L'administration de médicaments pendant la grossesse est une question délicate en raison du potentiel de répercussions sur le fœtus. Cet article examine les médicaments qui peuvent traverser la barrière placentaire, en mettant l'accent sur l'aspirine et d'autres médicaments courants, et les risques potentiels associés à leur utilisation pendant la grossesse.
La barrière placentaire : une protection limitée
Bien qu'il existe une barrière placentaire, son rôle dans la limitation du passage des médicaments de la mère à l'enfant est limité. Seules les grosses molécules comme l'héparine ou l'insuline ne la franchissent pas. Les autres médicaments sont ralentis, il faut environ une heure pour que le taux d'un médicament atteigne 10% du taux maternel chez le fœtus.
Médicaments et grossesse : une compatibilité délicate
Tout médicament administré à la mère peut avoir des répercussions immédiates ou futures sur le fœtus. Un même médicament va agir simultanément sur deux personnes dont les capacités physiologiques et métaboliques sont totalement différentes. Par exemple, le fœtus ne dispose pas, contrairement à l’adulte, de barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau des substances pathogènes ou médicamenteuses. De plus, sa capacité à dégrader les médicaments est considérablement réduite, ce qui rend le dosage très dangereux.
Le premier trimestre : une période critique
Pendant les 8 premiers jours de la gestation, soit le médicament n'a aucun effet, soit il entraîne la mort de l'embryon. C'est la loi du tout ou rien. Par la suite et jusqu'au second trimestre, le risque d'induire des malformations congénitales est majeur : on dit alors que le médicament est tératogène.
Classification des médicaments pendant la grossesse
Les médicaments sont classés de A à E en fonction des risques potentiels pour le fœtus :
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- A : Les études contrôlées chez la femme ont montré que les médicaments de cette classe ne présentent pas de risque au cours du 1er trimestre. Ces études sont néanmoins peu nombreuses et ne permettent pas d'éliminer les risques pour les autres trimestres.
- B : Les études chez l'animal n'ont pas démontré de risques mais il n'existe aucune étude chez la femme. C'est le cas de la plupart des médicaments récents qui ont faits l'objet d'études réglementaires en toxicologie animale.
- C : Cette classe regroupe les médicaments pour lesquels il n'y a ni étude chez l'animal ni chez la femme. Ce sont généralement des médicaments anciens qui ne doivent être prescrits que si le bénéfice escompté est supérieur au risque encouru par le fœtus.
- D : Pour les médicaments de cette classe, il existe la preuve d'un risque pour le fœtus humain mais le bénéfice escompté est souvent acceptable par rapport au risque.
- E : Médicaments à ne pas prescrire : il existe des preuves d'un risque fœtal (tératogène) et le bénéfice thérapeutique est inférieur au risque.
Exemples de médicaments à activité tératogène connue
- Les anticancéreux
- Les anticoagulants coumariniques
- Certains antihistaminiques
- Le thalidomide
- Les produits radioactifs
- L'isotrétinoïne
Risques liés à la prise de médicaments en fin de grossesse
En naissant, l’enfant peut conserver dans son organisme des médicaments administrés peu avant l’accouchement. Or, sans l'immunité de la mère, il n’aura plus les moyens de les éliminer. Ils risquent d’entraîner des effets indésirables graves au cours des premiers jours de la vie.
Exemples de médicaments dangereux pour les premiers jours de la vie
- Benzodiazépines
- Neuroleptiques
- Lithium
- Morphine, héroïne (entraîne une dépression respiratoire chez l’enfant)
- Antiépileptiques
- Bêtabloquants
- Iode
- Chloramphénicol
- Aminosides
- Anti-inflammatoires non stéroïdiens
L'aspirine et la grossesse
L'automédication n'est pas recommandée chez la femme enceinte. Certains médicaments comme l'aspirine peuvent provoquer des saignements au cours du premier trimestre.
Opioïdes et grossesse
Les opioïdes, tels que la codéine, le tramadol, l'opium, la morphine, le fentanyl, l'oxycodone et l'hydromorphone, sont des analgésiques puissants qui peuvent également traverser la barrière placentaire.
Codéine
La codéine est commercialisée sous forme associée au paracétamol ± aspirine ± ibuprofène dans plusieurs spécialités. Les données portant sur les nouveau-nés exposés à la codéine au 1ier trimestre sont nombreuses et n’ont pas mis en évidence d’augmentation du risque de malformation, de prématurité ou de faible poids à la naissance. La possibilité d’une faible augmentation des malformations cardiaques a été soulevée par des études de cohorte et de surveillance.
