L'autorisation accordée au Japon pour la création d'embryons chimériques homme-animal marque une étape significative dans le domaine de la médecine régénérative. Cette avancée, bien qu'encadrée, soulève des questions éthiques fondamentales concernant la frontière entre l'humain et l'animal, et les limites de la manipulation génétique.
Contexte et Autorisation au Japon
Le Japon a levé l'interdit sur la création de chimères homme-animal en mars. Le ministère japonais chargé de la science et des technologies a donné son feu vert à un projet d’étude visant à faire se développer un pancréas chez des rongeurs grâce à l’utilisation de cellules souches humaines. Le 1er mars, l’interdit qui pesait sur la création de ce type de chimère humain-animal avait été levé au Japon. Jusqu’alors, les chercheurs devaient détruire au bout de quatorze jours les embryons dans lesquels avaient été introduites des cellules humaines. Cette décision fait suite à une décennie de préparation et ouvre la voie à des études approfondies dans ce domaine. Hiromitsu Nakauchi, de l’université de Tokyo, se réjouit de cette avancée, soulignant que cela permettra de faire progresser la recherche grâce au savoir-faire acquis jusqu'ici.
L'Expérience de Nicole Le Douarin : Pionnière dans la Création de Chimères Animales
Il est important de noter que les premières chimères ont été créées par une Française, Nicole Le Douarin, professeur à la faculté des sciences de Nantes. À la fin des années 1960, elle a mis au point une technique de visualisation de la différenciation et de la migration des cellules embryonnaires en créant des chimères poulet-caille. Ses travaux ont ouvert la voie à la recherche sur les cellules souches et ont permis de mieux comprendre le développement embryonnaire.
La Technique de Création d'Embryons Chimériques
Le procédé consiste à introduire des cellules souches humaines dites iPS (pluripotentes induites) - en l’occurrence des cellules différenciées reprogrammées afin de pouvoir se différencier en n’importe quel type cellulaire - dans un ovocyte fécondé. Ce dernier est ensuite transplanté dans l’utérus d’une femelle modifiée génétiquement afin de ne pas pouvoir produire un organe donné. Un organe différencié à partir des cellules souches humaines se développe alors chez l’embryon à la place de celui propre à l’espèce animale. L'objectif ultime est de développer des organes humains fonctionnels à l'intérieur d'animaux, qui pourraient ensuite être transplantés chez des patients nécessitant une greffe.
Hiromitsu Nakauchi et son Investissement de Longue Date
Hiromitsu Nakauchi, généticien de l’université de Sanford qui a obtenu l’autorisation japonaise, prévoit ainsi d’introduire des cellules-souches humaines dans des embryons de rat et de souris, afin d’y développer des organes humains, et éventuellement transplantables. Hiromitsu Nakauchi est le premier à se voir délivrer une autorisation de recherche, quelques mois après l’assouplissement, le 1er mars, de la réglementation en vigueur dans le pays. Après avoir expérimenté sa technique sur des rats et des souris, Hiromitsu Nakauchi a annoncé vouloir mener une expérience similaire avec des embryons de porcs. Un animal dont la taille conviendrait au développement d’un organe humain. Le Japon investit de longue date dans cette technique, puisque c’est dans ce pays qu’un chercheur avait pour la première fois, en 2010, développé un pancréas de rat dans une souris.
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Objectifs et Applications Potentielles
L'objectif principal de ces recherches est de pallier la pénurie mondiale de donneurs d'organes. La création d'organes humains à l'intérieur d'animaux pourrait potentiellement sauver des vies et améliorer la qualité de vie de nombreuses personnes en attente de greffes.
Création d'une Banque d'Organes
Le scientifique souhaite ainsi avoir une banque d'organes pour les patients en attente de greffe. Telle est la justification de ce programme : pallier la pénurie de dons.
Modèles Animaux de Pathologies Humaines
L’INSERM précise également que ces organismes pourraient « développer des modèles animaux de pathologies humaines » afin de permettre leur étude sans risque pour l’humain.
Défis et Obstacles
Malgré les avancées, plusieurs défis doivent être relevés avant que cette technique ne devienne une réalité clinique.
Barrière des Espèces
L'une des principales difficultés réside dans la barrière des espèces. Les cellules humaines ont du mal à s'intégrer et à se développer correctement dans un environnement animal. Au cours d'une expérience menée à l'université Stanford de Californie, le professeur Nakauchi avait placé des cellules souches humaines dans des ovules de moutons fécondées, et transplanté les embryons dans un mouton. L'opération a été arrêtée après vingt-huit jours de développement, mais elle a permis de constater que très peu de cellules humaines avaient finalement colonisé l'organisme animal : de l'ordre de 1 sur 10.000, alors que le taux de « chimérisation » entre le rat et la souris peut atteindre facilement 25 %.
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Risque de Rejet
Comme les organes transplantés, les cellules transplantées sont sensibles aux attaques du système immunitaire du receveur. Pour contourner cette antipathie naturelle, certains scientifiques imaginent la création de collections de lignées cellulaires qui couvriront les besoins personnalisés de milliers de patients. D'autres envisagent des techniques de « cultures autologues » générées directement à partir du patrimoine cellulaire du patient. D'autres, enfin, veulent esquiver la barrière des globules blancs en concevant des cellules souches dépourvues de système immunitaire.
Questions Éthiques et Réglementations
La création d'embryons chimériques soulève de nombreuses questions éthiques et réglementaires. La principale crainte est le risque d'humanisation de l'animal, notamment si les cellules humaines se propagent dans le cerveau et affectent ses capacités cognitives.
Risque d'Humanisation du Cerveau Animal
La principale crainte du législateur tient à ce que les cellules humaines implantées puissent se propager arbitrairement dans les embryons. « Le risque d'humanisation du cerveau animal est bien réel », assurent en bloc les biologistes. Quelle sera alors sa capacité cognitive ? Et sa nature ? S'agira-t-il encore d'un animal ?
La Loi Française et la Création d'Embryons Chimériques
En France, la loi bioéthique interdit de tels travaux. La loi actuelle, avec son article L2151-2 du Code de la santé publique, dispose que "la création d'embryons transgéniques ou chimériques est interdite". Une disposition ambiguë, car peu précise, qui a conduit la communauté scientifique à s’interroger sur le sens de "chimérique".
Encadrement de la Recherche
La loi de révision des lois de bioéthiques de 2021 a autorisé la recherche sur les embryons chimériques, cette dernière semble bien encadrée. C’est ce qu’indique désormais l’article L2151-5 IV du code de la santé publique. Ce délai peut s’expliquer par les caractéristiques de l’embryon à ce stade de développement. Jusqu’à 14 jours de développement après la fécondation, les cellules sont pluripotentes. C’est à dire que ces dernières ont la capacité de créer tous types de cellules.
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Concertation Internationale
Face à ces disparités de réglementations, Jean-Louis Touraine, rapporteur de la Commission parlementaire créée en vue de la révision de la loi de bioéthique, appelait à une « concertation internationale » sur ce sujet lors de la deuxième lecture du projet de loi n°3833 relatif à la bioéthique, examiné le lundi 27 juillet 2019.
Alternatives et Recherches en Cours
Parallèlement aux recherches sur les chimères, d'autres approches prometteuses sont explorées dans le domaine de la thérapie cellulaire régénérative.
Thérapies Cellulaires Régénératives
Dans les laboratoires de thérapies cellulaires régénératives, les scientifiques comprennent de mieux en mieux comment spécialiser les cellules souches. Plus de 350 essais cliniques sont en cours pour tester ce principe d'autoréparation tissulaire : dans le traitement de la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l'âge), la cicatrisation de zones lésées par un infarctus, mais aussi en rhumatologie, pour traiter des dysfonctionnements métaboliques, reconstruire des muscles ou réparer des organes endommagés.
Cultures Autologues
Certains scientifiques imaginent la création de collections de lignées cellulaires qui couvriront les besoins personnalisés de milliers de patients. D'autres envisagent des techniques de « cultures autologues » générées directement à partir du patrimoine cellulaire du patient.
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