La fausse couche précoce est un événement courant, mais souvent mal compris, qui touche un nombre important de femmes. Cet article vise à démystifier ce phénomène, en abordant ses causes, ses symptômes, sa prise en charge médicale et l'accompagnement psychologique nécessaire pour surmonter cette épreuve. Une femme sur quatre sera concernée par une fausse couche précoce, une interruption précoce de grossesse dans les 14 premières semaines d’aménorrhée.
Définition et Fréquence
Une fausse couche précoce est définie comme la perte d’une grossesse avant 12 semaines d’aménorrhée (SA), soit environ 10 semaines de grossesse. On estime qu’environ 15 à 20 % des grossesses s’arrêtent spontanément au cours du 1er trimestre. Une grande partie survient avant même que la femme ait réalisé qu’elle était enceinte. Il est important de différencier la fausse couche spontanée précoce de la fausse couche tardive. La fausse couche précoce survient au cours des 3 premiers mois de grossesse, tandis que la fausse couche tardive (ou avortement tardif) est une interruption non volontaire de la grossesse entre le troisième et le cinquième mois. Toute interruption et expulsion de grossesse au-delà de cinq mois (22 semaines d’aménorrhée) est qualifiée de "mort fœtale".
Causes et Facteurs de Risque
Les raisons qui provoquent une fausse couche varient selon le stade de la grossesse (précoce ou tardive) et selon l’histoire médicale de la femme.
Anomalies Chromosomiques
La plupart des fausses couches précoces sont dues à des anomalies chromosomiques de l’embryon, empêchant son développement normal. 90% des fausses couches isolées sont dues à une anomalie chromosomique de l’embryon. Ces anomalies sont souvent spontanées et non liées à des facteurs héréditaires.
Facteurs liés à la mère
Certains facteurs liés à la mère peuvent augmenter le risque de fausse couche :
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- Anomalies utérines : Des anomalies comme l’utérus cloisonné (séparé par une cloison), bicorne (avec 2 cavités), la présence de fibromes ou de synéchies (cicatrices de la paroi utérine qui gênent l’implantation de l’œuf) peuvent perturber la nidation et le développement de l’embryon. Il en est de même pour les polypes, fibromes, endométriose (prolifération de la muqueuse utérine en dehors de l’utérus).
- Déséquilibres hormonaux : Un déficit en progestérone, en œstrogènes, ou une maladie de la thyroïde peuvent entraîner une fausse couche.
- Maladies chroniques : Le diabète mal équilibré, l’insuffisance rénale, l’hypertension sévère ou certaines maladies auto-immunes augmentent le risque de fausse couche. Un suivi médical adapté avant et pendant la grossesse est essentiel pour limiter ces risques.
- Infections : Certaines infections peuvent entraîner une fausse couche et sont dangereuses pour le bon développement de l’embryon. On peut également observer de nombreuses fausses couches chez les femmes ayant souffert d’une des infections suivantes : la toxoplasmose, la rubéole, la listériose ou le cytomégalovirus.
- Béance cervicale : La béance cervicale est responsable de nombreuses fausses couches tardives (après 14 semaines). Le col ne fait alors plus office de verrou de l’utérus.
- Âge : Le risque augmente avec l’âge : 10-15 % avant 30 ans, 30 % à 39 ans, 75 % à 42 ans. Chez les hommes dont l’âge est supérieur à 40 ans, il existe un risque de fausse couche car on constate une augmentation du nombre de spermatozoïde anormale.
- Carences alimentaires : Un déficit en acide folique peut accroître le risque d’anomalies embryonnaires.
Facteurs liés à l'environnement et au mode de vie
Certains facteurs liés à l'environnement et au mode de vie peuvent également augmenter le risque :
- Consommation de substances nocives : La consommation de certaines substances nocives (tabac, boissons alcoolisées, cocaïne, héroïne, amphétamine, excès du café, certaines plantes médicinales comme l’absinthe, l’armoise, le génépi, l’aloès, la cascara, la menthe pouliot, la sauge officinale…)
- Exposition aux solvants : Exposition aux solvants pendant la grossesse : risque accru de fausse couche et de malformations (Inserm, cohorte Pelagie).
- Surpoids : Le surpoids accroît de 67 % le risque de fausses couches précoces ou répétées (Inserm, étude Pelagie).
- Traumatismes : Un traumatisme important (accident de la circulation, chute grave, choc abdominal) peut exceptionnellement provoquer une fausse couche.
Môle Hydatiforme
Dans certains cas, très rares (1 grossesse sur 2000), la fausse couche peut être attribuée à la présence inexpliquée d’une tumeur bénigne du placenta, appelée « môle hydatiforme ». Elle se manifeste par des hémorragies et une grande fatigue et se diagnostique précisément à l’échographie. La môle hydatiforme se développe aux dépens du tissu placentaire et empêche l’œuf de s’implanter normalement. Elle doit être enlevée rapidement, la plupart du temps par curetage.
Signes et Symptômes
Les manifestations d'une fausse couche précoce peuvent varier d’une personne à l’autre. Aucun de ces signes ou symptômes n’est spécifique ou synonyme de fausse couche précoce. À noter : certains de ces signes existent aussi dans des grossesses évolutives.
