Mentir est une capacité de tromper intentionnellement et verbalement autrui. C’est une étape normale du développement de l’enfant. Il faut que le mensonge ne devienne pas pathologique. C’est plutôt bon signe si votre progéniture invente des histoires.
Les étapes du mensonge chez l'enfant
"C’est pas moi !" Il est fort probable que vous ayez déjà entendu cette phrase si vous avez des enfants. Une étude polonaise menée en 2022 par l’Université de Cracovie révèle que, vers l’âge de deux ans et demi, les tout-petits répondent spontanément, sans volonté de tromper leur entourage. Avant l’âge de quatre ans, les bambins ne mentent pas délibérément, mais affabulent. Ainsi, ils peuvent déclarer sans sourciller que c’est le chien qui a mangé tous les biscuits. En revanche, le mensonge adopte une autre forme lorsque les enfants grandissent.
Vers cinq ou six ans, l’enfant comprend désormais qu’il peut dissimuler, nier ou travestir la vérité. Maintenant qu’il a quitté la toute petite enfance, il est capable de mentir avec l’intention de tromper. Par exemple, il pourra inventer une histoire pour éviter d’être puni s’il a commis une bêtise. Il faut toutefois attendre huit ou neuf ans pour que votre progéniture fasse réellement la différence entre son imaginaire et la réalité.
Pour les adultes, le mensonge possède une connotation négative. Les enfants prennent conscience du bien et du mal vers sept ans. Avant cet âge, les jeunes individus ne parviennent pas à assimiler le mensonge comme néfaste. Les enfants qui démontrent de bonnes aptitudes cognitives comme l’inhibition et la mémoire sont plus susceptibles de mentir, selon l'équipe du laboratoire du développement sociocognitif de l’Université de Brock en Ontario dans The Conversation. Le vrai mensonge nécessite des compétences intellectuelles précises qui ne se développent qu’à partir de sept ans.
Les raisons du mensonge chez l'enfant
Pour Catherine Dolto, médecin, haptothérapeute, écrivain et spécialiste des enfants, mentir représente pour les jeunes individus une manière d’interroger la vie et les adultes. Avoir de l’imagination fait partie du génie de l’espèce humaine. La faculté à inventer est essentielle pour se construire et développer son psychisme. Votre enfant peut se créer un monde imaginaire pour fuir la réalité, dans la même veine que le Père Noël ou la Petite Souris. Il peut aussi s’agir d’une supercherie permettant d’éviter une punition en cas de bêtise.
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Le mensonge peut servir à se valoriser et à attirer l’attention des camarades d’école. Votre enfant peut par exemple prétendre connaître une célébrité pour se faire des amis et obtenir de la reconnaissance. Ces petits arrangements avec la vérité sont sans gravité, à condition de ne pas tomber dans la mythomanie. Il vaut mieux faire comprendre à votre progéniture qu’elle n’a pas besoin de s’inventer une vie pour que l’on s’intéresse à elle.
Les enfants mentent-ils vraiment ? À partir de quel âge peut-on vraiment parler de mensonge ? Punition de la bêtise, ou bêtise de la punition ? L’étude a été faite chez 372 enfants âgés de 4 à 8 ans. Elle a consisté à placer chaque participant seul dans une pièce pendant 1 minute, avec un jouet derrière lui. L’enfant recevait la consigne de ne pas regarder le jouet en l’absence du chercheur. Si l’enfant sait qu’il ne sera pas puni pour sa « bêtise » (ce qui n’empêche pas de lui demander de réparer les conséquences éventuelles), il n’a pas de raison de mentir sur cette bêtise.
Les mensonges des enfants représentent une étape normale dans leur vie. Dès qu’ils ont la parole, les enfants utilisent les mots pour transformer la réalité comme bon leur semble. Mais sans intention volontaire de tromper. En effet, tout petits ils confondent et emmêlent le vrai et le faux, le rêve et la réalité. Même si leur « supercherie » ne trompe personne, il s’agit plus d’affabulation que de mensonge et une phase normale de son développement.