Une étude cas-témoin de 2011 de Broussard et al. a mis en évidence une faible association entre la prise d’opioïdes au 1er trimestre et le risque malformatif durant l’organogénèse (malformations cardiaques, spina bifida…) (OR (IC95%) : 1,8 à 2,7). Les opioïdes les plus représentés étaient la codéine (34,5%), l’hydrocodone (34,5%) et l’oxycodone (14,4%). Les auteurs concluent que ce risque était d’une augmentation modeste par rapport au risque de base des anomalies congénitales (2 à 3%). De plus, le biais de mémorisation est important dans cette étude. Ces données ne sont pas confirmées à ce jour.
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A proximité du terme, il est conseillé de limiter la posologie et la durée de traitement en raison du risque de dépression respiratoire néonatale et de syndrome de sevrage survenant notamment lors d’une utilisation chronique de la codéine à dose thérapeutique. Le syndrome de sevrage apparait généralement dans les 24 à 72 premières heures de vie et se manifeste par des signes neurologiques (agitation, hyperexcitabilité, cris aigus, trouble du sommeil, trémulations, hypertonie) et des signes digestifs (succion inefficace, régurgitations, vomissements, diarrhées).
Tramadol
Le tramadol est commercialisé seul ou associé à du paracétamol ou du dexkétoprofène dans différentes spécialités. Ses effets analgésiques opioïdes à action centrale sont également associés à l’inhibition de la recapture neuronale de noradrénaline et à l’augmentation de la libération de sérotonine. Il passe la barrière placentaire. Les concentrations néonatales et maternelles sont équivalentes.
Concernant le risque malformatif du tramadol, peu de données sont disponibles chez l’Homme mais à ce jour aucun élément inquiétant n’est publié. Les études de tératogénicité réalisées sur le Rat et la Souris n’ont pas mis en évidence d’augmentation du risque malformatif. En cas de traitement prolongé jusqu’à l’accouchement, le tramadol pris à dose thérapeutique peut entraîner une dépression respiratoire et un syndrome de sevrage néonatal identique à celui décrit pour la codéine, en raison de sa composante opioïde.
Opium
Les données sont peu nombreuses, mais sans risque identifié en cas d’exposition en début de grossesse.
Morphine et ses dérivés
Les données chez les femmes exposées à la morphine au 1er trimestre de grossesse sont nombreuses et le recul est important. Aucun effet malformatif particulier de la morphine n’est apparu à ce jour.
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Le fentanyl, l’oxycodone et l’hydromorphone franchissent la barrière placentaire. Les données sur le risque malformatif sont peu nombreuses à ce jour et sont insuffisamment pertinentes pour garantir leurs innocuitésdurant la grossesse. En conséquence, ces 3 molécules sont déconseillées durant la grossesse. Quel que soit l’opioïde prescrit, en cas de traitement prolongé et/ou de fortes doses jusqu’à l’accouchement, ils peuvent entraîner une dépression respiratoire et un syndrome de sevrage néonatal identique à celui décrit pour la codéine.
Corticostéroïdes et grossesse
La capacité des glucocorticoïdes à franchir la barrière placentaire varie selon le médicament ; cependant, 88 % de la prednisolone est inactivée en franchissant le placenta. Les glucocorticoïdes ont provoqué la formation de fentes palatines lors des études sur l’animal. Il existe actuellement une controverse sur la possibilité d'une augmentation du risque de fente palatine chez le ftus humain suite à l'administration de glucocorticoïdes au cours du premier trimestre. PREDNISOLONE DOMPE 1,0 mg/mL, solution buvable ne doit être utilisé pendant la grossesse que si les bénéfices pour la mère et l'enfant l'emportent sur les risques. Il convient d'utiliser la dose efficace la plus faible de PREDNISOLONE DOMPE 1,0 mg/mL, solution buvable nécessaire pour maintenir un contrôle adéquat. Les corticostéroïdes provoquent un retard de croissance chez les jeunes enfants, les enfants et les adolescents ; ce retard peut être irréversible. Le traitement doit être limité à la posologie minimale pendant la durée la plus courte possible.
Que faire si un traitement est inévitable ?
