L'émotion, souvent perçue comme un trouble ou une réaction instinctive, est en réalité un embryon de connaissance, une source d'information précieuse sur notre état intérieur et notre relation au monde. Cet article explore la définition de l'émotion, son lien avec les sentiments et les affects, et son rôle essentiel dans le développement de l'individu.

Introduction

« Tout ce qui se manifeste est vision de l’invisible. » Cette citation d'Anaxagore met en lumière l'idée que les émotions, bien que parfois impalpables, sont des manifestations concrètes d'un état intérieur. Johnny Hallyday, avec sa célèbre phrase « J’envoie les sentiments dans la gueule des gens, dans leur cerveau, dans leur corps », souligne l'impact puissant et direct des émotions sur l'individu. Comprendre les émotions, c'est décrypter un langage complexe qui nous parle de nos besoins, de nos désirs et de nos peurs.

Définition de l'Émotion

L'émotion, du latin emovere signifiant « mettre en mouvement », est un trouble de la sensation, un mouvement vers l'extérieur. Historiquement, le terme désignait un trouble d'une population ou du corps, perceptible par soi ou par l'extérieur. Aujourd'hui, l'émotion est définie comme un phénomène interne et externe (un ressenti, une expression) suite à la modification ou au maintien physiologique ou psychologique (une sensation, une impression) d'un environnement physique ou psychique (un événement, une situation) ressentie par une personne ou un animal. Les émotions sont généralement brutales, intenses et de courte durée, à l'inverse des sentiments.

L'Expérience Émotionnelle

L’expérience émotionnelle est induite par la modification ou le maintien d’un environnement corporel et sensitif actif qui peut, conditionnant ainsi ses effets sur le sujet, être immédiat, instantané, durable, univoque, complexe, multiforme, unique ou répété. Par ailleurs, cet environnement, qui agit sur le fonctionnement neuronal, en fonction du rôle des nocicepteurs en particulier, concerne les régions impliquées dans la pensée complexe (cortex cingulaire antérieur, amygdale). L’environnement corporel, sensitif et actif, tour à tour électrique, chimique, ondulatoire, de la personne ou de l’animal, à partir de la naissance de l’embryon jusqu’à la fin de la vie, transmet au cerveau, qui l’enregistre, la nature, la localisation, la durée et l’intensité de l’expérience en question. Les émotions sont aussi précoces que les véhicules de la sensorialité. Les émotions correspondent à l’origine organique des sentiments concernant la personne et l’animal.

Émotion vs. Sentiment vs. Affect

Il est crucial de distinguer l'émotion du sentiment et de l'affect, trois concepts liés mais distincts :

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  • Émotion : Une réaction physiologique et psychologique intense et de courte durée à un événement ou une situation.
  • Sentiment : Un état affectif plus durable et complexe, résultant d'une ou plusieurs émotions et impliquant une évaluation cognitive. Le sentiment implique un sujet et un objet réels. C’est déjà l’idée de relation ou de distanciation qui est incluse dans le sentiment. La présence ou l’absence d’une autre, puis d’un autre, sujet et objet, conditionne la transformation de l’émotion en sentiment puis en affect.
  • Affect : L'expression qualitative de l'énergie mise en mouvement par la pulsion. Un état affectif complexe, influencé par la mémoire et les expériences passées. Un affect suppose un sujet, un objet et une mémoire. L’affect est une des deux formes complexes, avec la représentation, que peut prendre la pulsion. L’affect est l’expression qualitative de l’énergie mise en mouvement par la pulsion. Nous avons avec l’affect la densité du sentiment à laquelle nous devons adjoindre la complexité du souvenir et de son potentiel d’édification.

L'Expérience Sentimentale

L’expérience sentimentale est produite par une émotion unique ou composée qui a, dans le système neuronal, grâce à des modifications chimiques, électriques, ondulatoires, particulièrement selon le rôle des neurotransmetteurs, une intensité, une durée et une résonnance entretenues par les conséquences physiques et psychiques induites par l’émotion ou par une composition d’émotions. Le rôle de l'amygdale est prépondérant dans le développement, la construction et la modification des sentiments.

Le Rôle de l'Amygdale

Dans sa fonction d'input, l'amygdale reçoit des faisceaux de neurones qui acheminent des stimulations extérieures en provenance des régions sensorielles du thalamus et du cortex. La mémoire mise ainsi en branle est contextuelle. Elle permet de situer la stimulation en fonction des expériences antérieures et des souvenirs constitués. Dans sa fonction d'output, les informations reçues sont réacheminées vers d'autres structures (locus cœruleus et hypothalamus). L'amygdale active la production d'hormones (noradrénaline, adrénaline). Elle est naturellement impliquée dans les circuits de l'émotion, et en particulier dans ceux de la peur, de l'anxiété, du sentiment de danger. Son activité est réduite au contact de l'ocytocine (un peptide du plaisir). Elle est également impliquée dans les mécanismes des neurones-miroirs qui concernent le partage des sentiments d'un sujet à un autre.

