L'interaction entre la construction de la croyance et la formation de l’identité nourrit l’idée coloniale à travers les universaux de l’imaginaire : unité et altérité. Le Havre, à travers ses signes d’Empire et le culte des fondateurs, illustre cette dynamique complexe.
Mythes Fondateurs et Signes d’Empire
L’imaginaire colonial ne se limite pas à la représentation de l’Autre ; il englobe la représentation d’un tout : l’Empire. Les prosélytes ont façonné une image d’unité entre la nation et son Empire, confondant le besoin humain d’unité avec celui de l’altérité. Le culte des fondateurs d’Empire et la célébration des symboles impériaux alimentent cet imaginaire, renforçant ainsi l’identité coloniale. Ce besoin de communion, exprimé par des célébrations, des rituels et des symboles, se manifeste au Havre dans l’entre-deux-guerres, particulièrement chez les élites négociantes, les édiles, les anciens combattants et les milieux portuaires.
Pierre Belain d’Esnambuc : Un Héros Havrais de la Conquête
L’histoire de Pierre Belain d’Esnambuc, né en 1585 dans une famille noble du Pays de Caux, est un exemple frappant de cette mythification. Son aventure maritime l’a conduit dans la mer des Antilles, où il a débarqué à Saint-Christophe en 1625. De retour en France avec une cargaison de tabac, il reçut de Richelieu des lettres patentes lui permettant de s’installer sur les îles voisines et de chasser les galions espagnols. Richelieu autorisa d’Esnambuc, de Roissey et un groupe de négociants havrais à fonder la Compagnie de Saint-Christophe en 1626, avec une concession de vingt années, incluant la traite des nègres.
Parmi les 246 Normands de l’aventure, 52 étaient Havrais. La compagnie fut réorganisée en 1635 sous le nom de Compagnie des îles d’Amérique, avec le concours de financiers parisiens, et prit possession de la Martinique et de la Guadeloupe. D’Esnambuc mourut en juin 1637. Jusqu’en 1648, la compagnie affréta 48 navires, transportant 3200 engagés, quelques colons et beaucoup d’ouvriers agricoles.
La mémoire de Belain d’Esnambuc fut entretenue par les sociétés historiques savantes du Havre. Au début des années 1930, plusieurs articles rendirent hommage au « conquistador normand ». L’histoire coloniale permit de valoriser l’aventure impériale, le particularisme provincial et la mission civilisatrice. En 1935, de la terre d’Allouville fut envoyée aux Antilles à l’occasion du tricentenaire de leur rattachement à la France. En 1938, de la terre prélevée en Martinique, à l’endroit où d’Esnambuc avait débarqué en 1635, fut remise à la municipalité d’Allouville.
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Les mythes de fondateurs, similaires aux mythes de sauveurs, cimentent des communautés et flattent les particularismes. La propagande coloniale du Havre intégra la légende de d’Esnambuc, le présentant comme un homme courageux et bien intentionné. La cérémonie de 1985 à Allouville pour le 400e anniversaire de sa naissance révéla la permanence de cet archétype. René Maran, figure de l’anticolonialisme, consacra même quatre-vingts pages à Belain d’Esnambuc dans un ouvrage paru en 1946, sans critiquer sa personnalité.
Le Général Archinard : Culte et Unité Impériale
Louis Archinard, né au Havre en 1850, est une autre figure emblématique de l’imaginaire colonial havrais. Sa carrière coloniale débuta en Cochinchine en 1876. De 1880 à 1893, il réalisa l’essentiel de la conquête du Soudan français, quadruplant sa superficie. En 1890, il devint le premier « Commandant supérieur du Soudan français ».
Le général fut honoré par ses pairs et participa activement à son propre culte, maniant les symboles et se construisant une image de père. Ses obsèques en 1932 et l’inauguration de sa statue en 1934 solidifièrent le mythe du fondateur d’Empire, symbole du Havre colonial et de la France impériale.
Après la chute de Ségou en 1890, Archinard ramena en France Abdou Laki, un des fils du Sultan Ahmadou, surnommé « l’Aiglon ». Bien que des liens affectueux existaient entre le général et son protégé, cet épisode fut revisité par les laudateurs d’Archinard. L’image paternelle enrichit la légende du général. Il reçut les grands chefs indigènes de l’AOF dans sa propriété lors de l’Exposition coloniale. D’autres signes de paternité incluaient une « élégante soudanaise » élevée comme sa propre fille. Le thème de la bonté et de la tolérance colora fortement la légende du général.
Célébrer l’Empire : Trophées et Monuments
En 1929, Louis Archinard inaugura au muséum du Havre les collections ethnographiques qu’il avait recueillies lors des campagnes du Soudan, ses « trophées de guerre ». En 1922, il demanda une subvention pour élever au Soudan un monument à la gloire des tirailleurs sénégalais et de leurs chefs. Il expliqua que grâce au monument, « le recrutement sera plus facile » pour l’armée indigène nouvellement organisée.
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