Introduction : Valparaíso, un carrefour d'histoire et de défis

Valparaíso, ville portuaire emblématique du Chili, est bien plus qu'un simple point sur la carte. Son histoire riche, marquée par le commerce international et l'immigration européenne, contraste avec les défis socio-économiques auxquels elle est confrontée. Parmi ces défis, la situation des enfants, particulièrement ceux issus de milieux défavorisés, mérite une attention particulière. Cet article vise à définir ce qu'est un "enfant de Valparaíso", en tenant compte du contexte complexe de la ville et des enjeux auxquels ces enfants sont confrontés.

Le Chili : Un pays en développement confronté aux inégalités

La République du Chili, située sur la côte pacifique de l'Amérique du Sud, est un pays de plus de 18 millions d'habitants, étendu sur une zone fortement sismique et volcanique, faisant partie de la ceinture de feu du Pacifique. Le Chili est souvent perçu comme le pays le plus développé d'Amérique latine. Cependant, cette image masque des réalités plus nuancées. La crise sociale d'octobre 2019 a mis en lumière des inégalités profondes, fragilisant les institutions et affaiblissant l'économie chilienne, situation exacerbée par la crise sanitaire mondiale et les mesures prises pour endiguer la COVID-19.

Un rapport de l'OCDE de 2017 a révélé que près de 20 % des enfants chiliens vivent dans la pauvreté. Bien que le Chili ait ratifié la Convention relative aux droits de l'enfant (CDE) en 1990, les enfants issus de familles pauvres rencontrent des difficultés d'accès aux services de santé et sont encore trop souvent victimes de maltraitances.

Sur le plan éducatif, le Chili bénéficie du taux d'alphabétisation le plus élevé d'Amérique du Sud (96 %), avec une école gratuite et obligatoire de 6 à 18 ans. Cependant, l'éducation reste tributaire des moyens financiers des familles, les établissements publics primaires et secondaires manquant de ressources et étant souvent surpeuplés. Un rapport de 2013 de l'Organisation internationale du travail indique que près de 220 000 enfants âgés de 5 à 17 ans travaillent, notamment dans la construction, l'agriculture, l'hôtellerie ou le commerce, avec 90 % d'entre eux effectuant des métiers susceptibles de nuire à leur santé physique, mentale ou à leur sécurité.

Le BICE (Bureau International Catholique de l'Enfance), présent au Chili depuis 1997, intervient principalement à Santiago et dans la région de Valparaíso, menant des projets de lutte contre la violence à l'encontre des enfants. Depuis 2012, le BICE a constitué un réseau national, la Mesa pro BICE Chili, regroupant une dizaine d'organisations de protection de l'enfance chilienne.

Lire aussi: Organiser une Chasse au Trésor Inoubliable

Valparaíso : Un port cosmopolite, un patrimoine en devenir

Valparaíso, à l'instar de Naples, est fondée dans une baie s'apparentant à un amphithéâtre naturel. Jusqu'au début du XIXe siècle, elle n'était qu'un petit village d'à peine 5000 habitants, perçu comme une simple terminaison portuaire de Santiago. L'indépendance du Chili en 1810, accompagnée d'une libéralisation du commerce, marque un tournant décisif pour ce port, qui devient en une décennie le principal centre d'attraction de la côte sud du Pacifique.

Valparaíso connaît alors une extraordinaire expansion économique et commerciale, de pair avec une très forte croissance démographique, largement alimentée par les premières vagues de migrations européennes. Dès le début, les immigrés européens s'installent dans des quartiers isolés du reste de la population, créant un paysage urbanistique et culturel unique. La configuration urbaine de Valparaíso est indissociable de sa fonction portuaire et de son caractère cosmopolite d'autrefois.

Plus d'un siècle s'est écoulé depuis l'arrivée des premiers Européens. Entre-temps, la splendeur de Valparaíso s'est ternie et les flux migratoires se sont taris. Depuis le début des années 1990, on assiste à l'émergence d'un intérêt certain pour la préservation du patrimoine. Depuis sa nomination par l'UNESCO en 2003, la ville envisage de plus en plus le potentiel touristique de son patrimoine comme une solution de développement alternative permettant de compenser le ralentissement de l'activité portuaire.

