Introduction
L'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) est un sujet essentiel pour l'épanouissement des jeunes et la construction d'une société plus égalitaire. Elle vise à donner aux enfants et aux adolescents les outils nécessaires pour comprendre leur corps, leurs émotions, leurs relations et leur sexualité, dans le respect de soi et des autres. Malgré son importance, l'EVARS est encore trop souvent négligée en France, bien qu'elle soit obligatoire à l'école depuis 2001.
Définition de l'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS)
L’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) participe de l’émancipation des jeunes. Elle les aide à connaître leurs droits et à respecter ceux des autres, à poser des limites, à respecter leur propre corps et celui d’autrui. Elle vise à générer des rapports humains de qualité, des relations égalitaires dénuées de sexisme et de préjugés, pour construire une société plus inclusive. L'EVARS se décline en trois dimensions complémentaires :
- L'éducation affective : Elle se concentre sur le développement du lien de confiance entre une personne et son environnement le plus proche, générant la confiance en soi.
- L'éducation relationnelle : Elle aborde les relations interpersonnelles, mais aussi des sujets plus vastes comme l’égalité entre les individus, les stéréotypes de genre, la prévention des violences sexuelles.
- L'éducation sexuelle : Elle englobe divers aspects de la sexualité humaine et de la santé sexuelle. Elle aborde les mécanismes de la reproduction, mais aussi les différentes identités de genre, la notion de consentement, le plaisir, dans le but de promouvoir une vision positive de la sexualité, dans le respect des droits et l'autonomie des individus.
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a d'ailleurs choisi de retenir le terme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) comportant toutes les dimensions de cette éducation.
Cadre légal et application en France
La loi Aubry du 4 juillet 2001 pose un cadre : l’éducation à la sexualité en milieu scolaire est une obligation légale à raison d'au moins trois séances annuelles dans les écoles, les collèges et les lycées. Elle ajoute à la prévention, les questions sociétales (égalité filles-garçons, violences sexuelles, pornographie…). L'EAS entre dans le code de l'éducation (articles L121-1 et L312-16 à L312-17-2). Aux termes de la loi du 8 février 2010 : "Les écoles, les collèges et les lycées assurent une mission d'information sur les violences et une éducation à la sexualité." La loi prévoit "au moins une séance annuelle d'information et de sensibilisation sur l'enfance maltraitée, notamment sur les violences intrafamiliales à caractère sexuel, est inscrite dans l'emploi du temps des élèves des écoles, des collèges et des lycées."
Malgré cette obligation légale, moins de 15% des élèves bénéficient d'éducation à la sexualité. Plusieurs rapports ont pointé le manque de lisibilité, d’efficacité et d’effectivité de l'EAS. Le texte pointe la "frilosité" des autorités "qui souhaitent éviter les controverses", alors que l’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS) doit "s’inscrire dans une politique de santé publique et de lutte contre les discriminations et les violences sexuelles".
Lire aussi: Aide à l'éducation : Guide parental
Les enjeux de l'EVARS
L'EVARS est essentielle pour plusieurs raisons :
- Prévention des risques : Elle permet de lutter contre les grossesses non désirées, les infections sexuellement transmissibles (IST) et les violences sexuelles. Ce sont près d’un tiers des adolescents (30 %) qui ont déclaré n’avoir utilisé ni préservatif ni pilule contraceptive lors de leur dernier rapport sexuel, d'après un rapport de l'Organisation mondiale de la Santé. Toujours d'après l'OMS, plus d’une femme sur quatre a déjà été victime de violences physiques ou sexuelles de la part de son partenaire.
- Promotion de l'égalité : L’EVARS est avant tout une éducation à l’égalité qui déconstruit les stéréotypes et les normes sociales inégalitaires entre les individus. Elle peut déconstruire les schémas toxiques, aider à enrayer la montée des violences sexuelles, du sexisme, des LGBTQIAphobies et contribuer à une meilleure prévention des maladies sexuellement transmissibles et de la transmission du VIH pour lesquels les connaissances de jeunes sont en net recul depuis plusieurs années.
- Développement de l'autonomie : Elle aide les jeunes à se connaître, à connaître leurs droits et à prendre des décisions éclairées concernant leur vie affective et sexuelle.