Le principal signe d’une grossesse arrêtée naturellement est un saignement vaginal, qui peut être accompagné de crampes et de douleurs dans le bas de l’abdomen. La fausse couche se manifestera par les signes suivants : :
- Saignements (abondants ou non) du vagin. Le sang est d’abord rouge clair puis devient rouge foncé.
- Caillots de sang ou de tissus brunâtres.
- Fortes douleurs au niveau du dos ou au niveau du bas ventre.
- Absence brusque des symptômes et signes de grossesses (nausées, vomissements, tensions, douleurs des seins…)
En outre, certaines grossesses au début des 3 premiers mois peuvent être interrompues sans présenter de signes. Le fœtus est évacué au cours des premières menstruations. Pour une grossesse de plus de 3 mois, la fausse couche s’annonce généralement par une forte contraction (qui peut être comparée à une contraction d’accouchement).
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Quand consulter un médecin ?
Il faut se rendre en consultation lorsque :
- Vous constatez un saignement vaginal abondant (à titre d’exemple, si celui-ci vous contraint à utiliser au moins deux serviettes hygiéniques en 1 heure)
- Lorsque vous ressentez de fortes douleurs au niveau du bas ventre, du dos ou de l’abdomen.
- Lorsque vous avez été victime d’une perte de conscience.
La téléconsultation n’est pas possible pour diagnostiquer les cas de fausses couches.
Grossesse biochimique
La grossesse biochimique est l’arrêt du développement embryonnaire très peu de temps après l’implantation. La grossesse biochimique passe souvent inaperçue si vous n’êtes pas en recherche de grossesse.
- Retard des règles : L’implantation de l’embryon puis l’arrêt du développement entrainera une prolongation du cycle de quelques jours.
- Un taux d’hormone Bêta-HCG positif mais faible : Si vous faites un test de grossesse par prise de sang, et que le taux d’hormone Bêta-HCG est faible (<50 après un retard de règles de 5 jours), il peut alors s’agir d’une grossesse biochimique. Le corps aura produit cette hormone lors de l’implantation, mais aura très vite arrêter après la fausse-couche. Il est donc très important de ne pas de limiter au test urinaire, qui peut être un faux positif (grossesse biochimique ou grossesse extra-utérine).
La grossesse biochimique ne demande pas de traitement et l’embryon sera évacué naturellement. Bien que la grossesse biochimique reste un résultat douloureux pour les patients, il est en fait plutôt positif pour le diagnostic d’une future grossesse.
Diagnostic
L’échographie permet de voir si la grossesse évolue normalement. L’hormone spécifique de la grossesse est la gonadotrophine chorionique humaine ou béta-HCG. C’est elle qui est secrétée en grande quantité après la fécondation et qui va permettre de valider le test de grossesse. C’est d’ailleurs cette hormone qui entraîne la nausée. Elle est sécrétée en grande quantité jusqu’au troisième mois de grossesse. Si la grossesse continue à évoluer dans le temps, le taux double toutes les 48 heures, alors qu’il diminue rapidement en cas de mort embryonnaire.
Une première fausse couche n’alerte pas les médecins. Mais à partir de trois fausses couches, des examens spécialisés (échographie, hystéroscopie, cœlioscopie) peuvent être réalisés.
Traitements et Prise en Charge Médicale
Trois types de traitements sont possibles pour faire face à une fausse couche.
Traitement Médicamenteux
Lorsqu’il s’agit d’une grossesse de moins de 10 semaines, l’interruption peut être traitée à l’aide du Misoprostol, accompagné d’antidouleurs et de médicaments contre la nausée. Certains médecins peuvent ajouter du fer pour compenser la perte de sang. Entre 12 heures et 24 heures après la prise de la dose recommandée par votre médecin, une menstruation abondante suivie de fortes douleurs est observée. Les jours suivants une menstruation normale sera également observée. Suivez les recommandations de votre médecin. Le traitement médical est, dans la plupart des cas, administré par voie orale ou vaginale. Il est majoritairement proposé en ambulatoire (retour à domicile). Il favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col. Efficace en quelques heures, il provoque l’expulsion du sac embryonnaire. Ce processus dure quelques heures et est peut-être accompagné de douleurs et de saignements.
Curetage
C’est le traitement recommandé pour les grossesses entre 10 et 13 semaines. Il s’agit d’un traitement visant à expulser entièrement le fœtus et le placenta du ventre de la mère. Le curage permet d’éviter toute infection et hémorragie. Des médicaments de la catégorie des sédatifs et des antalgiques vous seront administrés pour vous permettre de supporter la douleur. Une observation de 24 heures à l’hôpital est exigée pour suivre l’évolution de l’état du patient. Enfin, une intervention chirurgicale peut vous être proposée sous anesthésie générale ou locale, au cours de laquelle la grossesse est évacuée par le col de l’utérus (aspiration). La procédure ne dure que quelques minutes, mais on vous gardera en observation quelques heures à l’hôpital.
