La crèche provençale, plus qu'une simple représentation de la Nativité, est une tradition ancrée dans le cœur de la Provence, un symbole de Noël qui mêle foi, culture et identité régionale. Elle trouve ses racines dans le Moyen Âge et a évolué au fil des siècles, se transformant en une expression artistique unique et populaire.

Origines et Évolution de la Crèche

La mise en scène de la Nativité remonte au Moyen Âge. À cette époque, les pièces de théâtre étaient très appréciées, mais leur contenu trouvait matière dans des traditions païennes. L’église opposa à ces représentations scéniques des pièces qui avaient pour thème principal la naissance du Sauveur. La légende attribue à Saint François d’Assise la création de la première crèche vivante, en 1223. Il se pourrait même qu’il ait hérité cette pratique de sa mère, Pia de Bourlémont, originaire de Tarascon, auquel cas la crèche italienne serait elle-même l’héritage d’une tradition provençale.

La tradition de la crèche est plus récente et émerge lorsque des théologiens redécouvrent, au cours du XIIe siècle, les textes qui relatent l’enfance de Jésus. Dans l’Évangile selon saint Luc, il est écrit que Marie et Joseph, ne trouvant pas de place dans une auberge, prennent refuge dans une étable à Bethléem afin que Marie puisse accoucher. C'est du latin cripia, qui signifie « mangeoire », que le terme « crèche » a été repris.

Ces crèches vivantes se sont répandues, les personnages étaient joués par les gens du village, les animaux étaient réels. Progressivement, les acteurs furent remplacés par des personnages en bois, en carton, en cire etc…Les premières crèches ressemblant à celles que nous connaissons font leur apparition dans les églises au 15ème siècle.

C’est après le concile de Trente et dans le mouvement de la Contre-Réforme que la crèche, qui depuis saint François était une crèche d’église, devint une crèche publique puis une crèche familiale. La période baroque qui suit la Contre-Réforme, sous l’impulsion des Jésuites et des Théatins fit de la Nativité un culte particulier. Ce mouvement eut beaucoup de succès en Italie et en Espagne, mais moins en France, où une certaine austérité désapprouvait « ces folies espagnoles et italiennes » qui faisaient rentrer dans les chapelles un peuple profane. Le mouvement gagna par la Provence et particulièrement par Marseille, où les évêques se montrèrent tolérants à l’égard de ces représentations qui étaient religieuses en même temps que régionalistes.

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La Crèche Provençale : Naissance d'une Tradition Distincte

Au début du XIXe siècle, la crèche provençale apparaît à Marseille et se développe en Provence. Sa particularité est d’être composée de santons (du provençal santoun, « petits saints »), inspirés de scènes de la vie locale et représentant les métiers traditionnels de l’époque.

La première crèche connue en France daterait de 1775 à Marseille, créée par Jean Dominique Laurent demeurant 19 rue Sainte Barbe, constituée de mannequins articulés vêtus de costumes provençaux. Il se dit aussi que, la première crèche de Provence aurait été réalisée à l'Oratoire de Notre Dame des anges, entre Mimet et Allauch, par les prêtres Oratoriens qui avaient rapporté d'Italie l'idée de la Crèche. et le Pape lui donnait sa bénédiction. dévoilant la mer sur laquelle voguait un bâtiment de guerre. Le 23 décembre 1786, dans le Journal de Provence, paraît cette annonce : " Le Sieur Alphan demeurant à sainte Barbe … fera voir la mécanique représentant la naissance de Notre Seigneur.

Avec la révolution française, qui entraîna l’interdiction des fêtes religieuses, les crèches entrent progressivement dans les maisons. Au fur et à mesure, elles s’inspirent du quotidien par la création de personnages en lien avec la vie locale. En Provence, ces personnages au nom de Santons « SANTOUN » en provençal signifient Petit Saint.

La Révolution ayant interdit la Messe de minuit et les crèches dans les églises, les Marseillais, fidèles à leurs traditions initièrent des " crèches publiques " réalisées par des particuliers qui les faisaient visiter. De là date la tradition de la crèche dans chaque foyer.

