Annie Girardot, figure emblématique du cinéma français, a marqué son époque par son talent immense et sa capacité à incarner des personnages complexes et attachants. Sa vie, à la fois brillante et tumultueuse, est un récit poignant de succès, d'épreuves et de résilience. Cet article explore la biographie d'Annie Girardot, en mettant en lumière les moments clés de sa carrière, ses relations personnelles et son combat contre la maladie d'Alzheimer.
Une étoile naît à Paris
Annie Girardot est née à Paris, d'une mère sage-femme, Raymonde-Noëlle-Félicie Girardot, et d'un père inconnu. Elle grandit dans un environnement modeste et, après avoir envisagé de suivre les traces de sa mère, elle se tourne vers le théâtre. En juillet 1954, elle sort du Conservatoire national supérieur d'art dramatique avec deux premiers prix. Elle est engagée peu après à la Comédie-Française, mais elle s'y ennuie rapidement, cantonnée à des rôles de soubrette.
L'ascension vers la gloire
La carrière d'Annie Girardot prend son envol grâce à Luchino Visconti, qui lui offre un rôle dans son film "Rocco et ses frères" (1960). Sa prestation est saluée par la critique et le public, et le film fait d'elle une star aux côtés d'Alain Delon et Renato Salvatori. Sur le tournage, Annie tombe amoureuse de Renato Salvatori. Ils se marient deux ans plus tard et ont leur unique enfant, Giulia.
Dans les années 1960, Annie Girardot tourne avec des réalisateurs de renom tels qu'Alexandre Astruc, Roger Vadim, Gérard Oury et Marcel Carné. Robert De Niro, qui a débuté sa carrière dans le film "Trois chambres à Manhattan", dira d'elle : "Elle est la plus belle femelle mec que je connaisse."
Partageant sa vie entre la France et l'Italie, Annie Girardot travaille également avec de nombreux réalisateurs italiens, dont Marco Ferreri. En 1965, elle revient au théâtre dans la pièce d'Arthur Miller, "Après la chute", mise en scène par Luchino Visconti, mais c'est un échec.
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Les années de succès et les épreuves personnelles
Alors que les producteurs se détournent d'elle, Claude Lelouch lui propose d'incarner la femme d'Yves Montand dans "Vivre pour vivre" (1967). Le film est un succès et le public découvre une nouvelle facette du talent d'Annie Girardot. Sur le tournage, Lelouch et Girardot s'éprennent l'un de l'autre. Leur relation prend fin deux ans plus tard.
En 1969, Michel Audiard fait d'elle la principale interprète de son film "Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause !", dans lequel elle incarne une femme de ménage très bavarde. En 1971, sort "Mourir d'aimer", un film d'André Cayatte, qui bouscule la carrière de la comédienne. Inspiré de l'affaire Gabrielle Russier, ce film raconte l'histoire d'amour entre une enseignante et un de ses élèves lycéens. Le film est un énorme succès, mais ne plaît pas à tout le monde.
À partir de là, elle devient l'actrice française la plus populaire, alternant comédies et mélodrames. Elle contribue à imposer vingt-quatre films ayant récolté plus d'un million d'entrées au box-office. À la fin des années 1970, elle est l'actrice la mieux payée et la star préférée des Français.
La même année, Annie Girardot revient au théâtre avec une pièce qui devient son plus gros succès : "Madame Marguerite", de Roberto Athayde. En 1977, elle reçoit le César de la meilleure actrice pour "Docteur Françoise Gailland" de Jean-Louis Bertuccelli, incarnant une femme médecin luttant contre un cancer des poumons. En 1978, elle partage l'affiche de "La Zizanie" de Claude Zidi avec Louis de Funès.
Durant les années 1970, elle forme avec Philippe Noiret un véritable couple de cinéma. Ensemble, ils tournent plusieurs films à succès.
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La traversée du désert et la renaissance
Fatiguée d'endosser toujours les mêmes rôles, Annie Girardot désire faire une pause dans sa carrière cinématographique. Elle commence par tenir une rubrique à la radio, puis décide de se lancer dans l'enregistrement d'un disque. C'est Bob Decout qui est chargé d'en écrire les chansons. Il devient le compagnon de l'actrice en 1981.
Cette relation l'entraîne vers un univers différent : la musique. Elle monte avec Bob Decout un spectacle musical intitulé "Revue et corrigée" au Casino de Paris. Considérée comme bancale, la production ne trouve pas de financement et Annie Girardot doit hypothéquer son appartement de la place des Vosges. Le spectacle est un fiasco.
Elle tente un retour au cinéma en 1984, avec un polar très sombre d'Alain Bonnot, "Liste noire". Le film obtient un succès mitigé. L'année suivante, Claude Lelouch lui propose d'incarner la femme de Jean-Louis Trintignant et la mère de Richard Anconina dans "Partir, revenir".
Annie Girardot se tourne alors davantage vers le théâtre. En 1987, la télévision lui offre la vedette de la toute première saga de l'été diffusée sur TF1 : "Le Vent des moissons".
Au début des années 1990, les propositions se font rares. Elle obtient, en 1996, le César de la meilleure actrice dans un second rôle, pour "Les Misérables", de Claude Lelouch. Lors de la remise de son César, elle provoque l'émotion avec ces paroles : "Je ne sais pas si j’ai manqué au cinéma français, mais à moi, le cinéma français a manqué follement… éperdument… douloureusement. Et votre témoignage, votre amour, me font penser que peut-être, je dis bien peut-être, je ne suis pas encore tout à fait morte."
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La maladie et les derniers hommages
En 2000, le réalisateur autrichien Michael Haneke adapte un roman d'Elfriede Jelinek : "La Pianiste". Il demande à Annie Girardot d'incarner la mère castratrice d'Isabelle Huppert. La prestation de la comédienne est unanimement saluée. Le film est sélectionné au festival de Cannes en 2001, et obtient le Grand Prix du Jury. Annie Girardot obtient, quant à elle, le César de la meilleure actrice dans un second rôle.
Malgré cela, la comédienne continue à jouer au théâtre : de 2001 à 2003, elle reprend la pièce "Madame Marguerite" à Paris et en tournée, et, pour pallier les éventuels trous de mémoire, elle est équipée d'une oreillette destinée à lui souffler son texte. C'est avec ce même procédé qu'elle continue à participer au tournage de plusieurs films comme "Je préfère qu'on reste amis…" en 2005, où elle interprète une femme atteinte de la maladie d'Alzheimer.
À partir de 2008, Annie Girardot vit dans une maison médicalisée de Paris. Le 21 septembre 2008, TF1 diffuse "Annie Girardot : Ainsi va la vie", un film documentaire de Nicolas Baulieu sur huit mois de sa vie. En 2010, sa fille déclare qu'Annie Girardot ne se souvient plus avoir été actrice, en raison de la maladie dont elle souffre.
Après avoir joué dans cent vingt-deux films, cinquante-quatre téléfilms et une quarantaine de pièces de théâtre, Annie Girardot meurt le 28 février 2011 à l'hôpital Lariboisière de Paris. Ses obsèques sont célébrées le 4 mars 2011 en l'église Saint-Roch, la paroisse parisienne des artistes.
En 2012, l'Académie des Césars lui rend un hommage tout particulier en mettant une photographie d'Annie Girardot sur l'affiche officielle et le catalogue de la trente-septième cérémonie des Césars.
Vie privée et relations
Annie Girardot a été mariée à Renato Salvatori de 1962 à la mort de ce dernier en 1988. Ensemble, ils ont eu une fille, Giulia, née en 1962. De 1971 à 1978, elle partage la vie de l'acteur Bernard Fresson. De 1980 à 1993, elle vit avec Bob Decout.
L'héritage d'une actrice d'exception
Annie Girardot laisse derrière elle une œuvre cinématographique et théâtrale riche et variée. Elle a marqué le cinéma français par son talent, sa générosité et sa capacité à incarner des personnages authentiques et attachants. Son combat contre la maladie d'Alzheimer a également fait d'elle une figure emblématique de la lutte contre cette maladie.
Giulia Salvatori a écrit «La mémoire de ma mère», éd. Annie Girardot a vécu la pire chose que pouvait vivre une actrice : être atteinte de la maladie d’Alzheimer. Si elle s’est battue jusqu’au bout contre la maladie, Annie Girardot a fini par perdre son combat. Emportée le 28 février 2011, l’actrice repose désormais au cimetière du Père-Lachaise à Paris et est devenue l’une des images de la lutte contre la maladie d’Alzheimer.
Les derniers instants
Sachant qu'elle allait partir, ses proches ont passé avec elle les trois derniers jours de sa vie. Giulia Salvatori n'a pas voulu qu'il y ait d'acharnement thérapeutique. Elle a été transportée en urgence à l'hôpital. Ses proches se sont occupés d'elle comme d'un bébé. Ils ont pu lui dire tout ce qu'ils avaient à lui dire. Ils lui ont chanté en choeur "Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux?", une chanson qu'elle adorait. Elle est partie en paix avec elle-même et avec le monde.
En 2006, entourée de Giulia et de sa petite-fille, Lola, dans son appartement parisien, près de la place des Vosges, Annie Girardot révélait son combat contre la maladie d’Alzheimer. Quand Alain Delon lui rendait visite, dans les dernières années de sa vie, Annie Girardot lançait : « T’es qui toi ? ». L’acteur connaissait bien l’esprit et la verve de celle qui, un demi-siècle plus tôt, lui donnait la réplique dans «Rocco et ses frères » de Visconti ; mais Annie ne plaisantait plus. Les premiers symptômes d'Alzheimer étaient apparus en 1997. Dix années durant, l’actrice allait continuer à tourner, à livrer au public de nouvelles prestations inoubliables dont, cruellement, elle ne se rappellerait pas. Pour faire taire les rumeurs, en 2006, Annie Girardot, sa fille Giulia Salvatori et sa petite-fille Lola Vogel avaient révélé ensemble, dans Match, l’irruption de la maladie dans leurs vies.
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