L'omniprésence des écrans dans nos vies soulève des questions cruciales quant à leur impact sur le développement des jeunes enfants, en particulier ceux âgés de 3 ans et moins. Cet article explore les effets potentiels de l'exposition aux écrans sur cette tranche d'âge vulnérable, en s'appuyant sur les recommandations d'experts, les campagnes de sensibilisation et les études scientifiques récentes.
Campagnes de Sensibilisation et Recommandations Officielles
Chaque année, l'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) mène une campagne intitulée « Enfants et écrans » pour sensibiliser le public aux risques associés à l'exposition des enfants de moins de 3 ans aux écrans. Cette initiative, soutenue par les chaînes de télévision et les stations de radio, vise à promouvoir des conseils d'usage adaptés aux enfants plus âgés et à informer sur les dangers potentiels pour les tout-petits.
L'Arcom, le ministère de la Santé et de nombreux experts s'accordent sur le fait que les écrans ne sont pas adaptés aux enfants de moins de 3 ans, car ils peuvent entraver leur développement. Cette position est également soutenue par la règle 3-6-9-12 de Serge Tisseron, relayée par l'AFPA, qui stipule que les écrans doivent être évités avant l'âge de 3 ans.
En France, l'apparition de chaînes de télévision destinées aux bébés en 2008 avait suscité une vive émotion, en particulier parmi les spécialistes de l'enfance et les associations familiales, soulignant l'importance de protéger les jeunes enfants de l'exposition précoce aux écrans.
Les Risques pour le Développement de l'Enfant
Avant 3 ans, l'enfant se construit en interagissant activement avec le monde qui l'entoure. L'écran risque de le confiner dans un rôle passif de spectateur à un moment crucial où il doit apprendre à devenir acteur de son environnement. Les échanges avec l'entourage et l'utilisation des cinq sens sont essentiels pour le bon développement de l'enfant. C'est grâce aux interactions quotidiennes avec son environnement qu'il met en place des repères spatiaux et qu'il se familiarise avec un espace en trois dimensions en touchant et en manipulant les objets, lui permettant ainsi d'appréhender le monde qui l'entoure. Le risque est que les écrans viennent remplacer ces activités fondamentales.
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Le temps passé devant les écrans est du temps en moins pour les activités motrices, exploratrices et interhumaines. Une étude américaine a montré que l'attention d'un enfant est perturbée lorsqu'il joue dans une pièce où la télévision est allumée, même s'il ne la regarde pas, et que le temps qu'il passe à jouer diminue.
Devant un écran, l'enfant de moins de trois ans est exposé à des images qui se succèdent rapidement, changeant toutes les 4 secondes, ce qui peut rendre difficile la compréhension. Bien que le son puisse l'aider à reconnaître ses dessins animés préférés, les images représentent une hyperstimulation visuelle et auditive bien supérieure au monde réel. L'enfant peut être hypnotisé, mais reste en alerte, sans être sécurisé. Il peut même arriver qu'un bébé établisse un lien entre un animal vu à l'écran et celui qu'il voit dans la réalité, allant jusqu'à les confondre et à tenter d'attraper des objets dans la télévision.
Impact sur le Comportement et le Sommeil
Des études récentes ont mis en évidence les conséquences négatives du temps d'écran sur le comportement et le sommeil des enfants. Une note de Santé publique France en 2020 rappelle qu'il ne faut pas laisser l'enfant devant un écran avant l'école, car ses risques de développer des troubles primaires du langage sont multipliés par 3.
Les résultats d'une étude ont montré une corrélation positive significative entre le temps d'écran et les problèmes de comportement, notamment les troubles de l'attention hyperactive et les symptômes émotionnels. Les enfants de 3 à 6 ans exposés à plus de 60 minutes d'écran par jour manifestent davantage de symptômes émotionnels et de problèmes d'attention. Deux théories expliquent ces effets : la théorie de la surstimulation, selon laquelle l'exposition aux stimuli visuels et auditifs des écrans réduit la capacité des enfants à se concentrer, et la théorie du remplacement, qui suggère que le temps passé devant un écran prive les enfants d'activités plus bénéfiques pour leur développement mental et social.
L'étude a également révélé un lien significatif entre le temps d'écran et une mauvaise qualité du sommeil. Le temps passé devant un écran, notamment le soir, perturbe les rythmes circadiens des enfants en retardant l'heure du coucher et en les exposant à la lumière bleue, ce qui empêche la production de mélatonine. La théorie du dérèglement de l'arousal suggère que l'utilisation des écrans augmente l'excitation physiologique et psychologique, rendant l'endormissement plus difficile et affectant la qualité du sommeil. Les enfants présentant une mauvaise qualité de sommeil ont une prévalence plus élevée de troubles comportementaux, notamment l'hyperactivité, des symptômes émotionnels et des problèmes sociaux.
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La qualité du sommeil agit comme un médiateur dans la relation entre le temps d'écran et les problèmes de comportement. L'augmentation du temps d'écran nuit à la qualité du sommeil, ce qui contribue aux problèmes comportementaux. Un cercle vicieux se crée où l'augmentation du temps d'écran et la détérioration de la qualité du sommeil s'auto-renforcent, aggravant les problèmes comportementaux comme l'hyperactivité, l'anxiété et les symptômes dépressifs.
Conseils et Recommandations pour les Parents
Face à ces risques, il est essentiel de maîtriser le temps d'écran des enfants et de privilégier les interactions et le développement des cinq sens, surtout entre 0 et 3 ans. Voici quelques conseils et recommandations pour les parents :
- Pas de télévision avant 3 ans, avec discernement après 3 ans.
- Pas de console de jeu personnelle avant 6 ans.
- Navigation sur internet à partir de 9 ans, avec accompagnement.
- Établir un tableau pour déterminer les plages horaires pendant lesquelles l'utilisation des écrans est permise.
- Être actif avec le numérique en créant des petits films ou des visuels avec l'appareil photo du téléphone.
- Privilégier les podcasts pour les enfants, comme celui de France Inter « Une histoire et …Oli ».
- Ne pas laisser d'écran dans la chambre après le coucher.
- Ne pas consulter son écran en présence de son enfant pour ne pas le priver d'échanges importants pour son développement.
Le psychologue Serge Tisseron a établi une règle « pour une diététique des écrans en famille ». Sur un temps court, vous pouvez interagir avec votre enfant grâce à un dessin animé ou une application, mais il est important que l'enfant soit encadré et que l'écran ne lui appartienne pas. C'est le parent qui choisit le moment d'utilisation de la console ou de la tablette, en privilégiant des temps dans la journée mais pas le soir.
Mesures Gouvernementales et Initiatives Éducatives
Conscient des enjeux liés à l'exposition des enfants aux écrans, le gouvernement a adopté des mesures pour mieux les protéger. Une loi visant à instaurer une majorité numérique et à lutter contre la haine en ligne (loi n° 2023-566 du 7 juillet 2023) fixe la majorité numérique à 15 ans pour s'inscrire sur les réseaux sociaux.
Dans les lieux d'accueil de la petite enfance, l'usage des écrans est désormais interdit pour les enfants de moins de 3 ans, conformément à la charte de l'accueil du jeune enfant modifiée par arrêté ministériel le 02 juillet 2025. L'État agit également en amont, avec une stratégie fondée sur le développement des compétences psychosociales. L'école est un lieu de sensibilisation, et un programme de certification des compétences numériques a été généralisé à toutes les classes de 6e depuis 2024.
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