Comme la persécution s’étend aussi aux églises, la crèche se réfugie chez les particuliers et on voit le développement des crèches familiales. Les crèches publiques réapparaîtront avec le Concordat, puis sous la Restauration, mais sans diminuer l’essor des crèches familiales. Les persécutions de 1905, consécutives aux lois de séparation des Églises et de l’État renforceront encore le développement des crèches familiales qui ne se limitera plus à Marseille et à la Provence mais s’étendra dans tout le pays. On y voit figurer de plus en plus des activités profanes et contemporaines, sur le thème constant des Noëls provençaux où c’est toute la population qui va jusqu’à la crèche.

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Le Santon : Âme de la Crèche Provençale

Jean Michel Turc, professeur de langue provençale, Majoral du Felibrige, précise qu'ensuite le sculpteur Jean Louis LAGNEL 1764-1822 a fait naître à Marseille en 1798 le véritable santon provençal, commençant par représenter Joseph, Marie, les rois mages, un homme et une femme debout, un chien auxquels il adjoignit ensuite des figurines représentant ses voisins dans leurs différents métiers, puis vinrent le pâtre allongé, l'homme à la lanterne, la femme portant une coucourde sur la tête, et tant d'autres qui nous font de si belles crèches.

Le Santon est une tradition ancestrale en Provence, il est le réel symbole de Noël. Aujourd’hui nous allons vous conter son histoire et sa fabrication. Il faut savoir que le santon est né de la Révolution Française. Or les gens qui était profondément attachés à leur religion allés au moment de Noël, à l’église pour admirer la crèche. Au début ces petits saints étaient confectionnés avec de la mie de pain ou du papier maché. Puis en 1798, Jean Louis Lagnel (marseillais) découvrit lors d’une promenade, l’argile et il eu l’idée, puisque cette terre était très malléable, de créer une petite crèche avec celle-ci. Il faut tout de même savoir que sa mère était de Tarascon (13) ! Ces petits santons ont pris une telle importance que la première foire au santon fût créée à Marseille en 1803.

C’est au début du XIXe siècle que le sculpteur marseillais Jean-Louis Lagnel crée les premiers santons de Provence. Les personnages sont alors réalisés en argile, façonnés dans un moule de plâtre puis séchés au soleil. Ils sont ensuite peints à la main par l’atelier du santonnier. Cette standardisation permet de populariser la pratique de la crèche, jusqu’ici réservée aux milieux les plus aisés.

La première foire aux santons a lieu en 1803 à Marseille et lance la longue tradition des marchés aux santons, dont les plus fameux sont ceux d’Aubagne, d’Apt, dans le Lubéron, d’Aix et de Marseille. Chaque année si on le peut, on achète un nouveau santon pour compléter la collection, en se rendant à une foire aux santons. La première foire est apparue à Marseille en 1803. Aujourd'hui, à l'occasion des foires et marchés de noël, nombreuses sont les communes de Provence qui proposent la vente de santons.

Fabrication Artisanale des Santons

Le santonnier va d’abord imaginer le santon qu’il veut créer : taille, métier, histoire …Puis il va créer avec de l’argile rouge crue ce petit santon grâce à différents outils : ébauchoir, mirettes …Au fur et à mesure des jours voire semaines, le santon se dessine. Le santonnier va donc utiliser du plâtre pour envelopper son santon d’argile de façon à capturer touts les détails de la face et du dos. Pour cette partie, le santonnier va utiliser de l’argile qu’il va presser entre les deux parties du moule. Une fois démoulé, il faudra laisser, en fonction de l’humidité ambiante, le santon sécher. Cette étape est la plus longue, la plus rigoureuse et la plus sensible car il faut retirer tout le surplus d’argile qui entoure le santon. Le santonnier va allumer son four et attendre que celui-ci atteigne les 500°C avant de pourvoir y mettre son santon (étape appelé le « petit feu »). Si le santonnier peint ses santons il utilisera un pinceau de grande qualité avec des poils très fin, de la peinture à l’eau et une gomme. Le santon puce mesure de 1 à 3 cm de haut, le santon traditionnel environ 10cm et le grand santon peut atteindre 20 cm de haut.

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Personnages Incontournables de la Crèche Provençale

La crèche commémore le soir de Noël. Dans chaque crèche, on donc retrouve la Sainte Famille, abritée dans un décor d’étable : l’Enfant Jésus est entouré de Saint Joseph et de la Vierge Marie. Ce sont les santons essentiels de la crèche, vers lesquels convergent tous les autres. La crèche Provençale possède de nombreux petits santons que tout le monde connait : la vierge Marie (Santo Vierge), Joseph (Sant Jousè), l’âne (l’ase ) et le bœuf (lou biou) puis le 24 au soir l’enfant Jésus (l’Enfant Jèsu) dans son berceau.