Si une prescription est indispensable, il faut la moduler en fonction du stade de la grossesse et évaluer le rapport bénéfice/risque. Lorsque c'est possible, il est indispensable de prescrire des médicaments bien connus pour lesquels on dispose d'un certain recul. Si une prise de médicament a eu lieu en absence de connaissance de la grossesse, il est possible de trouver des informations sur le risque encouru en s'adressant à un centre de Pharma-covigilance. Enfin, il faut noter que les effets indésirables de l'ensemble des médicaments ont tendance à augmenter chez la femme enceinte. Les modifications physiologiques inhérentes à la grossesse modifient la réponse de l'organisme aux médicaments. L'augmentation du débit cardiaque, celle de la masse graisseuse, ou encore la sécrétion d'hormones supplémentaires font que les doses normales des médicaments (y compris celles des substances banales) ne sont plus adaptées.
Médicaments et allaitement
La plupart des médicaments passent dans le lait maternel mais les taux y sont généralement plus faibles que dans le sang (0,05 à 2% de la dose ingérée). Toutefois, en fonction de leur acidité, certains d'entre eux peuvent s'y retrouver en concentrations élevées. Si un traitement est indispensable, il est préférable d'administrer le médicament immédiatement après une tétée, pour que la concentration plasmatique maternelle soit minimale à la tétée suivante. En cas de doute ou de traitement à risque de brève durée, il est recommandé de remplacer l'allaitement maternel momentanément tout en continuant à activer la sécrétion du lait par pompe.
Exemples de médicaments contre-indiqués pendant l'allaitement
- Acébutolol, aténolol, aspirine, ergotamine, phénobarbital, primidone, sels d'or, théophylline
- Les médicaments cytotoxiques (cyclophosphamide, doxorubicine, méthotrexate)
- La tétracycline à éviter chez la femme allaitant en raison du risque d'anomalie du bourgeon dentaire.
- Le lithium en raison des effets rapportés chez le nouveau-né : hypotonie, hypothermie, cyanoses.
Substances nocives à éviter pendant la grossesse
Outre l’alcool, le tabac et certains aliments déconseillés pendant la grossesse, les substances nocives se cachent aussi dans la salle de bain et la cuisine. La faute aux éléments chimiques présents dans ces produits qui passent dans le sang de la future maman et franchissent la barrière placentaire. Consommée en trop grande quantité, la vitamine A peut-être toxique et provoquer des malformations chez le fœtus. La majorité des rouges à lèvres, des vernis à ongles et des fonds de teints contiennent des perturbateurs endocriniens. De nombreux produits d’hygiène comportent aussi des conservateurs dangereux pour la santé. On retrouve notamment les parabènes dans certaines crèmes, shampoings et gels douche. Attention également au triclosan, un antibactérien toxique présent dans certains dentifrices et bannissez les déodorants avec de l’aluminium. Lisez aussi attentivement la liste d’ingrédients des crèmes solaires qui peuvent contenir des filtres chimiques. Largement reconnues pour leurs bienfaits multiples sur la santé et le bien-être, l’aromathérapie et les huiles essentielles ont de nombreux adeptes. Si cela est votre cas, il faudra faire bien attention pendant la grossesse. Une grande majorité d’entre elles est interdite pendant la grossesse, telles que l’huile essentielle de sauge officinale, de romarin, de menthe poivrée, d’eucalyptus mentholé, de de girofle ou encore de vétiver. Il en est de même à la naissance de bébé si vous avez décidé de donner le sein, mieux vaut les éviter. Il faudra attendre quelques mois avant de réutiliser vos huiles essentielles préférées. Toutes les huiles essentielles ne sont pas à proscrire pour autant. L’essence de citron est excellente pour soulager les nausées du premier trimestre et celle de lavande aide à se détendre. Il est déconseillé de se colorer les cheveux pendant la grossesse et en particulier pendant le premier trimestre. Les colorations et les shampoings colorants peuvent contenir des sulfates et autres produits nocifs pour la santé du bébé. L’épilation à la cire chaude est à éviter pendant la grossesse car elle peut provoquer une dilatation des vaisseaux sanguins et des problèmes veineux. Comme pour les cosmétiques, les produits ménagers peuvent contenir des perturbateurs endocriniens très néfastes pour la santé de la future maman et de son bébé. Il faut donc privilégier les produits sans agents chimiques toxiques, de préférence bio et écolabellisés.
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