- Lutte contre l'infantisme : Elle permet de remettre en question la culture de l’infantisme, qui désigne un ensemble de discriminations et de préjugés dirigés contre les enfants, les adolescentes et adolescents, uniquement en raison de leur « statut d'enfants ».
Les recommandations du CESE pour une EVARS effective
Le CESE a formulé 24 préconisations pour rendre réellement effectif le droit des enfants et des jeunes à bénéficier d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, dont :
- Rendre effectif l'EVARS comme un droit pour l'émancipation des enfants et pour une société plus égalitaire.
- Accompagner les familles, actrices de l'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle.
- Reconnaître l'EVARS comme une éducation essentielle dans les lieux qui accueillent des jeunes.
- En intégrant l’EVARS dans un enseignement obligatoire des compétences psychosociales et de l’égalité à l’école dont le volume horaire annuel devra être d’au moins 30h dès le collège.
- En renforçant le soutien à la parentalité au-delà du cadre médicosocial en proposant systématiquement aux parents des rendez-vous individuels autour des besoins et des droits de l’enfant (intimité, éducation…), à plusieurs étapes clefs de la vie de l’enfant (naissance, entrée en maternelle, entrée au collège).
Le nouveau programme EVARS : une avancée ?
Publication au Journal officiel du 5 février 2025 de l'arrêté du 3 février 2025 fixant le nouveau programme EVARS applicable à la rentrée de septembre 2025. C’était en juin 2023 que l’ex-ministre de l’Éducation Pap Ndiaye annonçait dans un communiqué « l’élaboration d’un programme et d’un plan de formation pour les personnels » concernant l’éducation sexuelle dans les établissements scolaires.
Ce nouveau programme vise indirectement à corriger le défaut de mise en œuvre d’une éducation à la sexualité effective sur l’ensemble du territoire national. En maternelle, des objectifs d’apprentissage par axe du programme et par niveau ont été fixés. Avant 4 ans par exemple, un des objectifs est d’apprendre à l’enfant à « connaître son corps et comprendre ce qu’est l’intimité ».
Au collège, les compétences visées sont larges, allant du développement des liens sociaux en sixième, jusqu’au principe de « respect et d’égalité concernant le sexe, le genre et l’orientation sexuelle. » D’ailleurs, notons que si le terme « genre », qui fait frémir de nombreux collectifs conservateurs, est bien présent dans la version finale du programme, l’homosexualité n’est abordée qu’à partir de la classe de troisième par une approche historique et juridique, notamment pour lutter contre les discriminations. De même, aucune trace du mot « transgenre » redouté par un certain nombre d'associations de parents d'élèves.
Lire aussi: Tout savoir sur la grossesse, les droits et l'éducation
Au lycée, des thématiques plus variées seront abordées notamment : « l’intimité à l’ère des réseaux sociaux » ou encore la santé sexuelle. Malgré les très nombreuses polémiques, la notion d’identité de genre sera bel et bien être abordée dans le but de « reconnaître la diversité humaine dans son ensemble, en considérant la variété des orientations sexuelles et des identités de genre » en troisième, seconde, première et terminale.
Le gouvernement, par la voix d’Élisabeth Borne, ministre de l’Éducation nationale, défend, malgré « les critiques » , ce programme, qu’il estime « absolument indispensable » et réfute l’accusation principale estimant que ce dernier promeut une « théorie du genre » .
Défis et perspectives d'avenir
Malgré cette avancée, des défis persistent :
- La résistance de certains acteurs : Le programme EVARS continue de faire l’objet de fantasmes et de critiques acerbes. L’acceptation de ces séances obligatoires sera un nouveau défi pour l’Éducation nationale.
- Le manque de formation des enseignants : Le ministère de l’Éducation nationale doit proposer des ateliers de formation dans les académies pour deux à trois professeurs des écoles par circonscription et un professeur par collège et lycée d’ici à septembre.
- La nécessité d'impliquer les parents : Les parents d’élèves sont informés des objectifs d’apprentissage annuels de cette éducation selon des modalités laissées à l’initiative de chaque école et établissement.
Pour que l'EVARS devienne une réalité pour tous les jeunes, il est essentiel de surmonter ces obstacles et de mobiliser tous les acteurs concernés : l'État, les collectivités territoriales, les professionnels de l'éducation et de la santé, les associations et les familles.
Lire aussi: L'éducation des bébés expliquée
tags: #éducation #à #la #sexualité #maternelle #définition
