Rennes, autrefois perçue comme une ville relativement paisible, est confrontée depuis quelques temps à une montée inquiétante de la violence urbaine, souvent liée au trafic de stupéfiants. Cette situation a culminé avec des événements tragiques, notamment la blessure grave d'un enfant de cinq ans, touché par des tirs lors d'une course-poursuite. Cet article se propose d'examiner en profondeur les statistiques de cette violence, les facteurs qui y contribuent, et les mesures prises pour y remédier.

Une Vague de Violence Sans Précédent

Depuis la fin de l'été, Rennes est devenue un foyer de violences récurrentes, liées aux stupéfiants. Une dizaine d’épisodes de tirs ont marqué la ville. À Maurepas, quartier au nord-est de la capitale bretonne, où deux groupes de narcotrafiquants se livrent à une guerre de territoire. Mais aussi dans le centre-ville.

L'Affaire de l'Enfant Blessé : Un Tournant Tragique

L'un des événements les plus choquants est survenu en octobre, lorsqu'un enfant de cinq ans a été grièvement blessé à la tête par des tirs alors qu'il se trouvait dans une voiture avec son père. Le père de famille avait été alerté qu’un groupe d’hommes était à sa recherche. Il avait alors souhaité mettre son enfant à l’abri chez la mère de ce dernier, tout en voulant «s’y cacher également». Lorsqu’il a quitté son domicile, le père de famille «s’est aperçu qu’un véhicule, dont les occupants étaient cagoulés, le suivait. Bien qu’il ait essayé de les semer, au moins l’un d’eux a ouvert le feu à plusieurs reprises sur son véhicule, touchant l’enfant à deux reprises à la tête», avait expliqué le parquet de Rennes.

Un jeune de 16 ans a avoué avoir tiré sur une voiture où se trouvait un enfant de 5 ans gravement touché au cerveau. L’auteur du tir, qui se trouvait dans un des deux véhicules, vient d’être interpelé et incarcéré. Il s’agit d’un jeune de 16 ans, originaire de la région rennaise, déjà connu pour des faits de violence. Selon le Procureur, "il reconnaît avoir tiré sur les instructions des majeurs qui l'accompagnaient". Interpellé lundi à Rennes, il a été mis en examen et incarcéré. Le lendemain, mardi en soirée, c’est un autre occupant de la voiture qui se présente de lui-même au commissariat. Entendu en garde à vue, il a été présenté à la justice ce jeudi, avant d’être placé en détention provisoire. Les trois autres occupants de la voiture avaient déjà été interpelés. Si bien que les cinq hommes du véhicule qui a pris en chasse le père de l’enfant sont désormais en détention provisoire. Ils sont poursuivis pour tentative de meurtre en bande organisée.

Concernant l’enfant, blessé de deux balles dans la tête, son pronostic vital n’est plus engagé, mais il est hémiplégique du côté où une balle a touché le cerveau. Cerveau dont on ignore à ce jour comment il peut évoluer. Son pronostic vital n'est plus engagé. L'enfant de 5 ans, touché par deux balles à la tête lors d'une course-poursuite à Pacé, près de Rennes, fin octobre, va survivre à ses blessures. C'est ce qu'indique le parquet de Rennes, ce jeudi 7 novembre, qui précise cependant qu'il aura très vraisemblablement des séquelles neurologiques et une infirmité permanente est envisagée par le médecin légiste. Une information judiciaire a été ouverte pour tentative d'assassinat et association de malfaiteurs en vue de commettre un crime. Il gardera cependant des séquelles, vraisemblablement neurologiques, de ses blessures.

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Cet événement a suscité une vive émotion et une prise de conscience de la gravité de la situation. Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, s’est déplacé à Rennes, vendredi 1er novembre, après qu’un enfant de cinq ans a été blessé par balles à la tête, alors qu’il était à l’arrière d’une voiture conduite par son père et que celui-ci fuyait Maurepas. Le locataire de la place Beauvau a usé d’un vocabulaire martial. « Les « narcoracailles » n’ont plus de limites. […] Ces fusillades, ça ne se passe pas en Amérique du Sud, ça se passe à Rennes, à Poitiers (où un échange de tirs, le 31 octobre, a fait un mort et quatre blessés). On est à un point de bascule », s’est-il exclamé dans la matinée, sur BFMTV RMC.

