Florence Arthaud, surnommée « la petite fiancée de l’Atlantique », a marqué l'histoire du sport nautique français. Son parcours est une source d'inspiration, démontrant que la passion et l'audace peuvent surmonter tous les obstacles.
Une Enfance Maritime et un Tournant Décisif
Née en 1957 à Boulogne-Billancourt, Florence Arthaud a grandi dans un environnement maritime grâce à son père, Jacques Arthaud, un éditeur renommé. Très jeune, c'est son père, l'éditeur Jacques Arthaud, qui lui donne le goût de la mer. Cependant, sa vie prend un tournant décisif à l'âge de 17 ans lorsqu'elle est victime d'un grave accident de voiture. Après un accident de voiture à 17 ans et six mois passés à l'hôpital, elle décide de larguer les amarres. C'est durant sa longue convalescence qu'elle entreprend sa première traversée de l'Atlantique, une expérience qui révèle sa passion pour la mer. « Il me fait traverser l’Atlantique pour la première fois. C’est un véritable déclic pour moi. Je découvre les journées rythmées par les couchers de soleil ou les levers de lune, le temps suspendu, l’éternité de ces moments. Les étoiles, le ciel immense, la courbe de l’horizon, le monde sans fin, le murmure de l’océan, la compagnie des dauphins, le souffle des baleines. Tout est nouveau pour moi, tout a changé. Je me sens libre et légère. La terre ne me manque pas. Je viens de faire connaissance avec mon jardin secret, mon univers à moi.
Premières Courses et Début de Carrière
En 1978, elle est au départ de la Route du Rhum. Florence Arthaud impressionne et gagne un surnom, "la petite fiancée de l'Atlantique". Sa carrière débute en 1978 lorsqu’elle participe à sa première Route du Rhum, terminant 11ème. Novice et sans sponsor, ce p’tit mousse aux p’tites nattes qui a l’air de ne pas y toucher, termine la course en onzième position, deuxième de sa catégorie et première femme. Petit à petit, elle a creusé son tunnel dans ce métier de capitaine en solitaire, fait de victoires, de déceptions, de rêves et de mort.
Triomphe et Reconnaissance
Avec une détermination inébranlable, elle s’accrocha à son rêve et en 1990, enclencha le turbo pour remporter la même course, devenant la première femme à triompher lors de cet événement. À 33 ans, en 1990, l’intrépide à la crinière bouclée et au teint halé devenait la première femme à remporter la mythique Route du Rhum. Son record de la traversée de l’Atlantique Nord confirma sa position de femme forte du sport nautique français. Devenant une héroïne des mers, elle est acclamée comme la première femme à s’imposer dans le monde très masculin de la voile. Les honneurs affluèrent avec une distinction notable en 1990, où elle fut élue Championne des champions.
Une Vie Personnelle, Riche et Complexe
Toujours en mouvement, comme la mer qu’elle adorait, la vie personnelle de Florence Arthaud était pour le moins tumultueuse. Un mariage avec le navigateur Loïc Lingois, une lutte contre l’alcool et un soutien indéfectible des associations pour célébrités en difficulté la définissaient comme une femme d’exception, ne reculant devant aucun défi. Elle mène sa vie comme sur les mers : en intrépide, en courageuse, battant tous les flots : elle est une belle « aventurière » à la « vie de patachon », comme elle l’avouera elle-même, évoquant ses jeunes années avant l’arrivée de sa fille.
Lire aussi: Organiser une Chasse au Trésor Inoubliable
Héritage et Influence
La vie flamboyante de Florence Arthaud s’acheva tragiquement le 9 mars 2015 lors d’un accident d’hélicoptère en Argentine. En 2015, la navigatrice Florence Arthaud perdait la vie aux côtés de la championne olympique de natation Camille Muffat et du champion du champion de boxe Alexis Vastine, dans un accident d'hélicoptère. Survenu sur le tournage de l'émission Dropped, cet accident a eu un retentissement mémorable pour les Français. Sa disparition fit ressentir une vague de choc dans le monde entier, en particulier dans le domaine des sports nautiques. Rien n’effacera pourtant l’empreinte indélébile qu’elle a laissée en influençant grandement l’égalité des sexes dans le sport et en inspirant d’innombrables jeunes filles à suivre sa trace. Une grande dame qui tracera la voie pour les autres navigatrices.
