Introduction
L'école maternelle Le Corbusier représente bien plus qu'un simple établissement éducatif. Intégrée aux Unités d'Habitation conçues par Le Corbusier, elle incarne une vision architecturale et pédagogique avant-gardiste. Cet article explore l'histoire et l'architecture de ces écoles, en particulier celles de Rezé et Firminy, en mettant en lumière leur conception unique et leur impact sur la vie des habitants. L’article s’adresse à un large public, des élèves de CM2 aux professionnels de l’architecture, afin de rendre accessible l’histoire et l’importance de ces bâtiments emblématiques.
L'Unité d'Habitation : Un Concept Révolutionnaire
Le Corbusier concevait l'Unité d'Habitation comme un "village vertical", un immeuble d'appartements offrant une multitude de services communs pour faciliter la vie de ses habitants. Ces services incluaient des commerces, des espaces de loisirs et, élément essentiel, une école maternelle. L'idée était de créer une "unité de fonctionnement" où tous les aspects de la vie quotidienne seraient intégrés. Il est toutefois précisé que le terme « d’Unité d’habitation » est en principe employé par M. Le Corbusier pour définir un immeuble d’appartements contenant de nombreux services communs, tels que magasin de ravitaillement, salon de lavage, crèche, jardin d’enfants, etc., l’ensemble formant alors une « unité de fonctionnement ».
L'École de Rezé : Une Intégration Architecturale Réussie
Genèse et Conception
À Rezé, près de Nantes, la Maison Familiale, une société coopérative d'habitation, commanda à Le Corbusier un bâtiment de cent logements sur le modèle de l'Unité d'Habitation de Marseille. L'école maternelle, initialement prévue au rez-de-chaussée, fut finalement construite sur le toit-terrasse en 1954, suite à une décision du maire. L’école, non prévue au démarrage des travaux, en 1953, sera ajoutée sur le toit en cours de chantier.
L'Intervention de Iannis Xenakis
Alors occupé par la construction de Chandigarh, Le Corbusier confia la réalisation de l'école à Iannis Xenakis, qui travaillait déjà sur le chantier de l'Unité d'Habitation. Xenakis, s'inspirant de la musique, organisa le jeu des fenêtres à différentes hauteurs pour offrir aux enfants une vue constante sur l'extérieur. Les façades intègrent quatre formats standards de fenêtres répartis selon une configuration aléatoire en s’inspirant des neumes, les notes musicales des partitions grégoriennes. L’éclairage intérieur des salles de classe devaient prendre la forme de constellation d’étoiles. L'école est à la fois baignée de lumière et protégée des tempêtes qui peuvent souffler à cette hauteur. Ici, pas de pan de verre ni de grande baies vitrées, les salles de classe et de sommeil donnent l’impression de solidité et de sécurité. Les passages sur l’extérieur sont de solides portes pivotantes qu’il faut manœuvrer avec force pour sortir.
Une École Ouverte sur le Quartier
Aujourd'hui, l'école Le Corbusier accueille les enfants du quartier, devenant un vecteur d'ouverture de l'Unité d'Habitation. Acquérir ses premiers apprentissages, sous le ciel, n’est plus le privilège des seuls enfants de la Maison Radieuse, c’est aussi une expérience unique partagée par les enfants des habitations environnantes qui chaque matin empruntent le hall et les ascenseurs pour retrouver leurs camarades à plus de 50 m de haut. Cette ouverture de l’école à une carte scolaire élargie l’a pérennisée et il n’est aujourd’hui plus question de la fermée. Elle est devenu constitutive du bâtiment en ce qu’elle lui donne sa ligne d’horizon particulière et reconnaissable mais elle est encore plus constitutive de l’unité de la Maison Radieuse.
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Le Hall : Un Espace de Vie Communautaire
Le hall de l'Unité d'Habitation est un espace central et animé. Le hall de l’UH, que l’on entre ou que l’on sorte, est cet espace magique où il se passe toujours quelque chose ! Derrière leur banque de béton, les gardiens accueillent les visiteurs et veillent à la bonne marche de l’UH. Espace technique avec les plateaux de chargement que l’on vient emprunter, la boîte aux lettres de la poste, les colis à retirer… le hall de l’UH est également, avec la “casquette”, LE point de rendez-vous, tout à la fois pour les visiteurs et pour les habitants. Également lieu d’accueil pour les animations, le hall prend parfois des airs de fête avec la décoration du sapin de Noël par les enfants de l’UH, d’exposition pour les travaux de la maternelle, de salle de projection pour partager le dernier match de la coupe du monde de football !
