Le sacrifice humain, bien que documenté dans l'histoire précolombienne, révèle parfois des exemples d'une rare complexité. Des découvertes récentes, allant de l'Équateur à l'Égypte, en passant par l'Italie, mettent en lumière des pratiques funéraires et des événements tragiques liés à la grossesse et à la mort de femmes dans l'Antiquité. Ces découvertes archéologiques, souvent macabres, soulèvent des questions fascinantes sur les croyances spirituelles, les rituels et les dynamiques sociales de ces époques reculées.

Un Sacrifice Enigmatique en Équateur : La Tombe de Buen Suceso

Une excavation récente à Buen Suceso, en Équateur, a mis au jour l'un des exemples les plus énigmatiques de sépulture antique. Une équipe d'archéologues a découvert les restes d'une jeune femme enceinte et de son fœtus, datant d'environ 1 200 ans, de la période Manteño (771 à 953 apr. J.-C.). Cette découverte, publiée dans la revue Latin American Antiquity, révèle des aspects troublants des pratiques funéraires de cette époque.

Dirigée par Sara Juengst, bioarchéologue à l’Université de Caroline du Nord à Charlotte, l’équipe a trouvé six sépultures qui datent de cette époque caractérisée par des chefferies complexes regroupant des populations côtières qui pratiquaient l’agriculture et la navigation.

La jeune femme, âgée d’environ dix-sept à vingt ans, était enceinte de sept à neuf mois au moment de sa mort. La datation au radiocarbone situe son décès entre 771 et 953 apr. J.-C. Ses restes portaient des signes d’une mort particulièrement violente : des fractures sur son crâne suggèrent qu’elle aurait succombé à un coup porté à l’avant de la tête par un objet lourd, et ses os montraient qu’elle avait été battue. De plus, ses mains et sa jambe gauche ont été violemment retirées après son décès.

L'inhumation se distingue par une collection élaborée d'artefacts : des coquilles de palourdes posées sur ses orbites, des ornements en forme de croissant faits de coquilles de mollusques Spondylus, trois lames d’obsidienne placées autour de son corps et une pince de crabe posée sur son abdomen. De plus, le crâne d’une personne âgée de 25 à 35 ans avait été déposé près de l’épaule de la femme enceinte et une offrande brûlée avait été placée sur sa poitrine. Or, les datations de dernier matériau montrent qu'il aurait été ajouté entre 991 et 1025 apr. J.-C., potentiellement plusieurs siècles après sa mort.

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Cette découverte est d'autant plus intrigante que le sacrifice humain était rare chez les peuples côtiers de l'Équateur de la culture Manteña-Huancavilca (environ 600 à 1532 apr. J.-C.). L'équipe a souligné l’intérêt de ce sacrifice en raison de la contradiction entre la manière « déshumanisante et oppressante » dont la victime a été tuée et la richesse des biens de valeur trouvés dans sa tombe. Les objets trouvés avec le corps suggèrent une exécution organisée et intentionnelle plutôt qu’une attaque impulsive. La disposition des objets autour de son corps et sur son abdomen "suggère une protection et un traitement spécial pour elle et son fœtus", ajoute-t-elle, "d'autant que le Spondylus est associé à la fertilité et à l'eau, et qu'il était prisé par de nombreuses cultures d'Amérique du Sud".

Les chercheurs ont proposé deux hypothèses pour expliquer la mort et l’inhumation inhabituelles de cette jeune femme. La première suggère qu’elle pourrait avoir été victime de jalousie ou de rivalité politique. « Le fait qu’il s’agisse d’une femme enceinte pourrait indiquer que les femmes occupaient des positions importantes et qu’il était nécessaire de « gérer » leur pouvoir », avance Juengst. La seconde hypothèse rappelle que les peuples locaux de l’époque vivaient une période difficile marquée par des épisodes intenses d’El Niño, entraînant des problèmes de récolte. Le sacrifice aurait pu être une tentative pour apaiser les dieux et prier pour une agriculture plus fructueuse.

D’autres experts appellent toutefois à la prudence dans l’interprétation des conclusions et espèrent que de futures données obtenues lors d’excavations futures pourraient renforcer les conclusions de cette étude.

Une Momie Enceinte Découverte en Égypte : Un Cas Unique au Monde

En Égypte, une découverte tout aussi exceptionnelle a été faite : la première momie enceinte connue au monde. Des scientifiques polonais ont déclaré avoir découvert une momie égyptienne enceinte en effectuant des radios sur les restes vieux de 2 000 ans, conservés au Musée national de Varsovie.

