Les bisous aux enfants, particulièrement sur la bouche, suscitent de vifs débats. Si pour certains parents, il s’agit d’un geste d’affection naturel et spontané, pour d’autres, il représente une pratique plus ambiguë, voire malsaine. Au-delà de la dimension émotionnelle, il est crucial de considérer les implications sanitaires et psychologiques de ce geste.
Risques sanitaires : un système immunitaire immature
Les nouveau-nés et les jeunes enfants possèdent un système immunitaire encore en développement, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux infections. Dès la naissance, leur immunité repose principalement sur les anticorps transmis par la mère, et il faut environ trois mois pour que leur propre immunité adaptative commence à se développer. Ainsi, un virus bénin chez un adulte peut avoir des conséquences graves chez un nourrisson.
La salive est un vecteur important de transmission de virus et de bactéries, que ce soit par le biais d’éternuements, de la toux, de bisous ou du contact avec des mains contaminées. La contagion peut même se produire en l’absence de symptômes visibles chez l’adulte, car certaines infections passent inaperçues.
Parmi les risques sanitaires liés aux bisous sur la bouche, on peut citer :
- Les infections virales : Détresse respiratoire, fièvre élevée, risque de complications telles que bronchiolite, otite. Le virus de l'herpès peut provoquer l'éruption de boutons de fièvre chez l'adulte. Chez le nouveau-né en revanche, l'issue de l'infection peut être beaucoup plus grave. Si le virus n'affecte que les yeux, la bouche ou la peau, la plupart du temps un traitement antiviral permettra au nourrisson de se rétablir. Mais s'il envahit son organisme et infecte d'autres organes, l'infection est alors beaucoup plus grave, et peut même se révéler mortelle. Plus le bébé est en bas âge, plus il est vulnérable au virus de l'herpès, en particulier durant les quatre semaines qui suivent la naissance.
- Les infections bactériennes : Forte fièvre, risque de déshydratation et de grande fatigue. Un nouveau-né est également plus sensible aux bactéries infectieuses qu'un enfant plus âgé et un adulte, en particulier lorsqu'elles sont intracellulaires (bactéries capables d'entrer et de survivre à l'intérieur des cellules de l'organisme hôte), comme les streptocoques du groupe B. Ces bactéries vivent souvent dans les voies gastro-intestinales et génitales de leur hôte sans causer de maladie. Cependant, chez le nourrisson, les infections à streptocoques du groupe B provoquent des septicémies, des pneumonies, des méningites et des infections du sang.
- Les problèmes dentaires : Le dentiste Richard Marques se range du côté de ceux qui sont contre. La salive peut aider à transmettre des maladies : "le transfert de salive d'un parent à un enfant est risqué car cela peut répandre des bactéries (comme des streptocoques) […] Cette bactérie peut abimer les dents de bébé". Le dentiste britannique conseille aux jeunes parents de ne pas embrasser leur enfant sur la bouche, de ne pas souffler sur sa nourriture et de ne pas partager les couverts avec lui. A l'inverse, Richard Marques recommande de placer les brosses à dents dans des contenants différents, de s'assurer que l'enfant n'avale pas de dentifrice, de ne pas lui donner trop de sucre. Il indique également que les kids doivent consulter un spécialiste de façon régulière : "Emmenez votre enfant chez le dentiste régulièrement (ils peuvent y aller dès l'âge de six mois quand les premières dents sont sorties). Aux âges de 2 et 3 ans, ils devraient se rendre chez le dentiste tous les six mois pour vérifier l'absence de caries (et s'assurer que leurs dents se développent bien !)". Le docteur en conclut : "La prévention est la clé.
Impact psychologique : un geste potentiellement déroutant
Au-delà des risques sanitaires, les bisous sur la bouche peuvent avoir un impact psychologique sur l’enfant. Selon la psychologue clinicienne Marie-Pierre Ezan, ce geste devrait être réservé aux personnes entretenant une relation amoureuse et intime. Embrasser un enfant sur la bouche pourrait semer le doute dans sa tête et provoquer des émotions trop fortes, perturbant potentiellement l’installation du complexe d’Œdipe.
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Catherine Bergeret-Amselek explique par ailleurs qu’un bisou sur la bouche peut entraîner une confusion des sentiments et envoyer un mauvais message. Pour le pédopsychiatre Stéphane Clerget, invité sur RTL, le bisou sur la bouche doit “appartenir aux amoureux” dans la tête de l’enfant. Une façon d’éviter de lui renvoyer un message déroutant et de favoriser le complexe d’œdipe. “D’un baiser innocent au bébé, on peut tomber dans quelque chose d’incestuel, de déplacé. L’enfant reçoit dans cet échange de baiser parental une excitation trop forte, invisible sur l’instant qui reste encryptée dans une sorte de mémoire du corps, et c’est plus tard qu’elle peut avoir des effets négatifs, notamment dans l’installation du complexe d’Œdipe et sa résolution” précise en effet Catherine Bergeret-Amselek.
Alternatives et précautions
Il est important de rappeler que l’affection ne se limite pas aux bisous sur la bouche. D’autres gestes, tels que les câlins, les caresses, les mots doux et l’attention portée à l’enfant, sont tout aussi importants pour son développement émotionnel. Tous les professionnels le disent : les enfants ont besoin de tendresse, d’amour et d’attachement pour grandir. Et le bisou en est le témoignage.
Si vous souhaitez embrasser votre enfant, privilégiez d’autres parties du corps, comme le front, les joues, les mains ou les pieds. Si vous êtes malade, portez un masque pour limiter la propagation des microbes. Lavez-vous soigneusement les mains avant de toucher votre bébé. Évitez d'embrasser votre enfant lorsque vous avez un bouton de fièvre.
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