La pédagogie Freinet, née au début du XXe siècle, est une approche éducative qui met l'accent sur l'autonomie, la coopération, l'expression libre et l'expérimentation. Elle a été développée par Célestin Freinet, un instituteur français qui cherchait à transformer l'enseignement traditionnel pour mieux répondre aux besoins des enfants. Cette pédagogie continue d'inspirer de nombreux enseignants et éducateurs à travers le monde, de la maternelle à l'université.

Les origines de la pédagogie Freinet : un rejet de la guerre et de la domination

La pédagogie Freinet est née du refus de la guerre et de la domination. Célestin Freinet, fils de paysans, était un jeune instituteur, diplômé en juillet 1914. Il venait tout juste de finir sa formation à l’école Normale (l’école de formation des instituteurs) que la guerre a été déclarée. Blessé physiquement et moralement pendant la Première Guerre mondiale, Freinet en est revenu écoeuré, se demandant pourquoi il était parti tuer des fils de paysans allemands qui ne lui avaient rien fait. Traumatisé par la guerre, il ne voulait plus d’une pédagogie qui apprenne surtout aux enfants à obéir aux ordres donnés. Il aspirait à une vie nouvelle, un monde de paix et de coopération entre les peuples et les cultures.

Avec des collègues, il a fondé une association et ils ont cherché ensemble comment faire, ils ont échangé et réfléchi pour imaginer des techniques pédagogiques au service de ce projet. La pédagogie Freinet, née du rejet de la guerre de 14, est d’abord une éducation à la paix et à l’entente entre les peuples. Ces valeurs essentielles sont ce qui lie les militant·es au sein du mouvement Freinet.

Les principes fondamentaux de la pédagogie Freinet

La pédagogie Freinet se distingue par plusieurs principes clés qui en font une méthode unique et efficace :

L'expression libre des enfants

Un des aspects les plus marquants de la pédagogie Freinet est l'expression libre des enfants. Les élèves sont encouragés à s'exprimer à travers des textes libres, des dessins, des journaux scolaires ou des projets collectifs. Cette liberté d'expression favorise la créativité et la confiance en soi des enfants, tout en renforçant leur motivation à apprendre. Freinet croyait fermement que l'expression personnelle permet à chaque élève de mieux comprendre et d'intégrer les apprentissages.

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L'apprentissage par l'expérimentation

Dans la pédagogie Freinet, les enfants apprennent mieux en faisant. L'apprentissage par l'expérimentation est donc au cœur de cette méthode. Les activités pédagogiques sont organisées autour de projets concrets qui impliquent manipulation, observation et expérimentation. Selon Freinet, l'apprentissage actif et direct permet aux enfants d'ancrer leurs connaissances de manière durable. En favorisant l'expérience plutôt que la théorie abstraite, Freinet a révolutionné la façon d'enseigner.

Beaucoup d’enseignant·es apprennent aux élèves des savoirs dont ils n’ont pas eu l’expérience du manque, en voulant sans cesse aller trop vite. Lorsque les enfants cuisinent, pêchent ou bricolent avec leurs parents, ils agissent en les imitant, mais aussi en tentant des techniques nouvelles, parfois réussies, parfois échouées, et peuvent en parler pour mieux comprendre ce qui arrive. Mais souvent à l’école, l’enseignant impose aux enfants de retenir des savoirs qu’ils n’ont pas pu expérimenter, autour desquels ils n’ont pas pu échanger, tester, organiser des expériences, parce que le programme ne laisse pas le temps, parce qu’il y a le stress de l’évaluation, de l’examen, du test. L’enfance a besoin de temps, d’échanges et d’expériences. La pédagogie Freinet se donne une organisation du travail qui permet souvent aux enfants d’avoir envie, d’avoir besoin, de tenter de faire sans, de retenter de faire avec, afin que ce chemin de construction construise pas à pas un chemin de mémorisation active. Il n’y a pas de « pédagogie passive ». Les classes Freinet sont des classes dans lesquelles les enfants font « pour de vrai ». La classe n’étudie pas passivement la recette de cuisine, mais nous l’étudions pour la cuisiner et nous cuisinons pour organiser vraiment une fête.

L'organisation coopérative de la classe

La coopération est au cœur de la pédagogie Freinet. Le travail en groupe et la solidarité sont encouragés. Les élèves participent activement à la gestion de la classe et prennent des décisions collectives à travers des conseils d'élèves. Cette organisation coopérative favorise l'autonomie des enfants et leur apprend à travailler ensemble dans un environnement respectueux et bienveillant.

