Le mouvement littéraire et artistique du Parnasse, bien que fréquemment mentionné, mérite une exploration approfondie au-delà des cours de lettres et d'histoire. Sa richesse et sa diversité en font un sujet digne d'intérêt. Cet article propose une analyse détaillée du mouvement parnassien, de ses fondements à son héritage, en passant par ses figures emblématiques et ses critiques.

Contexte et Principes Fondateurs du Parnasse

Le Parnasse émerge dans la seconde moitié du XIXe siècle, en réaction au lyrisme romantique et à la poésie engagée qui dominaient la scène littéraire française. Cette période est marquée par des mutations politiques incessantes, telles que la chute de la monarchie de Juillet, la Seconde République, le Second Empire, et les déflagrations de 1870. Face à ces bouleversements, les écrivains s'interrogent sur le rôle de la littérature : faut-il chanter la tourmente ou protéger l'art de la fièvre de l'Histoire ?

Le principe fondateur du Parnasse est le culte du beau pour le beau, sans but moral, politique ou social. L'art se suffit à lui-même, affranchi de toute finalité autre que la contemplation esthétique. Cette conception de l'art est résumée par la formule lapidaire de Théophile Gautier : « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid ».

Esthétique Parnassienne : Impersonnalité, Rigueur et Travail

L'esthétique parnassienne se caractérise par plusieurs éléments clés :

  • Impersonnalité : En opposition au lyrisme romantique, les parnassiens prônent une diction objective où la première personne s'efface. Le poème se mue en tableau ou bas-relief, visant ainsi l'universalité.
  • Rigueur formelle : Les parnassiens accordent une importance primordiale à la forme. Ils privilégient les formes fixes telles que le sonnet, la sextine et la ballade, ainsi que les vers strictement scandidés, notamment l'alexandrin classique.
  • Travail minutieux : Le culte du travail est une valeur essentielle pour les parnassiens. Ils considèrent la poésie comme un long labeur de la langue, nécessitant une attention constante aux détails et une maîtrise technique impeccable. L'image d'un paysan penché sur son sillon, affichée chez l'éditeur Alphonse Lemerre, symbolise cette conception de la poésie.

Thèmes Privilégiés et Rejet de l'Actualité

Les parnassiens, refusant l'actualité et la plainte intime, se tournent vers des matières poétiques qui les tiennent à l'écart du fracas contemporain. Parmi les thèmes privilégiés, on retrouve :

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  • L'Antiquité : Magnifiée par Leconte de Lisle dans Poèmes antiques (1852) et Poèmes barbares (1862), l'Antiquité offre un réservoir d'images monumentales : marbres polis, dieux hiératiques, gestes héroïques. Le Parnasse, comme son nom l’atteste, s’attarde volontiers sur l’Antiquité grecque. Trois raisons, au moins, expliquent ce choix : les parnassiens sont classiques, sculpteurs et désintéressés. Ils sont classiques parce qu’ils s’inscrivent en réaction au baroque romantique. Or, le classicisme est le contraire du baroque. Et le classicisme, par définition, retourne à ses pères : l’Antiquité. Ils sont sculpteurs : tout leur travail, toute leur attention sont tournés vers la beauté des vers - et cela passe par un vocabulaire recherché, des tournures spécieuses, des virgules justifiés, des césures correctes et des diérèses pesées. En cela, les parnassiens se rapprochent des sculpteurs de la Grèce antique. Ils sont, enfin, désintéressés : la politique les laisse indifférents. L’on ne s’étonnera donc pas que les deux premières parties du recueil des Trophées, qui sont aussi les plus longues, soient consacrées à Athènes et Rome.
  • L'Orient : source d'exotisme et d'évasion.
  • La nature : Décrite avec objectivité, presque scientifique, la nature n'est jamais le miroir du sentiment. Dans « Le rêve du jaguar », Leconte de Lisle détaille le pelage et la musculature avec la minutie d'un naturaliste.
  • L'histoire de l'art : Inspirant des poèmes-tableaux, des descriptions de sculptures et d'œuvres d'art. Déjà célèbre pour Émaux et Camées (1852), Gautier n’appartient pas strictement à la génération du Parnasse, mais il en fournit la charpente théorique. À ses yeux, la poésie doit être un bijou parfaitement serti, « une fleur rare dont la tige serait de cristal ».

Figures Majeures du Parnasse

Plusieurs figures majeures ont marqué le mouvement parnassien :