L’Écrivaine Derrière la Navigatrice
Outre ses triomphes maritimes, Florence Arthaud avait une plume captivante. Ses livres, comme « Un vent de liberté » et « Cette nuit, la mer est noire », offrent une vitrine poignante de ses réflexions sur la solitude et les défis psychologiques. Ses écrits, aussi puissants que son courage en mer, servent d’inspiration à une multitude de lecteurs - amoureux de la voile, ou tout simplement de la vie. A travers ses différents ouvrages, la sportive a partagé ses voyages mais aussi ses mémoires notamment à travers le livre intitulé Océane, où elle avait publié un recueil photographique accompagné de courts textes en 1991.
Florence Éternellement
Que ce soit par ses victoires maritimes, ses écrits ensorcelants ou son engagement résilient, Florence Arthaud a laissé sa marque. Son influence perdure au-delà de sa disparition et son courage ainsi que sa passion continuent à illuminer les générations futures. Florence Arthaud, la petite fiancée de l’Atlantique, restera éternellement une source d’inspiration. Avec son mètre 64 et ses 55 kilos, cette femme de caractère est très vite respectée par ses pairs. "C'est une fonceuse", se souvient le marin Marc Guillemot. "Je ne l'ai jamais entendue se plaindre", raconte le navigateur Eugène Riguidel.
Publication Posthume de Manuscrits Inédits
Le 17 février, Patrick Mahé, ancien directeur de Paris Match, a retrouvé des manuscrits inédits écrits par Florence Arthaud. Six ans après sa mort, le frère de la navigatrice a décidé de les publier. Les éditions Arthaud qui avaient publié ce livre à l'époque ont décidé d'en dévoiler davantage sur la navigatrice. Florence Arthaud avait en effet travaillé sur de longs textes et essais notamment portant sur sa jeunesse et son rapport à sa mère. Des récits intimes qu'elle n'avait pas souhaité dévoiler au grand public de son vivant. « Nous publions enfin ce récit inédit grâce à l'accord de sa fille Marie et de son frère Hubert qui le préface. », ont déclaré les éditions, il y a quelques jours. Face à cette trouvaille, Patrick Mahé a décidé de se tourner vers Hubert Arthaud, le frère de la navigatrice qui a ainsi choisi de les livrer au grand public dès le 17 mars prochain.
Souvenirs d'Enfance sur la Côte de Granit Rose
En juin 2013, elle était la marraine de la Trégor Classic, à Trébeurden. Elle avait raconté ses souvenirs sur la côte de Granit rose.
Lire aussi: Tout savoir sur les rollers Oxelo enfant
Quels sont vos souvenirs de navigation sur la côte de Granit rose et en Bretagne Nord ?
Florence Arthaud :«Ce sont tout d’abord des souvenirs d’enfance : j ‘ai eu une enfance heureuse et j’ai appris à nager sans bouée très tôt. Je me souviens de vacances merveilleuses que j’ai passées à Ploumanac’h avec ma grand mère maternelle et mon frère Jean-Marie, de deux ans mon aîné. J’étais alors une toute petite fille. Jean-Marie avait de l’or dans les mains. Il tentait de m’intéresser aux maquettes de bateaux. Il passait des heures à les fabriquer. Ensuite, j’ai appris à naviguer en Méditerranée. Je n’avais jamais vu de brume ou de marée. Je n’avais pas serré la côte pleine d’écueils et de cailloux. Bref, j’ai fêté mes vingt et un ans quelques jours avant le départ de ma première Route du Rhum à Saint-Malo. Juste après une traversée de l’Atlantique en tant que skipper avec le bateau de mon père afin de m’entraîner sur le parcours. La veille du départ, je suis allé demander des conseils à quelques concurrents, et mon ami Philippe Poupon m’a gentiment offert L’Almanach du marin breton. Au briefing, la météo nous annonce du brouillard. Philou Poupon me rassure : c’est 6 heures pour et 6 heures contre…Mon petit bateau, un Frioul 38 qui s’appelle X.Perimental, était loin d’être prêt lorsque j’ai largué les amarres. Peu importe, j’aimais déjà cette solitude que je dévore.Bye-bye Saint-Malo !»
L'Importance des Bateaux Classiques et la Recherche du Vent
Quel plaisir avez-vous à naviguer sur des bateaux considérés comme classiques ?