Une grande procession s’organise dans le village pour rejoindre l’étable. On y retrouve des personnages traditionnels : les bergers et leur troupeau, l’aveugle et son fils, les boumians ou bohémiens, le vieux et la vieille, le ravi, et différents personnages représentant des métiers provençaux. Ils sont guidés par le santon de l’ange Boufarèu, qui souffle dans sa trompette pour alerter le village de la naissance de l’enfant. A l’opposé de la crèche, la caravane des Rois Mages s’avance vers l’étable qui accueille l’Enfant Jésus.

  • Le Ravi: C’est l’idiot du village qui porte bonheur. Il n’a rien a offrir pour la naissance mais il s’en réjouit.

  • Les Bohémiens: Ce sont les seuls méchants de la crèche, accusés de voler draps et poules ou de kidnapper les enfants. Lors de leur venue à la crèche, le couple rend à l'aveugle son fils, Chicoulet, qu'il lui avait dérobé. Le bohémien avec ses cheveux noirs et sa barbe est vêtu de couleurs criardes, d’une cape noire, et d’un couteau. La bohémienne possède un fichu noué sur la tête, une jupe longue et d’un corsage.

  • Le Coureur de Jupon: Coureur de jupon incontournable de la crèche Provençale. La plupart du temps il est représenté avec une tenue négligée : pantalon retenu par une seule bretelle.

  • Les Farandoleurs: Les farandoleurs font une file qui se déplace en serpentant.

  • Les Rois Mages:

    • Melchior, avec les cheveux blancs et sa longue barbe apporte l’or comme offrance.
    • Gaspard, originaire des Indes, apporte l’encens.
    • Balthazar, celui à la peau noire apporte la myrrhe.Ils sont vêtus de très beaux habits.

Mise en Place et Traditions Autour de la Crèche

Traditionnellement, c'est à la Sainte-Barbe (ou pour faire simple, le premier dimanche de décembre) qu'on la monte et après la chandeleur qu'on l'enlève. Pour installer la crèche dans la pièce principale de la maison, on en profite pour faire un peu de rangement et dégager l'emplacement (dessus de cheminée, table haute ou buffet-vaisselier selon l'âge des enfants ou des petits-enfants…). La crèche ne doit de toute façon jamais être placée en contre-bas : elle doit dominer pour être vue ! Puis on profite des rayons de soleil d'un dimanche en famille pour aller dans la forêt ramasser la mousse qu'on fait sécher près de la cheminée au moins une nuit, pour en enlever l'humidité (qui, sinon, ne manquerait pas de mouiller les pieds des santons et d'abîmer la poterie). On ramasse aussi quelques branchettes : cistes cotonneux, thym, romarin, petit houx avec ses boules rouges, chêne vert…pour le décor et un peu de lichen pour symboliser la neige. Un peu de papier alu fera un superbe ruisseau (enfant c'était l'alu d'une tablette de chocolat qu'on gardait précieusement pour emballer le goûter !). Quelques pierres ou galets de Durance symboliseront les collines, quelques branches, la forêt…quelques pincées de farine, la neige (ou quelques débris de coton).

La crèche est habituellement installée pendant la période de l’Avent, c'est-à-dire dans les quatre semaines qui précèdent Noël. Elle invite, petits et grands, à préparer Noël. Chaque famille détient sa propre tradition et on peut la trouver sous le sapin ou à proximité. En invitant cette tradition au sein de nos foyers, la crèche devient l’occasion, pour les enfants, d’apprendre la prière et de comprendre, par l’imaginaire, les mystères de l’Évangile. Enfin, il est coutume d’enlever la crèche soit juste après la fête de l’Épiphanie, qui a lieu le 6 janvier et qui célèbre la visite des Rois mages à Jésus, soit le 2 février, c'est-à-dire le jour de la présentation de Jésus au Temple et qui correspond à la fête de la Chandeleur.