Les Affects

L’intérêt de cette parenthèse neuro-psychologique dans la physiologie de l’émotion est que celle-ci précise que le sentiment qui va découler d’une émotion ou d’un composé de plusieurs émotions est paradoxal. Les affects, contrairement aux sentiments, qui eux sont qualifiés dans la majorité des cas par un complément de nom (sentiment de culpabilité…), sont la plupart du temps employés sans prédicat, comme par exemple le désir, hormis dans les expressions affect de plaisir ou affect de déplaisir [1], et sont issus de l’impact et de l’empreinte des sentiments renforcés par leur potentiel de modification ou d’édification de la personnalité. Les affects sont une des composantes de l’énergie provenant du ça où elle circule librement (processus primaire). Pour accéder au système préconscient-conscient, cette énergie (affect) doit être liée à une représentation (processus secondaire). Cependant que les émotions sont relativement « pures » et que les sentiments sont des composés de diverses émotions, l’affect, de son côté, est un concept limite entre le psychique et le somatique, entre l’idée et la chose.

Affect : Étymologie et Définition

Affect : du latin affectus, « état affectif, disposition de l’âme ». En ancien français, affecte(e), « sentiment, passion » (1180, Cantique des cantiques). Jusqu’au XVIème s. « état, disposition ». En français, dans son sens actuel : à partir de 1942, « état affectif élémentaire ». Freud, à partir de la terminologie psychologique allemande Affect « mouvement ou état affectif impétueux », fait la distinction entre l’aspect subjectif de l’affect et sa dimension énergétique. Ainsi, selon lui (Etudes sur l’hystérie, 1895), l’affect ne se comprend que par l’intermédiaire de la pulsion, laquelle s’exprime sous deux formes : la représentation (l’image, la situation, l’idée) et l’affect (l’énergie, le mouvement, la force), puis dans son aspect économique dit quantum d’affect Affektbetrag.

Les Affects et les Relations

Les affects, éprouvés affectifs, états d’esprit, émotions ré-agencées, constituent les aspects subjectifs, qualitatifs, touchant au sujet, donc, des émotions puis des sentiments. Les affects sont construits sur les relations intra et intersubjectives des sujets, et, par conséquent, à la manière des aménagements psychiques entretenus avec les arts (« Comme toute conversion, la découverte de l’art est la rupture d’une relation entre un homme et le monde. Elle connaît l’intensité profonde de ce que les psychanalystes nomment les affects. » A. Malraux - Les voix du silence), les affects retracent « l’attention et l’exploration » (Piéron - 1969), « l’expansion et la recherche » (Ibid.), « le retrait et la fuite » (Ibid.), tous syntagmes que l’on pourrait enrichir à l’envi et que, pour ma part, je résumerais dans l’idée d’attitude inconsciente par rapport aux épreuves de la vie, à un moment donné, selon les trois modalités positionnelles de l’esquive, du combat et de la fuite.

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Valeur, Intentionnalité et Potentialité de l'Affect

Ainsi, et à ce moment de notre développement, nous pouvons résumer l’affect selon sa valeur - aversive, expectative, attractive -, son intentionnalité - esquive, combat, fuite -, sa potentialité - plaisir, déplaisir, manque, désir -. Le devenir des affects peut s’exprimer en terme de développement régressif, défensif ou expansif.

Le Devenir des Affects

  • Régression : Sur le plan de la régression, l’alexithymie représente une incapacité à exprimer verbalement ses affects, une pauvreté de l’imagination et de l’intellection, une tendance à ne vouloir recourir qu’à l’action pour résoudre ses difficultés, une imperméabilité à l’aspect subjectif des événements, des situations, des relations au profit de leur dimension objective.
  • Défense : Sur le plan de la défense, les mécanismes de défense sont construits par l’inconscient du sujet pour pallier la rigueur du refoulé institué malgré soi, en le coupant de ses représentations. Ainsi, le déni, la dénégation, le déplacement, le clivage, la projection, l’idéalisation, l’introjection, l’idéalisation projective, la rationalisation, l’inhibition…, permettent au sujet d’éviter le désagrément de se voir confronté à des représentations inacceptables ou douloureuses.
  • Expansion : Sur le plan de l’expansion, l’abréaction est la possibilité offerte à chacun d’accueillir le refoulé, malgré ses liens avec le souvenir d’une expérience de déplaisir. Compte tenu de la potentialité douloureuse de ces liens, affect et souvenir de déplaisir étant maintenus dans le refoulé et liés dans l’inconscient, la possibilité expansive consiste à déjouer cette inscription dysphorique grâce à la verbalisation, parfois difficile, du souvenir et de l’affect y associé.

