L'idée de relations intimes avec des robots a longtemps été un pilier de la science-fiction, explorant des thèmes allant de l'émancipation des machines à l'avenir de la sexualité humaine. Mais qu'en est-il de la réalité ? Sommes-nous à l'aube d'une ère où les relations entre humains et robots sexuels deviendront monnaie courante ?
Robots sexuels dans la science-fiction : un miroir de nos fantasmes et de nos peurs
Dans l'imaginaire collectif, les robots sexuels sont souvent présentés comme des êtres conçus pour satisfaire tous les désirs, sans émotion ni résistance. Ils incarnent l'infatigabilité, la docilité et une disponibilité constante. Des œuvres de science-fiction comme "Blade Runner 2049" et "Her" explorent des relations complexes avec des IA qui pourraient, avec un corps, devenir des partenaires sexuels.
Cependant, la science-fiction soulève également des questions troublantes. Pourquoi donner une apparence humaine à des machines destinées à des fonctions aussi simples que la stimulation sexuelle ? La chercheuse Camille Habault souligne que le visage humain facilite le contact et la projection émotionnelle, transformant le robot sexuel en un support d'empathie artificielle.
L'imaginaire du robot sexuel soulève la possibilité du remplacement des relations sexuelles entre humains par des relations humains/robots. On suppose souvent que les relations actuelles s’apprêteraient à être bouleversées par l’arrivée massive de la robotique dans les chambres à coucher, chacun.e se trouvant à terme « mis en concurrence » avec des machines sexuelles que l’on suppose ultra performantes, dociles, disponible, mais aussi authentiquement aimantes et capables de créer l’empathie - comme dans la série suédoise Real Humans - mieux que n’importe quel être humain car sans autre but ou désir que de le faire. Un.e amant.e entièrement dédié.e au fait de l’être.L’imaginaire sexuel se confond ici avec celui du travail et de la productivité. Dans le Grand Remplacement de l’humain par la machine, prophétisé depuis Thomas Mortimer (1801)[1], le robot mécano des usines automobiles ne fait pas grève et ne demande pas d’augmentation de salaire ; comme lui, le sexbot n’a pas d’exigence ni de caractère particulier.
La réalité rattrape-t-elle la fiction ?
Aujourd'hui, des entreprises spécialisées dans l'intelligence artificielle développent et commercialisent des robots sexuels, présentés comme des compagnons mécaniques à la personnalité programmable. Le Dr Carol Burté insiste sur la distinction entre ces robots humanoïdes et les simples poupées sexuelles : les robots peuvent interagir grâce à l'intelligence artificielle, dialoguer et potentiellement susciter des émotions.
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L'apport de l'intelligence artificielle rend ces robots hyper réalistes au point de pouvoir interagir avec l’humain. C’est le but des fabricants en tous cas et ce sera sans doute possible. Nous allons assister à l’émergence d’une catégorie d’individus entre humains et êtres inanimés qui seront de plus en plus intégrés à la société.Des études ont montré qu’un robot humanoïde pouvait être attirant, par ailleurs les travaux sur l’attachement ont montré qu’on pouvait s’attacher à un objet. L’attachement peut se faire envers tout objet procurant des émotions positives.
Les robots sexuels : une solution thérapeutique ?
Les robots sexuels pourraient offrir une solution pour les patients atteints de troubles de la sexualité. Le Dr Burté souligne que de nombreux patients souffrant de troubles sexuels n'osent plus faire de rencontres, mais que le traitement de leurs troubles nécessite justement d'avoir des relations sexuelles. Les robots pourraient ainsi être une aide aux thérapies sexologiques, permettant aux patients d'oser faire des choses qu'ils ne feraient pas avec quelqu'un.
D’autres patients peuvent avoir du mal à résoudre leur problème sexuel du fait que leur partenaire ne veut pas s’impliquer dans une prise en charge, ça peut aussi être une bonne indication. Enfin, pour tous ceux qui sont inhibés, cela peut permettre d’oser faire des choses qu’on ne ferait pas avec quelqu’un.
Les limites et les dangers potentiels
Malgré les avancées technologiques, le boom annoncé des robots sexuels n'a pas encore eu lieu. Leur coût élevé et les fantasmes quant à leur côté humanoïde limitent leur accessibilité et leur acceptation sociale.
L'artiste Yann Minh souligne que les relations sexuelles avec un dispositif artificiel, même sophistiqué, ne valent pas les relations entre humains. Le problème ne vient pas seulement de la machine, mais de la psyché de l'humain récepteur : le stimulus offert par la machine ne contente pas le cerveau comme le fait une interaction réelle.
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Véronique Margron, théologienne, insiste sur le fait qu'être amoureux d'un robot revient à être amoureux d'un objet. La machine répond à un besoin unilatéral d'une personne qui peine à tisser des liens avec les autres, alors que la relation amoureuse se nourrit de réciprocité.
De plus, l'utilisation de robots sexuels soulève des questions éthiques. Mic s'inquiète de la représentation des robots sexuels presque exclusivement féminins, renforçant l'objectification des corps féminins. Se pose également la question du consentement et de l'influence potentielle sur les comportements des utilisateurs avec des partenaires réels.
L'avenir de la sexualité : entre technologie et humanité
L'avenir de la sexualité est en pleine mutation, avec l'essor de la réalité virtuelle, des sex toys connectés et des robots sexuels. Si ces technologies peuvent offrir de nouvelles formes de plaisir et d'intimité, il est essentiel de rester vigilant quant à leurs implications sur nos relations humaines et notre bien-être psychologique.
Helen Driscoll prédit que dans quelques décennies, il ne sera pas rare que des humains entretiennent des relations sexuelles avec des robots, voire tombent amoureux de leur partenaire artificiel. Elle souligne toutefois que cette évolution pourrait favoriser l'émergence de problèmes de santé mentale et physique, dans la mesure où l'homme est avant tout un animal social qui a besoin du contact avec autrui.
Magali Croset-Calisto, psychologue, alerte sur les risques de dépendance à la technologie, entraînant une réduction des interactions sociales et affectives réelles. Elle rappelle que l'être humain a besoin de contacts corporels pour grandir et se socialiser, et que le lien et le toucher sont des enjeux essentiels de la sexualité.
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