Élisabeth Badinter, figure intellectuelle influente, née en 1944, est une femme de lettres et philosophe reconnue pour sa défense d’un « féminisme universaliste, laïque et conquérant ». Elle s'oppose fermement au différentialisme, qu'elle considère comme une atteinte à l’égalité des sexes. Son engagement dans le débat public, notamment à travers son essai Fausse route (2003), a suscité de vives polémiques et questionnements sur sa position au sein du féminisme contemporain. La question de la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes les femmes, qu'elles soient en couple ou célibataires, est un sujet qui la passionne et sur lequel elle s'est exprimée à plusieurs reprises. Dans le contexte du projet de loi bioéthique français, ce débat prend une dimension particulière, ravivant les tensions entre différentes visions de la famille, de l'égalité et du rôle de la femme dans la société.
Le débat sur la PMA pour toutes : enjeux et arguments
Le projet de loi bioéthique, incluant l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, a été un sujet de débat intense en France. Si la gestation pour autrui (GPA) n’est pas officiellement à l’ordre du jour, certains y voient une potentielle "pente glissante" vers sa légalisation. Ce débat cristallise des oppositions profondes, reflétant des visions divergentes sur la famille, l'égalité et la bioéthique.
Les arguments des opposants à la PMA pour toutes
Les opposants à la PMA pour toutes avancent plusieurs arguments principaux :
- La "pente glissante" : Autoriser la PMA pour toutes ouvrirait la voie à une série de revendications sans fin, y compris la légalisation de la GPA pour les couples homosexuels.
- Le différentialisme : Les études de genre, en mettant l'accent sur la nature symbolique et sociale du sexe, risqueraient de gommer les différences biologiques essentielles à la procréation et à la fondation d'une famille. Pour faire un enfant et fonder une famille, il faudrait un homme et une femme.
- La généalogie : La PMA pour toutes entraînerait la disparition des origines et une forme d’antigénéalogie, privant l’enfant de son droit de connaître ses origines.
- L’“antimarchandisation” : La PMA et la GPA s’inscriraient dans une logique de marché, transformant le corps en marchandise et asservissant les femmes.
- L’anti-individualisme : L’ouverture de la PMA répondrait à des demandes minoritaires et individualistes, au détriment de l’intérêt supérieur de l’enfant.
Les arguments des partisans de la PMA pour toutes
Les partisans de la PMA pour toutes mettent en avant les arguments suivants :
- Le réalisme : La révolution de la famille est déjà en marche, avec des enfants nés à l’étranger par PMA ou GPA. Il est donc nécessaire de légiférer pour encadrer ces pratiques et reconnaître le statut juridique de ces enfants.
- L’universalisme : Le droit à la PMA pour toutes s’inscrit dans une longue histoire de la conquête de l’égalité procréative, donnant aux femmes la possibilité de maîtriser leur fertilité et de choisir le moment de leur grossesse, grâce à la contraception et à l’avortement. Il s’agit maintenant de reconnaître cette forme de parentalité, sans discrimination.
- L’équité : La PMA et la GPA sont déjà accessibles à l’étranger pour les couples fortunés, créant une inégalité de fait. Une législation permettrait d’atténuer ces inégalités et de simplifier les procédures administratives.
- Le culturalisme : La filiation n’est pas uniquement biologique. Comme pour l’adoption, le parent légitime est celui qui a le projet d’enfant, qui l’accueille et qui l’éduque.
- L’altruisme : Il est possible d’imaginer des dons de gamètes et des mères porteuses bénévoles, fondés sur l’altruisme et la solidarité.
Les acteurs du débat : positions et arguments
Plusieurs personnalités se sont exprimées sur la question de la PMA pour toutes, reflétant la diversité des opinions et des enjeux soulevés.
Lire aussi: Avantages et inconvénients de l'allaitement
Les opposants : Sylviane Agacinski, Michel Onfray et Nathalie Heinich
- Sylviane Agacinski : Au nom du différentialisme, elle critique la marchandisation du corps humain et les études de genre, défendant l’importance de la différence des sexes dans la procréation. Elle s’oppose à une dérive "anthropotechnique" de l’éthique, qui ferait du corps humain un bien dont nous pourrions disposer.
- Michel Onfray : Au nom de la critique du matérialisme, il fustige les études de genre et s’oppose à la PMA en arguant de la "pente glissante" vers la GPA. Il redoute la "prolétarisation de l’utérus des femmes les plus pauvres" et la marchandisation du corps.
- Nathalie Heinich : Au nom de la critique de l’hubris individualiste, elle s’érige contre les revendications d’égalité qui occultent l’intérêt de l’enfant, rappelant qu’avoir un enfant n’est pas un droit. Elle met en garde contre les dérives technicistes et le fantasme de toute-puissance.
Les partisans : Élisabeth Badinter, Camille Froidevaux-Metterie et Irène Théry
- Élisabeth Badinter : Au nom de l’universalisme, elle ne dissocie pas l’ouverture du droit à la PMA et la défense du droit à la GPA. Elle rappelle que la parenté et la filiation sont des constructions sociales et culturelles et croit à la possibilité d’une GPA éthique, fondée sur le bénévolat.
- Camille Froidevaux-Metterie : Au nom de l’égalité procréative, elle défend l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes selon un principe d’égalité. Elle prend en compte l’évolution de la famille contemporaine et croit à la possibilité d’un modèle éthique pour la GPA, à condition de légiférer.
- Irène Théry : Au nom du progrès, elle invite à distinguer le parent biologique et le parent social et milite pour la lever de l’anonymat dans le cas du don d’ovocytes. Elle affirme que l’ouverture de la PMA est un progrès moral et juridique pour tous et croit à la possibilité d’une GPA éthique.
La position d'Élisabeth Badinter : un féminisme universaliste face aux enjeux de la PMA
Élisabeth Badinter, figure emblématique du féminisme universaliste, s'inscrit en faveur de l'ouverture de la PMA à toutes les femmes. Elle considère que la possibilité pour les femmes de maîtriser leur procréation est une avancée majeure pour l'égalité des sexes. Elle ne dissocie pas la PMA de la GPA, estimant qu'un débat serein et informé sur la GPA est nécessaire. Elle croit en la possibilité d'une GPA éthique, fondée sur le bénévolat et l'absence de rémunération, sur le modèle du don d'organe.
Badinter insiste sur le fait que la parenté et la filiation sont des constructions sociales et culturelles, et non uniquement biologiques. Elle critique ceux qui s'opposent à la PMA et à la GPA, les accusant de s'être opposés auparavant à la contraception et à l'avortement. Pour elle, l'homoparentalité est une réalité que la loi doit reconnaître.
PMA et GPA : des enjeux éthiques complexes
Le débat sur la PMA et la GPA soulève des questions éthiques complexes, notamment en ce qui concerne le droit de l'enfant à connaître ses origines, la marchandisation du corps et l'exploitation des femmes. Il est essentiel d'encadrer ces pratiques par des lois strictes et de garantir le respect des droits de toutes les parties concernées.
La question de la filiation et de l'accès aux origines
L'un des arguments des opposants à la PMA et à la GPA est la question de la filiation et du droit de l'enfant à connaître ses origines. Ils craignent que la PMA et la GPA ne conduisent à une "disparition des origines" et à une forme d'"antigénéalogie".
Les partisans de la PMA et de la GPA, comme Irène Théry, estiment qu'il est important de distinguer le parent biologique et le parent social. Ils militent pour la levée de l'anonymat dans le cas du don d'ovocytes, afin de permettre à l'enfant de connaître ses origines biologiques, tout en reconnaissant que le parent légitime est celui qui l'élève et l'éduque.
Lire aussi: Élisabeth Badinter : son engagement intellectuel
La lutte contre la marchandisation du corps
Un autre enjeu éthique majeur est la lutte contre la marchandisation du corps et l'exploitation des femmes. Les opposants à la GPA craignent que cette pratique ne conduise à une "prolétarisation de l'utérus des femmes les plus pauvres" et à une exploitation des femmes vulnérables.
Les partisans de la GPA, comme Élisabeth Badinter, estiment qu'il est possible d'encadrer la GPA de manière éthique, en interdisant toute forme de rémunération et en garantissant le consentement libre et éclairé de la mère porteuse. Ils proposent un modèle de GPA fondé sur le bénévolat et l'altruisme, sur le modèle du don d'organe.
Lire aussi: Débat identité et genre
tags: #elisabeth #badinter #pma #pour #toutes
