Élisabeth Badinter, née Bleustein-Blanchet le 5 mars 1944 à Boulogne-Billancourt, est une figure marquante de la scène intellectuelle française. À la fois femme de lettres, philosophe, féministe et femme d'affaires, elle s'est distinguée par ses analyses incisives sur le féminisme, la laïcité et le rôle des femmes dans la société. Spécialiste du siècle des Lumières, elle a également marqué de son empreinte le monde de l'entreprise, en tant qu'héritière et dirigeante du groupe Publicis.
Contexte familial et formation
Élisabeth Badinter naît dans une famille bourgeoise. Son père, Marcel Bleustein-Blanchet, est le fondateur du groupe Publicis, une entreprise de publicité devenue un géant mondial. Sa mère, Sophie Vaillant, est professeure d'anglais et issue d'une famille aux convictions socialistes, étant la petite-fille du député socialiste et communard Édouard Vaillant. Sophie Vaillant, d'origine catholique, s'est convertie au judaïsme afin de faciliter son mariage avec Marcel Bleustein-Blanchet. Elle a deux sœurs, Marie-Françoise, décédée en 1968, et Michèle, décédée en 2013.
Après le lycée, elle passe une année aux États-Unis, notamment à l'université Columbia. Elle poursuit ensuite des études de philosophie à la Sorbonne, où elle a notamment Catherine Clément comme professeure. Elle obtient le CAPES de philosophie vers la fin des années 1960, puis l'agrégation de philosophie.
Parcours professionnel et intellectuel
Élisabeth Badinter débute sa carrière comme professeur de philosophie, d'abord au lycée, puis à partir de 1978, elle est nommée maître de conférences à l'École polytechnique, où elle dirige un séminaire en Humanités et Sciences sociales. En parallèle de son poste d'enseignante, elle mène des recherches sur les notions de féminité, de virilité, ainsi que leurs constructions sociale et historique.
Contributions au débat féministe
Dans les années 1980, Élisabeth Badinter s'impose progressivement comme une figure du féminisme en France, dans la continuité de ses travaux de recherche sur le rôle des femmes dans la société et sur la maternité. En 1980, elle publie L'Amour en plus, un ouvrage qui remet en question l'idée d'un amour maternel purement instinctif, affirmant qu'il est aussi modelé par des contextes culturels. Elle y conteste l'existence d'un instinct maternel naturel. Opposée à la théorie de la complémentarité des sexes, qui fait de l’opposition entre hommes/femmes l’essence même de leurs relations, elle défend l'égalité et la ressemblance entre les sexes.
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En 1992, elle publie XY, De l'identité masculine, ouvrage bien accueilli par la critique. Elle y fait la synthèse de ses recherches et se penche sur la fluidité des comportements sexuels masculins à travers l'histoire européenne et américaine. Dans cet essai, elle analyse la construction sociale et historique des identités masculine et féminine.
Ses positions nuancées et parfois provocatrices suscitent des débats passionnés et font d'elle un personnage controversé. Dans l’un de ses essais, 'Fausse Route', Elisabeth Badinter critique la dérive des mouvements féministes qui ont renforcé la victimisation de la femme. Elle prône, à travers ce que ses détracteurs appellent "un antiféminisme", le retour à une complémentarité des sexes.
Engagement pour la laïcité
En 1989, après l'affaire du foulard de Creil, Élisabeth Badinter s'engage pour la défense de la laïcité. Elle publie, avec Régis Debray, Alain Finkielkraut, Élisabeth de Fontenay et Catherine Kintzler, un manifeste intitulé « Profs, ne capitulons pas ! », dans lequel elle redoute « le Munich de l’école républicaine » et fustige la lâcheté de la classe politique.
En 2007, à la suite du procès contre Charlie Hebdo pour avoir publié des caricatures de Mahomet, elle prend la défense du journal satirique. Elle réfute la définition commune de l'islamophobie, qui confond la critique de la religion avec ceux qui la pratiquent, qu'elle considère comme une arme contre la laïcité.
Prises de position sur les questions de société
Élisabeth Badinter se qualifie de « fille de Simone de Beauvoir », qu'elle rencontre à plusieurs reprises et dont elle admire le travail, même si elle n'est pas toujours d'accord avec ses positions. Elle défend la vision d'un « féminisme universaliste laïc, et conquérant », elle refuse et combat le différentialisme, qui est une atteinte à l'égalité des sexes. Se revendiquant femme de gauche, elle se prononce en faveur du mariage pour tous, de la PMA et de la GPA. Elle défend le droit à l'avortement, en ce qu'il est « un pas immense vers la fin d'une aliénation ».
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En 2024, elle publie Messieurs, encore un effort…, dans lequel elle aborde des questions contemporaines de société (féminisme, laïcité, intégration).
Héritage et rôle dans le groupe Publicis
À la mort de son père en 1996, Élisabeth Badinter hérite d'un rôle important dans l'entreprise Publicis. Elle devient présidente du conseil de surveillance du groupe. Elle conserve ce rôle jusqu'en 2017, date à laquelle Maurice Lévy lui succède, et elle reste vice‑présidente du conseil de surveillance. Elle possède environ dix pour cent du capital du groupe, selon les années, tout en restant l'actionnaire de référence. Fille de Marcel Bleustein Blanchet, fondateur du groupe Publicis, Elisabeth Badinter assume aujourd’hui un lourd héritage paternel, puisqu’elle est l’actionnaire majoritaire du groupe.
Vie privée
En 1966, Élisabeth Badinter épouse Robert Badinter, avocat, futur ministre de la Justice et figure emblématique de l'abolition de la peine de mort en France. Le couple a trois enfants : Judith (née en 1966), Simon (né en 1968) et Benjamin (né en 1970). Avec son épouse Élisabeth, il formait un couple hors norme, qui a durablement marqué les esprits au fil de presque six décennies d’amour et d’admiration.
Robert Badinter décède en février 2024 et fait son entrée au Panthéon le 9 octobre 2025. Ce jeudi 9 octobre, plusieurs objets vont être ajoutés au cénotaphe de Robert Badinter, au Panthéon.
Publications
Élisabeth Badinter est l'auteur d'une trentaine d'essais et biographies, dont :
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- L'Amour en plus (1980)
- XY, De l'identité masculine (1992)
- Fausse Route
- Messieurs, encore un effort… (2024)
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