Selon l’INSEE, les naissances de jumeaux sont de plus en plus fréquentes, avec environ 16 naissances gémellaires pour 1 000 naissances en France. Cependant, il arrive parfois qu’une grossesse gémellaire n’arrive pas à son terme pour l’un des jumeaux. Ce phénomène, bien que souvent méconnu, peut avoir des conséquences psychologiques importantes sur le jumeau survivant. Cet article explore les causes et les manifestations du syndrome du jumeau perdu, ainsi que les moyens d’aider les personnes concernées à surmonter ce deuil inconscient.
Qu'est-ce que le syndrome du jumeau perdu ?
Le syndrome du jumeau perdu est un trouble psychologique théorisé par la psychanalyse et lié à la perte d’un jumeau pendant la grossesse ou lors de l’accouchement. Il est caractérisé par un sentiment de manque profond et inexpliqué chez le jumeau survivant, résultant de la perte d’un lien très fort qui existait entre les jumeaux dès les premières semaines de gestation.
Fréquence et causes
Selon Alfred et Bettina Austermann, un embryon sur dix verrait son jumeau disparaître au cours de la grossesse. Cette disparition peut survenir très tôt, parfois avant même que la femme ne sache qu’elle est enceinte. Les causes de la perte d’un jumeau peuvent être diverses :
- Malformations de l’embryon
- Dysfonctionnement du placenta
- Syndrome transfuseur-transfusé (STT), une pathologie rare des grossesses gémellaires monochoriales
- Autres causes inconnues
Parfois, le fœtus disparaîtrait très tôt durant la grossesse, avant même que la femme sache qu’elle est enceinte. Plus tard, lors d’une échographie, en voyant un embryon qui ne s’est pas développé, les médecins préféreraient ne pas le communiquer aux parents, pour ne pas les faire souffrir.
Impact psychologique
Le lien qui existe entre des jumeaux est très fort, même in utero. Le jumeau qui a perdu son frère ou sa sœur peut ressentir un manque, qui sera d’autant plus inexpliqué s’il n’est pas au courant qu’il a eu un jumeau dans le ventre de sa mère. Ce deuil inconscient peut se manifester de différentes manières tout au long de la vie.
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Les signes du syndrome du jumeau perdu
Les signes du syndrome du jumeau perdu peuvent varier d’une personne à l’autre, mais certains symptômes sont fréquemment observés :
- Sentiment de vide et de solitude : La personne ressent un grand vide intérieur, un sentiment de solitude, même en présence d’autres personnes. Elle peut se sentir seule, incomplète et incomprise.
- Dépendance affective et recherche de fusion : Le jumeau survivant peut développer une forte dépendance affective et rechercher des relations fusionnelles, que ce soit en amitié ou en amour. Il cherche sa moitié, un autre moi qui le complèterait parfaitement.
- Peur de l’abandon : Une hyper-sensibilité aux séparations et aux deuils peut se manifester, avec une peur intense d’être abandonné.
- Difficultés relationnelles : La recherche de fusion peut entraîner des difficultés relationnelles, les partenaires pouvant se sentir étouffés par cette exigence.
- Avoir eu un ami imaginaire : Durant l’enfance, la personne peut avoir eu un ami imaginaire.
- Vivre pour deux : La personne peut avoir tendance à vivre pour deux, à multiplier les activités ou à manger pour deux, comme pour continuer à faire vivre son jumeau perdu.
- Ne pas prendre sa place : À l’inverse, la personne peut refuser la vie, se sentir coupable d’avoir survécu et s’interdire de réussir. Elle peut se sentir très attirée par la mort, comme si elle voulait rejoindre son jumeau.
- Troubles physiques : D’autres symptômes ont pu aussi être détectés chez le jumeau survivant, tels que des troubles de la vue ou des malformations vertébrales de type scoliose.
- Utilisation du "on" au lieu du "je" : L’enfant peut dire « on » au lieu de « je », ou avoir besoin de deux objets à la place d’un seul.
Grossesse gémellaire et relation d'objet gémellaire
Penser la gémellité en périnatalité, c’est s’intéresser aux représentations parentales prénatales ainsi qu’à la vie fœtale des jumeaux. La grossesse gémellaire peut être conceptualisée comme une relation d’objet gémellaire qui se déploie au cours de la grossesse. Cette relation s’inscrit dans une mutualité parents-fœtus jumeaux et entre les fœtus jumeaux. Du côté des parents, la relation d’objet gémellaire est le nid prénatal des relations objectales ultérieures, formées par le trio (mère-jumeau-jumeau) et le quartet (parents-jumeaux).
Intersubjectivité primaire
Les travaux de recherches sur les relations fœto-fœtales chez les jumeaux ont montré l’existence de caractéristiques individuelles et relationnelles chez les fœtus jumeaux. Ce modèle relationnel entre les jumeaux s’établit au cours de la grossesse et se retrouve en post-natal, soulignant une continuité trans-natale. Les jumeaux en devenir sont baignés par un environnement qui amène le développement précoce de l’intersubjectivité primaire de l’autre virtuel. Ainsi, l’intersubjectivité primaire serait au cœur de l’identité conceptionelle gémellaire. Les traces d’une conscience de la présence d’un autre, se retrouvent en post natal au regard des éléments fournis par les travaux sur la perte d’un jumeau in utero.
La mort ne sépare pas les jumeaux, mais la naissance
Le fœtus-jumeau a partagé l’utérus maternel avec un autre. De cette cohabitation se sont tissés des échanges (sensoriels, proto-affectifs et parfois sanguins), constitués à partir de la relation d’objet gémellaire. Ainsi, le fœtus a pu percevoir durant la grossesse une présence vivante de l’autre qui soudainement s’est arrêtée. La mort ne fait pas disparaître l’autre jumeau, mais il y a l’interruption d’une présence vivante de l’autre. La présence du fœtus-jumeau mort se prolonge et se poursuit, au-delà de la mort. Ce n’est pas la mort qui sépare les jumeaux, mais la naissance.
Comment aider le jumeau survivant ?
Il est important de reconnaître et de valider les sentiments du jumeau survivant. Voici quelques pistes pour l’aider à surmonter ce deuil :
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- Communiquer : Si vous savez que vous avez perdu l’un des jumeaux pendant votre grossesse, il est important d’en parler à votre enfant, en adaptant votre discours à son âge et à son niveau de compréhension. Cela l’aidera à mettre une réalité sur sa sensation de manque. À l’inverse, il ne faut pas non plus trop en parler, afin d’éviter que l’enfant ressente un sentiment de culpabilité.
- Être à l’écoute : Soyez attentif aux émotions de votre enfant et encouragez-le à exprimer ce qu’il ressent.
- Consulter un spécialiste : Si les symptômes persistent et affectent la qualité de vie de l’enfant ou de l’adulte, il est important de consulter un psychologue ou un psychothérapeute spécialisé dans le syndrome du jumeau perdu.
- Thérapies : Un travail psychologique tourné vers le deuil et l’acceptation est idéal pour guérir le syndrome du jumeau manquant. La thérapie va permettre à la personne de connaître l’origine de son mal-être, d’accueillir ses émotions et de mettre en place des solutions pour avancer dans sa vie. D’après mon expérience, avoir une connaissance brute de l’information (par un praticien par exemple) n’aide pas la personne à soulager ses symptômes. Le plus efficace va être de revivre ce moment douloureux : Pour libérer les poches émotionnelles restées bloquées : la tristesse, mais possiblement la colère, la peur, la culpabilité. Pour prendre conscience des croyances qu’on a alors mis en place et des comportement associés Pour que l’adulte en séance apporte de nouvelles informations à son enfant intérieur (ici un embryon intérieur même) Pour enfin lâcher les comportements ou les émotions qui empêchent de prendre sa vie : de ressentir un grand vide, chercher la fusion dans mes relations, vivre pour deux, ne pas prendre sa place …
- Sophro-analyse : La sophro-analyse des mémoires prénatales, de la naissance et de l’enfance offre un cadre sécurisant et puissant pour travailler sur ce type de traumatisme précoce. La première étape de la guérison consiste à accueillir pleinement ce qui émerge. Grâce à des états de relaxation profonds, vous pourrez revisiter symboliquement cette mémoire enfouie et comprendre le lien perdu avec votre jumeau. Enfin, la guérison se fera par la réintégration des ressources oubliées, en restaurer un équilibre énergétique et émotionnel.
Recherche clinique sur le deuil périnatal d'un jumeau
Une recherche clinique a été menée à la maternité de Necker-Enfants-Malades pour étudier la singularité du deuil périnatal d’un jumeau et son devenir pour les parents et pour le jumeau survivant. Dix familles ayant attendu des jumeaux et pour lesquelles un seul jumeau a survécu ont été rencontrées. Pour toutes ces familles, le diagnostic d’un syndrome transfuseur-transfusé (STT) avait été posé au cours de la grossesse.
Résultats de la recherche
Les résultats de la recherche ont montré que la majorité des parents se questionnent sur les traces du vécu prénatal. Pour eux, il existe un vécu de deuil chez leur enfant qui est corrélé aux liens qui se sont tissés in-utéro et au fait que leurs enfants étaient des jumeaux. L’analyse des résultats a montré que plusieurs types de persistance de l’objet perdu se déclinent, montrant que le deuil était toujours en cours chez l’enfant. Une organisation obsessionnelle apparaissait dans le fonctionnement de deux enfants, témoignant d’une forme de ritualisation visant à se protéger contre le jumeau mort, tout en renforçant paradoxalement son lien à celui-ci. Le jumeau perdu pouvait également épouser les formes d’un objet fantôme, créé afin d’assurer la survie de l’enfant.
Le syndrome du jumeau perdu : explications et indices d’existence du phénomène
Le syndrome du jumeau perdu est la perte d’un ou plusieurs embryons pendant la vie intra utérine. Les preuves de pertes gémellaires précoces ont été obtenues grâce à l’imagerie médicale dès 1945. Ce syndrome est reconnu dans de multiples approches thérapeutiques, et les publications scientifiques sur ce sujet pour les grossesses médicalement assistées commencent à s’accumuler. En France, c’est au Dr Claude Imbert que l’on doit l’introduction du concept avec la parution de son livre en 2004 : « Un seul être vous manque… Auriez-vous eu un jumeau ? ».
Les chiffres pour ce syndrome du jumeau perdu
Selon Alfred et Bettina Austermann, un embryon sur dix verrait son jumeau disparaître au cours de la grossesse. D’après une étude datant de 1990, au moins 12 % des grossesses naturelles peuvent commencer par des grossesses gémellaires. Christophe Vayssière trouverait quant à lui la présence d’un jumeau disparu pour plus de 20% des grossesses. Le Dr Claude Imbert parle d’une fréquence d’au moins 20% des grossesses physiologiques, suivant son enquête auprès de sage-femmes notamment.
L’évacuation de l’embryon
L’évacuation de l’embryon peut avoir lieu par voie basse, ce qui donnera une perte sanguine, pouvant être aussi petite qu’un spotting de règles. Elle pourra passer inaperçue d’ailleurs. Si la perte est plus tardive, la mère pourra même avoir des douleurs et des pertes sanguines évoquant une fausse couche (de fait c’en est une). A l’échographie, elle a un embryon en pleine forme : les docteurs lui disent donc que tout va bien et qu’il n’y a pas eu de fausse couche.
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L’ovule clair
L’ovule est ainsi appelé car il apparaît blanc, comme vide à l’échographie. Il peut avoir été fécondé, mais il y a ensuite eu un problème qui a empêché la multiplication cellulaire.
L’embryon peut s’enkyster dans le placenta
Les sage-femmes pourront le voir après la délivrance si elles examinent attentivement le placenta. Une espèce de momification de l’embryon est alors visible.
Le tératome
Un kyste dermoïde est une excroissance qui forme comme une poche fermée dans le corps, constitué de cellules de peaux et d’autres cellules. Ce phénomène des tératomes est connu depuis l’antiquité. Parfois il est possible de reconnaître dans le tératome un fœtus : c’est le « fœtus in fœtus » ; l’embryon se développe en portant le fœtus de son jumeau décédé. Selon le stade de développement de l’embryon mort, ce tératome pourra se repérer sur le nouveau-né de par sa grande taille.
La chimère
Avec le développement de la PMA (Procréation Médicalement Assistée), et notamment des FIV (Fécondation In Vitro), on a désormais des données fiables sur ces conceptions assistées. Au hasard de tests ADN, des cas de chimère sont découverts. Des cas plutôt rares mais qui prouvent l’existence du phénomène de l’incorporation du jumeau perdu.
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