En Provence, les traditions calendales, qui précèdent Noël, sont une institution. Du blé de la Sainte Barbe, le 4 décembre, à la Chandeleur en février, Noël est attendu et fêté comme il se doit. Le 4 décembre chaque famille fait germer des graines de blé ou de lentilles dans trois soucoupes différentes, symboles de la Trinité et de l’Espérance. Si les tiges poussent droites et bien vertes l'année sera prospère. La tradition provençale veut que dans chaque maison les santons, petits personnages en argile, prennent place dans la crèche familiale. De nos jours on célèbre leur arrivée des rois mages par le gâteau des rois. En Provence, il s'agit d'une brioche parsemée de fruits confits et de sucre. On dispose à l'intérieur du gâteau une fève et un santon. Elle débute par le cacho-fio : le plus jeune et le plus âgé de la famille choisissent une bûche d'un arbre fruitier et ils font ensuite trois fois le tour de la table. Juste avant de se rendre à la messe de minuit le gros souper est servi sur la table recouverte de trois nappes blanches. Mais le gros souper est plutôt maigre ! Le menu est composé de sept plats maigres en souvenir des sept douleurs de la Vierge Marie. De retour à la maison on passe au dessert. En fait ils sont 13.

La Crèche Provençale à Travers la Provence

Les crèches n’existeraient pas si la tradition n’était pas transmise par des santonniers de talent. Depuis deux siècles, de Marseille à Aix en passant par Aubagne, des artisans proposent chaque année de nouvelles créations, personnages et décors, pour embellir toutes les crèches de Provence.

Les crèches publiques sont dans de nombreuses villes mais à partir de 1792 la crèche est remplacée par la prise de la Bastille et jusqu’au Consulat elles disparaissent.

Aujourd’hui les trois mouvements - crèche d’église, crèche publique et crèche familiale - se fondent dans une même popularité de la crèche souhaitée et célébrée par tous les Français. Une petite minorité cependant cherche par des moyens juridiques ou administratifs, issus de la loi de 1905, à restreindre le nombre des crèches publiques, sans pouvoir s’opposer aux crèches d’église ni aux crèches familiales. Malgré ces tentatives d’obstruction, la crèche publique s’installe dans de nombreuses régions.

Crèches Notables

  • La crèche de Grignan: La crèche de Grignan est l’une des plus grande du monde, en effet elle s’étend sur 400m² avec 70 maisons et 1000 santons ! Aujourd'hui c'est la crèche située à Grignan (dans la Drôme) qui est considérée comme la plus grande du monde. On l'appelle le "village provençal miniature". Elle couvre plus de 1100 m2 et met en scène plus de 1000 santons. Le village comprend environ 80 maisons pouvant mesurer 1 mètre de hauteur. Cette crèche est d'ailleurs homologuée par le Guinness des records !
  • La crèche d’Avignon: La crèche provençale la plus attendue chaque hiver est sans doute celle d’Avignon, d’abord accueillie par la place de la mairie, puis déplacée dans une église de la ville il y a quelques années. La crèche provençale d'Avignon est également célèbre. Elle occupe plus de 50 m2 et met en scène plus de 600 santons.
  • L'éco-musée du Santon et Traditions populaires de Fontaine-de-Vaucluse: La plus petite qui tient dans une coquille de noix est visible à l'éco-musée du Santon et Traditions populaires de Fontaine-de-Vaucluse.

La Pastorale : Une Pièce de Théâtre Inspirée de la Crèche

Au fil du temps, la crèche s’est doublée de nouvelles représentations, et s’est vue enrichie par la pratique de la pastorale, pièce traditionnelle provençale ayant pour thème la Nativité. Cette tradition remonte au XIXème siècle et s’inspire directement des personnages de la crèche provençale. Chaque santon de la crèche voit son histoire développée dans ces pièces. Si la pastorale la plus connue est la Pastorale Maurel, écrite intégralement en provençal en 1844, il existe un nombre incalculables de pièces plus confidentielles. En Provence, de nombreux villages ont leur propre version de la pastorale, jouée par les habitants pendant la période de Noël.

Aujourd'hui nombreuses sont les communes à proposer une pastorale avant noël ou avant la messe de minuit (comme le voulait la tradition). La plus célèbre est la Pastorale Maurel qui comprend 5 actes tous en provençal. Elle a été créée en 1844. L'histoire, toute simple, est la suivante : les bergers (les pastres) sont avertis de la naissance de Jésus et se rendent à l'étable, suivis par leurs moutons, pour lui offrir des cadeaux. En chemin, ils réveillent les villageois qui les suivent au son du tambourin et du galoubet. Le cortège s'agrandit au fur et à mesure. Chacun apporte des offrandes. Les pastorales n'ont jamais été jouées par des professionnels !

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