Dès le plus jeune âge, l’enfant peut travailler, c’est-à-dire agir vraiment pour ses propres projets. Non pas pour gagner un salaire, évidemment. Mais avoir une vraie responsabilité, et apprendre à la tenir sans qu’on soit sans cesse obligée de la rappeler. Mettre la table, balayer, ranger, bricoler, éteindre la lumière, essuyer le tableau, ranger la classe… Dès la maternelle, ces responsabilités doivent porter le nom des vrais métiers, pour faire comprendre aux enfants qu’une société (même une petite société d’enfants) a besoin de différentes compétences qui sont d’égale dignité. La Dévolution, c’est la confiance que nous allons apporter au groupe d’enfants pour faire par eux même tout ce qu’ils peuvent faire. L’organiser avec méthode et cesser de donner des ordres et des consignes et des leçons et des notes comme s’ils devaient devenir des soldats obéïssants. La dévolution c’est la construction progressive de la confiance en soi, par la responsabilité d’actes autonomes au service de la collectivité ou de la famille. La pédagogie Freinet n’est pas une pédagogie du jeu, mais une pédagogie du travail, de la recherche et de l’effort qui permet de surmonter les difficultés pour découvrir la joie de l’apprentissage.

Une évaluation bienveillante et formative

Dans la pédagogie Freinet, l'évaluation ne repose pas sur des notes, mais sur une observation continue des progrès de l'enfant. Des bilans réguliers et des auto-évaluations permettent aux élèves de prendre conscience de leurs acquis et de leurs axes d'amélioration. Cette approche formative, qui prend en compte le développement global de l'enfant, est essentielle dans la pédagogie Freinet, qui valorise les progrès individuels plutôt que la compétition entre élèves.

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Les techniques de la pédagogie Freinet

Pour mettre en œuvre ces principes, les enseignants Freinet ont inventé durant un siècle des dizaines de techniques qui permettent d’aider à mettre en œuvre ces principes. En voici quelques exemples :

  • Quoi de neuf et Présentations : Le matin, la classe se réunit. On s’installe en cercle et quelques enfants s’inscrivent pour parler de quelque chose, ou présenter un objet en moins de 3 minutes. Chaque enfant doit pouvoir apporter ses savoirs et poser ses questions dans le cadre de la classe. Présenter un outil, un instrument de musique, un lapin nain ou un poisson rouge, et tenter de répondre aux questions des camarades. Chaque semaine, un petit temps de la classe sera consacré à cette activité, pour permettre aux enfants de relier leur vie d’enfant dans leur famille et leur vie d’écolier, pour leur permettre d’être tour à tour l’enseignant et l’enseigné et expérimenter cette position dans la classe.
  • Conseil : La classe doit devenir une petite République d’enfants, avec un Conseil de citoyens et des délégations d’action pour gérer les félicitations, les projets, les conflits, le travail, la propreté, les plantations ou les élevages de la classe, les projets et les progrès, l’entraide et le matériel. On se réunit, des décisions se prennent, à l’unanimité ou par un vote, elles sont consignées dans un cahier.
  • Création mathématique : Les mathématiques ne sont pas un ensemble de techniques, pas plus que l’étude de la langue n’est un ensemble de règles lexicales et grammaticales. Ce sont des langues qui décrivent le monde et il faut pouvoir autoriser les enfants à les manipuler, les pratiquer, jouer avec, créer, imaginer des problèmes… Cela demande des réflexions, et même si parfois on « sèche » devant leurs questionnements, ce n’est pas grave.
  • Plan de travail : Pour être motivés, les enfants ont besoin de projets, mais il faut aussi s’entrainer, mémoriser des techniques, des tables, des tableaux de conjugaison. Mais la classe où tous les élèves sont exactement au même niveau au même moment n’existe pas, à Tahiti comme dans le reste du monde. Le plan de travail permet de différencier les temps d’exercisation et de laisser les enfants progresser à leur rythme pour ces entrainements.
  • Correspondance : Pour apprendre à faire du vélo, tout le monde a conscience qu’il faut monter sur un vélo. Ce n’est pas en démontant le pneu, ni en observant le pédalier, mais en tenant le guidon qu’on apprend, au risque de quelques chutes qui demandent du courage et de la détermination. Alors, pour apprendre à écrire, à créer un récit cohérent, à vérifier la présentation et l’orthographe, l’idéal c’est d’être dans la nécessité d’écrire, et avoir des correspondants dans une classe très éloignée géographiquement, socialement, culturellement est un atout, cela permet à toutes les écoles de trouver la mixité sociale, culturelle ou ethnique dont elle a besoin.
  • Texte libre, dessin libre, création artistique : Il faut aussi pouvoir écrire librement, des textes, des poésies, des récits, des exposés, parce qu’on est passionné des volcans, des dinosaures, des chatons ou des poneys. Cette liberté est essentielle car elle est le moteur de l’effort qui va être demandé à l’enfant pour écrire, rectifier, publier, exposer son récit, montrer son dessin, accepter éventuellement les critiques des camarades et parfois se retrouver avec une peinture de tournesol mise juste à côté d’un tournesol de Gauguin pour voir les différences et les ressemblances. Dans les classes Freinet, on ne travaille pas « à l’imitation de ».
  • Toilettage de texte : La pédagogie Freinet ne consiste pas à s’extasier devant une production de « premier jet ». Au contraire, on va l’observer avec tous les enfants de la classe, tenter de trouver de nouvelles idées, de préciser, de mieux expliquer, d’enlever les erreurs, grâce à des grilles de relectures qui seront construites au fur et à mesure des besoins et qui deviendront les « leçons ».
  • Conférences : La classe Freinet se nourrit aussi de tous les apports, et certains enfants ont des connaissances, des savoirs familiaux qui peuvent être intéressants pour toute la classe. La maman de Soumila est boulangère et Soumila a filmé son père en train de préparer la pâte à pain. Le papa de Jérôme est camionneur et peut expliquer comment fonctionne un moteur à explosion. Jérôme a déjà démonté un moteur avec son papa et peut montrer des pistons, un carburateur, un arbre à cames… Tout est bon à prendre. Les vocations peuvent naître de rencontres improbables.
  • Sorties : L’étude du milieu dans lequel on vit est indispensable. Chaque classe doit visiter son village, son marché, son musée, sa montagne et pique-niquer au bord de sa rivière. Mais l’école se doit également d’offrir à tous les enfants une émancipation, c’est-à-dire la possibilité d’apprendre davantage que ce que les parents auraient pu seuls transmettre aux enfants. Alors, il faut aller plus loin, il faut découvrir, il faut voyager.
  • Journal scolaire : Tous les écrits doivent avoir une destination. Le cahier, c’est un outil de travail, ce n’est pas une destination. On écrit à quelqu’un, on écrit pour quelqu’un. Alors, publier dans un journal quelques textes, quelques dessins, et le distribuer, le vendre, le coller sur les murs du quartier, c’est alimenter le moteur des efforts d’écriture que tous les enfants devront faire.
  • Débat philo : Ne croyez pas que la morale, la philosophie ou les grandes questions de société, la vie, l’amitié, l’amour, le mensonge, sont des questions d’adultes. Bien au contraire, les enfants ont beaucoup d’intérêt pour ces questions et aiment confronter les opinions de leur famille et celles des autres afin de construire leur propre pensée. Car dans la famille de Lucette, tout le monde doit finir son assiette, alors que dans la famille de Louis, maman mange ce qui reste si on n’a pas faim. Dans la famille de Léon, chacun mange tout seul devant sa télé ou sa tablette, et on fait comme on veut. A l’école, les enfants découvrent que ce qu’ils pensaient être loi ne l’est pas toujours. Que certains croient en Dieu et que d’autres ne croient pas, qu’il existe des chrétiens, des juifs, des bouddhistes…. et des athées.
  • Marché des connaissances : Chaque enfant, ou chaque équipe d’enfant va proposer à une autre classe de petits apprentissages. Et les enfants vont échanger des savoirs. Martin propose d’enseigner à faire des scoubidous carrés, Kylian propose d’enseigner les règles du basket, Melvin propose d’enseigner à dessiner des papillons symétriques… Deux ou trois enfants s’inscrivent à chaque atelier proposé.

La petite république d’enfants, gérée par son petit gouvernement d’enfants va apprendre petit à petit non seulement les règles de la vie, mais tous les codes et les règles des programmes, mis en perspectives par l’action, et non par l’écoute et la soumission. Elle formera des citoyens plus respectueux des autres habitants de la planète, plus conscients de la nécessité d’écouter autrui, plus ouverts aux autres cultures du monde.

Les invariants de la pédagogie Freinet

Pour aider chaque enseignant·e à tenir ce chemin de réflexion (car la pédagogie Freinet est un chemin, sur lequel on apprend à randonner petit à petit, en faisant une ou deux techniques, et en cherchant comment mettre en œuvre les principes de manière plus claire, ce qui appellera une ou deux nouvelle techniques, du matériel, des idées, des projets, et petit à petit, on avance), Freinet a laissé 30 invariants, c’est-à-dire 30 idées qui fondent le socle de ce que partagent les enseignant·es Freinet, tous différents, donc dans des classes qui ne fonctionnent pas de la même manière.

Trop long de reproduire ici les 30. On les trouve désormais facilement sur le site de l’ICEM. Mais voici le premier : « L’enfant est de la même nature que nous. » Nous, ce sont les hommes et les femmes adultes de ce pays. Il n’y a plus ni maîtres ni esclaves. Nous devrions être désormais tous égaux en dignité et en droits. Et voici le dernier : « il y a un invariant aussi qui justifie tous nos tâtonnements et authentifie notre action : c’est l’optimiste espoir en la vie.

Les bénéfices de la pédagogie Freinet

Adopter cette approche pédagogique permet aux enfants de bénéficier de nombreux avantages :

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  • Un développement de l'autonomie et du sens des responsabilités.
  • Une motivation accrue grâce à un apprentissage basé sur l'intérêt personnel et la liberté d'expression.
  • Une meilleure confiance en soi et une valorisation des compétences individuelles.
  • Une socialisation renforcée par le travail coopératif et la participation active de chaque élève.

Les bienfaits de la pédagogie Freinet ne se limitent pas à la sphère scolaire. Elle favorise également l'épanouissement personnel des enfants, en leur offrant une approche plus humaine et centrée sur l'individu.

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