Florence Arthaud :«Il est immense.Tous les gens qui naviguent sur des bateaux classiques sont des vrais amoureux de la mer. Je partage pleinement et, de plus en plus au fil du temps, l’esprit et les valeurs qui les animent. J’ai vécu avec eux des histoires extraordinaires. Par ailleurs avec la Figaro, j’ai découvert la régate et les courants. J’adore ne penser à rien d’autre qu’à la vitesse même si elle est lente, très lente. J’adore chercher le vent. Mon seul souci c’est de glisser. Rien d’autre ne peut avoir d’importance…»
Marraine du Port de Trébeurden et Évolution de la Plaisance
Vous êtes la marraine du port de Trébeurden, quel regard portez-vous sur l’évolution de la plaisance ?
Lire aussi: Reconnaître et traiter l'appendicite chez l'enfant
Florence Arthaud :«Il y a quinze jours à peine, deux couples près de la retraite ont tout vendu pour faire le tour du monde à la voile sur leur bateau ! Dans les années 1970, c’était le fromage de chèvre dans une ferme du Larzac Aujourd’hui, j’ai hâte et je me réjouis de vivre et de partager, avec les amis du Yacht Club de Trébeurden, les trois jours de La Trégor Classique 2013. Quelqu’un m’a dit que son président, Bernard Haillouy, il y a 25 ans déjà, était parti pendant deux ans avec sa femme Chantal et son petit garçon de 4 ans, Yoann, pour être sur leur voilier les passagers de l’Atlantique. Aujourd’hui Yoann a 30 ans, il est actuellement moniteur au Centre Nautique de Kergelen et à Port Louis.
Hommages et Perspectives Post-Décès
Avec elle, le mot marin s'était conjugué au féminin. Florence Arthaud a baigné toute son enfance dans les récits des grands navigateurs. Née en 1957, elle est la fille de Jacques Arthaud, directeur de la maison d’édition grenobloise Arthaud durant les années 1970, éditeur des récits d’un Bernard Moitessier ou d’un Éric Tabarly. Jamais, pourtant, Florence Arthaud ne sera considérée comme une fille à papa. « Elle appartenait à notre monde, elle y était biologiquement à sa place.
« J’ai besoin de prendre le large ». Voilà le mot qu’elle glissera sur son oreiller en quittant le domicile familial à 17 ans. Florence Arthaud vient de subir un grave accident de voiture - un coma et une paralysie s’en suivent - et une longue convalescence de deux ans. Elle a dix-huit ans, l’âge de tous les possibles. Son destin, elle le prend vite en main et ce sera à la barre d’un bateau qu’elle dirigera en solitaire.
Fervente défenseure de la cause des femmes, engagée dans l’accès des femmes au monde de la voile, Florence Arthaud, au franc-parler légendaire, n’hésite pas à donner le fond de sa pensée : pour elle, naviguer, « ce (n’est) pas un métier de femme. Mais un univers qui convient à son goût de l’aventure : « Et d’habitude, on recherche la stabilité et un avenir assuré. Cette « grande gueule » qui a ouvert la voie aux femmes a, pour autant, toujours nié la réputation machiste du milieu de la voile : « On dit que les marins sont machos. Il n’en est rien. La navigation est un sport sensuel. Un art de vivre, une vraie philosophie. Les marins de tous genres aiment les femmes - ils en sont privés si souvent. Ils ont le goût de cette harmonie entre la violence et la grâce.
Malgré cette traversée fantastique, le vent tourne : contexte économique délicat oblige, en 1992, son sponsor ne peut lui faire construire un nouveau bateau. Et puis, en 1993, c’est la naissance de sa fille, Marie. Faute de financements et de sponsors malgré sa renommée, elle doit faire une croix sur son désir de fêter le vingtième anniversaire de sa victoire en 2010 : « J’étais un peu dégoûtée. Ils avaient rouvert la course aux grands voiliers. C’était le 20e anniversaire de ma victoire et j’avais l’intention d’y participer sur un immense trimaran, Oman (30 m). Mais je n’ai pas réussi à avoir ce bateau, ils ont préféré le donner à un homme. Les mentalités n’ont pas évolué. Elle restera à quai, mais n’hésitera pas à dénoncer cette situation : elle y voit la frilosité des sponsors « quand il s’agit de confier un gros bateau à une femme ». Depuis quelques années, la reine des transats, domiciliée à Marseille, jamais trop loin de son environnement naturel, privilégiait la navigation plaisir. « Elle vivait comme un Phénix, au bord de la catastrophe, et toujours elle en réchappait », écrivait Olivier de Kersauson dans son hommage, en 2015, dans Paris Match. En 2011, c’est en tombant à l’eau, entre le cap Corse et l’île d’Elbe. « On n’avait rien, on n’avait pas de maison, on vivait sur nos bateaux. On avait une bande de copains qui était notre famille ». Vivre d’amour et d’eau fraîche, en somme, comme le décrit si bien Olivier de Kersauson : « Les grandes bouffes, les soirées arrosées, les chansons de marins et de ratafia. « Le truc de Florence c’était d’aller trouver des sponsors en boîte de nuit ! racontait Luc Le Vaillant à Paris Match en 2016. Elle se disait, on danse, on boit des coups et le lendemain on leur demande de l’argent… ! Un formidable culot et un tempérament de battante qui lui a ouvert les plus prestigieuses courses autour du monde : « Elle était talentueuse, attachante, mais parfois impossible », expliquait Olivier Peretié, journaliste de voile, dans ce même article. « Ces dernières années, Florence s’était ouverte à la cause féministe.
