nutriments et d’oxygène. En cas de complications, la pré-éclampsie peut aboutir à un accouchement prématuré.
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Impacts et Statistiques
La pré-éclampsie concerne environ 3 à 4 % des grossesses. La pré-éclampsie est une pathologie dont l’étiologie est multifactorielle. La morbi-mortalité maternelle et fœtale associée est élevée : il s’agit de la 2e cause de décès maternels en France après les hémorragies de la délivrance, et d’une cause majeure de retard de croissance intra-utérin (RCIU). Elle est aussi à l’origine d’1/3 des naissances de grands prématurés. En outre, la PE entraîne des complications à long terme : les femmes ayant eu une pré-éclampsie ont un risque fortement accru de morbi-mortalité cardiovasculaire.
L’hypertension artérielle de la femme enceinte est relativement fréquente : elle concerne plus ou moins 10 % des grossesses. Parmi elles, environ 10 % souffrent d’hypertension artérielle chronique pré-existante à la grossesse. Les autres 90 % présentent une hypertension artérielle liée à la grossesse (hypertension artérielle gravidique).
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