Réaction des Autorités et Enquêtes

L'enquête ouverte après la fusillade lors de laquelle un enfant de 5 ans avait été blessé pas balles à Pacé, près de Rennes fin octobre, progresse. Trois personnes ont été incarcérées, annonce le parquet ce mercredi soir.

Une information judiciaire est désormais ouverte pour tentative d'assassinat et association de malfaiteurs en vue de commettre un crime, par la JIRS de Rennes (Juridiction InterRégionale Spécialisée). L'enquête est confiée aux services spécialisés de la police et de la gendarmerie nationale.

Ce mercredi soir, le parquet de Rennes communique au sujet de l’enquête ouverte après la fusillade qui a éclaté le samedi 28 octobre dans l’agglomération de Rennes et au cours de laquelle un enfant de cinq ans avait été blessé par balles. Ce soir-là, un homme qui circulait en voiture avec son fils de 5 ans a été la cible de plusieurs tirs d’arme à feu entre Vezin-le-Coquet et Pacé, près de Rennes. Le garçon a été grièvement blessé et son pronostic vital a été un temps engagé.

Selon les enquêteurs, cette fusillade est un règlement de compte lié au trafic de drogue sur le quartier Maurepas à Rennes. Après plusieurs semaines d’investigation, le procureur de Rennes indique dans un communiqué que plusieurs personnes ont été interpellées dans cette affaire.

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Connus pour trafic de stupéfiants : Dimanche 1er décembre, trois personnes sont interpellées par les forces de l’ordre, puis le lendemain, le 2 décembre, trois autres sont aussi placées en garde à vue. Les mis en cause sont connus pour trafic de stupéfiants. Certains d’entre eux sont impliqués dans d’autres épisodes de violences liées au narcobanditisme (tentative de meurtre et enlèvement/séquestration) ayant touché la métropole rennaise ces derniers mois et plus particulièrement le quartier de Maurepas.

Une enquête pour tentative de meurtre en bande organisée et association de malfaiteurs est ouverte par le parquet de Rennes qui affecte ce dossier à sa section en charge de la criminalité organisée (JIRS).

Placés en détention provisoire : Ce mercredi 4 décembre, quatre des six personnes interpellées ont été présentées à un juge. Trois sont mises en examen pour tentative d’homicide volontaire en bande organisée et association de malfaiteurs, et la quatrième est placée sous le statut de témoin assisté pour les mêmes infractions. Les trois mis en examen ont été placés en détention provisoire. Deux sont âgés de 21 ans, l’autre de 22 ans.

Statistiques et Tendances de la Violence à Rennes

Augmentation du Trafic de Stupéfiants

La ville de Rennes est marquée, depuis quelques années, par une montée sans précédent de l’insécurité. Interrogé par CNEWS, David Leveau, secrétaire régional Bretagne du syndicat de police Unité a déclaré que «depuis quelque temps, on a des règlements de compte entre deux bandes (…) rivales qui sont extrêmement violentes». «Il y a évidemment une corrélation entre les deux. Rennes est gangréné par le trafic de stupéfiants depuis maintenant quelques années», a-t-il ajouté.

Comme l’avait écrit CNEWS le 28 octobre dernier, en moins de dix ans, le trafic de stupéfiants à Rennes a plus que doublé. À titre d’exemple, en 2016, le ministère de l’Intérieur enregistrait 208 mises en cause pour trafic de stupéfiants, selon les chiffres officiels fournis par le service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI). Cinq ans plus tard, soit en 2021, ce même chiffre est monté à 466 mises en cause pour le même motif, ce qui représente un taux de 2,1% pour 1.000 habitants. Mais cela ne s’arrête pas là puisque, malgré une légère baisse des faits constatés en 2022, avec 448 mises en cause, le nombre d’interpellations est reparti à la hausse en 2023.

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Profils des Personnes Impliquées

Le procureur a énuméré les principales autres affaires de violences qui ont secoué Rennes depuis l’été. S’il n’y a pas de profil type, elles concernent en majorité des jeunes, pour la plupart connus de la police ou de la justice, pour beaucoup déjà condamnés pour des affaires de trafic de stupéfiants ou pour des violences. Toujours des hommes.

Exemples d'Affaires Récentes

Le procureur de la République de Rennes a expliqué, qu’en six mois, 22 personnes ont été identifiées, interpellées, condamnées et écroués, pour des faits de violence. Le procureur a énuméré les principales autres affaires de violences qui ont secoué Rennes depuis l’été.