La ville de Valparaíso est construite autour de deux ensembles : le plan, une étroite plaine littorale, et les cerros, collines qui, encerclant la baie, forment chacune un quartier spécifique. La très grande majorité de la population porteña habite dans les quarante-quatre cerros et confirme de cette manière l'appellation de cœur économique et politique attribuée au plan. Les avenues constituant le plan sont caractérisées par l'envergure de leurs bâtiments qui témoigne de la puissance financière que devait être la « Joya del Pacifico » en plein âge d'or.

Définir l'"Enfant de Valparaíso"

L'"enfant de Valparaíso" est un terme qui dépasse la simple désignation géographique. Il englobe une réalité complexe, façonnée par l'histoire, la culture et les défis socio-économiques de la ville. On peut définir l'enfant de Valparaíso comme :

Lire aussi: Tout savoir sur les rollers Oxelo enfant

  • Un enfant né et/ou élevé à Valparaíso, imprégné de l'identité culturelle unique de la ville, de son histoire portuaire et de son héritage cosmopolite.
  • Un enfant qui grandit dans un environnement urbain particulier, caractérisé par les cerros et le plan, avec ses spécificités sociales et économiques.
  • Un enfant qui peut être confronté à des inégalités sociales, à la pauvreté, à des difficultés d'accès à l'éducation et aux services de santé, ainsi qu'à des risques de maltraitance et d'exploitation.
  • Un enfant qui, malgré ces défis, possède une résilience et une créativité propres à la ville, un attachement à son identité et un potentiel de développement.

L'Héritage Européen et son Impact sur l'Urbanisme

Si l'architecture du plan confère une certaine image européenne, elle n'est pourtant pas la plus représentative d'un héritage urbanistique légué par les immigrés du vieux continent. Il semble plus pertinent de se concentrer sur les traces urbanistiques européennes relevant de la vie quotidienne des immigrés qui se sont, dès leur arrivée, organisés en « colonies ».

Les Britanniques et les Allemands furent les premiers Européens à s'installer à Valparaíso, au moment où la ville rentrait dans une période d'effervescence et de progrès. La plupart d'entre eux étaient reliés au domaine de la marine, mais beaucoup travaillaient aussi dans les entreprises de chemins de fer ou avaient fondé leur propre maison de commerce. Très rapidement, ils acquirent une certaine prospérité économique qui alla de paire avec une volonté de confort matériel.

Fidèles aux habitudes de la bourgeoisie anglo-saxonne de la fin du XIXe siècle nourrissant un véritable culte du foyer, les Britanniques commencèrent donc à fuir l'agitation, la saturation et l'insécurité de la plaine pour se tourner vers le calme et l'isolement des cerros. La première maison du cerro Alegre fut construite par le commerçant anglais William Bateman, dont l'attitude ne tarda pas être imitée par ses compatriotes, puis par les autres communautés allemande et française.

Les immigrés, en particulier les Britanniques, ont construit leurs maisons dans un style européen qui leur rappelait leurs terres lointaines : de deux étages, elles ne vont jamais sans un jardin, un balcon ou une véranda. Nombreuses sont également celles qui reprennent des éléments architecturaux néo-victoriens ; bow-window, fenêtres à guillotine ou mansardes donnent aux cerros un visage anglo-saxon. De même, certains espaces intérieurs dévoilent la volonté des immigrés de reproduire, au sein de leurs demeures, un agencement architectural reprenant les patterns de la bourgeoise européenne.

Cependant, les habitations du cerro Alegre et du cerro Concepción sont loin d'être entièrement calquées sur leurs modèles européens. Elles se fondent au contraire parfaitement dans l'environnement porteño, répondent au climat méditerranéen de Valparaíso, à la proximité de l'océan et aux pentes abruptes des cerros. L'homogénéité des maisons est aussi un aspect des cerro Alegre et Concepción qui attire l'œil : les constructions sont toute de la même taille, et aucune - a quelques exceptions près - ne domine les autres. Cette uniformité est due à un souci de permettre à chaque maison de bénéficier de la vue sur la baie ; aucune d'entre elles ne devaient donc être trop haute et toutes devaient prendre soin d'avoir toit très peu pentu, appelé communément la « quinta fachada ».

