L'œuvre de Dostoïevski explore les profondeurs de la psyché humaine, révélant les complexités et les contradictions qui nous définissent. Un thème récurrent dans son travail est la lutte entre le bien et le mal, le rationnel et l'irrationnel, le conscient et l'inconscient. Cette lutte se manifeste souvent à travers des personnages doubles, des figures qui représentent les aspects conflictuels de la personnalité humaine.

La figure du double: un reflet de la lutte intérieure

Le concept du double, ou Doppelgänger, est une figure littéraire qui remonte aux romantiques allemands. Cette figure représente la division interne du sujet, la présence d'un autre qui n'est autre que soi-même, mais qui reste étranger et inquiétant. Comme l'écrit Bram Van Velde, "Nous sommes toujours deux. Un vivant et un mort. Et ils sont constamment aux prises."

Les romantiques allemands, tels que Goethe, Hoffmann et Jean Paul, ont exploré cette figure du double dans leurs œuvres, la considérant comme une manifestation de la lutte du moi pour retrouver son unité face aux assauts de ses propres fantômes. Jean Paul fut le premier à nommer cette figure dans son roman Siebenkäs (1796).

L'influence de la philosophie de Fichte

L'émergence du double dans la littérature romantique est étroitement liée à la philosophie de Johann Gottlieb Fichte, en particulier à son Fondement d’une doctrine de la science (1794). Fichte postule un Moi absolu qui s'auto-pose et qui considère le monde sensible comme une projection de son propre être. Cette idée d'un moi auto-engendré a fasciné les romantiques, mais elle a également suscité des inquiétudes quant aux dangers d'un idéalisme solipsiste qui coupe le sujet du monde extérieur.

Jean Paul, notamment, a critiqué cette "obsédante omniprésence du moi" dans son roman Titan. Il illustre comment le système fichtéen, poussé à l'absurde, peut conduire à une folie paranoïaque où le sujet se sent constamment poursuivi par son propre moi.

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Le double comme incarnation de l'âme

Le psychanalyste Otto Rank a souligné l'importance de l'œuvre de Jean Paul pour le développement de la figure du double. Il a retracé l'évolution de ce thème, depuis un double corporel personnifié par deux figures semblables jusqu'aux manifestations subjectives et folles de scission de la personnalité.

Rank a également noté que le double, en tant qu'incarnation de l'âme, illustre une croyance en l'immortalité qui passe par le fantasme narcissique d'une autocréation. Dans cette perspective, le double représente d'abord l'intimité la plus rassurante, un signe de la toute-puissance du sujet. Cependant, il peut aussi devenir l'objectivation de la partie corruptible et corrompue du moi, se transformant en une conscience persécutrice et martyrisante.

Le double et l'inquiétante étrangeté

Freud a théorisé cette bascule du familier vers l'étrangeté sous le terme d'Unheimliche, ou inquiétante étrangeté. Selon Freud, le refoulement des contenus psychiques infantiles explique ce changement de signe du double. Le retour du refoulé se manifeste alors par l'angoisse.

Le double, dans ses différents avatars (redoublement du moi, scission du moi, substitution du moi, répétition des mêmes traits), est intrinsèquement lié aux figures de l'origine et de l'infantile, du natal et de la génération. La naissance même de la littérature, ainsi que celle du sujet qui parle et qui fantasme son immortalité à travers elle, semble condamnée à être sans cesse rejouée, se redoublant et s'avortant tour à tour.

Se voir, ou l'œuvre au miroir

La première définition du Doppelgänger dans Siebenkäs de Jean Paul est "Ainsi se nomment les personnes qui se voient elles-mêmes". Cette définition met l'accent sur l'expérience du dédoublement, sur la perte de l'assurance de l'identité à travers le sens même qui est censé la garantir, la vue.

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Se voir, c'est ne plus savoir si l'on est soi ou autre, c'est avoir affaire à tout ce que l'image du corps issue du miroir recèle de possibilités d'aliénation. Le double devient alors un usurpateur, un lieu d'usurpation dont le sujet est difficilement localisable.

La joie innocente et l'embryon de la pensée

Le concept de "joie innocente" et "embryon de la pensée" peut être interprété comme une référence à l'état d'innocence et de pureté originelle, un état où la pensée n'est pas encore corrompue par les complexités et les contradictions du monde adulte. Cet état est souvent associé à l'enfance, un âge où l'individu est encore en formation, où son identité n'est pas encore complètement définie.

Dans l'œuvre de Dostoïevski, cet état d'innocence est souvent mis en contraste avec la réalité sombre et tourmentée de l'existence humaine. Les personnages dostoïevskiens sont souvent confrontés à des choix moraux difficiles, à des dilemmes qui mettent à l'épreuve leur foi et leur humanité. La joie innocente et l'embryon de la pensée représentent alors un idéal perdu, un état de grâce auquel ils aspirent sans pouvoir l'atteindre.

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