Fausse Couche Naturelle
Vous pouvez aussi décider d’attendre que le fœtus s’expulse naturellement sans intervention médicamenteuse. Faites-vous guider par votre gynécologue. Pour ce type de traitement, il peut être effectué une fausse couche naturelle sans médicament. Il s’agît d’une méthode très douloureuse et assez stressante. Le saignement dure longtemps. Vous devez prendre régulièrement votre température et faire objet de suivi par prises de sang. Le suivi peut être réalisé par échographie. Si l’expulsion du fœtus et du placenta n’est pas totale, le médecin peut vous proposer d’attendre que les choses se fassent de façon naturelle.
Suivi médical
En cas de fausse couche confirmée, un suivi médical est utile pour vérifier que l’expulsion est complète, mais aussi pour répondre aux questions, rassurer et préparer sereinement la suite.
Soutien Psychologique et Deuil
Si la fausse couche peut occasionner une souffrance psychique du fait de l’arrêt brutal, imprévu d’une grossesse désirée, elle ne met que rarement en cause votre pronostic vital. Vivre une fausse couche est un véritable traumatisme pour certaines personnes. C’est une situation très difficile à vivre ainsi qu’un véritable deuil. Hommes et femmes ressentent du vide, de la déception, de la tristesse et parfois un sentiment de culpabilité. L’impact et les conséquences des fausses couches sont encore trop souvent sous estimées. Tout aussi futur papa qu’elle était future maman, l’homme peut ressentir de manière extrêmement brutale la perte de cet enfant. Les hommes sont parfois désemparés face à la douleur de leur compagne. La décision d’en parler ou pas aux enfants appartient à chaque couple. Mais si votre enfant était au courant de la grossesse, annoncez-lui la fausse couche, si possible en compagnie de votre partenaire.
Le deuil à la suite d’une fausse couche doit se faire à deux. Le père et la mère doivent discuter, parler et se vider. Si l’émotion est trop forte et que le deuil tarde à partir, vous pouvez vous remettre à des professionnels ou des groupes de soutien qui vous aideront à surmonter cette situation. Sur MédecinDirect, des psychothérapies sont proposées. Un psychopraticien (si besoin épaulé d’un psychiatre) vous écoute, vous oriente et vous conseille afin de vous guider vers la voie du deuil. Pour aider une proche, amie, compagne, fille…, mais aussi le co-parent, après une fausse couche, c’est important de montrer qu’on ne minimise pas sa/leur douleur, que sa/leur peine est réelle et qu’elle /il est en droit de ressentir de la tristesse, de pleurer, de se sentir en deuil. Certaines femmes peuvent avoir besoin de s’inventer un rite pour pouvoir faire le deuil de « ce quelqu’un qui n’a pas existé ».
Quand ? Un mardi par mois de 14h30 a 16h00, animé par une psychologue et une sage-femme. Où ? Comment ? Avec ou sans inscription. Où ? Comment ?
Prévention
Il est tout d’abord important de rappeler qu’une fausse couche est rarement liée à un geste, une activité ou une erreur de la future mère. Dans l’immense majorité des cas, elle résulte d’anomalies chromosomiques spontanées de l’embryon, impossibles à prévenir. Néanmoins, certaines mesures peuvent être prises pour réduire les risques :
- Adopter une alimentation saine et variée.
- Faites-vous vacciner contre la rubéole et la grippe
- Faites-vous dépister couramment de la toxoplasmose
- Évitez la consommation de boissons alcoolisées
- Évitez les boissons issues des plantes médicinales à risque sur la grossesse
- Allez régulièrement aux contrôles et visites médicales de suivi.
- Avoir un suivi médical adapté avant et pendant la grossesse est essentiel pour limiter ces risques.
Prévention après FIV
S’il est constaté une forte augmentation des cas de fausses couches après FIV, cela peut être évité en appliquant les mesures préventives suivantes :
- Réaliser l’hystérosalpingographie (HSG) pour connaître la forme et la situation de l’utérus.
- Réaliser la thrombophilie pour permettre d’anticiper la formation des caillots de sang dans l’utérus.
- Réaliser le test de réceptivité endométriale ER Map afin de confirmer la réceptivité de l’endomètre.
Si tous ces examens cliniques sont concluants, vous avez de grandes chances d’éviter une fausse couche après FIV.
Grossesse Ultérieure
Médicalement, rien ne s’oppose à entreprendre une grossesse après une fausse couche. En général, on conseille d’attendre entre 2 et 3 mois pour laisser au corps le temps de se remettre et, psychologiquement, d’être prêt à accueillir un nouveau bébé. Dans l’immense majorité des cas, la grossesse suivante se déroulera normalement. Enfin, nous rappelons que la majorité des femmes ayant vécu une fausse couche auront ensuite une grossesse parfaitement normale. Un bilan médical n’est généralement nécessaire qu’après plusieurs pertes de grossesse successives.
Comment différencier saignements de fausse couche et règles ?
Pendant les règles, l’écoulement est normal et nécessite en moyenne l’usage d’une serviette hygiénique par heure. L saignement d’une fausse couche est abondant et exige plus de deux serviettes par heure. Néanmoins, une fausse couche précoce s’évacue normalement - tout comme des règles.
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