Les archives et l'histoire locale offrent un aperçu des dynamiques sociales, économiques et politiques qui ont façonné des lieux comme Crèches-sur-Saône. L'étude de ces dynamiques révèle comment les populations ont interagi avec leur environnement, comment elles ont été affectées par des événements majeurs comme les guerres, et comment elles ont évolué au fil du temps.

Guerres et population civile

La guerre civile est un phénomène politique qui place les armées au service d’une autorité désireuse de contrôler un espace géographique donné, incluant l'espace physique et le peuplement humain. La population civile, actrice dans les conflits, est fractionnée en une multitude d’acteurs. Ceci est illustré à Mâcon, le vendredi 24 février 1425. En ce premier vendredi de Carême, il est interdit de faire des feux dans la ville pour marquer la fin des festivités de Noël et le début d’un temps plus austère avant Pâques. Le Conseil craint un incendie volontaire, car la population n’est pas toujours dissociable de l’adversaire. La difficulté à laquelle se trouve confrontée une ville comme Mâcon est celle de sa sécurité : la préservation de l’ensemble urbain et de son environnement.

Réseaux de renseignement et sécurité urbaine

Les réseaux de renseignement mobilisés pour garantir la sécurité s’intègrent à un dispositif plus vaste de mesures et de moyens concernant une même situation, un même objectif, disposés en vue d’une fin stratégique. Un dispositif de renseignement doit disposer d’un échantillon varié d’acteurs dont les fonctions de surveillance se manifestent de différentes manières : les guetteurs et sergents font office de guides, d’espions publics ; on compte aussi des espions moins remarquables ou plus ordinaires (marchands, clercs, femmes et enfants). Ces pratiques permettent de saisir une communauté du Renseignement, c’est-à-dire un ensemble organisé, coordonné et interactif agissant de manière concomitante et permanente dans une même perspective. La recherche du renseignement doit s’appuyer sur des spécialistes qui ont une formation militaire, une connaissance du milieu et du théâtre des opérations. Guetteurs, sergents ou marchands œuvrent à la surveillance et à la sauvegarde de la population et de son environnement. Ils participent à une lutte élargie où le renseignement recueilli sert de base à l’action politique.

Fonctions de surveillance : les guetteurs

Pour donner l’alerte, communiquer à courte distance, être capable d’assimiler et de transmettre des informations avec rapidité et exactitude, les médiévaux ont recours à des procédés de signalisation qui, pour garantir la transmission, reposent sur la redondance des moyens visuels et auditifs. Le guet est une opération spécifique liée à la surveillance, laquelle se confond avec la garde qui consiste à protéger les murailles. Les points les plus hauts de la ville sont des observatoires privilégiés. Ces points hauts peuvent être reconstitués à partir des gravures de la cité réalisées, dès le xvie siècle, à l’eau-forte ou au burin. Les gravures de Raymond Rancurel (vers 1580), du livre de Nicolas Tassin (1634), de Job Peeters (1656) ou de Jean-Baptiste Lallemand (1780) les laissent apparaître. Elles renvoient l’image d’une ville hérissée de clochers. Ces gravures permettent d’identifier plusieurs points culminants de la ville médiévale : les tours sur le pont de Saône, le clocher de la paroisse Saint-Pierre, la tour de l’évêché, celles du château comtal ainsi que les clochers et les tours des enclos monastiques. Les tours de la cathédrale Saint-Vincent dominent incontestablement l’ensemble. La tour sud de la cathédrale, surmontée d’un beffroi couvert de lames de plomb, abrite quatre cloches et communique par une passerelle en bois avec la tour nord qui contient huit autres cloches et l’horloge. Celui de la paroisse Saint-Pierre de Mâcon, sur le plateau de la Baille surplombant la cathédrale, est affecté au guet. Ces postes sont complétés, en cas d’alerte, par des vigies installées dans la cité et à sa périphérie.

