François Cavanna, né le 22 février 1923 à Paris et décédé le 29 janvier 2014, était un écrivain et dessinateur humoristique français. Il est surtout connu pour avoir fondé les journaux satiriques Hara-Kiri et Charlie Hebdo. Son œuvre littéraire, marquée par un style unique et une grande tendresse, aborde des thèmes variés allant de son enfance d'immigré italien à ses expériences pendant la Seconde Guerre mondiale.

Origines et Enfance

Cavanna est le fils de Luigi Cavanna, un maçon italien originaire de Bettola, et de Marguerite Charvin, une Française originaire de Sauvigny-les-Bois dans la Nièvre. Luigi Cavanna travaille comme maçon, la plupart du temps pour l’entreprise Taravella et Cavanna. La famille s'installe à Nogent-sur-Marne, dans la petite communauté italienne immigrée.

Malgré les quolibets racistes qu’il essuie durant son enfance, François est un petit garçon heureux. Il fait preuve d'un goût exceptionnel pour la lecture et réussit très bien à l'école, malgré une attitude très dissipée. Il passe le certificat d'études primaires à 12 ans, suit les cours de l'école primaire supérieure (EPS) de Nogent-sur-Marne et obtient le brevet en 1939.

Les Années de Guerre et le STO

En septembre 1939, il entre à la poste comme « manipulant auxiliaire » dans un bureau de poste parisien. En juin 1940, il reçoit, comme les autres employés, l'ordre de partir pour Bordeaux. Il quitte Paris à vélo au milieu des colonnes de réfugiés de l'exode et, par Melun, Fontainebleau et Nemours, atteint Gien où il voit pour la première fois des soldats allemands. Il perd son emploi à la poste (compressions de personnel) ; il est d'abord commis d'un marchand de fruits et légumes, puis travaille dans plusieurs entreprises du bâtiment.

Fin 1942, il est recruté comme maçon par le service d'entretien d'une firme nogentaise, mais presque aussitôt se trouve requis pour le STO (début 1943). Après un assez éprouvant voyage en train, son groupe de requis arrive dans la banlieue sud-est de Berlin, au camp de Baumschulenweg, dans le district de Treptow. Ils sont affectés à l'entreprise de munitions Graetz A.G. François Cavanna, ne parvenant pas à obtenir le rendement exigé pour la production d'obus, se retrouve très vite dans un commando disciplinaire chargé du déblaiement des gravats après les bombardements alliés. À l'usine Graetz, conduisant sa machine, il était assisté par deux requises soviétiques, dont Maria Tatartchenko, avec laquelle il va rester lié pendant les deux années suivantes.

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Début 1945, à l'approche de l'armée soviétique, les requis de Baumschulenweg sont transférés près de Stettin pour creuser des tranchées antichars. Le 4 avril, l'ordre de repli est donné ; François Cavanna et Maria quittent la colonne des réfugiés et entrent en contact avec l'armée soviétique dans un village du Mecklembourg. Il est alors séparé de Maria, dont il perd la trace ; pendant un mois et demi, il essaie de la retrouver, puis renonce. Il est amené de Schwerin à Lübeck, en zone américaine, et rapatrié fin mai 1945.

Débuts dans le Journalisme et Hara-Kiri

Il reprend d'abord son emploi d'avant le STO, puis est employé par l'Association des déportés du travail, fournissant aussi une bande dessinée au journal Le Déporté du travail. De nouveau victime d'une compression de personnel, il se lance pour une première période comme dessinateur à plein temps, en particulier pour un journal pour enfants, Kim (série Micou et son chien Tomate). Il reprend un travail salarié en 1948-1949, puis redevient dessinateur de presse, activité dont il parvient à tirer un revenu qu'il juge convenable. Il adopte alors le pseudonyme de Sépia, qu'il utilise jusque dans les années 1960.

En janvier 1954, il devient collaborateur d'une publication toute nouvelle, le magazine Zéro, créé par Jean Novi, dont il va devenir rédacteur en chef. Il s'agit d'un « journal de colportage » : parmi les colporteurs apparaît bientôt un ex-engagé en Indochine, Georges Bernier, que son efficacité comme vendeur mène au rang de directeur des ventes. Cavanna abandonne l'activité de dessinateur pour se consacrer à l'écriture, tout en se formant aux aspects techniques du journalisme (mise en page…).

Après la mort de Jean Novi (en 1959 ou 1960), Cavanna s'associe avec Georges Bernier et quelques autres pour fonder en 1960 le magazine Hara-Kiri (mensuel). Ce mensuel sous-titré « bête et méchant » prend vite une place inédite dans la presse française : un satirique à l'humour délibérément noir, sans complaisance ni indulgence, privilégiant l'absurde et le mauvais goût, choquant les bien-pensants.

Charlie Hebdo et les Années 1970

En 1969, Cavanna lance Hara-Kiri Hebdo, qui deviendra ensuite Charlie Hebdo. En mai 1968, François Cavanna est brièvement hospitalisé pour une crise hémorroïdaire et ne peut donc pas, à son grand regret, participer aux événements.

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Durant les années 1970, un épisode important de l'histoire de Charlie Hebdo a été le départ de Delfeil de Ton. Cavanna et lui se sont gravement brouillés au début des années 1970. L'un comme l'autre, ainsi que leur ami Gébé, ont laissé ce qu'il fallait comme clés pour que l'on puisse comprendre à demi-mot pourquoi : il s'agit clairement d'une affaire non pas politique, ni littéraire, mais personnelle. Cavanna se montrera navré de la décision de DDT de quitter Charlie Hebdo, ce qui affecte quelque temps sa production littéraire dans l'hebdomadaire.

L'Écrivain et Son Œuvre

« C’est contraint et forcé qu’il est devenu écrivain ». François Cavanna raconte son enfance dans une autobiographie, Les Ritals, en 1976. Il est ensuite requis à 20 ans par le STO. Deux ans et demi de travail dans un camp en banlieue est de Berlin. Une période qu’il racontera ensuite dans Les Russkofs ( prix Interallié 1979). Deux romans au style populaire, enlevé, complice, qui rencontrent un large public.

Créateur d’un style de narration particulièrement vivant et complice du lecteur, grand défenseur des valeurs républicaines et de la langue française, il se consacre dès 1985 à l’écriture d’autobiographies.

Fin de Vie et Hommages

Hospitalisé pour une intervention due à une fracture du fémur et victime de complications pulmonaires, François Cavanna meurt le 29 janvier 2014 à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil. Après l'incinération au cimetière du Père-Lachaise le 6 février, ses cendres sont inhumées le lendemain au cimetière de Chaumes-en-Brie (Seine-et-Marne), dans le hameau de Forest où il habitait depuis une quarantaine d'années.

Cavanna fut considéré par Pierre Desproges comme l'un des derniers grands écrivains vivants : « Seule la virulence de mon hétérosexualité m'a empêché à ce jour de demander Cavanna en mariage. » Desproges, qui collabora à Charlie Hebdo (première mouture) pendant la dernière année (1981-1982), admirait le talent de Cavanna qu'il comparait à un Rabelais moderne.

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Le 15 novembre 2008, François Cavanna inaugure la bibliothèque municipale Cavanna de Nogent-sur-Marne.

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