Depuis le début de l’agression russe en Ukraine, la situation des femmes ukrainiennes en matière de droits reproductifs est devenue particulièrement préoccupante. Cet article examine la situation actuelle du droit à l'avortement en Ukraine, les défis auxquels sont confrontées les femmes ukrainiennes déplacées, notamment en Pologne, et les efforts déployés pour soutenir ces femmes.

Légalisation et Restrictions de l'IVG en Europe et en Russie

En Europe, la situation juridique de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) varie considérablement d'un pays à l'autre. Sur 25 des 27 États de l'Union européenne, l'IVG est légalisée ou dépénalisée sans besoin de justification. Les délais maximaux pour avorter varient, allant de 10 semaines d'aménorrhée au Portugal à 24 semaines aux Pays-Bas.

En France, l'IVG est autorisée par la loi Veil de 1975, et le délit d'entrave à l'IVG a été définitivement adopté par le Parlement en 2017 pour lutter contre les sites de "désinformation". En 2022, le Parlement français a étendu le délai légal d'IVG à quatorze semaines de grossesse. Le 4 mars 2024, la France a constitutionnalisé "la liberté garantie à la femme de recourir à une interruption volontaire de grossesse".

D'autres pays ont également évolué : le Luxembourg a dépénalisé l'avortement en 2014, Chypre l'a autorisé jusqu'à 12 semaines de grossesse en 2018, et l'Irlande a légalisé l'IVG en 2019. La Finlande a légalisé l'avortement sur demande au cours des 12 premières semaines de grossesse en 2023.

Cependant, des restrictions subsistent dans certains pays. En Pologne, l'avortement n'est autorisé qu'en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère depuis 2021. Cette restriction résulte d'une décision du Tribunal constitutionnel, qui a supprimé la possibilité d'avorter en cas de malformation grave du fœtus.

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En Russie, bien que l'IVG soit légale depuis des décennies, plusieurs régions ont récemment restreint son accès. Vladimir Poutine s'est déclaré contre une interdiction totale, mais appelle les femmes à ne pas y avoir recours, soulignant l'intérêt de l'État à résoudre la crise démographique.

Situation des Femmes Ukrainiennes Déplacées en Pologne

Depuis le début de l’agression russe en Ukraine, plusieurs centaines de femmes ukrainiennes déplacées en Pologne font face à des restrictions de leur droit fondamental à l’avortement. Les femmes ukrainiennes déplacées font face en Pologne à l’une des législations les plus restrictives d’Europe en termes d’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

En Ukraine, l’IVG est autorisée jusqu’à la douzième semaine de grossesse. Cependant, en Pologne, l'avortement est interdit sauf en cas de viol, d’inceste, ou lorsque la vie de la mère est en danger. Cette situation place les réfugiées ukrainiennes dans une position particulièrement vulnérable, surtout celles qui ont été victimes de violences sexuelles.

Des organisations telles qu'Avortement sans frontières ont prêté assistance à près de 500 femmes ukrainiennes souhaitant recourir à une IVG sur le territoire polonais depuis le début du conflit.

Soutien International et Initiatives en Faveur des Réfugiées Ukrainiennes

Face à cette situation, plusieurs acteurs internationaux et organisations non gouvernementales (ONG) se mobilisent pour soutenir les femmes ukrainiennes déplacées.

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La France, par exemple, a réaffirmé son soutien aux femmes ukrainiennes déplacées et son attachement indéfectible au droit à l’IVG. Brigitte Bourguignon, ministre de la Santé et de la Prévention, Isabelle Rome, ministre déléguée auprès de la Première ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, et Clément Beaune, ministre délégué auprès de la ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, chargé de l'Europe, ont déclaré leur engagement à défendre les droits des femmes et à soutenir les Ukrainiennes en Pologne. Par le biais de la Fédération internationale pour la Planification familiale, qui travaille avec le réseau depuis plusieurs années, les ministères soutiendront les actions d’information et d’assistance auprès des femmes ukrainiennes déplacées en Pologne.

La Fédération pour les femmes et le planning familial (Federa) en Pologne et d’autres organisations locales offrent des conseils et une assistance aux réfugiées ukrainiennes. Elles reçoivent des appels de femmes qui ont survécu à un viol, qui ont laissé leur partenaire derrière elles sur les lignes de front ou qui ne peuvent tout simplement pas envisager d’accoucher alors que la guerre fait rage chez elles.

Le Centre des Droits reproductifs, basé aux États-Unis, travaille avec Federa et d’autres groupes locaux pour faire pression sur l’Union Européenne afin qu’elle inclue la santé sexuelle et reproductive dans ses solutions d’aide aux réfugié.e.s.

Défis et Obstacles Rencontrés

Malgré les efforts déployés, les femmes ukrainiennes en Pologne rencontrent de nombreux défis. La législation restrictive sur l'avortement, combinée à la barrière de la langue et au manque de ressources financières, rend l'accès à l'IVG extrêmement difficile.

De plus, les femmes sont souvent confrontées à la stigmatisation et à l'intimidation de la part de groupes anti-avortement. Des camions portant des images graphiques de fœtus morts sont stationnés devant les gares ferroviaires et routières de Varsovie, lieux de transit pour de nombreux réfugiés. Des tracts anti-avortement sont distribués, avertissant que les médecins qui pratiquent des avortements en Pologne peuvent être poursuivis.

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En Pologne, il est possible d’avorter en cas de viol jusqu’à 12 semaines de grossesse, mais cela est loin d’être simple. Il faut qu’un procureur certifie que la grossesse était probablement le résultat d’un crime - ce qui arrive rarement, selon un rapport de 2021 du Conseil de l’Europe.

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