À l’intérieur de l’enceinte urbaine, plusieurs tours carrées ont en commun d’avoir cinq étages, un escalier en spirale éclairé par de petites fenêtres et dont la hauteur dépasse, d’un étage au moins, les maisons environnantes. Cet étage, une pièce ou un grenier, possède quatre fenêtres. Il est surmonté d’un toit à quatre pans coupés, allongés ou surbaissés. Deux des fenêtres de l’étage supérieur regardent vers la campagne alors que les deux ouvertures restantes sont orientées vers des tours similaires. Francisque Lacroix a visité ces tours au siècle dernier. Il rapporte que la tour située rue Sigorgne « possède tout contre les fenêtres regardant vers le sud, au 4e et au 5e étage, des bancs de pierre ». Quant à celle de la rue Philibert-Laguiche, elle a une charpente tellement considérable qu’elle n’était pas destinée à supporter simplement la toiture, mais bien plutôt une ou plusieurs cloches pouvant sonner le tocsin. La distance entre chaque tour permet d’adopter un signal convenu, un appel au son de la voix, de la trompe ou du tocsin. La redondance des moyens est capitale dans les usages militaires. Elle permet, quelle que soit la situation, de ne pas rester démuni.

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L’édification de ces fortifications privées (turris) tire son origine de la domination des milites sur la ville. Au xiie siècle, le bourg épiscopal est un centre économique actif, clos de murs vers 1180. Au chevet de la cathédrale, dans l’immunité de l’évêque, passe le grand chemin successeur de la via Agrippa. C’est la rue Franche, le long de laquelle se concentrent les ouvroirs et les hôtelleries. Ce quartier neuf et commerçant se peuple de maisons nouvelles hors des murailles. La tour par sa fonction d’abord militaire et défensive, puis politique - comme siège de pouvoir - s’impose symboliquement par référence au donjon. Le fait n’est pas isolé. Benjamin Saint Jean Vitus affirme que, dans le cas d’une riche maison de Tournus, rue du Passage-Étroit (xiie-xive siècles), « l’un des phénomènes les plus étonnants de l’habitat médiéval de Tournus est la présence de maisons de pierre construites en hauteur, dont la silhouette évoque irrésistiblement le modèle du château ». La tour témoigne de l’incidence de la féodalité sur la forme du noyau urbain. La ville se présente d’abord comme un château avec son enceinte, ses tours et son pont. De plus, la maison haute permet de hiérarchiser les activités. Ces demeures, bâties à grands frais, disposent de chais et de celliers pour les barriques, de buanderies, d’écuries, de granges pour stocker les céréales, de treilles et d’arbres fruitiers. Ainsi, la Dame de Verneuil possède-t-elle, rue de l’Épée, « une grand mayson » prisée à 384 l. 10 s. et « dues granges où elle tient son foin ». Par ailleurs, elle baille en location deux ouvroirs et deux maisons concomitantes à sa demeure. L’ensemble se monte à plus de 600 l. t.. Cette description rappelle les gravures de Raymond Rancurel et d’Étienne Martellange et souligne de quelle manière les familles bourgeoises imitent la noblesse.

En cas de crise, ces postes de guet sont occupés par des professionnels compétents.

Une fonction clé aux mains de petites gens

L’entrée du guetteur au clocher de la paroisse est un évènement rapporté avec précision dans les registres. Le guet n’est pas systématique. Quand le danger menace, c’est en présence du bailli et du Conseil royal qu’est ordonnée la mise en place d’une vigie, jour et nuit, au clocher de Saint-Pierre. Lorsque le danger est passé, le guet cesse. Ce rythme s’exprime aussi à Troyes par l’importance des effectifs qui lui sont affectés. Lorsque les difficultés surviennent, le guet est doublé. En cas d’extrême tension, les miliciens postent un des leurs avec les guetteurs. Une fois l’angoisse passée, le retour à la vigie unique indique la fin du temps des crispations. Ce rythme soude la communauté autour d’une conception propre du temps. Cette représentation est réaffirmée par le crieur municipal, lequel annonce à Mâcon, rue des Changes, les ordonnances sur le guet. Il est crié et publié à « cry general », par les rues de Châlons-en-Champagne, que chacun soit de bonne heure à son poste. Le guet est une opération confiée à une équipe de spécialistes qui occupent le poste de manière récurrente. À Laon, Henrion de Chaousse et Pierre de Saint-Marcel servent toutes les nuits de 1404 à 1411. Mathieu de Lornages, un trompette lyonnais, œuvre à Fourvière entre 1417 et 1421. À Mâcon, Jean d’Hurigny alias le Boiteux occupe cette fonction pendant plusieurs années, sa présence est signalée en 1413, 1414 et presque chaque mois de 1417 à 1423. Son handicap physique n’est pas une gêne car la garde au clocher autorise la position statique. Il est remplacé par un nouveau guetteur, en juin 1423, Jean de la Croix alias Revercheur. Ces hommes ont bon œil - une qualité pour ce recrutement. » Reverchier » signifie fouiller, examiner soigneusement. Jean de la Croix passe le paysage au crible de son regard exercé. Il contrôle ainsi les mouvements de toutes les populations à risque. Il est encore en poste en avril 1435.

Le guet requiert donc quelques compétences : l’investigation, la maîtrise de l’espace sonore, ainsi qu’une bonne insertion dans la cité. À Troyes, les guetteurs sont capables de ne laisser sortir de la ville ni blé, ni sel, sinon par gens de connaissance. L’intégration communautaire de ces hommes est essentielle. En outre, ils font partie du groupe des litterati maîtrisant au moins la lecture. C’est en tout cas la situation du Revercheur. Un temps, il a été le valet de Guichard Crétin, maître des écoles de Mâcon. Cependant, il semble qu’il ne savait pas savoir écrire. Il ne nous a laissé aucun signum et les quittances qui le concernent ne portent pas d’inscriptions de sa main. Au cœur de l’information, à la fois émetteur et récepteur, le guetteur reste d’abord un individu issu des couches modestes. En 1416, le Boiteux habite avec sa mère au bourg Saint-Nizier, rue de la Chevroterie. Ils s’acquittent tous deux d’une contribution de 6 s. 8 d., qui les place parmi les individus démunis puisque cette année-là, 50 % des feux payent plus d’une livre tournois. Jean d’Hurigny vivant seul avec sa mère, on peut se demander s’il faut y voir l’indication d’un veuvage ou d’un célibat.

À Saint-Gengoux-le-National, en 1426, un espion est jugé pour avoir épié la ville et son château. Les autorités prennent des dispositions afin de faciliter la surveillance des abords et se protéger. À Troyes, des arbres se trouvant près de la chaussée principale empêchent les guetteurs de la porte Saint-Jacques de voir les allées et venues. Il est donc convenu de les abattre. Il en est de même pour les haies et les végétaux qui limitent la vue depuis le beffroi. Le Conseil de Châlons-en-Champagne ordonne la destruction préventive d’une grange et de murs à proximité d’une porte également nommée Saint-Jacques.

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Aux coûts des aménagements dégageant la vue, s’ajoutent les frais d’équipement et d’entretien. On prévoit des achats de tourteaux nécessaires pour allumer, la nuit, les feux des vigies. À Laon, pour l’année 1410, ces livraisons s’élèvent à 2 502 quarterons (soit 306,5 kg) livrés par les couvreurs Jean le Loup et Raoul Buynard. Ces chiffres supposent l’entretien en ville de pigeonniers. Honnoret le Serrurier fournit deux grandes lanternes, alors que le confort de la chambre de garde est assuré par un approvisionnement constant en bûches et chandelles de cire. À Mâcon, Pierre de Pirey se voit confier la tâche de refondre, en mars 1412, la flèche, les croix et étendard de la baie du clocher de Saint-Pierre. Les charpentiers et Laurent le Couvreur se chargent du soutènement et de la couverture de l’ensemble. L’année suivante les magistrats, à la demande de nombreux bourgeois, font remplacer les deux grosses cloches de la paroisse par deux Lorrains, maîtres saintiers, originaires de Sainte-Marie de Toul. Sensibles à la musicalité des cloches, les habitants les souhaitent bien sonnantes et concordées aux louanges divines. L’opération est renouvelée en 1434. Les Lyonnais entreprennent des travaux similaires et Mathieu de Lornages obtient une nouvelle trompette et une bannière en toile en janvier 1420. Au-delà de l’entretien, le clocher, le guetteur et le trompette sont porteurs d’une identité. Le clocher de Saint-Pierre est surmonté d’un étendard aux couleurs du roi. Au clocher de la paroisse Saint-Nizier de Lyon, Mathieu de Lornages dispose d’une bannière aux armes de la ville ; un second trompette, d’une bannière de soie rouge.

