Éric Neuhoff, figure emblématique de la scène littéraire française, est un écrivain et chroniqueur reconnu pour son style incisif, son humour à froid et sa capacité à dépeindre avec nostalgie et lucidité les mœurs de son époque. De ses romans empreints de souvenirs de jeunesse à ses chroniques acerbes sur la société contemporaine, Neuhoff se révèle un observateur attentif et un conteur hors pair.

Costa Brava : Une Romance Nostalgique

Dans son roman « Costa Brava », Éric Neuhoff nous transporte sur les lieux de ses vacances de jeunesse, près de Rosas. Il évoque avec une nostalgie palpable un temps d'insouciance, désormais teinté de mélancolie. L'auteur romance ses souvenirs de Canyelles Petites, une crique qui a longtemps échappé à la bétonisation de la Costa Brava. Canyelles, où il s'est rendu des dizaines de fois, devient le cœur d'un roman où le rêve se mêle aux souvenirs.

Neuhoff se souvient des voyages en voiture avec son père, des virées à moto et même d'une expérience en stop. Il évoque un arrêt à Toulouse, chez une étudiante des Beaux-Arts et sa sœur. Ces souvenirs, ancrés dans les années 1960 et 1970, sont ravivés par le retour du narrateur sur les lieux de son enfance.

Le narrateur constate avec une pointe de déception que ses enfants, du même âge que lui lors de sa découverte de l'Espagne, ne partagent pas son émerveillement. Il se remémore les étés rythmés par les tubes de l'époque, de « Porque te vas » de Jeanette aux slows langoureux de Barry White.

Neuhoff décrit une Espagne sensuelle, en rupture avec la ville et les habitudes. On privilégie alors la plage, les balades en bateau, les terrasses et les apéritifs. L'été est une parenthèse enchantée où les tentatives de séduction, concentrées sur des soirées mémorables, prennent une dimension particulière.

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L'auteur parsème son roman de clins d'œil à Toulouse, ville où il a fait une partie de ses études. Il y croise également des Haut-Garonnais, comme ce vieux copain devenu architecte, qu'il connaît depuis l'âge de 8 ans.

Un Auteur Anti-Clichés

Neuhoff se distingue par son refus des clichés et des idées reçues. Il égratigne au passage l'idée que les gens profitent de leurs vacances pour lire Proust ou Maupassant. Il préfère dépeindre une réalité plus crue, où les hommes lisent SAS ou Ed McBain, et où une femme s'entiche du dernier Goncourt.

Dans son roman, Neuhoff s'essaie pour la première fois au roman d'amour, tout en conservant son humour et son sens de la formule. Il débusque la laideur, le mauvais goût, les impostures, la bêtise et le temps qui passe, mais il épargne l'insincérité de l'amour de Claire et Pierre.

L'auteur donne rendez-vous dans le bistrot star de son livre, Le Rouquet, boulevard Saint-Germain à Paris, un lieu qui n'a pas changé depuis quarante-cinq ans. La nostalgie le guette, mais le rire vient à la rescousse. Le rire le protège de tout, de vous, de lui, des bons sentiments. Mais pas de l'amour !

Chroniqueur de l'Édition et de son Temps

Neuhoff, à travers ses personnages d'éditeurs, Pierre et Claire, exprime sa nostalgie de l'édition d'avant. Il déplore l'esprit de sérieux et la compétition qui règnent désormais dans ce milieu. Il regrette l'époque où l'on écrivait des livres pour ne rien faire, alors qu'aujourd'hui on publie des livres comme on s'inscrit en dentaire.

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Il critique également l'intérêt que portent les auteurs à leur à-valoir, et l'absence de gratuité et de je-m'en-foutisme. Il regrette les figures foutraques qui aimaient vraiment le papier, comme Jean-Claude Fasquelle, Claude Durand ou Bernard de Fallois.

Neuhoff craint que l'édition ne devienne un métier dirigé par des diplômés de Sup de Co ou de HEC. Il ne voit pas qui peut succéder aux figures de l'écrivain français qu'étaient d'Ormesson ou Sagan. Il imagine même des intermittents de la littérature qui voudraient être payés par l'État entre deux contrats.

L'Amour et la Nourriture : Des Plaisirs Essentiels

Dans l'œuvre de Neuhoff, la nourriture occupe une place centrale. Son texte est un guide Michelin truffé de noms de restaurants, de boîtes de nuit, de bistrots et même de fromagers. Il met en scène des personnages qui vivent la bouche pleine pour que la vie soit pleine.

L'auteur décrit avec gourmandise les repas et les réceptions, où le champagne coule à flots. Il regrette la disparition de cette culture gastronomique dans l'édition contemporaine, au profit du quinoa, de la Badoit et du café sans gluten !

Influences et Reconnaissances

Éric Neuhoff est souvent associé aux hussards, un mouvement littéraire des années 1950 incarné par Nimier, Blondin, Laurent et Déon. Son style "néo-hussard" se caractérise par un mélange d'élégance, d'humour et de nostalgie.

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En 1990, il reçoit le Prix Roger Nimier pour "Les Hanches de Lætitia", une chronique douce-amère de la vie estudiantine des années 70. En 2001, il obtient le Grand Prix du roman de l'Académie française pour "Un bien fou". Il a également publié une biographie de Frank Sinatra, "Histoire de Frank", chez Fayard.

Neuhoff collabore également à diverses émissions de radio et de télévision, où il laisse éclater son sens du mot d'esprit et de la répartie. Passionné de cinéma, il a participé à l'écriture du scénario du film "Les Âmes fortes" de Raoul Ruiz.

Par décret du 6 avril 2012, il est nommé chevalier de l'ordre de la Légion d'honneur. Il reçoit le prix littéraire Prince-Pierre-de-Monaco 2014.

Penthotal : Un Récit Intime et Douloureux

Dans "Penthotal", Éric Neuhoff aborde un sujet douloureux : l'accident de voiture au cours duquel l'un de ses meilleurs amis trouva la mort. C'était une nuit d'été, en 1978, sur la Costa Brava. Neuhoff, alors âgé de vingt-deux ans, fut le seul survivant.

Le livre évoque les douze mois d'hospitalisation, les opérations, les anesthésies générales et les nuits en « succession de rêves et de cauchemars ». Malgré la gravité du sujet, Neuhoff évite l'apitoiement et préfère se souvenir de sa jeunesse, « idiote, dissipée, inoubliable ».

Il s'adresse à son ami disparu, Olivier, et lui confie : « Au moins tu ne t’es pas abîmé. Il n’y a pas eu toutes ces déceptions, qu’on inflige ou qu’on reçoit. La déception te sera restée étrangère. Cela t’a évité de marcher dans les clous. »

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