Ainsi un lit mouillé a-t-il pu l’être par la « pluie tombée du ciel » ou les biscuits au chocolat mangés par le chien. Il ne faut pas oublier que souvent chez les petits, affirmer une chose c’est la rendre vraie alors que la nier la fait disparaître. Néanmoins, avec la raison, vient le moment où l’enfant commence à distinguer le vrai du faux, le monde réel de l’imaginaire. La pensée magique s’estompe peu à peu et l’enfant plus grand, vers 5/6 ans comprend qu’il peut dissimuler, nier ou travestir des vérités pour tromper. Il est alors capable de mentir avec l’intention de tromper. Il commence alors à élaborer des histoires, pour ne pas être puni, par exemple. Mais il confond encore souvent l’erreur et le mensonge. C’est vers 7 ans, quand s’éveille sa conscience du bien et du mal qu’il les différencie réellement. Le mensonge devient alors négatif.
Les petits enfants ne savent pas mentir, ou tout du moins ne savent pas qu’ils mentent. Tout simplement parce qu’ils ne font pas la distinction entre le réel et l’imaginaire. Néanmoins, ce sont nous, les adultes, qui apprenons à nos enfants à mentir en leur faisant craindre la punition.
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Difficile de s’imposer dans un groupe sans la tentation d’embellir un peu la réalité pour se valoriser. Il raconte des histoires invraisemblables : il passait l’après-midi avec superman à combattre les méchants, ou presque plausibles, papa joue au foot et connaît bien Karim Benzema. Vous ne devez pas vous inquiéter de ces petits « arrangements » de la réalité et encore moins vous sentir trahis par des mensonges sans gravité même s’il vous fait passer pour plus célèbre, plus fort ou plus beau que vous n’êtes.
Certaines émotions sont difficiles à exprimer, des sentiments peuvent être violents et les enfants ont besoin de leur univers personnel pour les transposer, loin du jugement des adultes. Parfois l’enfant raconte des boniments parce qu’il ne peut faire face à une réalité trop dure. Tel enfant insinuera que sa magnifique maison est en travaux afin de ne pas inviter ses petits camarades dans un logement qui montre clairement le dénuement de sa famille. Ce mensonge traduit en fait son sentiment de solitude, il se rassure lui-même en s’inventant son monde. Ces aménagements de la vérité expriment un mal-être, une difficulté face à laquelle l’enfant cherche un soutien par le mensonge.
Comment réagir face au mensonge
Ne dramatisez pas si votre enfant ment de temps à autre. Un rendez-vous chez un psychologue peut toutefois être utile si jamais le mensonge devient un art de vivre. Il peut révéler un mal-être. Pour Catherine Dolto, il est préférable de ne pas encourager votre enfant dans la voie du mensonge. Montrez-lui la bonne conduite à adopter en ne mentant pas devant lui. En sa présence, ne prétextez pas un problème de santé pour échapper à un dîner, par exemple. La spécialiste recommande également de ne pas cacher la vérité comme la mort d’un proche.
Tous les parents sont un jour confrontés au mensonge de leur enfant. Petit ou grand, anodin ou plus sérieux, il soulève souvent des inquiétudes : pourquoi ment-il ? Est-ce un problème ? Comment réagir ? Avant de s’alarmer, il est essentiel de comprendre que le mensonge chez l’enfant fait partie de son développement. À travers lui, il teste les limites, explore son imaginaire et apprend à réguler ses émotions.
À cet âge, le mensonge n’en est pas vraiment un. Les tout-petits racontent des histoires abracadabrantes avec une spontanéité désarmante : « J’ai vu un éléphant dans ma chambre ! » Pour eux, l’imagination et la réalité cohabitent joyeusement, et ils ne cherchent pas à tromper mais à jouer. Le passage du monde de la fantaisie à celui du réel est progressif. Certains enfants croient en leurs propres histoires, comme s’il suffisait de le vouloir pour que cela devienne vrai. L’ami imaginaire fait souvent son apparition à cette période. Votre enfant teste aussi l’effet produit sur les adultes, fasciné par sa capacité à modifier le réel avec un simple mot. Grâce au développement du cerveau, l’enfant comprend désormais qu’il peut volontairement cacher la vérité.
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Face à un mensonge, la réaction des parents joue un rôle crucial dans l’apprentissage de l’honnêteté. Inutile de s’affoler ou de crier au drame si vous êtes confronté au mensonge de votre enfant. Prenez le temps de vous demander ce qui se cache derrière : une peur de décevoir, un besoin d’attention, une maladresse ? Au lieu de réagir sur le coup, prenez le temps de vous calmer pour comprendre ce qui pousse votre enfant à mentir. Punir un enfant qui ment peut paradoxalement le pousser à recommencer par peur des conséquences. Au contraire, encouragez-le à dire la vérité en le félicitant pour son honnêteté : « Je suis fier(e) de toi d’avoir osé me dire la vérité, même si c’était difficile.
