La mort subite du nourrisson (MSN), également désignée sous le terme plus large de « mort inattendue du nourrisson » (MIN), représente un événement tragique et dévastateur pour les familles. Elle se définit comme le décès soudain et inexpliqué d’un nourrisson de moins d’un an, survenant le plus souvent pendant le sommeil. Bien que les causes exactes de la MSN restent inconnues, des facteurs de risque ont été identifiés, et des mesures de prévention efficaces peuvent être mises en œuvre pour réduire considérablement les risques. Cet article vise à informer les parents et les professionnels de la santé sur les recommandations actuelles en matière de prévention de la MSN, en particulier en ce qui concerne l'environnement de sommeil du nourrisson, y compris pendant la sieste.

Qu'est-ce que le Syndrome de Mort Subite du Nourrisson ?

La mort subite du nourrisson est le décès incompréhensible et imprévisible d’un bébé pendant son sommeil. Ce décès intervient subitement et sans explication apparente, affectant un enfant en bonne santé sans signes précurseurs. La mort subite du nourrisson peut toucher les bébés de 0 à 24 mois, mais elle survient dans 90 % des cas avant l’âge de 6 mois. Un pic est cependant observé autour de 2 à 4 mois, et concerne davantage les garçons. Après l’âge de 6 mois, les risques diminuent, car les bébés étant plus mobiles, ils sont plus aptes à se dégager ou à se retourner.

En France, la mort subite du nourrisson reste la troisième cause de décès des enfants de moins d'un an, après les infections de la période périnatale et les malformations congénitales.

Mort inattendue du nourrisson : définition

La « mort inattendue du nourrisson » (MIN) est définie comme « le décès subit d’un enfant âgé de 1 mois à 1 an jusqu’alors bien portant, alors que rien dans ses antécédents connus ni dans l’histoire des faits ne pouvait le laisser prévoir ». Le décès a lieu le plus souvent durant son sommeil.

Au terme d’un bilan étiologique exhaustif (anamnèse, examen du lieu de décès, examen clinique, prélèvements biologiques, imagerie, autopsie), cette MIN peut être attribuée à une origine infectieuse, génétique, cardiaque, métabolique, traumatique, accidentelle, etc. En l’absence d’explication (environ 50 % des cas), on parle alors de mort subite du nourrisson (MSN).

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Quelle différence entre mort inattendue du nourrisson et mort subite du nourrisson ?

Au sein des morts inattendues se trouvent des morts expliquées par une cause naturelle ou violente et des morts qui restent inexpliquées, malgré une enquête complète, notamment une autopsie. Les décès qui restent inexpliqués sont regroupés sous le terme de mort subite du nourrisson (MSN). La MIN est donc une circonstance de décès, et non d’une cause. Ce n’est qu’après une exploration approfondie qu’une MIN peut être classée en MSN.

Comprendre les Causes et Facteurs de Risque

La cause exacte de la MSN demeure inconnue, mais la recherche suggère qu'elle pourrait être liée à un dysfonctionnement des mécanismes de contrôle automatiques du cœur et de la respiration.

Même si les causes exactes de la MSN ne sont pas identifiées, des facteurs de risque ont été mis en évidence, notamment :

  • un berceau non adapté, trop ancien ou dangereux
  • une literie trop molle ou un matelas à eau
  • la présence dans le lit d’éléments tels que des peluches, un oreiller ou une couette
  • une chambre surchauffée
  • un tour de lit trop épais
  • le partage du lit avec un adulte ou un enfant plus grand
  • la prématurité
  • un faible poids de naissance ou un retard de croissance
  • le tabagisme ou la consommation de drogue durant la grossesse ou dans la maison autour du bébé.

Le facteur de risque le plus important reste la position du bébé inadaptée pour dormir, à savoir sur le ventre ou sur le côté.

Il est à noter qu’il existe des situations dans lesquelles une cause est finalement retrouvée, dans ce cas on parlera de mort inattendue du nourrisson, c’est-à-dire un décès également imprévisible et incompréhensible à première vue, mais dont la cause est finalement retrouvée a posteriori (infection, accident de literie, maladie cardiaque, respiratoire ou plus générale…)

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La mort inattendue du nourrisson est considérée depuis plusieurs années comme d’origine plurifactorielle selon le modèle du « triple risque », à savoir :

  • un enfant vulnérable par son histoire (prématuré, petit poids de naissance, etc.)
  • une période critique de son développement neurologique, respiratoire et cardiaque (1 à 4 mois - 75 % des décès survenant avant les 6 mois de l’enfant)
  • une exposition à des facteurs « de stress » environnementaux (décubitus ventral ou latéral, tabagisme passif, couchage sur une surface inadaptée, objets dans le lit, infections, etc.).