Protection et Reconnaissance
Un mois après la mort de Le Corbusier, les façades et les toitures de l’Unité d’Habitation de Rezé sont inscrites au titre des monuments historiques. Les façades sont restaurées une première fois en 1999. Les études pour une nouvelle restauration sont en cours ainsi qu’une tranche d’essai in situ. L’Unité est toujours habitée, sa vie associative est riche et son école maternelle toujours en activité. L’association des habitants créée en 1954, l’AHMR, l’Association des Habitants de la Maison radieuse (en référence au nom proposé par Le Corbusier pour l’Unité), est moteur de nombreuses activités culturelles.
L'École de Firminy : Une Utopie Inachevée
Un Projet Ambitieux
La construction de l'UH Le Corbusier (1965-1967) a été réalisée dans le cadre du projet Firminy-Vert, une utopie urbaine voulue par Eugène Claudius-Petit. Cet immeuble est la dernière des grandes unités d'habitation conçue dans le monde par l'Architecte. L'ensemble, conçu à l'échelle du Modulor, comporte 414 logements de type HLM. L'école maternelle "plein ciel" sur trois niveaux, située au sommet de l'édifice, devait accueillir les enfants des trois unités d'habitation prévues dans le quartier.
Une École Sous-Utilisée
L'école inaugurée en 1968 devait accueillir les enfants des trois unités d'habitation prévues dans le quartier… mais le plan d'urbanisme ne fut jamais achevé et l'école jamais entièrement utilisée. En 1973, elle a accueilli jusqu'à 126 élèves répartis en quatre classes, son meilleur taux de remplissage. En 1984, seules deux classes subsistaient. L'école a finalement fermé ses portes en 1998.
Une Réouverture Symbolique
Le lieu retrouve ainsi sa vocation originelle, comme l'avait imaginé l'architecte. L'établissement, qui avait fermé ses portes voilà 14 ans, va accueillir des étudiants en master de l'Université stéphanoise Jean-Monnet. Plus précisément : une section internationale universitaire en rapport avec le patrimoine.
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L'Architecture des Écoles Maternelles Le Corbusier
Caractéristiques Générales
Construite en 1954 sur la terrasse haute de la Cité radieuse (1953) avec un système de poteaux-poutres, l'école maternelle de Le Corbusier à la Cité radieuse de Rezé (Loire-Atlantique), se caractérise par sa forme rectangulaire à toit plat et ses ouvertures réalisées avec des encadrements en bétons. Une composition plastique que Le Corbusier a mis au point avec Iannis Xénakis. Volontairement «aléatoire», elle est renforcée par une alternance des dimensions des cadres et des vitraux aux couleurs et textures variées qui illuminent à nouveau le quotidien des enfants.
L'École de Firminy : Une Conception Spécifique
En février 1968, s’ouvrait l’école maternelle Le Corbusier qui comptait huit classes. En outre, un certain nombre de salles étaient destinées à accueillir les activités manuelles, pour le repos, les sanitaires incorporés à chaque classe. Les trois niveaux qui composaient l’établissement, étaient reliés par des plans inclinés.
Un Terrain de Jeux sur le Toit
Sur le toit, les enfants profitaient d’un terrain de jeux insolite : vélos, bacs à sable, potager où ils cultivaient et vendaient leurs salades aux habitants.
Autres Exemples d'Écoles Innovantes
L'École de Briey : Une Architecture Industrielle
Georges-Henri Pingusson œuvre à partir de 1952 au projet d’aménagement communal de la ville de Briey. L’architecte imagine dans un premier temps regrouper l’ensemble du programme dans un seul édifice implanté sur quatre étages, à flanc de coteau. Mais en 1960, de nombreux ajustements sont imposés comme la réduction du nombre de classes de seize à dix. Cette dernière est construite en onze mois et accueille ses premiers élèves lors de la rentrée de septembre 1961. Ces désaccords ainsi que diverses transformations postérieures ont fait perdre au projet de Pingusson sa force initiale. L’école primaire, comprenant dix classes et deux logements de fonction, s’implante dans le sens de la pente du terrain. Elle bénéficie d’une conception rigoureuse et d’une mise en œuvre mobilisant des procédés de fabrication issus de l’industrialisation. Ainsi, les parois sont réalisées en plaques clavetées et calfeutrées disposées selon une trame de 1,75 mètres entre des poteaux de béton armé. Des coursives, accessibles par des rampes, desservent l’ensemble des salles de classe. La disposition en redents permet d’éclairer naturellement chaque classe tout au long de la journée. L’école maternelle, située sur la parcelle voisine, s’articule quant à elle autour d’une circulation centrale épousant la pente du terrain. De part et d’autre de ce couloir sont disposées les quatre salles de classe, placées en alternance avec des cours sur lesquelles elles s'ouvrent.
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