L'espérance de vie à la naissance est un indicateur démographique clé, souvent utilisé pour évaluer l'état de santé d'une population et les progrès réalisés en matière de développement. Elle représente une estimation du nombre d'années qu'un nouveau-né peut espérer vivre, compte tenu des conditions de mortalité actuelles. Cet article explore en profondeur la définition de l'espérance de vie à la naissance, son mode de calcul, son évolution à travers le temps et l'espace, ainsi que les facteurs qui l'influencent.
Définition et calcul de l'espérance de vie à la naissance
L'espérance de vie à la naissance (ou à l’âge 0) représente la durée de vie moyenne, autrement dit l’âge moyen au décès, d’une génération fictive qui serait soumise à chaque âge aux conditions de mortalité de l’année considérée. Elle caractérise la mortalité indépendamment de la structure par âge. L’espérance de vie à la naissance est un cas particulier de l’espérance de vie à l’âge x, qui représente le nombre moyen d’années restant à vivre au delà de cet âge x (ou durée de survie moyenne à l’âge x), dans les conditions de mortalité par âge de l’année considérée.
L'espérance de vie est une estimation statistique qui indique combien d'années en moyenne une personne peut espérer vivre. Elle est calculée à partir des tables de mortalité qui compilent les taux de décès observés par âge et par sexe au sein d'une population donnée.
Plus précisément, l'espérance de vie à la naissance se calcule à partir des quotients de mortalité par âge, c'est-à-dire des probabilités de décéder dans l'année pour des personnes qui atteignent un âge donné.
Pour comprendre ce qu’est l’espérance de vie à la naissance, prenons un exemple. Partons d’un effectif de 100 personnes qui naissent en 2019. Supposons que ces personnes soient soumises pendant toute leur vie aux « conditions de mortalité » de l’année 2019, c’est-à-dire qu’elles aient à chaque âge les taux de mortalité par sexe et âge observés en 2019. On calcule, dans ces conditions, combien de personnes décéderaient avant leur 1er anniversaire ; pour cela, on applique à ces 100 bébés la probabilité qu’ils décèdent avant l’âge de 1 an, observée en 2019. Soit N1 le nombre de bébés décédés avant l’âge de 1 an. On calcule ensuite combien de personnes décéderaient avant leur 2e anniversaire ; pour cela, on applique à ces 100-N1 personnes la probabilité qu’elles décèdent entre l’âge de 1 an et de 2 ans, observée en 2019. Ce cheminement illustre bien ce qu’on appelle une génération « fictive », car personne n’aura au cours de sa vie à la fois 0 an en 2019, 1 an en 2019, 2 ans en 2019, etc. Les bébés nés en 2019 auront 1 an en 2020, 2 ans en 2021, etc. Il faudrait donc attendre plus de 100 ans, soit au moins l’année 2120, pour pouvoir mesurer leur « vrai » âge moyen au décès.
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L’espérance de vie est l’indicateur de référence au niveau international pour résumer les conditions de mortalité d’une année donnée. Il correspond à l’âge moyen auquel décéderait une génération fictive qui connaîtrait, tout au long de sa vie, les taux de mortalité par âge observés l’année considérée. Elle n’est donc ni l’âge moyen auquel décéderont les personnes nées l’année considérée ni l’âge moyen des personnes qui sont décédées cette année-là.
L’espérance de vie est un âge au décès « fictif », mais sa force est de ne pas dépendre de la structure par âge de la population. Il est de ce fait l’indicateur le plus adapté pour comparer les conditions de mortalité dans le temps, mais aussi dans l’espace ou entre populations.
Évolution de l'espérance de vie à travers le monde et en France
L'espérance de vie moyenne dans le monde a très fortement progressé entre les années 1950 et les années 2000, passant de 46 ans (1950-1955) à 68 ans (2005-2010). Depuis lors, sa hausse est moins forte (72 ans en 2022) et a même connu une période de baisse en 2021 lors de la crise du Covid 19. Cette progression se fait à des rythmes variables selon les pays.
Contrairement à une idée reçue, c’est dans les pays les moins développés qu’elle progresse le plus vite. On observe donc un rattrapage entre les pays favorisés d’une part, et les précaires et les émergents d’autre part. Toutefois, si l’écart se réduit, il ne disparaît pas, puisque l’espérance de vie continue de progresser dans les pays riches, certes à un rythme plus lent.
En France, l'espérance de vie a connu une augmentation constante au cours des dernières décennies. Depuis 1950, les Français et les Françaises ont gagné 17 ans d’espérance de vie à la naissance. En 2024, l'espérance de vie en France atteint 80 ans pour les hommes et 85,6 ans pour les femmes. En 2025, l’espérance de vie à la naissance a atteint 80,4 ans pour les hommes et 85,9 ans pour les femmes, en faible hausse par rapport à 2024 (+ 0,1 an pour les deux sexes). Depuis une décennie, les progrès en matière d’espérance de vie sont moins rapides.