Ces trois facteurs réunis constituant alors une situation à risque majeure pour l’enfant.

Facteurs de risque liés à l’environnement

Si des facteurs de risque intrinsèques sont retenus, dont le sexe masculin (sex-ratio à 1,86), la grande prématurité et un petit poids de naissance, de nombreuses études ont permis d’isoler plusieurs facteurs de risque extrinsèques de mort inattendue du nourrisson (MIN), notamment environnementaux. Parmi eux, le couchage en décubitus ventral ou latéral représente le facteur de risque majeur de MIN, lié au risque d’obstruction mécanique des voies aériennes supérieures ; de même, la présence d’objets dans le lit (couverture, couette, oreiller, doudous, peluches, tour de lit, etc.) ou le couchage sur un matelas mou, un canapé etc. augmentent le risque d’enfouissement ou de confinement du visage de l’enfant.

Le partage du lit est également un facteur de risque indépendant, multipliant par 5 le risque de MIN chez les moins de 3 mois ; le partage de la chambre des parents serait en revanche bénéfique et diminuerait le risque de MIN de 50%, probablement en facilitant la surveillance de l’enfant, son accessibilité et un repositionnement plus facile dans son lit en cas d’allaitement.

Tabac et grossesse : 2ème facteur de risque de mort inattendue du nourrisson

On estime qu’un tiers des morts inattendues du nourrisson (MIN) serait évitable en l’absence de tabagisme maternel anténatal. L’exposition au tabac pendant la grossesse, considérée comme le deuxième facteur de risque de mort inattendue du nourrisson, expose non seulement le fœtus à :

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  • plusieurs substances toxiques produites par la combustion du tabac, telles que le monoxyde de carbone (CO) et responsables d’un défaut de développement cérébral,
  • mais également à une intoxication nicotinique qui modifie certaines structures du cerveau fœtal.

Quelles sont les causes de morts inattendues du nourrisson ?

Certains facteurs (environnement de couchage notamment) durant le sommeil de l’enfant augmentent le risque de mort inattendue du nourrisson. Au terme d’un bilan étiologique le plus exhaustif possible, les causes les plus fréquentes de MIN sont :

  • la mort subite du nourrisson, les suffocations et l’asphyxie principalement ;
  • puis les causes infectieuses virales ou bactériennes (respiratoires, septicémies), les causes cardiaques et les causes environnementales (accidents de couchage inadapté) ;
  • les causes traumatiques représenteraient moins de 10% des morts inattendues du nourrisson selon les études.

D’autres pistes doivent être explorées : génétiques, métaboliques, neurologiques, physiologiques, même si c’est possiblement la combinaison de plusieurs d’entre elles qui peut conduire au décès du bébé.

Les chiffres-clés des morts inattendues du nourrisson en France

En France, chaque année, de 250 à 350 bébés décèdent de mort inattendue du nourrisson. La France est l’un des pays européens où la prévalence est la plus élevée. Malgré une diminution de plus de 75 % du nombre de décès suite aux campagnes nationales « je dors sur le dos » et aux conseils de prévention autour du couchage dans les années 1990, le nombre de décès stagne depuis les années 2000. On estime actuellement qu’encore 50% des cas de mort inattendue du nourrisson seraient évitables en respectant les mesures de prévention recommandées notamment en termes d’environnement et de couchage.

Recommandations Officielles pour un Sommeil Sûr, Sieste Comprise

Bien qu’il soit impossible de réduire le risque de mort subite du nourrisson à zéro, il est toutefois possible de réduire efficacement les risques de MSN en appliquant des méthodes simples. Les recommandations suivantes, basées sur les directives de l'American Academy of Pediatrics (AAP) et les bonnes pratiques, doivent être appliquées à chaque période de sommeil, y compris les siestes.

1. Toujours coucher bébé sur le dos

C’est la mesure la plus efficace pour réduire les risques de MSN. Même pour une sieste ou un dodo en journée, cette position est impérative. Le nombre de décès a baissé de 50 à 80 % depuis l’adoption de cette règle. Coucher le bébé sur le dos et à plat durant tous les moments de sommeil (sieste comprise), dans son lit, de préférence seul. Le couchage sur le coté est déconseillé. En effet, cette position est potentiellement instable et facilite un retournement sur le ventre. S’il se retourne tout seul, en revanche, vous pouvez le laisser faire si son lit est bien dégagé.

2. Utiliser un matelas ferme et plat, dans un lit conforme

Le lit doit être adapté à la taille de bébé, avec des barreaux et un matelas ferme. Le lit doit être adapté à son âge, sans tour de lit, avec un matelas ferme et ayant les bonnes dimensions par rapport au lit. Le matelas doit être recouvert simplement par un drap. Dès la naissance sur un matelas ferme, dans un lit rigide (par exemple, lit à barreaux) et sans rien qui puisse le gêner durant son sommeil, c'est la règle d'or. Le matelas doit être ferme et de dimensions exactement adaptées aux montants du lit.

Pas de coussins, surmatelas, ni inclinaison. Ne pas utiliser de coussin anti-tête plate, de plan incliné ou de cale-bébé.

3. Le lit de bébé doit être vide

Aussi mignons soient-ils, peluches, doudous, oreillers, couvertures ou tours de lit sont à proscrire. Couettes, coussins, couvertures et tout objet (peluche, jouet), d’une manière générale, doivent être bannis du lit du nourrisson afin de prévenir tout risque d’enfouissement et d’obstruction des voies aériennes. Les dispositifs de maintien peuvent aussi se révéler dangereux, notamment les coussins de positionnement de la tête, les cales-bébés.

Installer l’enfant dans une gigoteuse ou turbulette à sa taille. Ne pas ajouter de tour de lit, oreiller ou coussin, couette, drap, ou couvertures dans le lit et éviter la présence d'objets ou de jouets dans le lit (bavoir, attache tétine, colliers…).

Toujours trop épais, le tour de lit représente un danger car Bébé peut enfouir sa tête en dormant. De même, le cale-bébé est a bannir : il n'y a pas d'intérêt à obliger l'enfant tout-petit à rester coucher immobile sur le dos, et quand l'enfant devient capable de se retourner, le cale-bébé devient vite un piège.

4. Pas de co-sleeping dans le même lit

Le partage du lit est déconseillé. Évitez de dormir avec votre bébé : il est préférable qu’il soit dans son propre lit, et ne dormez jamais avec votre bébé si vous êtes très fatigué ou si vous avez consommé de l’alcool, des drogues ou des médicaments et ne laissez jamais votre bébé dormir avec un autre enfant, ou dans un lit d’adulte. Le partage de chambre est conseillé pendant les 6 premiers mois : bébé dort dans la même pièce que ses parents, mais dans son propre lit. Il est idéalement recommandé , et ce jusqu'à l'âge de 6 mois, d’installer le lit de bébé dans la chambre des parents.

5. Autres recommandations importantes

  • Ne pas surchauffer la chambre et maintenir une température entre 18 et 19 degrés. Éviter l’hyperthermie. Le nourrisson doit être peu couvert pour dormir. Il ne faut pas multiplier les couches de vêtements, l’enfant ne doit pas être chaud au toucher. La température de la chambre doit être comprise entre 18 et 20°.
  • Le lit parapluie doit être un couchage occasionnel. Si le bébé dort dans un lit parapluie occasionnellement, ne pas rajouter de matelas car il pourrait se coincer. Et si vous utilisez un lit parapluie ?
  • Éviter de fumer en présence de votre enfant. Ne pas fumer en présence de l’enfant. Un environnement fumeur est un facteur de risque de mort subite. C’est aussi un facteur de risque d’infections respiratoires, d’otites chroniques et de régurgitations (en diminuant le tonus du sphincter inférieur de l’œsophage). Autant de bonnes raisons pour ne pas fumer en présence des bébés et des enfants. Ni dehors, ni dans la maison.
  • Ne jamais dormir avec un enfant sur un canapé ou un fauteuil. Dormir sur un canapé est un facteur de risque non négligeable de mort subite du nourrisson et du bébé.