Rappelez toujours à l’enfant qu’il est bon de dire la vérité. Vous ne devez pas rentrer dans son jeu et « mentir » avec ou pour lui. Montrez-lui que vous comprenez pourquoi il fait ça : en s’inventant des exploits, il cherche simplement à attirer l’attention sur lui, à combler un sentiment de faiblesse. Établissez clairement la limite entre le réel et l’imaginaire et redonnez-lui confiance.
Veillez systématiquement à évaluer la gravité du mensonge, ses éventuelles conséquences sur l’équilibre de l’enfant, de la famille ou les risques réels. Tout le monde ment… plus ou moins. N’ayez aucun doute, votre enfant va en prendre de la graine puisqu’il construit sa personnalité par imitation ! Quel meilleur exemple que ses propres parents ? Commencez donc par montrer l’exemple. Dans un autre registre, ne lui cachez pas la vérité, même grave : la mort d’un proche, le chômage, la perte d’un bébé.
Comment réagir ? La première chose à faire, au lieu de vous mettre en colère, de proférer des menaces et de le punir, c’est de lui donner une chance d’avouer en mettant gentiment sa parole en doute : « tu es sûr de ce que tu dis ? Cela ne me paraît pas tout à fait vrai ». Félicitez-le s’il reconnaît sa bêtise. Aidez-le en ce sens à être honnête, essayez de gagner sa confiance en évitant de le punir en cas de mensonge. Faute avouée, à moitié pardonnée ! Parce qu’un petit qui affabule ne ment pas, il invente juste une histoire ! Il faut dire qu’à cet âge on vit dans un monde de dragons et de princesses et que le Père Noël et la Petite souris sont « réels » ! Cette faculté à inventer est essentielle pour leur développement psychique et une étape indispensable pour les aider à se construire.
Les enfants apprennent principalement en imitant ce qu’ils voient. Si vous embellissez souvent la réalité ou racontez de « petits mensonges » (même ceux que vous pensez sans importance), votre enfant pensera naturellement que c’est un comportement normal. Bien souvent, le mensonge chez l’enfant survient pour éviter d’exprimer des sentiments difficiles comme la honte, la peur ou la culpabilité. En créant un climat familial où tous les sentiments sont acceptés sans critique, vous réduisez le besoin de votre enfant de cacher ce qu’il ressent.
Les enfants qui se sentent aimés quoi qu’il arrive et émotionnellement en sécurité ont moins tendance à mentir. Assurez-vous que votre enfant sait que votre amour ne dépend pas de sa perfection. Les histoires, les livres et les jeux où on fait semblant offrent d’excellentes occasions de parler de l’honnêteté et du mensonge. Lorsqu’un mensonge est découvert, proposez à votre enfant de réfléchir ensemble à comment arranger la situation.
Quand s'inquiéter ?
Le mensonge devient préoccupant s’il est systématique, s’il s’accompagne d’autres comportements inquiétants (isolement, agressivité, vol) ou s’il cache une détresse émotionnelle. Dans ce cas, une discussion ouverte et bienveillante est nécessaire, et un accompagnement par un professionnel peut être envisagé. Si les mensonges de votre enfant vous préoccupent, n’hésitez pas à me contacter pour trouver des solutions.
Quand le mensonge devient pathologique, il peut y avoir lieu de s’inquiéter. En effet, un enfant qui utilise le mensonge comme un art de vivre peut cacher un réel mal-être. Cela peut révéler une tentative de dissimulation inconsciente d’un problème. Essayez alors de comprendre le manque de l’enfant, vous pourrez l’aider progressivement à distinguer ses désirs et le monde réel.
À l’inverse, l’absence de mensonge, si elle fait la fierté des parents, montre souvent que l’enfant ne fait pas encore bien la distinction entre lui-même et autrui. Il ne parvient pas à se détacher de ses parents et à grandir. En effet, le mensonge est une sorte de frontière entre le monde personnel et le monde extérieur. Il veut dire aux autres, et particulièrement aux parents « tu ne peux pas toujours tout savoir sur moi ». Un enfant qui ne ment pas n’a pas sans doute pas encore construit son propre univers, celui qui lui est personnel et dans lequel ses parents ne rentrent pas. N’oubliez pas, mentir est un signe de bon développement.
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