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Depuis 1994, les gains moyens d’espérance de vie en France sont de 3 mois par an pour les hommes et 2 mois par an pour les femmes. L’écart d’espérance de vie entre les femmes et les hommes était passé de huit ans et demi à six ans entre le milieu des années 1980 et le milieu des années 2010. Après une remontée liée à l’impact de la crise sanitaire - qui a davantage affecté les hommes que les femmes -, l’indicateur a repris sa tendance à la baisse et atteint cinq ans et demi en 2025.
Dans son scénario dit « central » de projection démographique, l’Insee applique aux années futures les évolutions actuelles. Dans cette hypothèse, l’espérance de vie à la naissance atteindrait 90 ans pour les femmes et 87 ans pour les hommes en 2070. Depuis le milieu des années 2010 cependant, les progrès semblent moins rapides. Ce ralentissement des gains d’espérance de vie n’a rien de surprenant. Il contraste avec l’ampleur des progrès des décennies précédentes, mais la durée de vie plafonnera bien un jour, même si personne ne sait dire quand.
Facteurs influençant l'espérance de vie
Plusieurs facteurs contribuent à l'allongement de l'espérance de vie. Sur longue période, les conditions matérielles de vie s’améliorent, le travail est moins pénible et le nombre d’heures de travail tend à se réduire. Plus diplômés, les individus sont de plus en plus attentifs à leur santé et à leur corps en particulier. Les normes d’hygiène et d’alimentation comme l’accès aux soins, progressent. Dans les années plus récentes, les progrès qui ont le plus accru la durée de vie ont favorisé les personnes les plus âgées, principalement en raison d’une amélioration des traitements des cancers et des maladies de l’appareil respiratoire.
Les progrès de la longévité dépendront de la capacité de la médecine à ralentir les effets du vieillissement et à réparer les organes dont les fonctions se détériorent avec l’âge. Ils résulteront aussi de l’évolution des modes de vie, notamment de la consommation de tabac et d’alcool. L’état de santé dépend pour beaucoup de la quantité d’heures travaillées (durée hebdomadaire et nombre d’années) et de la pénibilité du travail. L’essor d’emplois peu qualifiés, dont une partie s’exerce à l’extérieur (comme les livreurs de repas à vélo par exemple) va jouer. De nouvelles pénibilités sont-elles en train de naître ?
La crise de la Covid-19 a montré que nos sociétés, en dépit des immenses progrès sanitaires effectués ces dernières décennies, n’étaient pas à l’abri d’une catastrophe. Dans ce cas, la recherche a joué un rôle majeur : des vaccins ont été mis au point avec une rapidité jamais atteinte.
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L'espérance de vie en bonne santé : un indicateur complémentaire
Depuis plusieurs décennies, l'espérance de vie s'accroît particulièrement aux âges élevés et l'espérance de santé évalue les effets du vieillissement sur la qualité de vie des populations et des patients. L'OMS déclarait dès son Rapport sur la santé dans le monde de 1997 « qu'une longévité accrue ne présente guère d'intérêt. L'espérance de santé est plus importante que l'espérance de vie ».
Les espérances de santé sont une famille d'indicateurs correspondant au nombre d'années que l'on peut espérer vivre dans un état de santé déterminé, compte tenu des conditions de vie du moment. Les plus fréquentes dans la littérature sont les espérances de vie sans incapacité (EVSI), les espérances de vie sans maladies chroniques, les espérances de vie en bonne santé (perçue), les années de vie corrigées de la qualité. L'EVSI correspond à l'espérance de vie diminuée du nombre d'années vécues avec une ou plusieurs incapacités (déficiences) modérées ou sévères. Ces indicateurs visent à créer des mesures qui soient plus sensibles à la dynamique et aux déterminants de la santé. Les indicateurs d’espérance de santé combinent des informations provenant de tables de mortalité et d’enquêtes sur la santé dans la population.
Un bon nombre de futurs retraités s'interrogent en effet sur ce temps moins long qu'ils vont pouvoir passer à la retraite, et surtout pendant lequel ils peuvent espérer vivre sans problèmes de santé pour en profiter le plus possible. L'espérance de vie en bonne santé est un indicateur de santé publique qui mesure le nombre d’années que peut espérer vivre une personne sans être limitée dans ses activités quotidiennes par un problème de santé.
Pour affiner les estimations de nombre d'années qu'un individu peut espérer vivre en moyenne, en France, une enquête du ministère des Solidarités réalisée chaque année prend en compte en plus l'état de santé de la population pour pouvoir définir ce que l'on appelle l'espérance de vie en bonne santé, aussi dénommée l'espérance de vie sans incapacité, un indicateur mis en place au milieu des années 2000.
Pour obtenir l'estimation de l'espérance de vie en bonne santé, on utilise des enquêtes auprès de la population en demandant aux personnes interrogées si elles sont limitées depuis six mois par un problème de santé dans leurs activités de la vie courante, c'est-à-dire que l'on essaie d'évaluer "l'état fonctionnel" des personnes, soit leur niveau d'incapacité. L'espérance de vie en bonne santé est donc définie en fonction de la perception que chacun des intéressés se fait de son état de santé. Il s'agit d'un indicateur subjectif qui, en conséquence, varie.
Il faut savoir aussi qu'il existe deux mesures de l'espérance de vie en bonne santé. Une interroge les sondés sur la limitation de leurs activités mais dans le cas où cette dernière n'est pas ressentie fortement, et l'autre, en revanche, prend en compte les personnes qui se disent limitées fortement, ce qui permet notamment de repérer les personnes en situation de handicap. On parle alors d'espérance de vie sans incapacité forte.
En France, selon les dernières données publiées par l'Insee, une femme peut espérer vivre 67 ans en bonne santé et un homme, 65,6 années. Une espérance de vie sans incapacité supérieure à la moyenne européenne. En 2021, les Européens pouvaient en effet compter sur une espérance de vie en bonne santé en moyenne de 63,5 années et les Européennes, de 64,5 années. En France, durant la décennie 2010, les femmes et les hommes ont gagné environ deux années d’espérance de vie en bonne santé.
De son côté, la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) a aussi récemment publié des données pour l'année 2021 concernant l’espérance de vie en bonne santé, soit le nombre d’années qu’une personne peut espérer vivre sans être limitée dans les activités de la vie quotidienne, mais à l'âge de 65 ans. Ainsi, l'espérance de vie en bonne santé à 65 ans est de 12,6 ans pour les femmes et de 11,3 ans pour les hommes. À 65 ans, l'espérance de vie en bonne santé, c'est-à-dire sans incapacité, a augmenté de 2 ans et 8 mois entre 2008 et 2021 pour les hommes et de 2 ans et 7 mois pour les femmes.
Précautions à prendre avec l'indicateur d'espérance de vie
Comme son nom l’indique, l’« espérance » de vie est un calcul fictif réalisé à partir des conditions de mortalité du moment. C'est une « espérance » : ce qui se passerait « si » les bébés de 2025 connaissait les conditions de mortalité de 2025. On applique les taux de mortalité constatés à chaque âge pour construire l'« espoir » d'atteindre un certain âge. En pratique, un bébé né en 2025 ne connaîtra pas tout au long de sa vie les conditions de mortalité de 2025. À moins d'une catastrophe sanitaire longue ou d'une guerre, il vivra très probablement plus longtemps que l’espérance de vie ne l’indique aujourd'hui. Ainsi, une part croissante de ces bébés dépassera les 100 ans et atteindra l'année 2120.
L’espérance de vie est par construction un indicateur conjoncturel. Comme chaque début d’année, l’Insee vient de publier son dernier bilan démographique. Ce bilan dresse un panorama des évolutions du nombre d’habitants résidant en France, ainsi que de la fécondité et de la mortalité de l’année qui vient de s’écouler. En 2024, l’espérance de vie à la naissance s’établit à 85,6 ans pour les femmes et à 80,0 ans pour les hommes : par rapport à 2023, elle est stable pour les femmes et en légère hausse pour les hommes (+0,1 an). Elle avait fortement reculé en 2020 du fait de l’épidémie de Covid-19 (elle avait alors atteint 85,1 ans pour les femmes et 79,1 ans pour les hommes) et était restée à des niveaux comparables en 2021 et 2022, années encore marquées par une forte surmortalité. L’espérance de vie s’était ensuite redressée en 2023.
La confusion sur le sens de l’« espérance » de vie vient notamment du fait que, dans le langage courant, l’espérance est synonyme d’espoir. L’espérance de vie est alors vue comme l’espoir du nombre d’années restant à vivre. Mais en mathématiques, l’espérance est simplement l’autre nom donné à la « moyenne » : l’espérance mathématique d’une variable aléatoire est la moyenne des valeurs possibles prises par la variable, pondérées par leurs probabilités.
L’espérance de vie à la naissance est la durée de vie moyenne qu'un nouveau-né peut espérer vivre si le taux de mortalité actuel n'évolue pas. Il s’agit d’une estimation puisqu’il n’est pas possible de connaître à l’avance le taux de mortalité effectif d’une cohorte. Si ce taux diminue, la durée de vie effective sera plus longue que l’espérance de vie calculée au moyen des taux de mortalité actuels.
L'espérance de vie et son rôle dans l'assurance
Dans le domaine de l'assurance, l'espérance de vie constitue un paramètre fondamental pour évaluer les risques et déterminer les tarifs des contrats. Dans l'univers de l'assurance vie, l'espérance de vie influence directement la conception des produits et leurs tarifications. Prenons le cas concret d'une personne de 65 ans souhaitant souscrire une rente viagère. Si son espérance de vie est estimée à 20 ans supplémentaires, l'assureur calculera le montant de la rente en tenant compte de cette durée prévisionnelle de versement.
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