  • BLOSNE, le 9 juillet, deux hommes sont agressés. Un est blessé par balle, l'autre est enlevé. L'auteur est interpellé et mis en examen pour tentative de meurtre et placé en détention provisoire.
  • MAUREPAS, du 29 juillet au 23 septembre, plusieurs fusillades, rixes, découvertes d’armes ont lieu dans le quartier, dans un contexte de guerre de territoire entre deux bandes rivales. Huit personnes seront jugées les 3 et 4 février prochains. En attendant, six ont été placées en détention provisoire et deux sous contrôle judiciaire. Outre ces interpellations, quatre pistolets mitrailleurs, quatre armes de poing, trois gilets pare-balles et plus de 200 cartouches ont été découverts.
  • CENTRE-VILLE, le 5 septembre, place Rallier du Baty, un homme de 38 ans meurt d’un coup de couteau à la poitrine. Son auteur est interpellé, mis en examen pour meurtre et incarcéré.
  • MAUREPAS, le 24 septembre, allée de Brno, quatre hommes sont interpellés pour trafic de stupéfiants. Ils portent des armes sur eux, un pistolet mitrailleur et un revolver. Les quatre auteurs ont été jugés en comparution immédiate et trois ont été écroués.
  • CENTRE-VILLE, le 6 octobre à Saint-Michel, une tentative d'homicide volontaire par arme à feu. Deux hommes sont identifiés, mis en examen et écroué.
  • MAUREPAS, le 26 octobre, cinq hommes dans une voiture prennent en chasse un père connu pour trafic. Avec lui, à bord, son fils de cinq ans qu’il veut mettre en sécurité chez sa mère. Un jeune de 16 ans tire et touche le petit garçon à la tête. Il a été interpelé ce lundi et est incarcéré, ainsi que les quatre autres occupants du véhicule.
  • ANATOLE FRANCE, le 2 novembre, sur la passerelle qui mène au CHU Pontchaillou, un jeune de 19 ans meurt poignardé au thorax. L’auteur présumé est interpellé, mis en examen pour assassinat et écroué.
  • BOURG-L'ÉVÊQUE, le 12 novembre, un homme de 49 ans meurt rue Papu, d’un coup de couteau dans le dos. L'auteur a été interpellé, mis en examen et écroué.
  • MAUREPAS, le 13 novembre, deux hommes sont condamnés à de la prison ferme après qu'ils ont été découverts en possession d'armes et de munitions.
  • Villejean, janvier: Six hommes ont été mis en examen, annonce le parquet de Rennes vendredi 23 mai, pour deux fusillades survenues dans le quartier de Villejean à Rennes, où des groupes rivaux se livrent à une guerre sur fond de trafic de stupéfiants. Ils sont placés en détention provisoire.
  • Villejean: L'enquête avance, après les fusillades des 5 et 6 décembre derniers dans le quartier Villejean, à Rennes. Le procureur de la République annonce que plusieurs individus ont été placés en détention provisoire, dont un jeune de 17 ans qui a reconnu sa participation.
  • La Chapelle-Erbrée: L'enquête sur le corps calciné retrouvé samedi à La Chapelle-Erbrée près de Vitré en Ille-et-Vilaine progresse. Lundi soir, les deux hommes placés en garde à vue ont été mis en examen et écroués pour actes de torture et de barbarie et pour meurtre aggravé.
  • Un homme de 24 ans a été blessé par balle ce mardi 26 novembre, vers 22h, à Rennes (Ille-et-Vilaine). Les faits se sont déroulés quartier Villejean.
  • La police est intervenue ce mardi soir à Rennes pour une nouvelle rixe qui a fait un blessé grave.
  • Après la fusillade qui a fait quatre blessés à Rennes jeudi, un premier suspect a été interpellé dans la soirée de jeudi, puis trois autres personnes dans la nuit. Le pronostic vital d'une victime est toujours engagé. Le parquet de Rennes a détaillé le déroulement des faits ce vendredi.

Sentiment d'Insécurité et Témoignages

Trafic de drogue, usage débridé des armes, enfant de cinq ans blessé par balles… À Rennes, la guerre des stups fait les gros titres. Elle ne doit pourtant pas faire oublier l’inquiétante progression des violences en tous genres. À ce titre, les voyants virent au rouge dans une contrée jusqu’ici relativement préservée. Les solutions ? Elles ne semblent pas légion…

Alors que les règlements de compte entre narcotrafiquants sont particulièrement violents ces derniers mois, Ouest-France a interrogé les Rennais sur le sentiment d’insécurité que la situation peut provoquer.

