Le second XXe siècle marque un tournant dans l'histoire des métiers liés à la prise en charge des enfants, caractérisé par la professionnalisation des acteurs de la petite enfance et l'établissement d'une hiérarchie entre ces professions. Une étape significative de cette transition se manifeste à travers les formations préparant au métier d'auxiliaire de puériculture, dont le diplôme fut institué par le décret de 1947. Cet article se propose de reconstituer le parcours de formation des premières élèves auxiliaires de puériculture, en s'appuyant notamment sur les archives exceptionnellement conservées de l'École de Bron, située en banlieue lyonnaise.

La Professionnalisation des Métiers de la Petite Enfance

La formation d'auxiliaire de puériculture encourage les élèves à définir leur rôle en tant que professionnelles de la petite enfance en devenir. Le dévouement, qualité centrale des acteurs de la petite enfance, incarne le caractère genré de ce métier. Les élèves adoptent les postures et les qualités véhiculées par les discours sur leur futur métier, se montrant dévouées, aimantes, tendres et exerçant leur profession par vocation. L'examen de leur formation permet de remettre en question l'uniformité des représentations des premières élèves auxiliaires de puériculture au début des années 1950, période où s'amorce le processus de professionnalisation des métiers de la petite enfance.

L'École de Bron : Un Centre de Formation Pionnier

L'École de Bron ouvre ses portes en 1948, un an après le décret du 13 août 1947 qui établit les diplômes de puéricultrice et d'auxiliaire de puériculture. Créée au sein du foyer départemental de l'enfance du Rhône, qui accueille des enfants de la naissance à l'adolescence, elle forme environ une centaine d'auxiliaires de puériculture par an, dont la plupart sont logées à l'internat. Pendant la décennie étudiée, l'École est dirigée par une femme, Madame Fabry, infirmière et éducatrice spécialisée. La formation dure un an, dont dix mois sont consacrés à des stages pratiques, effectués auprès des enfants du foyer pour la majorité, de jour comme de nuit. Les cours théoriques portent sur l'anatomie du nourrisson, l'accompagnement des mères à l'allaitement, les soins d'hygiène, la nutrition des jeunes enfants, l'éveil et les soins à administrer aux enfants malades.

Le Contexte de la Formation : Classes Populaires et Enjeux de Genre

Alors que l'offre de formation double entre les années 1950 et 1990, avec 46 écoles en 1955 et plus de 90 en 1992, ce cursus représente une voie professionnelle majeure pour les filles et les femmes des classes populaires. La formation aux métiers du care est un champ encore inexploré dans l'histoire de l'enseignement technique et professionnel. Les historiens de l'enseignement se sont davantage penchés sur les formations aux métiers de la confection et du bureau, et l'histoire de l'enseignement des filles s'est encore peu intéressée aux formations courtes à destination des classes populaires, privilégiant les recherches sur l'accès des femmes à l'université.

La notion de « travail du care », définie par Pascale Molinier comme l'ensemble des « activités spécialisées où le souci des autres est explicitement au centre », invite à renouveler les travaux sur le soin, l'attention portée à autrui et la prise en charge des personnes vulnérables. Le souci des autres justifie pour les élèves de cette école d'adopter une posture dévouée, maternelle, presque sacrificielle. C'est là que réside l'un des enjeux majeurs de ce métier de la petite enfance, qui produit et reproduit des normes genrées et attribue des qualités naturalisantes à celles qui l'occupent.

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Profil Sociologique des Élèves : Une Population Féminine et Diversifiée

En 1950, l'École rappelle sa volonté de figurer comme une « aide à la qualification et à l'emploi des jeunes femmes d'un niveau scolaire faible issues en partie d'un milieu rural qui constituent une catégorie vulnérable au regard de l'emploi ». La promotion étudiée, 1951-1952, est composée exclusivement de femmes, bien que la profession ne soit pas féminine dans ses statuts. Tous les documents administratifs portent la mention « Mlle » et s'adressent à une « candidate », la question du genre féminin est posée comme une évidence.

L'École précise sa volonté de recruter des femmes « jeunes », et l'admission aux écoles d'auxiliaires de puériculture est réservée aux femmes âgées de 18 à 35 ans. Les élèves étudiées sont plus âgées que ce que l'on pourrait supposer. En effet, seulement un tiers des élèves ont moins de 20 ans, près de la moitié ont entre 20 et 25 ans et 7 plus de 25 ans.

Sur les fiches de renseignements, figurent les professions du père et de la mère des élèves. Pour la promotion 1951-1952, sur 43 cases renseignées, huit pères travaillent dans le milieu agricole, huit sont ouvriers, sept employés et six artisans ou commerçants. Du côté des mères, sur les 42 cases renseignées, on compte neuf cultivatrices, quatre employées, trois ouvrières et deux ménagères. Environ un cinquième des élèves sont issu de familles monoparentales, ou ont deux parents décédés ou absents, signe d'une situation modeste. Les élèves des années 1950 sont donc issues des classes populaires ouvrières et agricoles ou des petites classes moyennes, pour celles dont les parents occupent des emplois de bureau.

Parcours Scolaires et Expériences Professionnelles

Alors que les élèves issues de la bourgeoisie connaissent une forme de déclassement en intégrant les écoles de service social plutôt que l'université, l'entrée en école d'auxiliaires de puériculture constitue, à l'inverse, une opportunité de poursuite de scolarité pour les candidates de milieux plus populaires. Les candidates à l'École de Bron titulaires du BEPC, du CAP aide-maternelle et, plus tard, du BEPA auxiliaire sociale en milieu rural, sont ainsi dispensées du concours d'entrée, composé de trois épreuves : français, arithmétique et sciences naturelles.

En 1950, l'école primaire est obligatoire jusqu'à 14 ans. Ainsi, l'ensemble des élèves étudiées sont donc censées avoir suivi des cours d'enseignement primaire. 26 élèves sur 59 l'ont obtenu en 1950, ce qui correspond à la moyenne observée. Si l'on se penche sur les parcours scolaires des élèves avant l'entrée dans l'École, dix ont suivi des cours en centre ménager ou centre d'apprentissage et sept des cours complémentaires, deux ont fréquenté un collège technique et deux un lycée. En 1950, 14 élèves sur 59 sont en possession d'un autre diplôme que le CEP, cinq d'entre elles ont le BEPC et quatre un CAP. Les parcours scolaires des élèves s'effectuent presque exclusivement dans l'enseignement primaire et les diplômes obtenus attestent la réussite de formations professionnelles réalisées dans les écoles nationales professionnelles, en centres d'apprentissage, ou dans des instituts ménagers. Néanmoins, pour la majorité d'entre elles, l'entrée à l'École de Bron constitue la première prolongation après le cycle primaire. Compte tenu de l'âge des entrantes, on constate une interruption des scolarités, durant laquelle les jeunes femmes travaillent.

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Sur les vingt-quatre qui indiquent leurs anciennes activités, seize ont déjà travaillé auprès d'enfants ou comme aide à domicile, quatre étaient employées (secrétaire et employée de banque ou de magasin), deux ouvrières, et deux autres travaillaient dans le milieu agricole. Parmi elles, cinq occupaient le même emploi qu'un de leurs parents.

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