Chaque année, la question des disparitions d'enfants en France suscite une vive inquiétude. Si les chiffres bruts peuvent alarmer, une analyse plus approfondie permet de distinguer les différents types de disparitions et d'évaluer les risques réels encourus par les mineurs. Cet article se propose d'examiner les statistiques récentes, les facteurs explicatifs et les dispositifs mis en place pour faire face à ce phénomène complexe.

Évolution des Signalements de Disparitions de Mineurs en France

En 2024, plus de 38 000 signalements de disparitions de mineurs ont été émis en France. Selon le rapport annuel du numéro d'urgence officiel "116 000 Enfants Disparus", 38 477 disparitions de mineurs ont été signalées aux forces de l'ordre en France. Bien que ce chiffre puisse paraître élevé, il marque une baisse par rapport à 2023 et passe pour la première fois sous la barre des 40 000. Le nombre de signalements de disparitions de mineurs est passé sous les 40 000 en 2024. Près de 105 enfants ont disparu chaque jour. Il s'agit d'une baisse de 6,1% par rapport à 2023. Ce nombre "passe pour la première fois sous la barre des 40 000, mais demeure très élevé", note le rapport.

Cette diminution est globalement perçue comme un signe positif. La baisse du nombre de signalements de disparitions de mineurs poursuit le mouvement amorcé depuis deux ans. Bien que le 116 000 Enfants Disparus se félicite de cette diminution, ses professionnels restent prudents quant à son interprétation.

Nature des Disparitions : Fugues, Enlèvements Parentaux et Disparitions Inquiétantes

Il est essentiel de distinguer les différentes catégories de disparitions pour comprendre la réalité de ce phénomène. "Pour 95 % des signalements, il s’agit de fugues et les 5 % restant se partagent à la fois entre des enlèvements parentaux et les disparitions inquiétantes", a expliqué dimanche sur franceinfo Julien Landureau, porte-parole de la Fondation Droit d'enfance qui coordonne le numéro d'urgence 116 000.

Les Fugues : Une Réalité Prédominante

Les fugues représentent la grande majorité des signalements de disparitions de mineurs. Cette baisse s’explique principalement par une réduction des signalements de fugues (36 439, - 6,7 %) amorcée depuis 2022. Sur les 43 202 signalements effectués en 2022 par exemple, on dénombre précisément 41 518 fugues. Un tiers d'entre elles sont des fugues de courte durée (un à trois jours), un tiers de moyenne durée (entre un et trois mois) et le reste des fugues de plus de trois mois.

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Plusieurs facteurs peuvent expliquer les fugues :

  • Conflits familiaux : Avant tout liées à un conflit avec le parent ou le tuteur, les fugues sont également le plus souvent réalisée sous l’influence de tiers ou en rupture avec une décision de placement.
  • Influence de tiers : Les réseaux sociaux ou le téléphone portable où l'influence d'autres enfants qui eux-mêmes pensent à fuguer, a tendance à faire un effet boule de neige sur le rapport des plus jeunes à la fugue.
  • Vulnérabilité accrue des jeunes filles : Lorsqu'il s'agit de jeunes filles, une potentielle exploitation sexuelle est suspectée ou avérée dans près d'un dossier sur trois.

Il est important de noter qu'un même mineur peut fuguer à plusieurs reprises au cours d'une année, ce qui donne lieu à plusieurs signalements. À noter qu'il s'agit bien de signalements donnant lieu à une inscription au Fichier des personnes recherchées (FPR), mais en aucun cas du nombre effectif de mineurs disparus : « Un mineur ayant fugué cinq fois au cours de l'année pourra donner lieu à cinq signalements », précise le site du 116 000, le numéro européen d'urgence en cas de disparition d'enfant.

Enlèvements Parentaux : Une Proportion Stable

Le nombre d’enlèvements parentaux, qui avait bondi de 21,5 % entre 2022 et 2023, reste quant à lui stable avec 665 signalements effectués. Le nombre d'enlèvements parentaux reste stable, avec 665 signalements en 2024. Les enlèvements parentaux continuent de concerner près d’un tiers des dossiers ouverts par le 116 000 Enfants Disparus au cours de l’année.

Parmi ces enlèvements, certains sont internationaux. "Parmi eux, 227 cas concernent des enlèvements internationaux, avec près de 50 pays concernés par au moins un cas depuis la France", d'après le "116 000 Enfants Disparus". Dans cette situation, faire valoir ses droits peut s'avérer particulièrement difficile pour le parent victime. Ainsi, il n’est pas rare que les dossiers mettent plusieurs années avant de trouver une issue, période durant laquelle le lien avec l’enfant est le plus souvent inexistant. En effet, "ce sont des enlèvements qui mettent beaucoup de temps à être résolus", souligne Julien Landureau. En particulier lorsqu'ils sont réalisés vers l'étranger : "Il existe des conventions internationales, parfois même des conventions bilatérales entre la France et d'autres pays", mais "malheureusement, elles ne sont pas toujours respectées".

Disparitions Inquiétantes : Une Hausse Préoccupante

Bien que moins nombreuses que les fugues, les disparitions inquiétantes suscitent une attention particulière en raison des risques potentiels encourus par les enfants. En effet, si les signalements de fugues reculent nettement cette année (-6,7%), les disparitions inquiétantes (1 373 signalements) continuent à progresser d’environ 9% chaque année depuis 2022. Selon les chiffres officiels transmis par le ministère de l'Intérieur en 2022, les disparitions inquiétantes (hors fugues et enlèvements parentaux) s'élevaient à 1 140, soit 2,8 % du total des signalements.

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Une disparition est qualifiée d’inquiétante dès son signalement s’il s’agit, par exemple, d’un enfant particulièrement jeune, souffrant d’un handicap, ayant exprimé des idées noires ou se trouvant en présence d’un tiers pouvant représenter un danger.

Enquêtes et Procédures : Mobilisation des Forces de l'Ordre

Lorsqu'un enfant disparaît, les forces de l'ordre mettent en place des protocoles précis. « Quand un enfant disparaît, c'est tout de suite jugé "inquiétant" par les forces de l'ordre et les premières heures sont déterminantes, il y a donc des protocoles précis qui sont mis en place », rappelle Bernard Valezy, commissaire général honoraire et président de l'association Assistance et recherche de personnes disparues (ARPD).

Dans ces cas précis, en zone gendarmerie, les sections de recherches sont engagées sur les investigations judiciaires menant des auditions, exploitant la vidéoprotection ou encore la téléphonie. En cas de disparition inquiétante ou d'enlèvement parental, les militaires peuvent faire appel à leurs experts en exploitation numérique ou à des portraitistes, voire aux scientifiques de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN).

Les enquêtes peuvent être complexes et nécessitent parfois l'ouverture d'une information judiciaire des chefs « d'enlèvement ou séquestration de plus de sept jours » en raison de la complexité de l'affaire.

Le Rôle Crucial du 116 000 Enfants Disparus

Face à ces situations difficiles, le numéro d'urgence 116 000 joue un rôle essentiel. Le numéro d’urgence 116 000, gratuit, accessible 24 h / 24 et 7 j / 7, géré par la fondation Droit d’Enfance, a reçu plus d'appels en 2024 par rapport à 2023, soit une hausse de 9,8%, "signe d'une notoriété accrue du numéro d'urgence". Ainsi, près de 1 351 dossiers ont été ouverts par la cellule d’écoute de suivi (+3,8 %) avec une augmentation du nombre d’appels relatifs à des fugues (+7,1 %).

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Cette plateforme d’écoute accompagne les familles dont l’enfant mineur ou jeune majeur (de moins de 25 ans) a disparu suite à une fugue, par exemple, ou à un enlèvement parental en France ou à l’étranger. Au bout de cette ligne téléphonique, "c'est une équipe qui est composée de psychologues, de juristes, de travailleurs sociaux qui va accompagner et soutenir les familles durant toute la disparition de l'enfant", a expliqué Julien Landureau.

Le 116 000 Enfants Disparus apporte un soutien psychologique, juridique et éducatif à toutes les familles victimes de disparitions d’enfant jusqu’au retour de ce dernier et parfois au-delà lorsque la situation le nécessite. Cet accompagnement est essentiel, tant pour soutenir la famille durant l’absence que pour préparer au mieux le retour de l’enfant. Dans le cas d’enlèvements parentaux, la cellule de suivi apporte également un soutien juridique précieux aux parents confrontés à des procédures souvent longues et coûteuses.

Afin de soutenir les actions du 116 000 Enfants Disparus, un événement caritatif en ligne, le Stream On for Kids, sera organisé du 28 au 31 mai. A cette occasion, près de 60 bénévoles collecteront des dons en faveur du numéro d’urgence sur la plateforme Twitch.

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