Révélations Intimes par Kaya Lokay
Kaya Lokay, qui a partagé les six dernières années de la vie de Florence Arthaud, dresse un portrait intime de la navigatrice : le viol subi dans l’enfance, son histoire avec Kersauson, ses excès…Réalisatrice et productrice, Kaya Lokay entre par hasard dans la vie de Florence Arthaud alors qu'elle rêve de filmer un biopic sur sa vie. Entre elles se noue une relation particulière et singulière, entre amitié et sensualité, une vie de bohème faite de partages, de rires, de larmes et d'échanges sur les fracas de la vie. Huit ans après la mort de la navigatrice sur le tournage de Dropped en Argentine, Kaya publie un livre où l'on découvre une Florence Arthaud foncièrement attachante et marquée par des drames intimes.
Elle raconte ce drame quand on regardait des photos d'elle dans sa jeunesse. Elle me montre un cliché où elle a 12 ans - elle en paraît 9 - et m'apprend qu'elle s'est fait violer à cette époque, et a dû avorter dans la foulée. Si jeune, c'est hallucinant ! Et son père qui lui dit : « Tu changeras de nom… » Une phrase qu'il lui a répétée plusieurs fois dans sa vie, quand il jugeait qu'elle faisait honte au nom des Arthaud.
Avec Olivier de Kersauson, ce sera une histoire passionnelle, mais sans suite.Vous révélez aussi qu'Olivier de Kersauson a été le grand amour de sa vieDans le milieu, c'est un secret de polichinelle… Elle le rencontre quand elle a une vingtaine d'années, elle vient de s'inscrire pour sa toute première Route du rhum. Il l'encourage, elle tombe sous le charme de ses yeux bleus, il est élégant, cultivé, lui parle en alexandrins. Elle fait la route pour lui, et quand elle arrive, elle découvre qu'il est marié. Il résiste longtemps avant de céder, ce sera une histoire passionnelle, mais sans suite, sans mariage… Un amour fou dont elle parlait toujours.
Tout le monde se souvient de sa chute dans l'eau, au large du cap Corse, en 2011. Elle parvient à vous joindre avec son téléphone étanche…Je l'ai eue juste avant sa chute, elle m'a dit : je t'embrasse, à demain… Je coupe mon téléphone, puis je me souviens qu'il faut passer à l'heure d'hiver, je le rallume et là je l'entends hurler : « Je suis tombée à l'eau, je suis tombée ! » Elle n'a pas de gilet, l'eau est à 17 degrés… Elle appelle sa mère, son frère cadet, on joint les secours… Elle rappelle, c'est très haché, « j'avale de l'eau », me dit-elle. Moi, je n'imagine pas un seul instant qu'elle va se noyer, j'ai la foi du charbonnier, il faut qu'elle tienne ! Je lui dis : dans une heure, les secours sont là. Elle répond : « Mais dans une heure, je serai morte ! » J'essaye de la rassurer, non, non. Et on la récupère in extremis. Un vrai miracle.
Et finalement, elle va périr sur le tournage de Dropped, quatre ans plus tardLe plus incroyable, c'est qu'un hélicoptère va la tuer, alors que le même type d'appareil l'avait justement sauvée de la noyade… En plus, elle avait une peur bleue des hélicos. Je l'avais dissuadée de faire ce type d'émissions quelques années plus tôt, elle était beaucoup sollicitée. Mais elle avait besoin d'argent. Elle voulait financer son « Odyssée des femmes », une course féminine en Méditerranée, un projet qui lui tenait à cœur…
tags: #Florence #Arthaud #enfance
