L'augmentation de la proportion de personnes âgées dans nos sociétés contemporaines met en évidence l'importance de la population des grands-parents. En France, environ une personne sur cinq est grand-parent, ce qui représente plus de 12 millions d'individus. Ce phénomène a suscité une attention croissante des chercheurs, qui s'intéressent aux fonctions et aux rôles familiaux impliqués par le statut de grand-parent. Les grands-parents occupent une position centrale dans la lignée familiale, étant souvent considérés comme les piliers de la famille. L'acquisition du statut de grand-parent reconfigure les rôles et les rapports de chaque membre de la famille envers les autres.
Du point de vue démographique, la population des grands-parents se forme et évolue par la combinaison de différents facteurs. Devenir grand-parent résulte d'un processus à long terme, dont le principal moteur reste la fécondité sur deux générations successives. Le fait d'avoir eu des enfants ou non, leur nombre et l'âge à la naissance des enfants déterminent fortement les chances de devenir grand-parent. La formation des unions, qui sous-tend la fécondité, ainsi que le fait de survivre jusqu'à la naissance du premier petit-enfant, conditionnent également l'accès à la grand-parentalité. L'accroissement de l'espérance de vie permet qu'un plus grand nombre de générations au sein d'une même lignée se côtoient. Les petits-enfants voient donc l'offre de grands-parents augmenter, celle des grands-mères dépassant celle des grands-pères, du fait des conditions de survie plus favorables aux femmes et de l'écart d'âge entre conjoints.
La maîtrise de la fécondité depuis l'avènement du « baby-boom », tout autant que le report du calendrier des naissances, impliquent une diminution de la taille des familles et conduit à une diminution de l'offre de petits-enfants pour les grands-parents. Par ailleurs, la fragilité des unions liée à la montée du divorce et de l'union libre suppose que les liens filiaux sont moins établis, tandis que les liens extra-filiaux prennent de l'ampleur quand de nouvelles unions se forment. Les structures familiales s'allongent et se dispersent à la fois.
Au-delà de l'ajout d'une génération supplémentaire pour tous les membres de la famille, le moment de la transition grand-parentale est vécu différemment d'un grand-parent à l'autre, selon son environnement familial proche. L'augmentation de la durée de la vie présume par exemple d'une vie de couple plus longue. Tous les enfants peuvent ne pas encore avoir quitté le foyer parental. La variété des configurations familiales qui préexistent à la transition suggère donc que les implications dans le rôle de grand-parent sont très diverses.
Examiner la grand-parentalité sous ses aspects démographiques semble primordial pour mieux saisir la superposition des rôles dévolus aux grands-parents. L'objectif de cette étude réside dans la recherche d'une meilleure compréhension de l'impact des facteurs démographiques dans la configuration actuelle de la population des grands-parents. Après avoir présenté un portrait démographique des grands-parents et de leur entourage familial direct, il s'agira de présenter les facteurs démographiques qui ont contribué à modeler la population grand-parentale, et de s'intéresser à la période entourant la transition grand-parentale : âge auquel on devient grand-parent et chevauchement des phases parentales et grands-parentales. Compte tenu de l'évolution de l'espérance de vie et du calendrier de la fécondité au cours des dernières décennies, que peut-on dire également de la durée de la grand-parentalité ?
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Dans cette étude, on considérera comme grands-parents les individus ayant au moins un enfant et au moins un petit-enfant. Les grands-parents par alliance, qui sont uniquement beaux-grands-parents, donc beaux-parents des enfants que leur conjoint actuel a pu avoir d'une union antérieure, ne sont pas considérés ici.
I. Un portrait démographique des grands-parents en France
Bien que la grand-parentalité soit habituellement considérée comme une transition tardive dans le cycle de vie des individus, elle n'arrive pas à un âge prédéterminé, ce qui rend la population des grands-parents très hétérogène du point de vue des âges, mais aussi du point de vue du genre. Elle intervient particulièrement autour d'un autre type de transitions qu'est le passage à la retraite.
