L'âge de 3 ans représente une étape charnière dans le développement de l'enfant. Cette période, souvent qualifiée de "prime enfance" ou "toddler" en anglais, est marquée par des acquisitions importantes dans tous les domaines : physique, cognitif, affectif et social. Comprendre les spécificités de cette phase est essentiel pour accompagner au mieux l'enfant dans son épanouissement.

Les sphères du développement : une approche globale et interactive

Le développement du jeune enfant ne se limite pas à une simple progression linéaire. Il s'agit d'un processus complexe où les différentes sphères (physique, cognitive, affective, sociale) sont intimement liées et interagissent constamment. Comme l'indique Sylviane Giampino, chaque sphère agit sur les autres selon une dynamique en spirale, où l'affectivité et les acquisitions, l'éducation et le soin, le corps et la cognition, la socialité et la construction du soi s'entremêlent. Pour l'enfant, tout est langage, corps, jeu et expérience.

Ainsi, le développement procède par vagues, avec des acquisitions qui peuvent sembler disparaître avant de revenir sous une autre forme. Cette dynamique souligne l'importance d'une approche globale, interactive et dynamique pour appréhender le développement et l'épanouissement de l'enfant. Il est crucial d'intégrer les dimensions physique, affective, sociale, cognitive et émotionnelle, en tenant compte des mouvements d'aller-retour constants entre les acquisitions et les pertes, qui sont ensuite récupérées et renforcées. C'est dans la durée, avec des regards croisés et dans un contexte donné, que l'on peut apprécier l'équilibre, le bien-être et le développement d'un petit enfant.

Vulnérabilité et potentialités : un équilibre délicat

Le très jeune enfant naît dépendant, mais il n'est pas impuissant. Il possède des capacités d'imitation, d'empathie, d'ajustement postural et de proto-communications. Armé de sa poly-sensorialité et de sa vitalité découvreuse, il est d'emblée un partenaire de relation et de langage. Plus un enfant est petit, plus il est un observateur attentif de l'état interne de ceux qui l'entourent et du climat relationnel de ses environnements de vie.

Le petit enfant est vulnérable et dépendant, mais aussi acteur affectif et corporel. Il induit chez les adultes qui s'occupent de lui des émotions et des pensées qui rejaillissent dans les attitudes. Les trois premières années de la vie posent les fondations de la personne, sans pour autant déterminer linéairement le devenir. Il n'y a pas de trajectoire individuelle prédictible.

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L'importance du sentiment de sécurité affective

Le sentiment de sécurité affective est un pilier essentiel du développement de l'enfant. Il influence grandement son développement et l'usage qu'il fera de ses capacités. Chez les tout-petits, les sens sont très en éveil, et les informations puisées dans le monde extérieur sont immédiatement marquées d'un indice affectif qui les filtre et les classe en rassurant/inquiétant, agréable/désagréable, peur/pas peur, bon/mauvais pour soi et pour ses parents.

Le sentiment de sécurité libère la pensée et soutient les progrès, tandis que le sentiment d'insécurité affective fige et provoque parfois la régression. Tout conflit est une sensation, et le tout-petit éprouve physiquement les tensions entre ses parents et son environnement.

Le corps : un médium d'apprentissage et de communication

Il est essentiel de regarder les enfants à partir de leurs capacités et non de leurs manques. Les recherches confirment que le bébé est une personne, un sujet intelligent, sensible à la relation et au langage, un être social et un citoyen potentiel. Dès avant la naissance, il possède des capacités de communication, d'observation, d'imitation et d'empathie. Ses perceptions olfactives, cénesthésiques, tactiles et sonores l'informent des émotions et des affects qui l'entourent. De plus, sa donne génétique subit les inclinaisons de l'épigénèse, notamment du fait de l'étonnante plasticité cérébrale qui est une caractéristique de l'espèce humaine.

Le corps est chez le petit enfant le médium de l'ensemble qui va constituer sa santé, son aisance motrice, relationnelle, intellectuelle ou sociale. Tous les gestes quotidiens, voire intimes (alimentation, sommeil, changes, jeux, bercements), impliquent un contact. L'aisance d'un geste, un ton de voix, le poids d'une main, jusqu'à l'odeur de l'adulte qui s'approche : tout est message. Ce message peut rassurer et confirmer les repères, ou au contraire désorganiser. Les jeunes enfants ressentent, apprennent, communiquent et pensent via leur corps. Ainsi, la brusquerie d'un geste ou d'un ton, la dureté ou l'absence de regards ou de paroles, l'étrangeté d'un contact peuvent provoquer, selon l'âge, une sensation de rétractation, de morcellement, de lâchage, de froidure, d'intrusion ou d'agression. Si cela se produit ponctuellement, c'est une expérience ; si c'est systématique, c'est une maltraitance.

La relation interpersonnelle et la construction du soi

Au cours du développement du jeune enfant, la relation interpersonnelle précède la construction du soi. L'enfant doit trouver dans les relations avec ceux qui l'entourent des appuis pour se construire, en particulier construire son identité personnelle. La fonction contenante constitue une sorte de double peau, qui à la fois protège et relie. L'enfant s'y rassemble le temps de définir ses propres contours, à la fois corporels et psychologiques. Cette fonction est très dépendante d'une capacité de tranquillité intérieure des adultes.

