Le meurtre de Lola, une jeune collégienne de 12 ans, a plongé la France dans l'émoi et la consternation. Au-delà de la tragédie humaine, cette affaire a été le théâtre d'une prolifération de rumeurs et de théories complotistes, alimentées par des faits troublants et des déclarations controversées. L'enquête se poursuit pour démêler le vrai du faux et comprendre les motivations de la principale suspecte, Dahbia B.

Un Mobile Flou et des Questions Persistantes

Plus d'une semaine après le meurtre, les motivations de Dahbia B., la principale suspecte, demeurent obscures. Interpellée après avoir été identifiée grâce aux images de vidéo-surveillance de l'immeuble de la victime, Dahbia B. a d'abord reconnu les faits, avant de se rétracter et d'évoquer un simple "rêve".

Les parents de Lola, gardiens de l'immeuble, ont été les premiers à la voir aborder leur fille, qui semblait mal à l'aise. Ensuite, plus aucune trace de Lola sur les images. Dahbia B., quant à elle, ressort seule de l'immeuble moins de deux heures après y être entrée.

De nombreux mystères entourent les 91 minutes qui se sont écoulées entre l'entrée et la sortie de l'immeuble par Dahbia B. L'un des principaux éléments troublants est l'inscription trouvée sur les pieds de l'adolescente : un "1" à gauche et un "0" à droite. Cette inscription a alimenté de nombreuses spéculations, notamment en lien avec des rites sataniques.

La Piste des "Enfants Zouhris" : Une Théorie Controversée

L'ancien magistrat George Fenech a évoqué l'affaire des "enfants Zouhris", une croyance populaire en Afrique du Nord selon laquelle certains enfants blonds aux yeux bleus posséderaient des pouvoirs et seraient utilisés dans des rites sataniques. Selon lui, le chiffre 1 sur le pied gauche et le chiffre 0 sur le pied droit de Lola correspondraient à un rite satanique des Zouhris. Il a déclaré : "Ça me rappelle l’affaire des enfants Zouhris, généralement des blonds aux yeux bleus, qui sont considérés comme ayant des pouvoirs en Algérie. Ils sont kidnappés, sacrifiés, on boit leur sang et il y a des rites sataniques. Sur cette pauvre fillette, il y avait le chiffre 1 sur la plante de son pied gauche, et le chiffre 0, c’est exactement le rite satanique des Zouhris en Afrique du Nord".

Lire aussi: Organiser une Chasse au Trésor Inoubliable

Cette théorie a été largement relayée sur les réseaux sociaux, suscitant l'indignation et la polémique. L'avocat de Dahbia B., Me Alexandre Silva, a fermement démenti cette piste, la qualifiant de "n'importe quoi".

Que sont les enfants Zouhris ?

Au Maroc et en Algérie, on appelle enfants zouhris des enfants présentant un morphotype et des caractéristiques bien particuliers. En effet, ce sont souvent des enfants roux aux yeux bleus ou blonds aux yeux clairs et ils doivent présenter une ligne continue qui traverse la paume de la main. Ces enfants zouhris sont dits Chanceux car ils permettraient d’accomplir des miracles et en particulier de découvrir des trésors enfouis. Ces enfants zouhris sont systématiquement recherchés et kidnappés pour être ensuite revendus aux Fkihs pour une somme allant de 1000 dirhams à 450.000 dirhams. Ils seront ensuite sacrifiés aux djinns sur l’autel de Satan dans le cadre d’un rituel censé permettre la découverte de trésors enfouis sous terre depuis des siècles. Les enfants Zouhris sont enlevés et égorgés pour faire une offrande aux djinns qui sont les gardiens des trésors.

Ces faits véridiques sont régulièrement jugés dans les tribunaux car ce sont bien sûr des pratiques criminelles de la sorcellerie. La psychose s’empare maintenant de l’Algérie car dans plusieurs régions du pays ce phénomène prend des dimensions alarmantes. Les auteurs de rapts vont même plus loin encore car une fois l’enfant égorgé et son sang récupéré pour les besoins du rituel, ils vont jusqu’à extraire ses organes pour alimenter un trafic d’organes international. On est en présence, certainement, de réseaux maffieux de trafic d’organes évoluant en réseaux organisés, et pour lesquels le gain est au-dessus de toute considération humaine.

Une Magie Noire pour Retrouver les Trésors Cachés

Selon la légende soussie, les terres, les puits et les cimetières faisaient autrefois office de « cachettes secrètes » pour la richesse de nombreuses familles car les banques n’existaient pas. Ces personnes emportaient généralement leurs secrets dans la tombe et ces trésors disparus devenaient à jamais la propriété des Djinns. Les Fkihs Soussis pratiquent une magie noire, très courante au Maroc, pour retrouver ces trésors. Mais pour cela ils ont besoin des enfants zouhris. Ils estiment en effet que la découverte et l’exhumation de ces trésors cachés nécessite une offrande au Djinn-gardien afin qu’il parte et abandonne le trésor. La cérémonie d’exhumation de trésors se déroule en présence de plusieurs escrocs qui viennent généralement avec un croquis indiquant la description du lieu du trésor. Les Fkihs marocains appellent l’emplacement du trésor du terme « takyéda ».

Le rituel magique qu’ils appellent « taâzima » est une sorte de pacte satanique entre le fkih et le diable. Le but est d’appeler le djinn gardien du lieu pour ensuite le chasser et avoir accès au trésor. Le rituel ce compose d’une série d’oraisons connues des seuls Fkihs Soussis. Le djinn invoqué demande alors un enfant Zouhri en guise d’offrande. C’est à ce moment que les fkihs égorgent l’enfant sur le lieu du trésor imaginaire. La direction prise par l’écoulement du sang désigne l’emplacement exact du trésor. Les légendes marocaines attestent de cette forme de sorcellerie. Ces « Fkihs Soussis » seraient tous originaires de la région de Souss, au Maroc. Dans les années soixante, beaucoup d’entre eux ont sillonné le sud-ouest et l’ouest de l’Algérie pour rechercher des trésors perdus. Les personnes âgées s’en souviennent encore et témoignent qu’on les appelait « ben-nas-nas ». Beaucoup de disparitions d’enfants avaient été signalées à cette époque, dont nombreux présentaient les caractéristiques des « enfants Zouhris ».

Lire aussi: Tout savoir sur les rollers Oxelo enfant

Un Rapt d’Enfant en 2016

Le 21 septembre 2016, les services de sécurité de Tissemsilt retrouvent Hamani Yacine, âgé de 9 ans. Huit personnes ont été arrêtées dont quatre membres de la famille de l’enfant. Hamani Yacine avait été retrouvé, 36 heures après son enlèvement, dans une zone isolée de la commune de Sidi Abed dans un état critique. Il avait subi de nombreuses blessures à l’arme blanche sur plusieurs parties de son corps et avait une hémorragie.

L’enfant vivait chez son grand-père à Tissemsilt et qu’il avait été enlevé pour organiser des rituels visant à découvrir un trésor dans la région de Sidi Abed où vivaient ses parents. Les personnes arrêtées sont âgées entre 27 et 64 ans. On dénombre parmi elles le père de l’enfant et son oncle. Ils ont tous été inculpés pour association de malfaiteurs et tentative d’homicide avec préméditation, de kidnapping et de torture pratiquée sur un être humain. L’enfant avait été laissé à l’abandon dans un champ et on peut réellement le qualifier d’enfant « chanceux » car il a été découvert rapidement par les services de sécurité.

Ces assassinats sont fréquents au Maghreb. On peut citer les assassinats de Haroun et Ibrahim à Constantine, de Sanaa à Sebdou et de tant d’autres enfants innocents, ainsi que les tentatives avortées du rapt d’enfants à Hennaya, à Azzedine (Béni Saf), à Sidi Ahmed, dans la commune de Remchi, et la liste est encore longue.

En mai 2008, les services de la gendarmerie de Maghnia avaient mis hors d’état de nuire un réseau de trafic international d’organes dans lequel était impliqué un Marocain, S. M., âgé de 30 ans, qui a tenté d’enlever un enfant de 2 ans à Maghnia et qui avoua, lors de son audition par les enquêteurs de la Gendarmerie nationale, qu’il appartenait à un important réseau de trafic d’organes implanté à Oujda, au Maroc, où un certain Abdeljalil Amar les attendait pour transférer l’enfant dans une clinique privée.

A Bab El Assa, ville algérienne frontalière avec le Maroc, quatre enfants sont embarqués à bord d’un véhicule de type J5. Ils ont heureusement réussi à échapper à leurs ravisseurs qui se sont évaporés dans la nature. Plusieurs enfants de moins de six ans, portés disparus, ont été affreusement mutilés dans les régions rurales marocaines où la sorcellerie, le charlatanisme et les actes sataniques de la magie noire ont jeté l’effroi sur l’ensemble du territoire chérifien. A Adjelmous, région de Khenifra, des dizaines d’enfants ont été enlevés entre 1999 et 2003 par des adeptes de la magie noire. On a retrouvé leurs corps mutilés dans la forêt toute proche.

Lire aussi: Reconnaître et traiter l'appendicite chez l'enfant

L’un des enfants victimes a été retrouvé, selon les témoignages, sans les yeux. Ceci corrobore la thèse selon laquelle ces enfants roux aux yeux clairs sont aussi enlevés pour leurs organes, notamment la cornée.

Fausses Informations et Théories Complotistes

Depuis la découverte du corps de Lola, de nombreuses fausses informations ont circulé sur les réseaux sociaux, notamment en provenance de l'extrême droite. Parmi ces fausses informations, on retrouve l'idée que Lola aurait été torturée, violée et assassinée par quatre sans-papiers algériens, ou encore que le meurtre serait lié à un trafic d'organes.

Le parquet de Paris a démenti ces rumeurs, précisant que la suspecte n'avait pas évoqué de vente d'organes lors de son audition. L'avocat de Dahbia B. a également écarté cette hypothèse.

L'État Mental de la Suspecte en Question

Alors que l'enquête se poursuit, l'état mental de Dahbia B. suscite de nombreuses interrogations. Des expertises psychiatriques doivent être menées pour déterminer si elle souffre de troubles psychologiques. Sa sœur aînée a déclaré aux enquêteurs que Dahbia était la "mauvaise graine" de la famille et qu'elle "faisait toujours des problèmes". Elle a également évoqué une possible bipolarité, expliquant que Dahbia avait des comportements imprévisibles et changeants.

Incarcérée à la prison de Fresnes, Dahbia B. a été placée à l'isolement et fait l'objet d'une surveillance particulière, en raison des risques de violence de la part d'autres détenues et du risque de suicide.

L'Affaire Lola : Un Fait Divers Propice aux Thèses Complotistes

La chercheuse Claire Ruffio explique que les faits divers, en particulier ceux qui sont entourés de mystère, sont propices à la diffusion de thèses complotistes. Selon elle, le meurtre de Lola est un "fait divers parfait pour entretenir le mystère", en raison des circonstances particulièrement effroyables du crime et de la mise en cause d'une femme, ce qui est statistiquement moins fréquent.

Elle ajoute que les thèses complotistes permettent de "rationaliser" l'événement et de lui donner un sens, en impliquant un groupe plus large et en invoquant des motifs religieux ou culturels.

tags: #enfant #zouhri #lola #histoire #vraie

Articles populaires: