L'ICSI (Injection Intracytoplasmique de Spermatozoïdes) est une technique de fécondation in vitro (FIV) couramment utilisée pour traiter l'infertilité. Cependant, comme toute procédure médicale, elle n'est pas sans risques ni complexités. L'un des phénomènes rares mais possibles associés à l'ICSI est le dédoublement embryonnaire, qui peut entraîner une grossesse multiple. Cet article explore en profondeur ce phénomène, ses causes potentielles, les risques associés, et les considérations importantes pour les couples qui envisagent une FIV avec ICSI.
Anomalies Utérines et Impact sur la Grossesse
Avant d'aborder directement la question du dédoublement embryonnaire, il est important de comprendre certains facteurs qui peuvent influencer le succès d'une FIV et le déroulement de la grossesse. Les anomalies congénitales de l’utérus, également appelées anomalies mullériennes, peuvent jouer un rôle significatif. Ces anomalies résultent de défauts survenant pendant le développement embryonnaire de l'utérus.
L’utérus se forme par le développement de deux conduits latéraux, appelés conduits paramésonéphriques, qui se fusionnent. Une réabsorption du septum qui demeure est ensuite nécessaire pour ainsi avoir une cavité unique qui deviendra la cavité endométriale. Les conduits mullériens formeront l’utérus, les trompes et le tiers supérieur du vagin. En conséquence, les malformations utérines n’ont pas forcément des défauts dans la formation des ovaires ou des 2/3 inférieurs du vagin.
L’utérus bicorne, par exemple, a une prévalence de 0,4% dans la population générale, de 1,1% chez les femmes infertiles, de 2,1% chez celles qui ont subi un avortement et de 4,7% chez les femmes infertiles avec un avortement. La plupart des patientes ayant un utérus bicorne n’ont aucun symptôme à leur adolescence. Le diagnostic non invasif est possible par une résonnance magnétique ou une échographie tridimensionnelle, car il est possible, grâce à ces deux méthodes, de visualiser le contour externe de l’utérus et le contour interne ou la cavité endométriale.
Pendant la grossesse, les patientes avec un utérus bicorne auront un risque plus élevé d’avortement aussi bien dans le premier que dans le deuxième trimestre, ainsi qu’un risque plus élevé d’avortement prématuré, de faible poids du nouveau-né et de mauvaise position fœtale. Bien que l’utérus bicorne ne requiert habituellement aucun traitement, il est crucial de connaître cette condition, car elle peut influencer les décisions concernant le transfert d'embryons et le suivi de la grossesse.
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Le Transfert d'Embryons : Une Étape Clé de la FIV
Un transfert d’embryons est l’étape finale d’une fécondation in vitro (FIV). Lors d’un cycle de FIV, il est habituel qu’en stimulant les ovaires on obtienne plusieurs ovules et que ceux-ci, en les unissant aux spermatozoïdes, soient fécondés, donnant lieu ainsi aux embryons. Le transfert d’embryons consiste à placer l’embryon-que l’on a fertilisé en dehors de l’utérus- dans l’utérus. Cet embryon est chargé dans un cathéter que l’on passe à travers le vagin et le col de l’utérus jusqu’à la matrice, où il est déposé.
Au vu de tout ce qui a été expliqué, la pratique actuelle consiste à transférer un seul embryon dans l’utérus de la femme. Il s’agit d’un processus réalisé dans un cabinet médical adjacent au laboratoire. Même s’il ne requiert presque jamais d’anesthésie, on peut avoir recours à la sédation dans certains cas pour détendre la patiente et les muscles lisses de l’utérus.
Comme nous l’avons mentionné auparavant, il n’y a aucun avantage à transférer plus d’un embryon, sauf pour réduire ce que l’on appelle «la fatigue de la patiente » (qui devrait se soumettre à un autre transfert si le premier échouait). Pour cela, nous devons choisir l’embryon le plus adéquat (cela signifie que, dans certains cas, il faut réaliser des tests génétiques sur les embryons afin de ne retenir que le plus adéquat). Malgré tout, il y a des situations très concrètes où l’on choisit deux embryons tout en étant conscients des risques qu’ils courent, surtout dans les cas où il y a eu des échecs préalables.
C’est pourquoi, lorsque l’on dispose de nombreux embryons de très bonne qualité à transférer, il est habituel que la patiente se demande ce qu’il convient de faire. Doit-on tenter le transfert d’un embryon ou le transfert de deux embryons ? La probabilité de positif lors du transfert d’1 embryon peut tourner autour de 60 %, même si l’intervalle dépendra de l’âge de la patiente. Si l’on tient compte de la probabilité cumulée de grossesse, celle-ci tournerait autour de 85 %, pouvant atteindre 98 % après trois tentatives de transferts disponibles ou cycles consécutifs.
Comme indiqué auparavant, le transfert de deux embryons de très bonne qualité peut fortement augmenter les probabilités de grossesse multiple, mais peu les probabilités de grossesse. L’âge de la femme est une variable importante au moment de calculer la probabilité d’une grossesse naturelle. Ce n’est pas la même chose de vouloir être enceinte à 40 ans qu’à 23 ans, par exemple. Dans ce sens, la décision de transférer 1 ou 2 embryons à 40 ans peut dépendre de bien d’autres facteurs que celui des taux de réussite. Dans ces cas-là, avoir recours à des traitements comme la fécondation in vitro peut aider à augmenter ces probabilités. Pour une femme de moins de 35 ans, avec prélèvement de ses propres ovules, le taux de réussite de la FIV est de 55 % environ. Pour une femme de plus de 40 ans, le taux baisse à 27 % avec ses ovules, mais ce taux augmente lorsque l’on a recours aux ovules d’une donneuse.
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Dans cet article, nous en avons parlé à plusieurs reprises : en choisissant de transférer 1 embryon au lieu de 2, on cherche à réduire le risque de grossesse multiple ainsi que les possibilités d’avoir des jumeaux avec une fécondation in vitro. Avoir une grossesse gémellaire après le transfert d’un embryon oscille entre 1 et 2 %, alors que le taux de grossesse multiple en transférant 2 embryons d’une patiente jeune peut osciller entre 25 et 30 %. Chez Eugin, nous sommes parvenus à réduire la probabilité de grossesse multiple pour les traitements de fécondation in vitro à 1 sur 100, et le transfert d’un seul embryon avec le soutien de la technologie time lapse est particulièrement conseillé pour des patientes ayant un bon pronostic.
Dédoublement Embryonnaire : Un Événement Rare mais Possible
Le dédoublement embryonnaire, bien que rare, est un phénomène qui peut survenir après une FIV, même lorsqu'un seul embryon est transféré. Il se produit lorsque l'embryon se divise en deux, donnant naissance à des jumeaux monozygotes (identiques). Les raisons exactes de ce dédoublement ne sont pas entièrement comprises, mais plusieurs hypothèses ont été avancées.
Causes Potentielles du Dédoublement Embryonnaire
Manipulation au niveau du laboratoire avant transfert : Certaines manipulations en laboratoire pourraient potentiellement influencer la division de l'embryon.
Congélation des embryons : La congélation et la décongélation des embryons pourraient augmenter le risque de division zygotique.
Technique de FIV (ICSI) : L'ICSI, en raison de la manipulation directe de l'ovocyte, pourrait fragiliser la membrane des ovocytes et favoriser la division embryonnaire.
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Âge de la femme : L'âge maternel avancé pourrait rendre la membrane des ovocytes plus fragile, augmentant ainsi le risque de dédoublement.
Prise de vitamine B9 : Bien que cela reste une hypothèse, la prise prolongée de vitamine B9 pourrait être un facteur contributif.
Témoignages et Expériences Personnelles
Les forums et groupes de discussion en ligne regorgent de témoignages de femmes ayant vécu cette situation. Par exemple, une femme témoigne avoir reçu un transfert d'un seul embryon congelé de 5 jours (2ème FIV) et avoir obtenu un résultat positif. Cependant, les taux de beta HCG étaient anormalement élevés, et l'échographie a révélé la présence de deux embryons avec des cœurs battants.
Ces témoignages soulignent l'importance d'un suivi médical attentif et d'une communication ouverte avec l'équipe médicale. Ils mettent également en lumière les défis émotionnels et physiques associés à une grossesse multiple inattendue.
Grossesse Multiple et Risques Associés
Il est crucial de comprendre que les grossesses multiples, qu'elles résultent du transfert de plusieurs embryons ou d'un dédoublement embryonnaire, sont considérées comme des grossesses à risque. Elles sont associées à un risque accru de complications pour la mère et les bébés, notamment :
- Avortement spontané (fausse couche)
- Accouchement prématuré
- Faible poids à la naissance
- Prééclampsie (hypertension artérielle pendant la grossesse)
- Diabète gestationnel
- Césarienne
Dans certains cas, des complications spécifiques aux grossesses multiples peuvent survenir, telles que le syndrome de transfusion fœto-fœtale (STFF) dans les grossesses gémellaires monochoriales (jumeaux partageant le même placenta).
Diagnostic Préimplantatoire (DPI) : Une Option à Considérer
Le diagnostic génétique préimplantatoire (DPI) est une forme précoce de diagnostic prénatal (DPN). Le DPC consiste à rechercher des anomalies chromosomiques directement sur l’ovocyte en métaphase II au niveau du globule polaire I, avant l’injection du spermatozoïde dans le cadre de l'ICSI. Le DPC peut être réalisé également sur le deuxième globule polaire, après ICSI. L’ICSI permet d’éviter la polyzoospermie intra-ovocytaire, source de polyploïdies, consécutives à l’ouverture pratiquée dans la membrane pellucide lors du diagnostic préconceptionnel.
La réalisation du DPI en France est régie par l’article L. 2141-2 du CSP définissant le cadre légal de l’AMP, par les articles R. 2131-22 à R. 2131-34 du CSP et par l’article L. 2131-4 du CSP.
Le DPI est proposé dans des situations spécifiques, notamment :
- Antécédents familiaux de maladies génétiques
- Anomalies chromosomiques chez l'un des parents
- Échecs répétés de FIV
- Avortements spontanés à répétition
Le DPI peut aider à identifier les embryons les plus sains et à augmenter les chances de succès de la FIV, tout en réduisant le risque de transmission de maladies génétiques.
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