L'affaire Estelle Mouzin, marquée par la disparition d'une fillette de 9 ans en 2003, est l'une des affaires criminelles françaises les plus poignantes et les plus énigmatiques. Pendant des années, elle a tenu en haleine toute une nation, suscitant émotion et indignation. Entre espoirs déçus, fausses pistes et rebondissements judiciaires, la quête de vérité a été longue et douloureuse pour la famille d'Estelle, en particulier pour son père, Éric Mouzin.
Disparition d'Estelle Mouzin: Les Premières Heures d'une Enquête Complexe
Le 9 janvier 2003, la vie d'Estelle Mouzin bascule. La fillette, âgée de 9 ans, disparaît à Guermantes, en Seine-et-Marne, alors qu'elle rentre de l'école. Elle devait se rendre au domicile de sa mère, Suzanne Mouzin. Ses parents vivent alors séparément, et sont en instance de divorce. Le père, Éric Mouzin, vit au Vésinet, dans les Yvelines, avec son grand-frère Arthur. Estelle ne rentre pas à la maison. Sa disparition est signalée par sa mère en début de soirée. Une information judiciaire est ouverte le 10 janvier par le parquet de Meaux pour enlèvement et séquestration d'une mineure de quinze ans. Une passante affirme l'avoir aperçue à 18h15 près de la boulangerie, non loin de son domicile. Il s'agit de la dernière indication. L'appel à témoin est relayé dans toute la France.
Les premiers jours de l'enquête sont marqués par une mobilisation importante. Le 14 janvier, tout le village est bouclé et fouillé. Les 1400 habitants de la commune sont interrogés. Pendant ce temps, les parents d'Estelle, Suzanne et Éric, mobilisent leurs contacts et frappent à la porte des médias. Une association au nom d'Estelle est même créée. Mais l'enquête stagne. Une audition aboutit à une première piste en juin 2003. Un enfant explique aux enquêteurs avoir été approché par un homme trois semaines avant la disparition de la fillette. Le portrait-robot est établi, mais la piste ne donne rien.
Michel Fourniret: Une Piste Écartée Puis Réactivée
Quelques semaines plus tard, les enquêteurs ont une nouvelle piste, celle de celui qui sera surnommé plus tard "l'ogre des Ardennes". Michel Fourniret a été arrêté en juin, en Belgique, après avoir tenté d'enlever Marie-Ascension, une adolescente de 13 ans, à la sortie de l'école avec sa camionnette blanche. Au bout de dix kilomètres, la jeune fille parvient à s'échapper du véhicule. Les enquêteurs français se rendent en Belgique pour l'interroger, mais découvrent qu'il a un alibi. Le suspect était à son domicile, en Belgique, en train de passer un appel à son fils le soir de la disparition d'Estelle, en Seine-et-Marne. Lors des fouilles réalisées au domicile de Michel Fourniret, une cassette vidéo avec un reportage sur la disparition d'Estelle Mouzin est retrouvée. Plusieurs photos de la jeune fille se trouvent aussi sur son ordinateur.
En 2007, emprisonné, Michel Fourniret écrit au président de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Reims. Il sollicite "la jonction des affaires Domèce, Mouzin et Parrish" (Il a avoué les meurtres des deux autres filles en 2018). Pourtant, le tueur en série continue de manipuler les juges, et conteste avoir joué un rôle dans la disparition d'Estelle Mouzin, en répondant : "Celle-là, c'est pas moi". Il est mis hors de cause.
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Le nom d'Estelle Mouzin devient alors plus rare dans les médias. Début 2008, un espoir est vite étouffé. Des policiers recherchent un corps enterré sous un restaurant asiatique en Seine-et-Marne, à 25 kilomètres de Guermantes. La même année, Michel Fourniret est déclaré coupable des enlèvements, viols et meurtres de sept jeunes femmes, commis entre 1987 et 2001. En 2010, le lien entre le tueur en série et l'affaire Estelle Mouzin refait surface, grâce à l'examen plusieurs scellés de "l'ogre des Ardennes". Des morceaux de lacets blancs et des gants en polaire noirs ont été retrouvés à son domicile.
L'Inlassable Combat d'Éric Mouzin
Pendant ce temps, le père d'Estelle Mouzin, Éric Mouzin, continue son combat. Il est partout, aux marches blanches annuelles à Guermantes, et dans les médias. Le père d'Estelle a une idée. Il demande aux enquêteurs si le fait de vieillir le visage de la fillette disparue depuis sept ans aurait un intérêt. Pendant les années 2010, les faux-espoirs se succèdent. En 2012, un étudiant est arrêté. Sa valise contenait de nombreuses coupures de presse sur l'affaire Estelle Mouzin. Il était trop jeune en 2003, la piste est rapidement écartée. En 2017, un parallèle est cette fois-ci dressé avec l'affaire Maëlys, fillette de huit ans disparue pendant un mariage en Isère. L'enquête piétine.
Quinze ans après la disparition d'Estelle, en 2018, Éric Mouzin exprime sa colère, sur de France 2 : "C'est plus que de la colère, c'est de la rage et c'est aussi d'avoir été pris pour un con pendant toutes ces années." Il décide d'attaquer l'État pour faute lourde. "Aucun juge n’a pris le temps de lire l’intégralité du dossier et de donner des orientations aux recherches.
Les Aveux de Fourniret et le Rôle de Monique Olivier
L'enquête est relancée en 2019 par la nouvelle juge d'instruction, Sabine Khéris. Le 14 mars 2019, "l'ogre des Ardennes" évoque l'affaire Estelle Mouzin. Il dit avoir des "explications" à donner sur le sujet alors qu'il était entendu sur une autre affaire. Il ne fait aucun aveu. En fin d'année 2019, Monique Olivier, son ancienne épouse et complice, revient sur l'alibi de Michel Fourniret. Il n'aurait pas téléphoné à son fils le soir de la disparition d'Estelle Mouzin. Il aurait en réalité demandé à son épouse de passer ce coup de fil, pour faire croire qu'il se trouvait à son domicile de Sart-Custinne, en Belgique. "C'était une instruction qu'il lui avait donnée le matin avant de partir", a précisé son avocat Maître Richard Delgenes. Michel Founiret est mis en examen le 27 novembre 2019 pour "enlèvement et séquestration suivi de mort".
En mars 2020, Michel Fourniret est une nouvelle fois interrogé par la juge Sabine Khéris. Il avoue avoir tué Estelle Mouzin, en répondant : "Je reconnais là un être qui n’est plus là par ma faute. Six mois plus tard, à l'issue d'une nouvelle expertise, des traces d'ADN "partiel" de la fillettee sont retrouvées sur un matelas qui avait été saisi en 2003, dans la maison de la sœur de Michel Fourniret, à Ville-sur-Lumes, dans les Ardennes. Début avril 2021, Monique Olivier déclare à la juge qu'elle était présente au moment de la séquestration de l'enfant. "Elle a donné des endroits, un chemin sur lequel elle l'avait accompagné en voiture. Il était descendu, c'était elle qui conduisait, il avait emmené Estelle Mouzin à l'endroit qu'elle a désigné.
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Le Procès de Monique Olivier et la Condamnation de l'État
L'année 2023 est marquée par le procès de Monique Olivier. Durant la deuxième semaine d'audience, Monique Olivier revient sur la nuit où elle a rencontré Estelle Mouzin. "Quand je vois Estelle Mouzin pour la première fois, je suis choquée, même en colère de voir cette petite fille. J'étais révoltée et fâchée, j'ai même pas osé lui parler tout de suite", déclare-t-elle, avant de revenir sur le moment où elle s'est retrouvée seule avec elle. "Elle m'a dit qu'elle voulait voir sa maman, je lui ai dit qu'elle allait bientôt la voir. Je l'ai amenée aux toilettes, je lui ai donné à boire, puis je l'ai ramenée dans la chambre et j'ai refermé la porte car ça me faisait de la peine. Interrogée par le président de la cour sur son choix de ne pas sauver Estelle Mouzin, elle répond : " Je ne sais pas, je ne sais pas". Après cette annonce, Me Didier Seban, avocat des familles Mouzin et Parish, déclare à Franceinfo : "Ce procès n'a pas été à la hauteur des espoirs".
Plus de vingt ans après la disparition d’Estelle Mouzin, la justice a condamné l’État pour "faute grave". Le 3 septembre, la justice vient de trancher sur les manquements de l’État le condamne pour "faute grave", affirmant que "le manque de moyens humains et les dysfonctionnements" durant l'enquête "constituent une faute lourde et engagent à ce titre la responsabilité de l’Etat". L’État est condamné à verser 50 000 € de préjudice moral à Éric Mouzin.
Lors des audiences devant la première chambre civile du tribunal, le père d’Estelle Mouzin a été d’une franchise implacable. Il a parlé d’"amateurisme", accusant les enquêteurs de ne pas avoir tout mis en œuvre pour retrouver sa fille. Son avocat, a rappelé ce 1er septembre à l'AFP, qu’il a fallu "plus de 20 ans pour savoir la vérité". "On aurait pu arrêter le parcours criminel de Michel Fourniret bien avant", a ajouté l'avocat.
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