L'Émotion comme Source d'Information et de Connaissance

Les émotions sont bien plus que de simples réactions. Elles sont des signaux qui nous informent sur :

  • Nos besoins : La peur peut signaler un danger, la tristesse une perte, la joie un accomplissement.
  • Nos valeurs : La colère peut indiquer une violation de nos valeurs, la compassion une identification à la souffrance d'autrui.
  • Notre relation au monde : L'ennui peut révéler un manque de stimulation, l'émerveillement une connexion profonde avec la beauté.

En apprenant à décoder nos émotions, nous pouvons mieux nous connaître, prendre des décisions plus éclairées et améliorer nos relations avec les autres.

L'Émotion et le Développement Cérébral

Les neurosciences nous révèlent que le cerveau est un organe malléable, en constante évolution tout au long de notre vie. Les émotions jouent un rôle crucial dans ce développement, notamment chez l'enfant.

Les Âges du Cerveau

  1. Le Big Bang : Dès le 28ème jour in utéro, l’embryon a la taille d’un grain de riz et déja ses premières cellules commencent à émerger et forment des neurones. La machine à fabriquer les neurones met le turbo et 3000 neurones se forment chaque secondes ; à 6 mois de grossesse on en compte 90 milliards ; pourtant, à la naissance, le cerveau est très immature même si les cortex visuel et auditif sont quasiment achevés. Le tout petit peut donc avoir très largement accès aux perceptions sensorielles Les premières années sont déterminantes pour le développement de son cerveau. Il relève des défis permanents: tenir sa tête, bouger les bras, le tronc, les jambes, avant d’accéder à la coordination des mouvements.
  2. Le Temps de Tous les Possibles : Le potentiel d’apprentissage est au top jusqu’à la puberté. Le cerveau est d’une telle plasticité et les connexions entre les neurones si flexibles que, par exemple, l’apprentissage d’une seconde langue est simple et naturelle avant 10 ans.
  3. Le Grand Ménage : De la naissance à l’âge de la marche près de 30% de nos connexions vont être éliminées pour que seules celles ayant un lien fonctionnel soient stabilisées. A l’adolescence, on sait que les zones sous-corticales (centre des émotions et sensations) se développent en premier alors que le cortex préfrontal (cerveau dit supérieur) s’étoffe plus tard ; ce qui explique que l’ado a de grandes capacités cognitives mais montre une immaturité émotionnelle (conflits, colères, tristesse, coup de foudre, emballements, comportement excessifs).
  4. En Route vers la Maturité : Les neuroscientifiques ont découvert que le cortex préfrontal (zone dédiée aux responsabilités, planifications, définition des priorités et à la maitrise des émotions) n’arrive à maturité que vers 30 ans.
  5. Le Cerveau à son Apogée : De 25 à 65 ans environ, les connexions sont établies et fonctionnent très bien. Des nouveaux neurones continuent à se former en migrant vers des zones qui en ont besoin. Le cerveau est comme un muscle, si on l’entraîne, on va stimuler la formation de nouvelles connexions.

L'Importance de l'Accompagnement Émotionnel

Un enfant dont l’émotion est ignorée ou incomprise va développer un état de stress qui active l’amygdale cérébrale-centre de la peur- et provoquer la sécrétion de cortisol et d’adrénaline, toxiques pour la santé psychologique et motrice. L’amygdale est le centre de perception des émotions, c’est elle qui nous fait ressentir de la peur face à un individu dont le visage nous semble agressif. Elle nous avertit d’une menace et de tout événement mettant en danger notre survie. Quand le cerveau supérieur est mûr, il valide ou invalide ce message reçu par l’amygdale. Le cerveau du jeune enfant est dominé par ses émotions qu’il reçoit de plein fouet, sans les filtres que notre cerveau adulte a su bâtir par l’expérience et la maturité ; dans le même temps, la plasticité cérébrale fait que l’enfant est une véritable éponge qui absorbe tout mot, geste, humiliation, attitude et que chaque situation vécue, si elle n’est pas bien accompagnée, va laisser des traces.

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Comment Générer des Situations Positives qui Nourrissent la Maturité Cérébrale ?

Observer chaque enfant en tenant compte du contexte et de son histoire familiale ; chacun est unique, l’écouter avec bienveillance, ne pas se priver de sourires, câlins et gestes affectueux ; l’enfant fait ses premiers pas dans un monde qu’il découvre, autant que celui-ci soit encourageant et riche en expériences et découvertes!

Le Rôle des Hormones

La dopamine motive, c’est l’hormone du désir, l’ocytocine est responsable du comportement de confiance, d’empathie et de l’envie d’entrer en relation avec l’autre. Accompagner les émotions et materner agit positivement sur le développement du cerveau, les facultés intellectuelles et affectives, l’apprentissage, la mémoire, la concentration ; soutient l’empathie naturelle, la coopération et permet de diminuer le stress et apaiser les émotions. A consommer sans modération…

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