Lire aussi: Reconnaître et traiter l'appendicite chez l'enfant

Quelques bâtiments, bien plus éclatants et somptueux que les autres, brisent l'harmonie des deux cerros et surprennent le regard. Ce sont généralement les anciennes résidences de personnages très influents dans la ville qui se permettaient de déroger aux règles communes pour s'accorder davantage de confort et de faste. Le Palacio Baburizza est sûrement l'exemple qui illustre le mieux ce phénomène, tout en restant connecté au thème de l'immigration européenne. Le Palacio Baburizza constitue l'une des rares manifestations du style Art Nouveau à Valparaíso. Ce courant artistique - né en réaction au rationalisme et à la froideur de l'ère industrielle - avait remporté, au début du XXe siècle, un grand succès en Europe et aux Etats-Unis par sa spontanéité, sa sensualité et ses références aux éléments de la nature. Le Palacio Baburizza fut ensuite acheté par Pascual Baburizza, un des hommes les plus puissants de la ville qui, d'ascendance yougoslave, avait fait fortune dans le salpêtre.

Institutions Européennes et Déclin

Les bâtiments qui abritaient autrefois le Colegio Aleman (1857), le Colegio Mackay (1857) ou le Colegio Monjas Inglesas Santa Isabella (1916) témoignent également de l'influence européenne. Le déclin de Valparaíso, accéléré avec l'ouverture du canal de Panama en 1914, mis cependant un terme à la vie européenne du cerro Alegre et du cerro Concepción. Peu à peu, les familles quittèrent ces quartiers, jugés trop vétustes, pour rechercher un train de vie plus moderne à Viña del Mar - ville balnéaire voisine - et entraînèrent avec elles les collèges.

Les églises fondées par les colonies européennes ne connurent pas le même destin car elles restent aujourd'hui fréquentées par les descendants d'immigrés qui, le dimanche, retournent vers leurs racines dans le cerro Alegre et du cerro Concepción. Trois églises - anglicane, luthérienne et catholique - témoignent, comme les collèges, de l'organisation et du mode de vie des communautés d'immigrés. Suite à l'indépendance du Chili, la séparation de L'Eglise et de l'Etat semblait en effet une chose inconcevable, même dans les programmes des plus libéraux. L'Eglise catholique restait donc une des institutions les plus respectées du pays : elle interdisait formellement aux « dissidents » de pratiquer extérieurement leurs croyances, de construire des temples ou de se marier avec des catholiques.

Néanmoins, l'influence de la communauté britannique dans la vie économique de Valparaíso conduisit les Anglicans à transgresser la loi : en 1857 l'église anglicane San Pablo est inaugurée dans le cerro Concepción. Son architecture particulièrement sobre et modeste suggère toutefois qu'elle fut édifiée dans une période de grande intolérance religieuse. L'avancée du XIXe siècle, la liberté de commerce et surtout la place croissante des immigrés dans la société chilienne remettent en cause la suprématie de l'Eglise catholique et, en 1865, la tolérance religieuse est instaurée. La communauté allemande répond à ce nouveau souffle de liberté en construisant sa propre église luthérienne, non loin de l'église anglicane.

L'histoire du cerro Alegre et du cerro Concepción commence avec l'arrivée des Européens. C'est dans ces deux collines que les communautés d'immigrés décidèrent de s'installer, loin de l'affolement du plan. C'est aussi dans ces deux collines qu'elles fondèrent les institutions destinées à préserver - puis à transmettre - les valeurs et les traditions de leurs pays d'origine. Le paysage urbain de ces deux cerros est d'autant plus passionnant qu'il permet d'observer que les traces urbanistiques européennes, loin d'être totalement « pures », sont en réalité le fruit d'une adaptation aux particularités et aux normes de la ville-portuaire. C'est ce caractère unique qui a poussé historiens, architectes et artistes à considérer qu'il fallait protéger d'éventuelles détériorations ou destructions ces lieux exceptionnels.

Le Patrimoine de Valparaíso : Un Héritage Humain

Il semble impossible d'ébaucher une définition du patrimoine sans relier ce terme à la notion d'humanité. En effet, patrimoine naturel ou patrimoine culturel, patrimoine tangible ou intangible, quel que soit l'angle sous lequel on aborde ce thème, l'humain en est toujours le point central. C'est l'homme qui, se distanciant d'un objet, décide ou non de le considérer comme patrimoine. Nommer un objet « patrimoine » suppose qu'on le juge digne d'intérêt du fait qu'il constitue un apport particulier à l'édifice de l'histoire et à l'identité des peuples. C'est pourquoi la notion de patrimoine est également liée à celle d'héritage. Pour l'homme, il est nécessaire de préserver et de transmettre ces richesses naturelles ou ces témoignages du passé car ils font parti de notre bagage culturel universel. Dans le cas de Valparaíso, nous nous focalisons particulièrement sur le patrimoine culturel puisque l'héritage étudié ne provient pas des prodiges de la nature mais bien de l'homme. Néanmoins, il convient de préciser que le patrimoine porteño regroupe à la fois des legs tangibles (lieux, monuments, architecture) et intangibles (coutumes, arts, connaissances etc.). Parmi ces legs, certains proviennent de l'immigration européenne.

La Nomination à l'UNESCO : Une Reconnaissance de l'Histoire

Il n'existe pas « un manual que diga cómo hacer una postulación a la Unesco ». Ainsi, la genèse de la candidature de la ville à la nomination comme « Patrimoine Mondial » remonte bien avant le succès de 2003 et fut marquée par diverses étapes. Par exemple, la Ve Journée de Préservation Architecturale et Urbaine en 1995 démontra une prise de conscience scientifique autour de ce thème et une Unité Technique de Patrimoine fut créée en 1998 sous l'impulsion du maire Hernán Pinto. Au cours de cette démarche, les tâtonnements furent donc nombreux.

Au moment d'établir un dossier de candidature pour l'UNESCO, à la fin des années 1990, deux visions du patrimoine porteño s'affrontent. La première, qui prévaut dans le dossier forgé en 2000, présente le patrimoine de la ville comme "lié aux valeurs paysagères de Valparaíso et de son intégration à son site". On pourrait qualifier de plus « essentialiste » cette vision du patrimoine qui, considérant la ville comme un tout indivisible, tend à valoriser le lien entre le port et son cadre naturel. Néanmoins, la première candidature de la ville étant écartée en 2000 par l'ONG Icomos (International Council on Monuments and Sites), c'est une autre vision du patrimoine qui influencera plus fortement la constitution du deuxième dossier.

Dans le nouvel argumentaire rédigé sont alors davantage mises en valeur les caractéristiques historiques du port comme lieu "manifestant l'intégration du Chili au système économique mondial au XIXème siècle". Suite à la présentation du second dossier, l'UNESCO décide en 2003 d'inscrire Valparaíso sur la liste du patrimoine mondial sur la base du critère culturel. Le comité reconnait dès lors que "Valparaíso constitue un témoignage exceptionnel de la première phase de mondialisation à la fin du XIXe siècle, lorsqu'elle devint le premier port de commerce sur les voies maritimes de la côte pacifique de l'Amérique du Sud".

Ainsi, le lien entre notre sujet d'enquête et le patrimoine de la ville s'établit de lui-même, puisque cette extraordinaire période de développement est essentiellement caractérisée par l'intégration du Chili au commerce mondial et par l'arrivée des immigrants européens. Commerçants britanniques et allemands, immigrés français, italiens et espagnols marquent à tel point l'essor de la ville à cette époque qu'il est impossible de mentionner l'histoire de Valparaíso sans parler du rôle joué par ces communautés. Aussi le XIXe siècle est-il généralement décrit comme la période où le port prend la forme qu'on lui connait aujourd'hui : "Valparaíso adquiere la fisonomía de una ciudad cosmopolita, un "cóctel de razas" según la expresión de Joaquín Edwards Bello.

Cette manière plus « historique» qu'« essentialiste » ou « structuraliste » d'appréhender le patrimoine a d'ailleurs pour principale conséquence l'impossibilité d'englober toute la ville dans la candidature. Considérant effectivement que le patrimoine de Valparaíso relève de l'ère industrielle, ce sont uniquement les quartiers les plus fortement marqués par le développement et les aménagements réalisés à cette époque qui constituent un apport véritable à la culture mondiale. C'est donc une "aire historique" précisément délimitée qui sera nommée patrimoine de l'humanité.

tags: #enfant #de #Valparaiso #définition

Articles populaires: