La question de l'avortement est un sujet central et polarisant aux États-Unis, et la position de Donald Trump à ce sujet a été marquée par une certaine ambiguïté et des revirements stratégiques. Cet article explore l'évolution de sa position, les actions entreprises par son administration et les implications pour le droit à l'avortement dans le pays.
Un Contexte de Forte Polarisation
Aux États-Unis, la question de l'avortement est une histoire violente, marquée d’une rhétorique culpabilisante et humiliante, justifiée le plus souvent au nom de la doctrine religieuse. Les femmes y ayant recours sont accusées d’avoir fait un pacte avec le diable, d’être les ennemies de l’humanité et les principales responsables d’un holocauste humain, de violer le principe de la dignité et de l’aspect sacré de la vie humaine. L’histoire de l’avortement est également une histoire traversée de scènes violentes inattendues : attaques à la bombe contre les cliniques et meurtres de médecins.
Dans ce climat de tension, les cliniques pratiquant l'avortement sont souvent le théâtre de manifestations, comme on peut le constater en Floride, où des militants anti-IVG invectivent les femmes venant consulter. En Floride, le droit à l'avortement est limité à 6 semaines, contre 16 en France. Face aux anti-IVG, des volontaires accompagnent les femmes jusqu'à la porte d'entrée.
L'Ambiguïté Stratégique de Donald Trump
En entretenant une position volontairement ambiguë sur l’avortement, Donald Trump a su tirer son épingle du jeu dans la campagne présidentielle sur un sujet central de l’élection. Il a essayé de rassurer en affirmant qu’il souhaitait protéger les droits des femmes. Il sait qu'il avance en terrain miné. L'interdiction totale de l'IVG est impopulaire au niveau national, y compris dans la plupart des Etats conservateurs.
Cependant, il ne peut pas se permettre de trop s'éloigner de l'orthodoxie de son parti, historiquement opposé à l'avortement. Il s'est ainsi retrouvé en difficulté à propos d'un référendum organisé en Floride, son état de résidence, afin de sécuriser l'accès à l'IVG jusqu'à ce que le foetus soit capable de survivre hors de l'utérus, contre une limite à six semaines de grossesse actuellement. Malgré son revirement rapide, les tergiversations de Donald Trump sur le sujet ont entraîné une levée de boucliers chez ses soutiens les plus radicaux.
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Le fossé se creuse avec le mouvement anti-avortement. La réaction épidermique du mouvement anti-avortement n'est pas anodine. Il sent que sa mainmise sur le « Grand Old Party » n'est plus aussi assurée.
Les Actions de l'Administration Trump
Moins de cinq jours après son investiture, Donald Trump est revenu sur plusieurs mesures de son prédécesseur qui visaient à protéger l’accès à l’avortement. Le nouveau président des États-Unis a notamment réaffirmé la mise en application dans un décret l’amendement dit « Hyde », datant de 1976, qui vise à empêcher l’utilisation de fonds fédéraux pour des interruptions volontaires de grossesse (IVG), sauf dans de rare cas.
La nouvelle administration américaine a aussi acté le retour de la « Mexico City Policy », une politique mise en place sous la présidence Reagan en 1984. Elle supprime les subventions publiques américaines aux organisations qui défendent, conseillent ou pratiquent des avortements à l’étranger, même si ces actions ne sont pas directement financées par les fonds américains en question.
Ces décisions de la nouvelle administration républicaine sont intervenues le jour de la 52e édition de la « Marche pour la vie », défilé annuel du mouvement anti-avortement aux États-Unis qu’a soutenu Donald Trump par un message vidéo. « Pendant mon second mandat, nous nous battrons à nouveau fièrement pour les familles et la vie », a-t-il promis aux manifestants. « Nous protégerons les acquis historiques que nous avons obtenus ».
En outre, le gouvernement Trump a annoncé l'abrogation d'une directive Biden qui permet de pratiquer une IVG en cas d'urgence médicale.
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La Nomination de Juges Conservateurs à la Cour Suprême
Donald Trump aime à rappeler qu'il a joué un rôle clé dans l'abolition de l'arrêt « Roe v. Wade » qui protégeait l'IVG au niveau fédéral en nommant des juges conservateurs à la Cour suprême.
La nomination à la Cour suprême de deux juges conservateurs, qui n’ont pas fait mystère de leurs convictions sur ce sujet, et le renouvellement massif de juges dans les tribunaux à travers le pays constituent pour l’heure les victoires les plus visibles et les plus durables des militants antiavortement. Dans les Etats conservateurs, ces derniers multiplient les contentieux, avec l’espoir qu’en fin de compte la Cour suprême se prononce pour l’annulation de l’arrêt « Roe v. Wade ».
Les Conséquences de l'Annulation de Roe v. Wade
À la suite de cette décision, de nombreux États républicains avaient interdit ou très sévèrement limité le recours à l’IVG. Aujourd’hui, près d’une Américaine sur trois entre 18 et 44 ans vit dans un des États concerné par les restrictions, selon le site Politifact.
Dans les Etats conservateurs, ces derniers multiplient les contentieux, avec l’espoir qu’en fin de compte la Cour suprême se prononce pour l’annulation de l’arrêt « Roe v. Wade ». En attendant, faute de pouvoir interdire l’avortement, ils tentent d’y apporter de sérieuses limites : fermeture de cliniques au nom de la sécurité, raccourcissement des délais légaux pour se faire avorter, obligation pour les médecins pratiquant les IVG d’être autorisés à exercer dans un hôpital situé à moins de 50 kilomètres du lieu de l’opération…
La Question de l'Avortement dans la Campagne Présidentielle
Sur la question clé des conditions d'accès à l'avortement, le candidat républicain à la Maison-Blanche répète à l'envi vouloir « s'en remettre aux Etats », sans préciser sa position.
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Les démocrates en sont bien conscients : avec Kamala Harris, ils ont fait de la défense des droits reproductifs un des principaux enjeux de la campagne électorale. La candidate démocrate remporte les suffrages de l'électorat féminin avec 13 points d'avance, selon le dernier sondage Ipsos pour la chaîne ABC publié dimanche, quand elle accuse cinq points de retard chez les hommes. Elle est en tête au total, 50 % à 46 %, dans ce même sondage.
Lors de la convention républicaine de juillet, Donald Trump avait déjà édulcoré la position du parti sur le sujet en renonçant à appeler à une interdiction fédérale de l'avortement. Il cherche également à se démarquer des positions les plus radicales du mouvement sur le sujet de la procréation médicalement assistée. Jeudi, il s'est ainsi engagé à rendre la fécondation in vitro (FIV) gratuite s'il était élu.
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