Introduction

Le don de lait maternel est une pratique ancienne qui consiste à partager le lait d'une mère allaitante avec un nourrisson qui en a besoin. Cette pratique est particulièrement importante pour les nourrissons prématurés ou ceux dont les mères ne peuvent pas allaiter. Cependant, le don de lait maternel soulève des questions complexes, notamment en ce qui concerne les perspectives religieuses et les risques sanitaires potentiels. Cet article se penche sur les différentes dimensions du don de lait maternel, en particulier dans le contexte islamique, et examine les controverses qui y sont associées.

Les avantages du don de lait maternel

Le lait maternel est largement reconnu comme l'aliment idéal pour les nourrissons, fournissant des nutriments essentiels et des anticorps qui renforcent leur système immunitaire. Le don de lait maternel peut être une solution vitale pour les nourrissons prématurés, malades ou dont les mères ne peuvent pas allaiter en raison de problèmes de santé, de traitements médicaux ou d'autres circonstances. Il est irremplaçable jusqu’à l’âge de six mois minimum. Les banques de lait maternel, présentes dans de nombreux pays, collectent, contrôlent et redistribuent le lait maternel donné par des mères allaitantes.

Les risques sanitaires liés au partage de lait maternel

Bien que le don de lait maternel puisse être bénéfique, il est important de prendre en compte les risques sanitaires potentiels associés au partage de lait maternel en dehors des canaux officiels, tels que les banques de lait maternel. L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a mis en garde contre les risques de transmission d'agents infectieux lors de l'échange de lait maternel via des réseaux informels. En effet, aucun contrôle microbiologique et sérologique n'est effectué sur le lait des donneuses, et les conditions de transport et de conservation ne sont pas toujours optimales, ce qui peut entraîner une dégradation du produit et un développement bactérien. Sans analyse, il existe un risque de transmission du virus de l'immunodéficience humaine (VIH), du virus T-lymphotrophique (HTLV), des hépatites ou de la rubéole. Le lait maternel doit respecter certaines conditions dès lors qu’il est transporté ou conservé.

La perspective islamique sur le don de lait maternel

Dans le contexte islamique, le don de lait maternel est une question complexe qui a suscité des débats et des opinions divergentes. Selon certaines interprétations de la loi islamique, le don de lait maternel crée un lien de parenté par le lait (ar-rada'a) entre le nourrisson et la donneuse, ainsi qu'avec les membres de sa famille proche. Ce lien de parenté par le lait peut entraîner des restrictions en matière de mariage, similaires à celles qui s'appliquent aux liens de parenté par le sang.

Certains érudits islamiques considèrent que le don de lait maternel est autorisé en islam, car il s'agit d'un acte de bienfaisance qui peut sauver des vies. La direction des Affaires religieuses (Diyanet) en Turquie s'est prononcée en faveur du don de lait maternel, le considérant comme un geste susceptible de sauver des vies. Cependant, d'autres érudits et groupes islamistes expriment des réserves quant à cette pratique, en particulier dans le cadre de systèmes non islamiques. Ils estiment que toutes les précautions doivent être prises pour éviter les mariages interdits en raison des liens de parenté par le lait.

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Selon Sait Şahin, porte-parole du Parti pour une cause libre (Hüda Par), l'autorisation du don de lait maternel en islam n'est valable que dans le cadre et sous le contrôle d'un système islamique. Il souligne que l'islam ne fait quasiment pas de différence entre les frères et sœurs de sang et les frères et sœurs de lait.

La situation en Turquie

En Turquie, le projet de création d'une banque de lait maternel a suscité une vive polémique, alimentée par des partis islamistes et des ONG apparentées. Ces derniers ont exprimé des inquiétudes quant aux conséquences du don de lait maternel sur les mariages et les liens de parenté. Le gouvernement turc a pris des mesures pour apaiser ces inquiétudes, notamment en demandant l'avis de la direction des Affaires religieuses et en envisageant la mise en place d'un système informatique pour suivre la trace des donneuses et des receveurs. Le ministre de la Santé a également suggéré de renommer le projet en "centre de mères nourricières" afin de rallier un soutien plus large.

En attendant la mise en place d'une banque de lait maternel, les enfants prématurés ou ceux dont les mères ne peuvent pas allaiter sont nourris avec du lait infantile. Cependant, des experts soulignent que le lait maternel est irremplaçable, en particulier jusqu'à l'âge de six mois. Özgür Doga Keleş, présidente de la plus grande association de soutien aux familles de prématurés de Turquie, El Bebek Gül Bebek, souligne l'importance du lait maternel pour les nourrissons prématurés, qui représentent une part importante des naissances en Turquie.

Les défis et les perspectives d'avenir

Le don de lait maternel est confronté à plusieurs défis, notamment la nécessité de garantir la sécurité sanitaire du lait donné, de sensibiliser le public aux avantages du don de lait maternel et de surmonter les réticences culturelles et religieuses. Pour réussir à développer le don de lait maternel, il est essentiel d'organiser des campagnes de sensibilisation, de faciliter l'accès aux banques de lait maternel pour les mères qui en ont besoin et d'obtenir le soutien des autorités religieuses. En menant à bien ce projet, le gouvernement turc espère soutenir la baisse du taux de mortalité infantile, déjà saluée par l'Unicef. Chez les enfants de moins de cinq ans, ce taux est passé de 72 pour mille en 1990 à 15 pour mille en 2011.

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