Démunis, les habitants subissent une stigmatisation grandissante et doivent vivre avec une présence policière accrue.

Facteurs Contributifs

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette montée de la violence à Rennes :

  • Trafic de stupéfiants : La guerre de territoire entre bandes rivales pour le contrôle du marché de la drogue est une cause majeure de la violence.
  • Précarité sociale : Les quartiers défavorisés sont souvent le théâtre de ces violences, en raison du manque d'opportunités et de l'exclusion sociale.
  • Présence d'armes : La circulation d'armes à feu, notamment des pistolets mitrailleurs, alimente la violence.
  • Jeunesse désœuvrée : L'implication de jeunes, souvent mineurs, dans les trafics et les actes de violence est un phénomène préoccupant.

Mesures Prises et Perspectives d'Avenir

Renforcement de la Présence Policière

À la suite de ces faits, la CRS 82 a été déployée dans la «capitale bretonne». Le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau s'était rendu à Rennes le 1er novembre et avait promis de renforcer la lutte contre les "narcoracailles".

Actions Judiciaires

Outre cette affaire, le Procureur de la République de Rennes a expliqué, qu’en six mois, 22 personnes ont été identifiées, interpellées, condamnées et écroués, pour des faits de violence.

Prévention et Accompagnement Social

Il est essentiel de s'attaquer aux racines de la violence en mettant en place des programmes de prévention, d'éducation et d'insertion sociale, notamment dans les quartiers les plus touchés.

Initiatives Citoyennes

Des initiatives citoyennes émergent pour renforcer le lien social et lutter contre le sentiment d'abandon. Par exemple, l’antenne rennaise de Front de mères, une association née en Seine-Saint-Denis, vise à s’auto-organiser face à une politique nationale brutale qui génère des inégalités et des discriminations.

Le Rôle des Mères et des Associations Locales

Dans le quartier, c’est aussi sur la question sécuritaire que des divergences sont devenues sensibles. Les affron­te­ments entre tra­fi­quants de drogues, à quelques pas du pôle asso­cia­tif, ont suscité les craintes des parents, inquiet·es quant à la sécurité des enfants sur les trajets allant de l’école à la biblio­thèque muni­ci­pale.

Pour prendre en compte ces contraintes, de plus en plus de réunions sont calées le matin. Au sein de l’antenne rennaise de Front de mères, où les adhé­rentes sont pour plus de la moitié des cheffes de famille racisées en situation de mono­pa­ren­ta­li­té, on réfléchit également aux moyens de favoriser l’implication des mères issues des classes popu­laires. À chaque tenue d’événement, l’accent est mis sur les solutions de garde : ce sont souvent les conjoint·es de membres de l’association ou les quelques hommes ayant adhéré au syndicat qui s’en occupent.

Pour que ces dernières trouvent leur place dans le cadre scolaire, Front de mères multiplie les actions : dans les prochains mois, l’association lancera un programme à des­ti­na­tion des parents délégué·es des quartiers popu­laires. Le but : leur donner des clés pour saisir le fonc­tion­ne­ment de l’Éducation nationale et avoir accès à une meilleure connais­sance de leurs droits.

Collectif Pour une École Antiraciste

Pour faire bouger les lignes dans les éta­blis­se­ments scolaires, inclure davantage les parents des quartiers popu­laires et mieux prendre en compte leurs réalités, une autre ini­tia­tive, venant d’enseignant·es cette fois, a vu le jour à Rennes en octobre : le collectif Pour une école anti­raciste. Il comprend une qua­ran­taine de membres, en majorité des enseignant·es, mais aussi des assistant·es d’éducation (AED), des accompagnant·es d’élèves en situation de handicap (AESH), des parents et des élèves. Celui-ci se veut un comité de vigilance, un espace au sein duquel des situa­tions dis­cri­mi­nantes, comme celles aux­quelles les élèves racisé·es sont parfois confronté·es, au moment de l’orientation par exemple, peuvent être remontées. L’objectif étant que des enseignant·es, notamment, inter­viennent alors dans les éta­blis­se­ments concernés.

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