Erri De Luca est un écrivain italien dont l'œuvre, traduite en français par Danièle Valin, explore des thèmes variés tels que l'enfance, la filiation, l'engagement politique et la passion pour l'alpinisme et l'hébreu biblique. Son œuvre est marquée par une certaine minceur et une sécheresse qui peuvent séduire un large public, même ceux qui ne partagent pas ses expériences personnelles.
Un autoportrait en fragments : "Itinéraires"
Le recueil « Quarto », intitulé « Itinéraires », se présente comme une autobiographie illustrée de photos personnelles. Des extraits de ses livres publiés précédemment servent de légendes à ces photos, offrant ainsi un aperçu de ce que son écriture évoque. Ce volume est différent de tous les autres, il veut être un portrait.
"Grandeur nature" : Autobiographie ou roman ?
Dans « Grandeur nature », le thème de la filiation est abordé à travers la rencontre entre un traducteur du yiddish et une jeune femme dans un refuge de montagne. Cette jeune Viennoise raconte son apprentissage de la natation à Ischia, un lieu de vacances d'enfance pour De Luca. La frontière entre autobiographie et roman est souvent floue dans l'œuvre de De Luca, ajoutant à son charme particulier.
L'importance de l'absence d'enfant
Un thème récurrent dans ses derniers ouvrages est l'importance de l'absence d'enfant dans sa vie. « N’étant pas père [il est] resté nécessairement un fils ». Cette absence a façonné son identité et sa relation au monde. Il évoque également l'éprouvante destinée d'une femme dont le père est un criminel nazi, explorant ainsi des thèmes sombres et complexes liés à la filiation.
Des pères complexes et une enfance napolitaine
Contrairement aux conflits de générations habituels, les pères dans les livres de De Luca n'ont pas toujours un rôle positif. L'auteur évoque ses propres parents en des termes affectueux, même s'il a quitté la maison familiale à dix-huit ans. Son enfance à Naples, ville bruyante et pauvre, a marqué son imaginaire et son œuvre. Il dormait dans la bibliothèque de son père, entouré de livres qui sont devenus ses compagnons. « C'était la chambre la plus silencieuse de Naples, qui est la ville la plus bruyante que j'ai fréquentée, sauf à Belgrade avec les bombardements. » Il se souvient d'une enfance solitaire et peu heureuse, mais reconnaît avoir raté des moments de bonheur.
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Désobéissance et engagement politique
La liberté commence avec une désobéissance, et non avec une obéissance à la règle. Erri De Luca a désobéi à son père, un acte fondateur de sa liberté. Il s'est engagé dans le mouvement d'extrême gauche Lotta Continua, participant aux luttes ouvrières et à la vie en communauté. Mai-68 a été une période transformative pour lui, lui offrant un sentiment d'appartenance et l'espoir d'un monde nouveau. « C'est une appartenance, une communauté. Et c'étaient aussi des milliers de personnes qui avaient décidé de se mettre ensemble et de se heurter contre les pouvoirs, de rompre avec le passé. C'était comme fonder une nouvelle ville. »
Devenir ouvrier : un choix politique
Après la dissolution de Lotta Continua, De Luca a choisi de devenir ouvrier, rompant ainsi avec son milieu social d'origine. Il a travaillé chez Fiat et sur des chantiers, restant fidèle à ses convictions politiques. « Quand je suis sorti de l'école du lycée, je m'étais promis de n'avoir plus de maître et donc de ne pas me soumettre à des examens. Et quand ma communauté de révolutionnaires s'est dissoute, je n'avais qu'une possibilité, celle de travailler avec des camarades qui avaient la même expérience politique que moi, et c'étaient les ouvriers. Je suis devenu ouvrier par nécessité et non par choix. En faisant cela, j'ai tout simplement gardé des sentiments de loyauté envers les gens de ma jeunesse politique. »
La Fondation Erri De Luca : un engagement humanitaire
Erri De Luca a fondé une fondation qui porte son nom pour aider les jeunes étrangers sans papiers à s'intégrer dans la vie professionnelle. Cet engagement humanitaire est une réponse à la situation des migrants en Méditerranée, une question personnelle pour lui. « Les autres ont une présence si forte autour de moi que ça exige une attention de ma part. En Méditerranée, il y a plein de corps de noyés. C'est moi, c'est mon époque donc ça me regarde et je dois faire face à ça. C'est une question personnelle. Je le fais pour moi-même, pour pouvoir me regarder le matin dans le miroir. »
"Le Tour de l'oie" : un dialogue avec un fils imaginaire
Dans « Le Tour de l'oie », De Luca imagine une conversation avec le fils qu'il n'a jamais eu. Ce dialogue intime lui permet de revisiter sa vie, ses choix et ses contradictions. Le récit explore les thèmes de la filiation, de la transmission et de la paternité. Le fils, bien qu'imaginaire, devient un interlocuteur critique qui met le père face à ses incomplétudes.
Un écrivain polyglotte et engagé
Erri De Luca est un écrivain polyglotte, alpiniste et militant écologiste. Il s'intéresse à l'hébreu biblique, au yiddish et à d'autres langues européennes. Il a été condamné pour avoir défendu le sabotage du chantier du TGV Lyon-Turin et s'engage pour les droits des migrants. La Méditerranée est le fondement liquide de l’Europe. C’est la mer de la civilisation pour moi, et l’Europe se fonde sur cette mer de la civilisation.
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Valeurs et espoirs
Erri De Luca attache de la valeur à toute forme de vie, à la nature, aux relations humaines et à la justice sociale. Il croit en la jeunesse et en sa capacité à construire un avenir meilleur. « J'imagine le futur comme une vague. C'est le passé qui pousse vers le futur. J'imagine une formation politique nouvelle qui attend d'être bâtie par des jeunes gens qui sont nés dans ce siècle nouveau, qui inventeront l'économie de la réparation de la nature, de l'humain, qui s'occuperont de soigner ce que nous avons gâché. Je crois en la jeunesse. »
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