Vaccination et Mort Inattendue du Nourrisson

Parmi les recommandations réalisées par l‘AAP, les analyses du Système de notification des effets indésirables des vaccins aux États-Unis n'ont montré aucun lien entre les vaccins et la mort subite du nourrisson (MSN). En revanche, plusieurs études cas-témoins à large échelle ont systématiquement mis en évidence que les vaccins auraient un effet protecteur contre la MIN.

Désinformation et Déformations Crâniennes Positionnelles (DCP)

Une désinformation récente et une méconnaissance du développement moteur du bébé rendent à tort le décubitus dorsal responsable de déformations crâniennes positionnelles (DCP). Sur un plan mécanistique, l’augmentation constatée de DCP ou « plagiocéphalies » est secondaire, non pas au décubitus dorsal, mais à la généralisation de l’immobilisation des nourrissons du fait de l’utilisation des dispositifs de retenue (siège-coque, etc.) hors des véhicules et de certains matériels de puériculture (cale-tête, cale-bébé, coussin anti-tête plate, cocon, coussin de positionnement, matelas à mémoire de forme, réducteur de lit, transat, balancelle, hamac, etc.) qui bloquent toute motricité spontanée du nourrisson. Les consignes de couchage sur le dos strict sans contrainte physique ne sont pas en contradiction avec les conseils de prévention des DCP qui reposent sur le respect de la motricité libre, sur l’alternance des positionnements de la tête du nourrisson dans son lit mais aussi sur l’utilisation de tapis d’éveil avec des jeux au sol et du portage parental afin que le champ de vision à l’éveil soit élargi.

Prise en charge des morts inattendues du nourrisson

Une circulaire interministérielle du 14 mars 1986 a défini les missions des Centres de Référence MIN (CRMIN) afin de prendre en charge dans une structure hospitalière adaptée, les enfants de moins de 2 ans décédés de mort inattendue du nourrisson et réaliser les investigations diagnostiques post-mortem.

Ces centres de référence ont aussi pour missions d’accompagner les familles, de développer des axes de recherche visant à améliorer la compréhension de cette pathologie, de participer à la prévention et la formation des professionnels de santé ainsi que des familles. En 2013, les CRMIN français se sont réunis au sein de l’Association nationale des centres de référence de la mort inattendue du nourrisson (ANCReMIN) pour soutenir la recherche et mieux diffuser les informations cliniques, physiologiques, scientifiques et soutenir les actions de prévention et de santé publique en lien avec les morts inattendues du nourrisson, les morts fœtales tardives inexpliquées et les décès en salle de naissance.

Les modalités de prises en charge

Les modalités de prise en charge des MIN reposent sur les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) publiées en 2007, à savoir :

  • une prise en charge pré-hospitalière, sur le lieu du décès où sont recueillies par l’équipe SMUR :
    • les circonstances de décès,
    • les données cliniques et environnementales concernant l’enfant et sa famille (examen clinique complet de l’enfant, entretien avec les personnes présentes, examen du lieu de décès, recueil du carnet de santé, etc.) avec une retranscription des données sur la « fiche d’intervention » standardisée au niveau national et mise à disposition des CR MIN ;
  • une prise en charge hospitalière au CRMIN, assurée par un pédiatre référent qui réalise un entretien avec la famille, un examen clinique complet de l’enfant décédé, les examens biologiques, bactériologiques, virologiques, métaboliques, génétiques et toxicologiques (fond d’œil, examens radiologiques : radiographie thoracique, radiographies de squelette corps entier, imagerie cérébrale voire du corps entier, prélèvements à visée conservatoire), et sollicite une autopsie ;
  • une prise en charge post-hospitalière dans les semaines suivant le décès, avec un suivi régulier des familles organisé par l’équipe référente, afin de communiquer et expliquer l’ensemble des résultats aux parents, mais aussi de leur proposer, ainsi qu’à la fratrie, un soutien psychologique, une orientation vers des associations de parents et un accompagnement médical, préventif et psychologique en cas de grossesse ultérieure.

Prévention dans les Structures d’Accueil

Outre ces mesures de prévention, que bien évidement toutes les crèches appliquent, la plupart des structures, considérant que « la sieste est une activité à part entière », la sécurisent comme ils sécurisent toute activité. L’idéal, c’est une personne à temps plein dans la salle de repos. Mais ce n’est que très rarement le cas. En revanche, des allers -retours réguliers pour surveiller les siestes sont prévus. Il faut savoir que chaque année, même si c’est exceptionnel, des bébés sont « récupérés ».

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