1. Un phénomène de plus en plus visible à l’âge d’or
La grand-parentalité est une étape rencontrée par la majorité des individus entre 50 et 60 ans, ce qui correspond, schématiquement, au temps nécessaire pour être parent et qu'au moins un enfant devienne parent à son tour. Il s'agit certes d'une représentation simplifiée de la réalité, puisque la probabilité d'être grand-parent dépend à la fois du calendrier de la formation des unions et du calendrier et de l'intensité de la fécondité sur deux générations.
La diversité des parcours conjugaux et familiaux suggère tout d'abord que tous les individus n'accèderont pas à la grand-parentalité, parce qu'ils n'ont pas eu d'enfants au cours de leur vie féconde. Dans les groupes d'âges 40-44 ans et 45-49 ans, l'infécondité touche davantage les hommes que les femmes. Néanmoins, la vie féconde des hommes est plus tardive et moins circonscrite du point de vue des âges. Les générations 1936 à 1955 (groupes d'âges 50-54 ans à 70-74 ans) comptent parmi les plus fécondes, la probabilité de devenir grand-parent est donc plus grande dans ces générations.
À partir de 65 ans, au moins 80 % des femmes sont grands-mères. Entre 4 % et 11 % des femmes peuvent encore le devenir, dans la mesure où elles ont au moins un enfant. La proportion moindre de grands-pères à 65-69 ans tient vraisemblablement au fait que les hommes ont des enfants un peu plus tardivement que les femmes. Ces dernières sont finalement toujours plus souvent grands-mères que les hommes, quel que soit le groupe d'âge. Par ailleurs, les parents sans petit-enfant doivent ici être considérés comme des grands-parents potentiels. Avec un indice conjoncturel de fécondité de 2 enfants par femme en 2006, la France est actuellement le pays le plus fécond d'Europe, ce qui laisse supposer que les parents sans petit-enfant deviendront en grande majorité grands-parents dans le futur.
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2. L’entourage familial immédiat des grands-parents
Les générations de grands-parents tirées de l'enquête s'étendent ici sur une période de 40 ans, ce qui suggère qu'ils ont eu des parcours familiaux très différents au regard des types d'union et de la constitution de la descendance. Du point de vue historique, la famille a connu des bouleversements majeurs. Après le « boom » des naissances dès la fin de la guerre et celui des mariages, cependant moins substantiel, la fin des années 1960 a été marquée par un renversement des pratiques conjugales et familiales : mariage moins à la mode, montée de l'union libre et du divorce, réduction de la taille des familles. Dans ce contexte particulier, dans quelle proportion les grands-parents ont-ils connu le mariage ? Combien d'entre eux vivent aujourd'hui en couple, avec ou sans enfants cohabitants ?
La plupart des grands-pères de 50 ans et plus ont connu le mariage dans leur vie. C'est également le cas pour les grands-mères, mais dans une proportion légèrement inférieure. Ces dernières sont davantage divorcées et veuves, et donc se retrouvent moins souvent en couple que les grands-pères. Au moins 4 grands-pères de 50 ans et plus sur 5 sont encore mariés, tandis que la proportion de grands-mères mariées diminue avec l'âge. Deux grands-parents sur trois, âgés de 40 à 50 ans, sont mariés à la date de l'enquête. Hormis cette catégorie, 26 % des « jeunes » grands-pères n'ont pas contracté de mariage, et semblent avoir fait le choix de l'union libre, puisque 93 % de l'ensemble des grands-pères vivent en couple. Les « jeunes » grands-mères sont davantage divorcées, ce qui se ressent dans la proportion de grands-mères vivant sans conjoint cohabitant.