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Exploration, expérimentation et sécurité

Les tout-petits sont des découvreurs curieux et entreprenants. Grandir exige d'expérimenter, de comparer et d'observer. C'est aussi escalader, plonger, crier, provoquer l'autre, jouer sur les limites et tester les interdits. Veiller sur la sécurité des enfants ne consiste pas à leur inculquer la peur ou l'interdiction de faire, mais à les aider à apprécier les dangers et ce qui est là pour les en protéger. Les plus tatillonnes des normes de sécurité ne suffiront pas à protéger un enfant qui n'a pas appris à tomber, à repérer le vide, le passage d'une porte, ou à sentir le chaud avant de s'y frotter. Assurer la sécurité d'un enfant, c'est avant tout lui donner les moyens, progressivement, de se protéger lui-même.

La socialisation précoce : un processus de distinction et de subjectivation

Le concept de "socialisation précoce" des enfants comporte plusieurs sources de malentendus. Le processus de socialisation combine la distinction, la séparation et la subjectivation. Devenir un être socialisé ne signifie pas apprendre à se fondre dans un groupe anonyme, mais construire la représentation de soi et de l'altérité qui transparaît dans une conscience de soi et de l'autre, permettant de jouer sur la gamme du moi, du toi, du je et du nous.

L'enfant, grâce aux liens avec ceux qui l'entourent, construit un monde intérieur et un monde extérieur. Entre les deux, des contours-frontières souples permettent une première étape de la relation sociale, un espace de jeu entre l'impératif du soi (ses propres besoins, impulsions, envies, émotions) et l'impératif de l'autre. Par ailleurs, l'enfant apprend par l'expérience à temporiser ses demandes, suspendre ses actes, repérer les limites et dépasser ses frustrations. Ce qu'on appelle la "socialisation" du jeune enfant est à la fois le moyen et l'aboutissement de ces processus. Enfin, la socialisation se développe d'abord parce que les jeunes enfants trouvent de la sécurité relationnelle, de l'intelligence et du plaisir dans le lieu et les liens.

Le rôle des parents et des lieux d'accueil

Les parents constituent le point d'origine et le port d'attache du petit enfant avant trois ans. Il est essentiel de souligner l'intérêt pour le jeune enfant de fréquenter des lieux d'accueil pour élargir sa palette affective, culturelle et sociale, à condition que cet accueil se fasse sur fond de confiance et de respect des parents. Pour parler de cet âge très particulier des débuts de la vie, il est préférable de parler de prime enfance et de prime éducation, pour éviter la surstimulation ou des forçages trop précoces. L'"éducation" suppose une conscience claire de la différence entre ce qui est à autrui et ce qui est à soi, et réciproquement.

Développement psychomoteur et autonomie

Entre 2 et 3 ans, l'enfant vit une période de développement psychomoteur intense. Il découvre son corps, affine ses gestes et sa coordination, et s'affirme de plus en plus dans son autonomie. Il maîtrise désormais la marche et peut courir, sauter et grimper avec aisance. La cour de récréation est un véritable terrain de jeu pour lui ! Il commence à gribouiller, à imiter des formes et à colorier. Il aime assembler des cubes, des puzzles et des jeux de construction.

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Au niveau de la motricité, l'enfant est maintenant complètement autonome et prend beaucoup d'initiatives. Il monte et descend les escaliers en apprenant à alterner les pieds, il saute à pieds joints et s'essaie aux sauts à cloche pied. Ses gestes sont de plus en plus précis. Il construit avec des cubes, commence à utiliser des ciseaux (pour enfant…) pour découper des formes simples. Dès lors, il affirme son caractère et veut "prendre les choses en main" : s'habiller seul, se servir, etc., même s'il n'y parvient pas encore bien.

Pour les parents, patience et fermeté sont les maîtres-mots. Il est important de lui imposer des règles tout en lui laissant un espace de liberté et d'expérimentation de ses "nouveaux pouvoirs" (gestuelle, langage, compréhension, expression…). La clé réside dans l'équilibre et l'exemple. L'enfant observe ses parents. Il est essentiel de lui expliquer pourquoi certaines choses lui sont interdites, de l'écouter, de l'encourager dans son apprentissage et de le féliciter de ses réussites.

Développement du langage et de la communication

Le vocabulaire de l'enfant s'enrichit rapidement. Il exprime maintenant ses opinions, ses besoins et ses sentiments par des mots autant que par des gestes. Il veut connaître le nom des choses et les questions commencent à pleuvoir ("pourquoi ?"). Il sait donner son nom, son âge et son sexe. Il connaît quelques couleurs. Il commence à jouer avec d'autres enfants, même s'il n'aime pas encore beaucoup partager ses jouets ou attendre son tour.

L'enfant possède un vocabulaire de plus de mille mots. Il est capable de suivre une histoire sans image et de produire des demandes indirectes et des justifications. Il comprend par ailleurs les comparaisons et les différences. Ses phrases sont plus complexes et construites. Il marque aussi le temps et conjugue les verbes. On notera qu'il est capable de classification et de sériation. L'enfant produit des énoncés de 5-6 mots et comprend aux alentours de 2 500 mots.

Développement émotionnel et social

Entre 3 et 4 ans, l'enfant apprend l'empathie. Il accepte mieux les frustrations et contient ses émotions. Il tolère un certain délai avant de voir ses besoins satisfaits. Il sait dorénavant se contrôler.

Développement psychosexuel

La découverte du corps et la curiosité pour leur sexe font partie du développement psychosexuel des jeunes enfants. Ils s'intéressent à leur corps et aux différences anatomiques entre les filles et les garçons. Par ailleurs, l'autostimulation constitue une activité normale chez les jeunes enfants, mais il sera nécessaire de distinguer ce qui est acceptable en privé de ce qui l'est en public.

Points de vigilance

Il est important de rester attentif à certains signes qui peuvent indiquer un retard de développement ou un problème de santé. En cas de doute, il est essentiel de prendre conseil auprès du professionnel de santé qui suit l'enfant.

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