« Mon mari Stanislaw, égyptologue, et moi-même, en examinant des images radiographiques, avons remarqué dans le ventre de la femme décédée un cadre familier pour les parents de trois enfants - un petit pied ! », a indiqué aux journalistes Marzena Ozarek-Szilke, anthropologue et archéologue à l'Université de Varsovie. Une analyse plus approfondie a révélé la présence d'un fœtus entier.

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L'âge de la femme, enceinte de 26 à 30 semaines au moment du décès, est estimé à entre 20 et 30 ans. « Nous ne savons pas pourquoi le fœtus n'a pas été sorti du ventre de la défunte lors de la momification », a reconnu M. Wojciech Ejsmond de l'Académie polonaise des Sciences, qui participe à ce même projet. « Cette momie est vraiment unique. Nous n'avons pas été en mesure de trouver des cas similaires. Cela signifie que 'notre' momie est la seule reconnue au monde avec un fœtus », a-t-il déclaré.

Mme Ozarek-Szilke a émis l'hypothèse qu'il y avait peut-être eu un effort pour « camoufler la grossesse ». Les scientifiques estiment désormais qu'elle pourrait être encore plus ancienne et tentent de connaître les causes possibles de décès. La momie n'a pas été ouverte, mais une radio a montré que la femme avait de longs cheveux bouclés descendant jusqu'aux épaules.

La découverte a été annoncée dans le dernier numéro du Journal of Archaeological Science, une revue à comité de lecture. « C'est le premier cas connu d'un corps embaumé d'une femme enceinte… Cela ouvre de nouvelles possibilités de recherche sur la grossesse dans les temps anciens et les pratiques liées à la maternité », abonde l'article.

La momie a été amenée en Pologne au XIXe siècle et fait partie de la collection d'antiquités de l'Université de Varsovie. On pensait initialement que la momie était une femme, probablement à cause du sarcophage élaboré. Ce n’est que vers 1920, lorsque le nom sur le cercueil a été traduit, que la perception a changé. En 2016, cependant, la tomographie par ordinateur a révélé que la momie dans le sarcophage n’était peut-être pas réellement Hor-Djehuty. Étant donné que les artefacts n’étaient pas exactement manipulés avec le meilleur soin au 19e siècle, et étant donné que le cercueil était en effet fait pour une momie masculine, il semble qu’une momie entièrement différente ait été placée dans le sarcophage à un moment donné - peut-être pour être présenté comme un artefact plus précieux. Ainsi, il est impossible de savoir qui était exactement la femme, ou même si elle venait de Thèbes où le cercueil a été trouvé ; cependant, quelques faits peuvent être évalués à partir de sa dépouille. Elle est décédée il y a un peu plus de 2000 ans, environ au premier siècle avant notre ère, entre 20 et 30 ans, et le développement du fœtus suggère qu’elle était enceinte de 26 à 30 semaines.

En tant que première découverte d’une momie enceinte embaumée, la Dame mystérieuse pose des questions fascinantes sur les croyances spirituelles de l’Égypte ancienne.

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Accouchement Post-Mortem en Italie : Une Découverte Sordide à Imola

En Italie, des archéologues ont fait une découverte aussi rare que sinistre à Imola. Ils ont découvert le squelette d’une femme qui, selon les analyses d’une gynécologue, a accouché dans sa propre tombe.

Une tombe datant du 7e siècle contenant les restes d’une femme a été découverte sur un site. Elle a intrigué les chercheurs car des petits os ont été trouvés entre les jambes de la défunte et cela les a poussés à enquêter sur leur nature.

Comme ils le rapportent dans leur étude, il s’agirait d’un cas d’expulsion fœtale post-mortem. Autrement dit, d’un accouchement qui aurait eu lieu après la mort, et plus précisément dans la tombe.

Lors du décès, des gaz s’accumulent et augmentent la pression dans le corps. Citée par nos confrères de Forbes, la gynécologue Jen Gunter a déclaré : “Je pense que ce qui se passe [dans le cas d'une expulsion fœtale post-mortem], c'est que la pression du gaz s'accumule et que le fœtus mort est délivré par une rupture - en fait, cela fait un trou à travers l'utérus dans le vagin, car le vagin est beaucoup plus fin que le col de l'utérus.” Le fœtus aurait donc été expulsé, mort-né, d’un corps en décomposition. La mort de la mère serait d’ailleurs liée à sa grossesse.

La femme présentait un trou au niveau du crâne, résultat d’une opération visant à soulager des souffrances liées à sa grossesse : “Étant donné que la trépanation était autrefois souvent utilisée dans le traitement de l'hypertension pour réduire la pression sanguine dans le crâne (…) nous avons émis l'hypothèse que cette lésion pourrait être associée au traitement d'un trouble hypertendu de la grossesse." Malheureusement, cette opération ne l’aurait pas guérie.

Le Lithopédion : Quand la Grossesse se Transforme en Pierre

Un autre phénomène rare et fascinant lié à la grossesse est le lithopédion, ou « enfant de pierre ». Il s'agit d'un fœtus pétrifié résultant d’une grossesse abdominale non diagnostiquée et non traitée.

Ce phénomène fait suite à une fécondation qui commence initialement dans la trompe de Fallope ou dans l’ovaire. L’implantation de l’œuf fécondé sur le péritoine, mince membrane vascularisée et solide qui protège les organes abdominaux, permet son développement et sa survie jusqu’à un âge avancé. Il se produit en effet, après au moins trois mois, un arrêt de la croissance fœtale du fait d’une irrigation sanguine non adaptée.

Les médecins légistes d’Istanbul et leurs collègues du département de gynécologie-obstétrique de la faculté de médecine de Samsun (Turquie) ont découvert à l’autopsie d'une femme turque de 87 ans une masse calcifiée mesurant 12,5 cm de long et pesant 227 grammes. La longueur du fémur du fœtus était de 4,9 cm, celle de l’humérus de 4,6 cm, ce qui a permis d’estimer l’âge de la grossesse interrompue entre 25 et 29 semaines d’aménorrhée. Le Dr Ahmet Selçuk Gürler et ses collègues précisent que cette femme vivait avec un fœtus dans le ventre depuis au moins 24 ans, et peut-être même depuis 65 ans, son mari étant décédé en 1990 et sa dernière grossesse remontant à 1946. Cette observation est également exceptionnelle dans la mesure où le lithopédion a été découvert après le décès.

En interrogeant la fille de la défunte, les médecins ont appris que cette femme avait déjà eu trois enfants : un avant 1944, un second en 1944 et un troisième en 1946. Le lithopédion n’est pour rien dans le décès de cette femme. Cette découverte post-mortem rappelle le cas, bien plus ancien, du lithopédion de Marguerite Mathieu. Cette femme de 62 ans, qui habitait Toulouse fut « en état de grossesse » durant 25 ans avant que son interminable gestation, commencée en 1653, pris fin le jour de sa mort le 17 juin 1678.

On dénombre aujourd’hui environ 330 cas d’enfants de pierre dans la littérature médicale internationale. Le lithopédion survient dans 1,5 à 2 % des grossesses extra-utérines, ce qui revient à dire que l’on observe 54 cas pour 10.000 grossesses. La mort du fœtus intervient entre 3 et 6 mois de grossesse dans 20 % des cas, entre 7 et 8 mois de grossesse dans 27 % des cas, et à terme dans 43 % des cas.

Dans la plupart des cas, le lithopédion ne s’accompagne pas de symptôme pendant des années. Des douleurs, une sensation de pesanteur abdominale peuvent survenir. Parfois, la masse siégeant dans la cavité abdominale ou dans le pelvis provoque des complications, notamment une occlusion intestinale, un abcès pelvien (collection du pus à proximité des ovaires et des trompes de Fallope), la formation de communications anormales (fistules) entre le fœtus et la paroi abdominale, le rectum ou le vagin.

Le diagnostic de lithopédion repose sur l’histoire clinique de la patiente, la présence à la radiographie de l’abdomen d’un fœtus calcifié. L’échographie a peu d’intérêt car les ondes sonores sont arrêtées par la masse calcifiée. Le scanner et l’IRM ne sont pas nécessaires au diagnostic. Ils peuvent cependant parfois être utiles pour confirmer que l’utérus est vide, établir un bilan des lésions associées et rechercher la présence d’adhérences entre la masse calcifiée et les organes avoisinants, intestin et vessie. Il s’agit alors de prévenir d’éventuelles complications post-chirurgicales.

Un lithiopédion a également été retrouvé dans le sud de la France dans la nécropole gallo-romaine de Costebelle du 4e siècle à Hyères (Var). Une observation avait été rapportée en 1582, à Sens (Yonne), par le médecin du roi Jean d’Ailleboust, dit Albosius (1532-1594), le premier à introduire le terme lithopédion.

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