Introduction

La fertilité masculine est un sujet de préoccupation croissante, avec plus de 10% des couples en France consultant pour des problèmes de fertilité. De nombreux facteurs peuvent affecter la fertilité masculine, tels que les médicaments, l'alcool, le tabac, le stress, et notamment le poids et le comportement alimentaire. Parmi ces facteurs, le surpoids et l’obésité sont identifiés comme des causes potentiellement réversibles d’infertilité masculine. Cet article se propose d'examiner en profondeur le lien entre l'obésité et la fertilité masculine, en explorant les mécanismes physiopathologiques impliqués, l'impact sur les paramètres spermatiques et les options de traitement.

Prévalence du Surpoids et de l'Obésité chez les Hommes en Âge de Procréer

Selon l’étude ObEpi-Roche de 2012, une proportion significative d'hommes en âge de procréer est concernée par le surpoids et l'obésité. En effet, 32 % des hommes seraient en surpoids et 15 % obèses. Ces chiffres soulignent l'importance de comprendre l'impact de ces conditions sur la fertilité masculine.

Impact de l'IMC Masculin sur la Fertilité du Couple

Plusieurs études de grande envergure menées dans les années 2000 ont mis en évidence une relation dose-effet entre l’IMC masculine et l’hypofertilité du couple. Ces études ont rapporté des odds-ratio compris entre 1,1 et 1,5, suggérant que plus l'IMC est élevé, plus le risque d'hypofertilité du couple augmente. Des travaux plus récents ont confirmé cette association négative, en montrant une diminution des chances de grossesse en FIV classique et une diminution des taux de naissances associée à une augmentation de l’IMC en ICSI.

Altération des Paramètres Spermatiques Associée à l'IMC

La plupart des études rapportent une altération des paramètres spermatiques associée à l’IMC, avec un plateau observé pour des IMC élevés (› 30 kg/m2). Ces altérations comprennent :

  • Diminution du nombre de spermatozoïdes
  • Diminution de leur mobilité
  • Augmentation des formes atypiques
  • Augmentation de la fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes

Une méta-analyse de 5 études publiée en 2010 n'avait pas permis de conclure à l’effet du poids sur les paramètres spermatiques. Cependant, un travail plus récent colligeant 21 études a mis en évidence une association significative dose-réponse entre l’IMC masculine et le risque de présenter une diminution du nombre des spermatozoïdes (oligozoospermie ou azoospermie) en cas d’IMC élevé. Les odds-ratio étaient de 1,1 en cas de surpoids, de 1,3 en cas d’obésité et de 2 en cas d’obésité morbide.

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Mécanismes Physiopathologiques Impliqués

Plusieurs hypothèses physiopathologiques ont été proposées afin d’expliquer l’association entre obésité et altération des paramètres spermatiques :

  • Facteurs endocriniens : L’obésité, surtout abdominale, induit des altérations de l’axe hypothalamo-hypophysaire secondaires à divers mécanismes endocriniens. Il existe chez les hommes obèses une diminution significative des taux de testostérone ainsi qu’une augmentation significative des taux d’œstrogènes, contribuant à altérer la spermatogenèse. Chez l’homme atteint d’obésité, une conversion de l’hormone masculine (testostérone) à l’œstrogène se produit, qui entraîne une diminution des niveaux d’hormone masculine et de gonadotrophines.
  • Impact direct de l’obésité sur la spermatogénèse : L'obésité peut affecter directement la production de spermatozoïdes.
  • Hyperglycémie et insulinorésistance : Ces conditions métaboliques, souvent associées à l'obésité, peuvent perturber la fonction testiculaire.
  • Augmentation de la température scrotale : Un réchauffement testiculaire excessif peut être lié à une augmentation du tissu adipeux scrotal et à une obésité abdominale en position assise.
  • Effet du stress oxydant : L'obésité est associée à un stress oxydant accru, qui peut endommager les spermatozoïdes.
  • Alimentation déséquilibrée : Une mauvaise alimentation peut également contribuer à l'altération des paramètres spermatiques.

Rôle de la Masse Grasse et de l'Alimentation

Il est important de noter que l'IMC ne serait pas seul en cause. La masse grasse et l’alimentation auraient leur part de responsabilité. L’alimentation du père pourrait avoir des conséquences sur la santé future des enfants. Une alimentation déséquilibrée chez le père pourrait modifier certains facteurs épigénétiques portés par le spermatozoïde et qui s’exprimeraient à long terme chez les descendants.

Impact de l'Alimentation Ultra-Transformée

Une nouvelle étude internationale a mis en lumière le rôle de l’alimentation ultra-transformée sur la santé du système reproducteur masculin, possiblement via l’action de perturbateurs endocriniens. Les aliments ultra-transformés représentent une part importante de l'apport calorique dans de nombreux pays, et leur consommation est associée à une chute de l’hormone FSH qui stimule la production de spermatozoïdes et une tendance à la baisse de la testostérone. Ces aliments contiennent souvent des polluants industriels, tels que les phtalates, qui sont des perturbateurs endocriniens reconnus.

Réversibilité des Effets de l'Obésité sur le Sperme

La réversibilité de l’obésité et de ses effets sur le sperme en cas de perte de poids par régime ou exercice physique a été évaluée chez la souris. Cette perte de poids a significativement amélioré la mobilité et la morphologie des spermatozoïdes, diminué la fragmentation de l’ADN. La perte de poids est associée à une amélioration du profil hormonal, à une amélioration de la qualité du sperme et de la dysfonction érectile.

Chirurgie Bariatrique et Fertilité Masculine

Lors du dernier congrès Infogyn, des chercheurs ont présenté des résultats sur l’influence de la chirurgie de l’obésité (chirurgie bariatrique) sur la fertilité masculine. Or, les résultats obtenus tendent à démontrer le phénomène inverse. La chirurgie de l’obésité ne permet pas, selon ces données, de restaurer la fertilité masculine impactée par la surcharge pondérale.

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Obésité et Assistance Médicale à la Procréation (AMP)

Dans le cadre d’un parcours en Procréation Médicalement Assistée (PMA), l’obésité masculine pourrait influencer de manière importante les issues des tentatives. En AMP, 50% des échecs PMA sont liés à des facteurs masculins, notamment à cause de l'augmentation de l’obésité chez l’homme. Des études récentes ont analysé les résultats de ce type de traitements en comparant les résultats de traitements dans lesquels l’homme avait un IMC normal à ceux d’un homme ayant un IMC élevé. Il fut observé que le surpoids peut affecter de façon négative le résultat du traitement. L'obésité (IMC ≥ 30) constitue une cause potentielle d'infertilité masculine et un facteur de mauvais pronostic lors d’un parcours PMA.

L’apparition de la microinjection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI) au début des années 90 a permis aux couples dans lesquels l’homme avait une faible qualité séminale ou des problèmes d’éjaculation de parvenir à une grossesse.

Conseils et Recommandations

Compte-tenu de l’effet délétère du surpoids sur la fertilité masculine, il est régulièrement recommandé aux hommes consultant pour des problèmes de fertilité de contrôler leur poids corporel, ou de perdre du poids en cas de surpoids ou d’obésité. Il faudrait se réhabituer à faire la cuisine soi-même. C’est un effort dans un premier temps mais les bénéfices pour notre santé et notre bien-être se remarquent vite. En écartant les aliments ultratransformés, cela paye immédiatement. Une régulation de la publicité sur cette alimentation ultratransformée, surtout pour les enfants, est essentielle.

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