La dyspareunie, définie comme une douleur génitale récurrente ou persistante survenant avant, pendant ou après un rapport sexuel, est un problème de santé significatif mais souvent sous-estimé chez les femmes, notamment après l'accouchement. Ce trouble sexuel, qui touche environ 7,5% des femmes sexuellement actives, peut avoir des causes variées et un impact considérable sur la qualité de vie et la dynamique relationnelle. Il est crucial de briser le tabou entourant ce symptôme et d'encourager les femmes à rechercher une aide médicale appropriée.
Causes de la dyspareunie post-partum
Après l'accouchement, plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'apparition ou à l'aggravation de la dyspareunie. Ces facteurs peuvent être d'ordre physique, hormonal ou psychologique.
Modifications hormonales et atrophie muqueuse
Quelle que soit la voie d'accouchement, les muqueuses vulvo-vaginales subissent une chute hormonale significative après la naissance. Cette chute hormonale entraîne une atrophie muqueuse, caractérisée par un amincissement, une fragilité et une lubrification réduite des muqueuses. Ces changements rendent la vulve et le vagin plus inconfortables, augmentant ainsi le risque de douleurs lors des rapports sexuels, en particulier lors de la pénétration.
Cette phase d'atrophie muqueuse est de durée variable. Elle est souvent présente pendant la période d'allaitement et peut être exacerbée par l'utilisation d'une contraception microprogestative (pilule, stérilet ou implant à base de désogestrel), qui peut maintenir un certain degré d'atrophie chez certaines femmes. Normalement, cet inconfort régresse progressivement dans les mois qui suivent l'accouchement.
Lésions périnéales et cicatrisation
L'accouchement par voie basse peut entraîner des déchirures du périnée. Une épisiotomie, incision chirurgicale du périnée visant à faciliter le passage du bébé, peut également être pratiquée. Après la suture, il est normal que la zone reste sensible pendant plusieurs jours à quelques semaines. Cependant, dans certains cas, la douleur peut s'installer de manière plus durable.
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Les tissus cicatriciels peuvent s'épaissir, formant une zone indurée, fibreuse et sensible au toucher ou à la pression. Des adhérences peuvent également se former en profondeur. Si ces adhérences ne sont pas traitées, elles peuvent persister et provoquer des douleurs lors des rapports sexuels. La meilleure prévention consiste en un auto-massage périnéal et des cicatrices, réalisé quotidiennement pendant quelques minutes, sur plusieurs semaines.
Autres causes physiques
Outre les facteurs liés à l'accouchement, d'autres causes physiques peuvent contribuer à la dyspareunie post-partum :
- Infections vaginales : Les infections vaginales, telles que les mycoses ou l'herpès, peuvent provoquer des brûlures, des démangeaisons et des pertes vaginales inhabituelles, rendant les rapports sexuels douloureux. Un simple déséquilibre de la flore vaginale peut également être en cause.
- Pathologies gynécologiques chroniques : Des pathologies telles que l'endométriose ou l'adénomyose peuvent occasionner des douleurs profondes lors des rapports sexuels, bien que ces douleurs ne soient généralement pas localisées au niveau de la vulve ou du vagin.
- Particularités anatomiques : Dans certains cas, des particularités anatomiques telles qu'un hymen épais ou imperforé, ou une bride ou cloison vaginale, peuvent être à l'origine de douleurs lors des premiers rapports sexuels.
- Vaginisme : Le vaginisme se caractérise par une contraction involontaire et douloureuse des muscles à l'entrée du vagin, rendant la pénétration impossible. Les dyspareunies primaires (présentes depuis toujours) sont souvent associées à une méconnaissance de l'anatomie féminine et/ou à une éducation sexuelle pauvre ou stricte.
Facteurs psychologiques
Les facteurs psychologiques jouent un rôle important dans la dyspareunie. Des antécédents de traumatismes et de violences physiques, psychiques ou sexuelles peuvent être à l'origine de troubles. L'anxiété, la dépression, le stress et les problèmes relationnels avec le partenaire peuvent également contribuer à la douleur.
Diagnostic de la dyspareunie post-partum
Il est essentiel d'aborder le sujet de la dyspareunie en consultation gynécologique avec sa sage-femme, son gynécologue ou son médecin généraliste. Le professionnel de santé interrogera la patiente sur la date d'apparition du trouble, sa localisation précise, sa présence systématique ou positionnelle, la description de la douleur et son intensité pendant et après les rapports sexuels. Il abordera également le positionnement du partenaire vis-à-vis de ces symptômes (culpabilisation, acceptation, soutien, critique).
L'examen clinique, comprenant un examen pelvien, est essentiel pour déterminer la source de la douleur. Le médecin peut utiliser un coton-tige pour toucher différentes zones autour et/ou dans le vagin afin d'identifier les zones sensibles. L'examen pelvien permet également de détecter ou d'exclure une maladie gynécologique (infection, inflammation…). En cas d'anomalie, le gynécologue ou la sage-femme peut prélever un échantillon pour analyse au microscope.
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Le gynécologue ou la sage-femme évaluera également la rétraction des muscles pelviens autour du vagin en insérant un ou deux doigts gantés dans le vagin.
La dimension psychologique doit être évaluée pour envisager un accompagnement par un professionnel (psychologue ou sexologue).
Traitements de la dyspareunie post-partum
La prise en charge de la dyspareunie nécessite une approche personnalisée, adaptée à chaque situation. Les traitements peuvent inclure des approches médicales, naturelles et psychologiques.
Traitements médicaux
- Traitements hormonaux locaux : En cas de sécheresse vaginale, particulièrement efficace après la ménopause, des traitements hormonaux locaux (crèmes ou ovules à base d'œstrogènes) peuvent être prescrits pour restaurer l'hydratation et l'élasticité des muqueuses.
- Antibiotiques : En cas d'infection bactérienne, des antibiotiques spécifiques seront prescrits.
- Anti-inflammatoires : Des anti-inflammatoires peuvent soulager certaines douleurs pelviennes.
- Chirurgie : Selon la cause de l'inconfort, une prise en charge chirurgicale peut être indiquée (plastie des petites lèvres, plastie de la fourchette vulvaire).
- Injections : Des méthodes d'injections de graisse autologue ou d'acide hyaluronique sont efficaces pour traiter les fissures récidivantes, les épisiotomies et cicatrices de déchirures douloureuses, mais aussi pour la correction des symptômes tels que l'atrophie, la sécheresse, ou pour apporter du volume aux grandes lèvres.
Rééducation périnéale
La rééducation périnéale, réalisée à 6-8 semaines de l'accouchement par une sage-femme ou un kinésithérapeute, permet de tonifier les différents groupes de muscles et de se réapproprier progressivement les sensations du périnée.
Radiofréquence vulvo-vaginale
La radiofréquence vulvo-vaginale est une méthode réalisée par un praticien formé, qui utilise une énergie venant des ondes électromagnétiques dégageant une chaleur dans les tissus.
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Approches naturelles
- Lubrifiants : L'utilisation de lubrifiants lors des rapports sexuels peut réduire la friction et la douleur. Il est conseillé de choisir une huile neutre qui convient aux muqueuses, comme l'huile de coco. Les lubrifiants et hydratants vaginaux comprennent les huiles végétales, les lubrifiants à base de silicone et ceux à base d’eau. Les lubrifiants à base d’eau s’assèchent rapidement et peuvent nécessiter plusieurs applications, mais ils sont préférables à la vaseline et aux autres lubrifiants à base d’huile. Les lubrifiants à base d’huile ont tendance à assécher le vagin et peuvent endommager les moyens de contraception à base de latex tels que les préservatifs ou les diaphragmes. Ils ne doivent pas être utilisés avec les préservatifs. Les lubrifiants à base de silicone peuvent être utilisés avec les préservatifs et les diaphragmes, tout comme les lubrifiants à base d’eau.
- Massage périnéal : Quand les douleurs sont dues à une contraction du périnée, le massage de ce dernier peut soulager. C’est aussi l’occasion de reprendre contact avec son anatomie intime. Il est conseillé de choisir une huile neutre qui convient aux muqueuses, comme l’huile de coco, et de masser la sur toute la zone du périnée.
- Dilatateurs vaginaux : En plus de la psychothérapie, on peut utiliser des dilatateurs vaginaux progressifs qui peuvent permettre une détente musculaire et psychologique progressive.
Approches psychologiques
- Thérapie sexuelle ou psychothérapie : Un accompagnement par un psychologue ou un sexologue peut s'avérer bénéfique, notamment en cas de causes psychologiques ou de traumatismes. Des séances de sexothérapie ou de psychothérapie peuvent aider à mieux gérer la dyspareunie et à réapprivoiser voire réinventer votre sexualité.
- Communication et soutien du partenaire : Le dialogue et la communication au sein du couple jouent un rôle fondamental dans la gestion de la dyspareunie. La patience et la compréhension mutuelle sont essentielles. Le soutien du partenaire peut grandement faciliter le processus de guérison. En cas de dyspareunies persistantes, il est indispensable de communiquer vos appréhensions à votre partenaire.
Conseils supplémentaires
- Éviter les rapports sexuels en cas de lésions de la sphère génitale.
- Adapter les positions sexuelles : Certaines positions peuvent être plus confortables que d'autres. Il est important d'expérimenter et de trouver les positions qui minimisent la douleur.
- Explorer d'autres formes de sexualité : La sexualité ne se résume pas à la pénétration. Le temps que la dyspareunie soit traitée, il vaut mieux proscrire la pénétration : on ne se force pas, le sexe ne doit pas faire mal. Par ailleurs, le plaisir et l'orgasme peuvent être obtenus par de nombreuses stimulations autres que la pénétration : clitoris, poitrine mais aussi tout le reste du corps selon les préférences de chacun et chacune.
- Hygiène intime : Éviter l'utilisation de substances non inertes, allergisantes ou irritantes (savon, gel douche, lingettes) pour l'hygiène intime.
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