  • Théophile Gautier : Considéré comme le théoricien du mouvement, il prône l'art pour l'art et influence profondément l'esthétique parnassienne. Écrivain français du XIXe siècle, Théophile Gautier est une figure marquante du mouvement poétique du Parnasse. D'abord romantique, Gautier fait la connaissance de Victor Hugo en 1829. S'intéressant à la peinture, puis à la poésie, il devient aussi journaliste pour une revue, La Presse. Il voyage également beaucoup, ce qui lui inspire des nouvelles, des poèmes et des récits de voyages. Théophile Gautier est le créateur du slogan « L'art pour l'art », une conception de l'art qui voit dans la beauté la seule fin de l'art. Gautier rejoint le mouvement du Parnasse en 1850 et se détache ainsi du romantisme.
  • Leconte de Lisle : Poète réunionnais d'origine, traducteur de l'Iliade, il devient rapidement la figure tutélaire du Parnasse. Sa diction ample, ses alexandrins impeccablement balancés et ses références savantes incarnent l'idéal d'objectivité. Né sur l'île de la Réunion, Leconte de Lisle rejoint la métropole à l'âge de 18 ans afin d'entamer des études de droit. Il décide finalement de se consacrer à la poésie, une décision qui lui coupe l'aide financière de sa famille. À Paris, il se passionne pour la politique, notamment pour les idées démocratiques. En 1871, il est nommé bibliothécaire du Palais du Luxembourg, poste qu'il occupera jusqu'à sa mort. On lui doit les recueils Poèmes antiques (1852), Poèmes barbares (1862) et Poèmes tragiques (1884).
  • Théodore de Banville : Célèbre la virtuosité pour elle-même. Ses Odes funambulesques (1857) défient la versification par un jeu constant sur les rimes riches et les mètres rares.
  • José-Maria de Heredia : Avec Les Trophées (1893), il propose quatre-vingt-dix-neuf sonnets que Stéphane Mallarmé saluera comme « diamants sculptés par la flamme ». Chacun est un tableau historique condensé ; en quatorze vers, le poète fait luire un empire, une bataille, une ruine, avant de clore sur un flamboiement d'images. José-Marie de Heredia est né le 22 novembre 1842, à Cuba. Il passe sa jeunesse entre La Havane et Senlis où il fait son collège. En 1861, après avoir obtenu son baccalauréat, Heredia quitte définitivement Cuba et regagne la France avec sa mère. Dès 1862, il commence à se lier avec les futurs poètes du Parnasse et commence déjà à publier des sonnets dans les grandes revues littéraires - Le Bulletin de la Conférence, La Revue française, La Revue de Paris. De 1866 à 1893, la vie du poète suit son cours sans incident notable. Les années 1893 et 1894 voient l’apogée de sa carrière littéraire. Après avoir fait un triomphe avec la publication des Trophées, son premier et seul recueil poétique, Heredia est élu à l’Académie française à une très large majorité, contre Zola et Verlaine. Toute la puissance poétique de Heredia se concentre dans le dernier tercet de ses sonnets, juste après la volta ; les deux précédemment cités en offrent un exemple flagrant. Heredia s’arrête à la Renaissance. Aller plus loin l’entraînerait sans doute, malgré lui, sur un terrain politique dont il veut rester vierge. Plutôt que d’affronter les enjeux modernes, Heredia, conforme en cela à l’imaginaire des poètes de son temps, prend les voiles et s’enfuit. Le vocabulaire est précis. Il est finement taillé. Il suggère juste ce qu’il faut, ni plus ni moins. Mais ce n’est pas encore assez pour le poète parnassien. L’Orient est encore trop proche. Après avoir navigué jusqu’à de lointains rivages, l’aède prend enfin son envol et s’évade, dans la cinquième partie de son recueil, au cœur de la nature et du rêve. Il s’enlève.
  • Sully Prudhomme : Apporte à la troupe un accent méditatif. Sully Prudhomme, premier prix Nobel de littérature (1901), apporte à la troupe un accent méditatif.
  • Catulle Mendès : Cultive l'exotisme flamboyant. En 1863, il rencontre Leconte de Lisle et collabore au recueil du Parnasse contemporain, tout en se liant avec des auteurs tels que Sully Prudhomme, Catulle Mendès et Anatole France.
  • François Coppée : Adopte un réalisme sage qui annonce ses futurs succès populaires.

Le Parnasse Contemporain : Une Revue et un Mouvement

Le premier Parnasse contemporain paraît à l’automne 1866. Le tirage est modeste, mais l’impact immédiat : le public découvre une constellation de signatures - Gautier, Banville, Leconte de Lisle, Sully Prudhomme, Catulle Mendès, Coppée - unies par la même ambition formelle. Deux autres séries, publiées en 1871 et 1876, parachèvent la renommée du groupe et fixent le mot « parnassien », déjà employé par quelques chroniqueurs facétieux, comme un terme générique. Quelques mois plus tard, en 1866, l’éditeur Lemerre publie le premier numéro de sa nouvelle revue, Le Parnasse contemporain. En 1871, une deuxième publication, sous le même titre, atteint le nombre de cinquante-six contributeurs. Le troisième Parnasse contemporain, en 1876, déjà, met pourtant en place un jury chargé d’assurer une certaine cohésion en procédant à une sélection des poèmes proposés à la publication.

Critiques et Héritage du Parnasse

Dès 1866, la presse se divise. Les défenseurs, tel Barbey d'Aurevilly, louent la « pureté de ligne » et l'érudition des poèmes. Les détracteurs, en revanche, moquent un art « réfrigéré », « à force de fuir la vie, exsangue ». Ces réserves s'intensifient après la guerre de 1870 ; la défaite, la Commune, la Troisième République appellent, croit-on, des voix engagées.

Malgré les satires, le legs du Parnasse demeure considérable. En redonnant à la prosodie (la musicalité des mots) son prestige, les parnassiens offrent aux symbolistes un instrument affûté : Verlaine, Mallarmé, Valéry méditent leurs leçons de ciselure avant de défaire la syntaxe à leur tour. Au XXᵉ siècle encore, alors que la poésie s’ouvre à la prose, au vers libre, à la performance, l’idéal d’un poème-objet, minutieusement poli, ne disparaît jamais complètement.

En affirmant que l’œuvre d’art se justifie par son seul rayonnement, il libère la poésie de toute sujétion didactique ; en exigeant l’impersonnalité, il rompt avec le mythe romantique du génie souffrant ; en magnifiant la forme, il rappelle que la langue française n’est pas qu’un véhicule, mais une matière à sculpter, à « limer » jusqu’au scintillement.

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