La majorité des grands-parents de 50 ans et plus en couple vivent sans enfant cohabitant, les femmes plus que les hommes. Parmi les grands-parents de moins de 50 ans, 24 % des grands-mères vivent sans conjoint cohabitant, ce qui est trois fois plus que les grands-pères. Les deux tiers d'entre elles sont dans une situation de monoparentalité, puisqu'elles ont encore des enfants au sein de leur foyer. Par ailleurs, une majorité de grands-parents de moins de 50 ans vivent toujours avec des enfants, les grands-pères un peu plus que les grands-mères. Ils cohabitent vraisemblablement avec des enfants plus jeunes, étant donné que la parentalité masculine est plus diffuse dans le temps, et qu'ils tendent parfois à constituer une nouvelle famille après une séparation. Comment s'expriment ces différences de parcours dans l'entourage familial ?
3. L’entourage familial ascendant et descendant des grands-parents
En devenant grand-parent, la lignée familiale tend à s'allonger verticalement, avec l'ajout d'une seconde génération de descendants. Au travers des âges, le prolongement de la lignée entraîne donc des changements de structure de la famille.
Seuls les ascendants et descendants directs, ainsi que le conjoint, sont ici représentés. Les grands-parents encore en vie sont considérés comme très négligeables. Un nombre moyen d'individus est ainsi calculé pour chaque niveau de génération, la somme de ces individus représentant la dimension moyenne de l'entourage familial des grands-parents. La notion d'entourage familial est néanmoins restreinte aux individus ayant un lien filial avec les personnes de référence, excepté le conjoint.
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La structure de la lignée entre grands-pères et grands-mères présente quelques écarts : les grands-mères sont moins souvent en couple et ont en moyenne un peu plus de parents en vie quand elles ont moins de 60 ans. Elles ont également plus de petits-enfants et d'arrière-petits-enfants que les grands-pères aux mêmes groupes d'âges. Le fait qu'elles vivent les transitions familiales plus jeunes expliquent certainement les différences de structure dans la lignée.
Par ailleurs, le nombre moyen d'individus varie avec l'âge du grand-parent. À mesure que l'âge avance, la composition de la lignée familiale devient moins diversifiée, mais comporte plus de personnes. La lignée familiale des grands-parents de moins de 60 ans englobe souvent 4 générations et en moyenne 6 à 7 individus, tandis que la lignée des grands-parents de 60 à 70 ans comprend plutôt 3 générations, avec un peu plus de petits-enfants. Finalement, la lignée des grands-parents de 70 ans et plus présente un profil de 4 générations, avec 3 générations de descendants. La taille de la lignée s'étend jusqu'à 10 personnes désormais. Il apparaît donc que l'arrivée de nouveaux petits-enfants et d'arrière-petits-enfants atténue progressivement la disparition de la génération des parents.
Pour en revenir aux grands-parents de moins de 60 ans, l'existence simultanée de générations ascendantes et descendantes illustre la diversité des rapports de soutien qui préexistent entre les membres de la famille. En tant que génération centrale, les responsabilités familiales de ces grands-parents sont davantage diversifiées par rapport aux grands-parents plus âgés, qui n'ont plus de parents à charge. Même si la taille de la lignée est moindre, l'existence de quatre générations à la fois ascendantes et descendantes peut accroître les formes de responsabilités familiales envers l'ensemble des membres de la famille. Autant dire que le terme de génération « sandwich » est particulièrement bien associé aux grands-parents de moins de 60 ans.
II. La grand-parentalité : le destin de deux générations successives
Bien que la majorité des individus deviennent grands-parents dans leur vie, l'accès à la grand-parentalité résulte avant tout d'un choix : celui de devenir parent, car il faut nécessairement l'être pour espérer être grand-parent un jour. En outre, même si la probabilité de devenir grand-parent est très forte, le délai pour atteindre ce statut prend du temps. Il se résume en effet par la vitesse à laquelle deux générations successives s'édifient, ce qui suggère que la grand-parentalité ne se produit pas à un âge charnière.
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