Représentant de la ville, le guetteur jure de la servir loyalement et de bien faire son devoir. La formule de serment reprend les termes de celle de l’hommage vassalique et intègre la dimension sociale du jureur lui rappelant l’obligation morale de bien faire son travail. Mathieu de Lornages promet de ne pas porter atteinte à la cité. À Troyes, le serment stipule que la tâche doit être accomplie sans faute. Le méfait ? C’est le manquement léger ou grave à une obligation de droit et à l’honneur. Ainsi, il est recommandé aux guetteurs châlonnais de ne pas être paresseux et de boire raisonnablement. La cité paie ses gages au guetteur. L’affaire est négociée entre les parties et le salaire est régulièrement révisé. Mathieu de Lornages est retenu en 1417 aux gages de 30 s. par mois ; mais, en septembre 1418, il obtient un salaire de 3 fl. car, le temps de la guerre, il est seul et demeure continuellement en poste à Fourvière. En 1421, alors que les Armagnacs occupent Berzé-le-Châtel et Verzé, le Boiteux reçoit jusqu’à 8 l. de gages mensuels (la paie d’un arbalétrier monté à cheval). Sans doute, ces chiffres tiennent-ils compte de la guerre monétaire que se livrent les partis jusqu’en 1422 et de la faible valeur des pièces en circulation. À son départ, en mars 1423, Jean d’Hurigny touche encore 60 s. t. La régularité des paiements est motivée par la crainte du coup de main et d’un manquement au devoir qui pourrait être fatal à la cité. Il s’effectue sans délai. Jean de la Croix perçoit un versement de 30 s. dès sa prestation de serment, puis l’argent lui est régulièrement versé.

En définitive, le guetteur assume la charge capitale de défendre la communauté en même temps qu’il lui fait honneur. Jean de la Croix renvoie une image positive de la ville.

Robin Potel, sergent de la ville

Incontestablement le sergent royal, également détenteur de l’office de sergent de la ville, est, avec le guetteur, un acteur du contrôle de la population. Robin ou Robinet Potel occupe la fonction de sergent de la ville à Mâcon pendant plusieurs années. Il apparaît dans les sources en 1401. En 1404, on apprend qu’il possède deux maisons, dont une rue de la Chevroterie, ainsi qu’une grange. On le rencontre ensuite en 1409-1410, en 1413-1414, puis de Noël 1414 à la saint Jean-Baptiste 1416. Enfin, il reprend une dernière fois l’office de sergent de la ville en 1419. Cet office lui rapporte 100 s. t. par an. La fonction de sergent repose sur une profonde expérience de la nature humaine et sur le sens du bien commun. Robin Potel est receveur des impôts collectés en 1401, 1413 et 1415. En 1413-1414, il prend la ferme du 16e du vin vendu au détail dans la ville. Comme plusieurs bourgeois aux commandes de la cité, Robin est victime de la justice lorsqu…

Autres figures et événements historiques

Il est intéressant de noter la présence de figures telles que David Dupont, affairé au montage de son manège à Chalon-sur-Saône, perpétuant une tradition familiale depuis 1947. Ce manège, l'Himalaya, témoigne d'une histoire locale et de souvenirs partagés par plusieurs générations.

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Dans un autre contexte, la rue Danièle Casanova à Dizy, nommée en hommage à une résistante, illustre l'impact de la Seconde Guerre mondiale sur la mémoire collective et l'urbanisme. De même, le monument aux morts de Dizy, inauguré en 1924, témoigne du lourd tribut payé par la commune lors de la Première Guerre mondiale.

Évolution urbaine et infrastructures à Dizy

L'évolution urbaine de Dizy est marquée par la construction du canal latéral à la Marne en 1883, qui a nécessité la construction d'un pont. La rue Danièle Casanova, autrefois rue du Grès, a subi des transformations importantes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec la construction de nombreuses maisons neuves. L'ancienne école maternelle, construite en 1881, et la rue de l'Abreuvoir, dont le tracé a été modifié, témoignent également de l'évolution du village.

Patrimoine religieux et traditions locales à Dizy

L'église Saint-Timothée de Dizy, construite dans un style roman à la fin du XIe siècle ou au début du XIIe siècle, est le principal monument du village. Son clocher, sa nef et son mobilier témoignent de différentes époques de construction et de restauration. Les cloches de l'église, électrifiées en 1969, ont sonné à l'occasion d'événements marquants, tels que le retour des premiers astronautes américains sur la Lune. Le calvaire de la Route de Reims, érigé en reconnaissance de la protection divine accordée à la paroisse lors de la libération du village en août 1944, témoigne des traditions locales et de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale.

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